Isabelle Stengers : « Les sorcières néopaïennes et la science moderne »

Scientifique de formation et aujourd’hui professeure de philosophie à l’Université Libre de Bruxelles, Isabelle Stengers désigne les paroles sorcières dont usent le système capitaliste et « la science » pour justifier leur emprise. Des siècles de culture ultra-rationaliste et d’industrie ont éradiqué et discrédité tout ce qui relevait du commun, nous laissant vulnérables et impuissants. Pour récupérer une puissance de penser, d’agir et de coopérer, Isabelle Stengers convoque les activistes du « reclaim » et autres sorcières néo-païennes, qui nous invitent à résister à l’envoûtement capitaliste, au-delà de l’alternative entre réformisme et révolution.

Dans La sorcellerie capitaliste(1), écrit avec Philippe Pignarre, vous décrivez le capitalisme comme un « système sorcier sans sorcier ». Entendez-vous par là que le système économique et social dans lequel nous sommes plongés relève d’un ordre magique ?

Quand il n’est pas réduit à une simple métaphore, le mot « magie » ne sert plus guère qu’à établir des oppositions entre nous – qui vivons un monde où la rationalité est censée prédominer – et les autres peuples qui « croient encore en la magie ». J’ai pour ma part voulu prendre au sérieux la magie, sans me poser la question d’y croire ou de ne pas y croire. Avec Philippe Pignarre, nous parlons de « système sorcier » (c’est-à-dire d’un système utilisant une magie malveillante) pour dramatiser ce qui devrait nous faire penser aujourd’hui : le maintien, voire même l’intensification de l’emprise capitaliste, alors que ces dernières décennies, avec le déchaînement de la guerre économique, la référence au progrès a perdu toute évidence.

Dans les années 1970, on pouvait imaginer qu’en critiquant la notion de progrès, on s’attaquait à l’idéologie qui assurait l’emprise capitaliste. Or aujourd’hui, sauf pour quelques illuminés, la notion de progrès semble n’être plus qu’un réflexe conditionné, une ritournelle. Pourtant, l’emprise n’a pas faibli, bien au contraire.

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“Grand Lyon la métropole” ou les tontons flingueurs du Rhône

Le 1er janvier 2015, la communauté urbaine de l’agglomération va remplacer le département du Rhône sur son territoire. Une première en France, qui supprimera une couche du millefeuille administratif. Mais, des finances aux calculs politiques, l’opération a aussi sa face cachée.

Par Michel Feltin-Palas

Gérard Collomb et Michel Mercier sont tombés d’accord pour se partager le département du Rhône.

A première vue, le croisement de la rue Jean-Moulin et du chemin de Crépieux, à Caluire-et-Cuire, a tous les aspects d’un rond-point ordinaire. Un bête et honnête giratoire permettant aux automobilistes de se croiser sans danger, comme il en existe des milliers à travers la France. Grave erreur: sous son allure débonnaire, ce rond-point est en fait un pervers, un sadique, un retors. Pourquoi? Parce que la rue Jean-Moulin appartient à la communauté urbaine de Lyon alors que le chemin de Crépieux dépend du département du Rhône.

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La grande braderie de l’État

Le ministère de l’Économie planche sur des cessions importantes dans les entreprises publiques. Elles pourraient rapporter 16 milliards d’euros selon une étude.

L’étude Sodali réalisée pour le JDD

Tout est à vendre. Il y a un mois, le ministre de l’Économie, Emmanuel Macron, annonçait la cession de 5 à 10 milliards d’euros d’actifs publics. Deux jours plus tard, il enfonçait le clou en ciblant l’ouverture du capital d’infrastructures de réseau. Le patrimoine de l’État, évalué à 110 milliards d’euros, va fondre dans les dix-huit prochains mois.

L’État a déjà vendu 3% de GDF Suez, 2% d’Orange et 3% de Safran sans que cela ne change son poids dans la gouvernance. Le mouvement va s’amplifier. “Nous pouvons réduire nos participations sans perdre de pouvoir, confirme un conseiller de Bercy. Il n’est pas nécessaire d’avoir autant de capital immobilisé pour avoir la même influence.

Le JDD a passé en revue les options du gouvernement et les projets qui sont “dans les cartons“. Il dispose désormais d’un arsenal législatif très avantageux : la loi visant à reconquérir l’économie réelle, dite “loi Florange“, votée en mars dernier.
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Les mensonges d’Etat : 26 avril 1986, Tchernobyl

26 avril 1986, l’explosion de la centrale nucléaire de Tchernobyl, en Ukraine, génère un nuage chargé de particules radioactives. Ce nuage se dispersera sur une large partie de l’Europe occidentale. Sauf en France, selon les déclarations de l’époque. A grand renfort de cartes météorologiques, on assure que les Français n’ont rien à craindre, contrairement à leurs voisins européens. En effet, l’anticyclone des Açores présent sur le pays forme une barrière naturelle. 25 ans après, retour, vidéos à l’appui, sur la façon dont les autorités françaises ont géré la catastrophe.

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Apocalypse bientôt

Ils sont quatre et ils assurent la défense de la France dans son ensemble et celle de chacun de ses citoyens. Ce sont les ministères régaliens -Défense, Affaires étrangères, Justice et Intérieur- et ils sont en danger de mort. La France ne leur consacre plus que 2,8 % de la richesse qu’elle produit chaque année, contre 4,5 % à la fin de la guerre froide et 6,5% en 1960. A ce rythme, ils auront disparu en 2050.

A ce moment-là, ce sont des milices privées qui défileront le 14 juillet, si tant est qu’il soit encore possible d’organiser un défilé dans une France sans police, armée et justice pour tous. Il est donc conseillé dès à présent, pour ceux qui ne pourront leur laisser un pactole suffisant, d’apprendre les techniques de survie et d’auto-défense à nos enfants et petits-enfants.

Pas besoin d’une guerre nucléaire ou d’une gigantesque pandémie pour aboutir à la désagrégation des États et donc des nations, l’inconséquence, sinon l’incompétence, d’une classe politique suffit.

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Cocorico…Couac : Quand la France torpille ses contrats

En France, nous avons de quoi être fier. Nos centrales nucléaires seraient parmi les plus puissantes et les plus sécurisées au monde. Dans le domaine de l’armement et de la sécurité, nos entreprises font référence. Quant à nos avions de chasse, ils ont la réputation d’être rapides et très performants.

Mais pourtant, alors que nous sommes à la pointe dans tous ces domaines stratégiques, notre pays multiplie, ces dernières années, les défaites dans les grands appels d’offres internationaux. En cause ? Des arrières pensées politiques, des désaccords au plus haut niveau de l’État, des rivalités entre grands partons français et des coups tordus de réseaux parallèles de la République.

A travers trois histoires emblématiques, cette enquête montre comment à l’étranger, « l’entreprise France » cultive un art de l’échec commercial et se transforme trop souvent, en une machine à perdre.

Partie 1:

Partie 2:
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Les agriculteurs bio français sont en danger

L’agriculture bio est en danger !” alertent les agriculteurs bio français qui s’inquiètent du maintien des aides de l’État dans le cadre de la mise en œuvre en France de la nouvelle PAC (Politique Agricole Commune) à partir de 2015.

A l’initiative de l’AMAP La Riche en bio, un courrier a été envoyé en juillet 2014 à Monsieur Stéphane Le Foll, Ministre de l’Agriculture, et à Alain Rousset, Président de l’ARF (l’Association des Régions de France) afin de sauver les agriculteurs bio français.

Ce courrier est signé par l’association “Éleveurs Bio de France” (qui regroupe plus de 2000 éleveurs bovins, ovins, porcins, lait, volailles et œufs), la fédération Lait bio de France (qui regroupe 5 organisations d’éleveurs laitiers bio et représente près de 1000 fermes qui produisent environ 50% de la collecte de lait bio français), la fédération Cohéflor Bio (fruits et légumes bio), l’association “Manger Bio Ici et Maintenant” (restauration collective) et Les Coopératives de grandes cultures Bio.

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André Gorz : « Misères du présent, richesse du possible »

Critique radical du capitalisme, philosophe du travail, de l’autonomie du sujet et des communautés, André Gorz (1923-2007) est l’un des précurseurs de l’écologie politique et du mouvement pour la décroissance. (Les phrases à la première personne du singulier sont d’André Gorz).

Ilya Repine – Les Bateliers de la Volga (1873)

Introduction : Il faut oser l’Exode. Il faut oser rompre avec cette société qui meurt et qui ne renaîtra plus. Il faut ne rien attendre des traitements symptomatiques de la «crise», car il n’y a plus de crise : un nouveau système s’est mis en place qui abolit massivement le «travail». Il restaure les pires formes de domination et d’asservissement en contraignant tous à se battre contre tous pour obtenir ce «travail» qu’il abolit.

Ce n’est pas cette abolition qu’il faut lui reprocher : c’est de prétendre perpétuer comme obligation, comme norme, comme fondement irremplaçable des droits et de la dignité de tous, ce même «travail» dont il abolit les normes, la dignité et l’accessibilité. Il faut que le «travail» perde sa centralité dans la conscience et l’imagination de tous.

Il est rare que ces «travailleurs» puissent dire : «Voici ce que j’ai fait. Voici mon ouvrage. Ceci est mon œuvre». Je hais les mystificateurs qui, au nom de la définition philosophique ou anthropologique du travail, justifient la valeur d’un «travail» qui en est la misérable négation. C’est précisément au sens de réalisation de soi, au sens de poièsis, que le travail disparaît.

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France : Les scénarios de la catastrophe

La France est-elle une cocotte-minute sur le point d’exploser. C’est ce que pense l’essayiste Serge Federbusch. Dans Français, prêts pour votre prochaine révolution ?, il décrit les trois scénarios de notre avenir proche. Deux sont catastrophiques. Le pire, c’est que c’est crédible !

En quoi la France de 2014 vous paraît présenter des analogies avec les cas d’effondrement par désagrégation interne que la France a connus?

Les analogies sont nombreuses. Le déficit et la dette publics représentent à peu près les mêmes masses financières, par rapport à la richesse du pays, qu’en 1788. La crise budgétaire est ouverte et rien ne semble pouvoir l’enrayer. Le gouvernement a perdu sa souveraineté, son autonomie, en matière de politique monétaire et financière.

En 1788, on subissait encore la conséquence de la banqueroute de Law, près de 70 ans plus tôt. Calonne, qui s’était essayé à manipuler le titrage en or des louis et ducats, avait été accusé de fraude, presque de crime contre le bien public. De nos jours, l’État est dépendant des décisions de Bruxelles et de la Banque centrale européenne.

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L’Etat brade les forêts françaises aux multinationales

Les services de l’Etat, chargés de conserver et développer les ressources de nos forêts, succombent aux sirènes du lobby industriel : dans le Lot, soixante-dix hectares de vergers à graines forestiers vont être vendus pour destruction à une multinationale. C’est l’avenir des forêts françaises et européennes qui se joue dans cette tractation opaque et malsaine.

Soixante-dix hectares de vergers à graines forestiers, gérés par l’ONF sur la commune de Lavercantière (46) pour les principaux partenaires de la forêt française, sont en passe d’être cédés pour destruction à Imérys Ceramics France-Quartz.

Cette multinationale doit en effet satisfaire à tout prix l’appétit de ses actionnaires et exploiter jusqu’au dernier les galets de quartz situés sous ces vergers. Imérys invoque « des marchés stables, porteurs et la nécessité de sécuriser ses clients ». Les services de l’Etat, pour leur part, ont l’ambition d’en retirer des compensations financières.

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États-Unis : Notre assiette du futur vue par la Silicone Valley

L’alternative food est en vogue aux États-Unis. Et pour nourrir neuf milliards d’humains en 2050, il faut des initiatives. Les Américains américaine ont des idées pour nos assiettes de demain.

John, qui habite au large de San Francisco (Californie), a lancé une ferme de criquets. Pour ce chef d’entreprise, les hommes n’auront pas de choix : “La nourriture coûte de plus en plus chère, or aucun autre élevage que l’insecte n’offre autant de viande qu’avec si peu d’espace“, explique-t-il.

D’autres chercheurs californiens travaillent sur les algues marines, un antioxydant que l’on retrouvera en petit gâteau sans lait, en mayonnaise sans cholestérol, ou alors des glaces très peu caloriques. Une autre société travaille sur des chips du futur avec poivrons, salade ou potiron.

Les compagnies pétrolières et la pollution du Delta du Niger

Découvert en 1956, le pétrole représente aujourd’hui 95% des recettes d’exportation et 80% du revenu du Nigeria. Le pays est ainsi devenu le 6e exportateur mondial (et le 5e fournisseur des Etats-Unis), avec un revenu de plus de 34 milliards d’euro en 2006. Pourtant, l’or noir n’a pas fait le bonheur de tous, loin de là. La population nigériane, dont près de 70% vit sous le seuil de pauvreté, l’emploi local est faible et les ressources autrefois importantes, comme le pêche ou la chasse, sont désormais impossibles avec l’augmentation des constructions pour la production de pétrole et la hausse du trafic de camions et de bateaux de transport. En outre, l’industrie pétrolière a engendré de nombreuses pollutions qui font du delta du Niger l’un des lieux les plus pollués de la planète.

David Bollier : « Les communs nous aident à sortir du carcan de l’économie néolibérale, à travers des alternatives concrètes »

La notion de « biens communs » attire de plus en plus l’attention et l’intérêt des militants et d’autres acteurs du changement social. David Bollier, chercheur indépendant et militant américain, se consacre depuis une douzaine d’années à l’enjeu des biens communs (ou ’communs’), dialoguant aussi bien avec les pionniers du logiciel libre ou des licences Creative Commons qu’avec des groupes de paysannes indiennes ou des représentants de peuples indigènes. Dans un livre qui vient de paraître en France [1], il propose une « brève introduction » aux communs. Entretien.

Enluminures illustrant les travaux des champs au Moyen-Âge. Extraites des Très Riches Heures du duc de Berry (BNF).

Qu’il s’agisse d’écologie, de défense des services publics, de culture, de science ou de technologie, les biens communs – ou, plus simplement, les « communs » – ont pour principal attrait de dessiner une alternative pratique aux logiques de commerce et de contrôle, mettant l’accent sur la coopération et le partage, et redonnant du pouvoir et de l’autonomie aux simples citoyens. D’un autre côté, la notion de « biens communs » est invoquée à propos de choses extrêmement différentes entre elles, depuis la préservation des traditions indigènes jusqu’à Linux et Wikipédia, en passant par la gestion collective des ressources naturelles, les services et infrastructures publics, les coopératives et l’économie solidaire, les jardins partagés et les AMAP… Difficile parfois de trouver un fil conducteur.

Dans son nouvel ouvrage, David Bollier entend expliquer ce qui rapproche les pratiques et les initiatives disparates que l’on regroupe aujourd’hui sous le terme de « communs ». Et en quoi elles dessinent ensemble une alternative pratique au néolibéralisme et au pouvoir sans cesses croissant des grandes entreprises – mais aussi à une partie de la tradition progressiste.

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Zones grises : Quand les Etats perdent le contrôle

la notion de « zone grise » se définit comme un « espace de dérégulation sociale, de nature politique ou socio-économique, (…) où les institutions centrales ne parviennent pas à affirmer leur domination, laquelle est assurée par des micro-autorités alternatives ». L’auteur confronte cette notion avec des cas concrets comme par exemple Gaza, la mer de Chine, certaines régions du Pakistan ou encore la Seine-Saint-Denis…


Gaïdz Minassian, chercheur associé à la Fondation pour la Recherche Stratégique (FRS), auteur de “Zones grises – Quand les Etats perdent le contrôle”, Ed. Autrement, 2011. (7 minutes).

Immobilier : Habitats insolites un nouveau marché

De nombreux Français ont dans l’idée de construire la maison de leurs rêves. Et pour cela, ils suivent une nouvelle tendance immobilière: celle de l’habitat insolite. Chaque jour dans le pays, de nouveaux espaces sont à conquérir et à reconvertir.

L’État vend des anciens bâtiments publics, administratifs ou religieux. Et au final, vivre dans un château d’eau, un blockhaus, une gare, un phare ou encore une église est devenu possible. Mais à quel prix ? Et comment s’y prend-on concrètement ? Peut-on parler de marché florissant à la portée de tous ? Y a-t-il des règles qui régissent ce marché ? Les entrepreneurs, les particuliers et l’État s’y retrouvent-ils ?

Pour mieux comprendre ce phénomène, le réalisateur est parti à la rencontre de celles et ceux qui sont passés à l’acte, ou qui s’y préparent.

La France veut devenir un pays de robots

L’Etat participe au financement d’un nouveau fonds d’investissement destiné à doper la filière robotique française…

«Le robot n’est pas l’ennemi de l’emploi, il en est le fournisseur. Il ne faut pas en avoir peur.» Arnaud Montebourg croit à la réindustrialisation de la France par la robotique de services. C’est-à-dire par la construction de drones, de voitures autonomes, de robots de surveillance, de nettoyage, de sécurité domestique ou encore d’intervention chirurgicale.

Et pour le prouver, le ministre vient d’annoncer la contribution de l’Etat dans un nouveau fonds d’investissement, baptisé Robolution Capital. «Notre participation dans ce secteur à travers la Banque publique d’investissement (BPI), le bras armé du redressement productif en France, est l’une des plus importantes que nous ayons réalisée», explique Arnaud Montebourg.

Doté de 80 millions d’euros et également abondé par de grandes entreprises comme Orange, EDF ou Thales, Robolution Capital va permettre de financer la création et le développement de PME spécialisées dans la robotique de services. La France en compte déjà plusieurs – de nombreuses start-up mais également de grosses PME, comme le Groupe Gorgé, qui emploie 1.300 personnes.

Un marché de 200 milliards d’euros en 2024
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Seine-Saint-Denis : enquête sur des soupçons de fraude aux contrats aidés

Une enquête préliminaire a été diligentée par le parquet de Bobigny après des suspicions de fraude, estimée à plusieurs millions d’euros, d’un opérateur chargé de suivre de jeunes chômeurs en contrat aidé en Seine-Saint-Denis. Selon une source judiciaire, l’enquête a été ouverte « pour détournements de fonds publics, faux et usage de faux ».

Thierry Frère, directeur de C3 Consultants (à droite), avec un demandeur d’emploi

Elle vise C3 Consultants, l’un des principaux opérateurs privés chargés de suivre de jeunes chômeurs dans le cadre du contrat d’autonomie, soupçonné d’avoir fait croire à l’administration que des jeunes qu’il suivait avaient retrouvé un emploi, une prestation facturée à l’Etat.

Lancé en 2008 par Nicolas Sarkozy dans le cadre du plan « Espoir banlieues », ce contrat vise l’accompagnement pendant six mois de jeunes issus de quartiers prioritaires vers l’emploi durable, la formation ou la création d’entreprises. C3 Consultants, sélectionné sur un appel d’offres, n’a pas souhaité répondre aux sollicitations de l’AFP.
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L’Autriche minée par ses banques

La crise non réglée de la banque en faillite Hypo Alpe Adria et les évènements ukrainiens pèsent sur le secteur bancaire autrichien qui représente près de trois fois le PIB du pays.

Le siège de Hypo Alpe Adria, à Klagenfurt am Wörthersee, en Autriche

L’Autriche tremble. Le secteur bancaire de la république alpine, qui pèse près de 3 fois son PIB, semble en effet vaciller. Le premier domino du château de cartes viennois, c’est la banque Hypo Alpe Adria (HAA) qui occupe ces derniers jours la une des médias autrichiens et l’emploi du temps des politiques locaux.

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JO: après les fastes de Sotchi, un gouffre financier guette la Russie

Les gigantesques constructions érigées à Sotchi pour les jeux Olympiques les plus chers de l’histoire, achevés dimanche, risquent de se transformer en gouffre financier pour la Russie, compte tenu des énormes investissements difficiles à rentabiliser.

Après sa désignation en 2007 pour organiser les JO, Sotchi est devenue l’un des plus grands chantiers au monde où des bâtiments et des immeubles ont poussé comme des champignons sur les bords de la mer Noire et dans les montagnes du Caucase au-dessus de la ville, dans une zone auparavant quasi vierge d’infrastructures sportives.

L’aménagement de routes et voies de chemins de fer a porté le coût total de l’opération à 50 milliards de dollars (37 milliards d’euros) pour cet événement international sans précédent en Russie depuis la chute de l’URSS, dont le président Vladimir Poutine a voulu faire une vitrine du pays.

Mais que vont devenir tous ces bâtiments neufs après le départ des milliers d’athlètes, accompagnateurs, journalistes et visiteurs qui occupent des appartements et hôtels construits spécialement pour les JO et les jeux paralympiques du 7 au 16 mars ?

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Ecotaxe, OGM, crise sanitaire… Un salon de l’agriculture sous tension

Le salon de l’agriculture se tient du 22 février au 2 mars à Paris. Un “moment politiquement délicat” pour le gouvernement, attendu au tournant.

S’adapter aux caprices des marchés, exporter, moderniser, pousser l’agroécologie, renforcer les “démarches de filière” et mieux coordonner les actions Etat-régions-filières : telles sont les six priorités annoncées par le gouvernement en matière d’agriculture à l’horizon 2025. Un plan d’action sera établi d’ici mi-mai, avec feuilles de route détaillée, filière par filière.

A trois jours de l’ouverture du salon de l’agriculture  - et à deux jours des Etats généraux du secteur organisés par la puissante FNSEA – le ministre Stéphane Le Foll a mis les petits plats dans les grands. Il faut dire que le grand rendez-vous de l’agriculture française est, de l’aveu même du ministre, “un moment politiquement délicat, surtout pour la gauche“, confrontée à “un monde professionnel pas très acquis à notre cause au départ”. Tour d’horizon des sujets qui fâchent.

1 – L’écotaxe : “On n’en veut pas”
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Pesticides: 68% des français estiment que l’Etat n’en fait pas assez pour garantir une agriculture et une alimentation de qualité

Alors que la FNSEA organise ce jour des états généraux de l’agriculture afin de faire pression sur l’Etat pour affaiblir ce que le syndicat nomme « la lourdeur de la réglementation », un sondage IFOP effectué pour le compte d’Agir pour l’Environnement et Générations Futures relève que pour 68% des français, l’Etat n’en fait pas assez en matière de réglementation écologique pour garantir une agriculture et une alimentation de qualité.

A la question : « Diriez-vous qu’en matière de réglementation écologique régissant notamment l’utilisation de pesticides ou la gestion des élevages industriels, l’État en fait trop, suffisamment ou pas assez pour garantir une agriculture et une alimentation de qualité ? », seuls 5% des sondés répondent « trop », 20% « suffisamment » et 68% « pas assez ».

Ce sondage démontre de façon éclatante que les demandes de déréglementation du syndicat majoritaire ne rencontrent pas l’adhésion des Français. Ces derniers attendent au contraire une réglementation protectrice notamment en matière de pesticides et de gestion des élevages industriels.
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Agences de l’État : Un discret puits sans fond

Elles sont discrètes, ne font pas tellement parler d’elles mais engloutissent à elles-seules 20% du budget de l’État. Les agences de l’État, ce sont quelques grandes institutions comme Pôle Emploi ou Météo France mais ces dernières années elles se sont démultipliées.

Connaissez-vous par exemple le FNPCA ou Fonds National de Promotion et de Communication de l’Artisanat, ou bien encore le CNDS, le Centre National de Développement du Sport ? Ces organismes, dont on peut parfois douter de l’utilité, s’additionnent et dépensent toujours plus. Enquête sur des institutions peu connues mais très voraces.

L’Etat fait le ménage dans ses logements de fonction

A Bercy, 20% des appartements occupés par des fonctionnaires vont être supprimés. Ces derniers devront se loger par leurs propres moyens.

Nicolas Sarkozy en a rêvé, François Hollande le fait. En 2010, la droite avait engagé une vaste réforme des logements de fonction de l’Etat. Mais il avait fallu attendre le 9 mai 2012, soit le lendemain des élections, pour que les décrets fixant les nouvelles règles d’attribution soient enfin publiés. Du coup, c’est Bernard Cazeneuve, le ministre du budget actuel, qui est désormais chargé de faire le tri dans les prébendes que l’Etat accorde à une centaine de millier d’agents de la Fonction publique.

En principe, seuls les fonctionnaires ayant une “obligation de disponibilité totale pour des raisons de sûreté, de sécurité ou de responsabilité” ont désormais vocation à bénéficier d’un logement gratuit par nécessité absolue de service.

Certains agents, non éligibles à ce régime, peuvent aussi bénéficier d’une “convention d’occupation à titre précaire” car ils sont tenus d’accomplir un service d’astreinte. Dans ce cas, ils devront payer une redevance équivalente à 50% de la valeur locative de marché. Enfin, les surfaces sont strictement limitées: 80 mètres carrés par bénéficiaire plus 20 mètres carrés supplémentaires par personne à charge.

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Christophe Guilluy : « Les élites sont obnubilées par les métropoles »

La nouvelle géographie sociale du pays rend inévitable la montée des antagonismes entre les métropoles « mondialisées » et la France des « invisibles ». C’est le constat de Christophe Guilluy, auteur de « Fractures françaises » où il étudie l’évolution socio-culturelle des classes populaires.

Que retenir du projet de loi d’affirmation des métropoles, définitivement voté le 19 décembre par le Parlement ?

Cette priorité est tout, sauf une surprise. Cela fait trente ans que les élites et la technostructure, obnubilées par la question économique, organisent la France autour de ces métropoles. Le texte du gouvernement Ayrault met simplement en forme cette vision sur les plans politique et institutionnel.

Pourquoi les métropoles correspondent-elles, selon vous, à l’expression de la vision dominante ?

Si les grandes villes sont les zones les plus inégalitaires de France, elles restent néanmoins les mieux intégrées à la mondialisation : les 40% de Français vivant dans les métropoles génèrent plus de 60% du PIB national. Les métropoles sont les vitrines de la mondialisation heureuse. La droite libérale, d’ailleurs, aurait très bien pu être derrière cette réforme territoriale.

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Japon : Face à la baisse des naissances, l’État joue les entremetteurs

Au Japon, la population est vieillissante. Le nombre de naissances n’a jamais été aussi bas, en raison de la diminution de la population féminine de l’archipel. A tel point que les ventes de couches pour adultes ont dépassé celles pour bébés.

Les autorités s’inquiètent car la propension des Nippons à faire des enfants n’augmente pas suffisamment pour permettre un renouvellement des générations.

Pour remédier à ce problème, les pouvoirs publics ont décidé de jouer les entremetteurs. Les municipalités elles-mêmes organisent des soirées de rencontres, notamment à l’accession à la majorité, à 20 ans. Billet d’entrée : 63 euros pour les garçons, 28 euros pour les filles.

Ces initiatives vont peut-être permettre à la jeune population de passer outre les aléas économiques et l’anxiété relative aux revenus et au travail, autant de facteurs qui découragent les jeunes actifs à fonder une famille. Mais elles ne vont pas améliorer le système d’aide financière pour la naissance, qui reste insuffisant, de même que les modes et infrastructures d’accueil des tout-petits, qui font défaut.

Subventions et aides : Tulle, la ville si chère à Hollande

Le chef de l’Etat reste très attentif à la Corrèze et en particulier à Tulle, dont il fut maire et qui, au cours de l’année, a été bien dotée en subventions et en aides.

La lettre du Père Noël est arrivée il y a à peine une dizaine de jours. Elle est signée de la main de Jean-Marc Ayrault : en ces périodes de fêtes, le Premier ministre a le plaisir d’accorder « une subvention de 200.000 € » pour l’aménagement du parvis du futur cinéma de la ville de Tulle. Un cadeau de plus pour la préfecture de Corrèze, sur laquelle François Hollande, son ancien maire, garde un œil plus que bienveillant depuis son élection à l’Elysée.
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13 juillet 1931, la crise bancaire panique l’Allemagne

Avant les élections allemandes du 22 septembre prochain, La Tribune vous propose de revenir sur l’histoire de l’économie allemande en 7 dates choisies subjectivement. Aujourd’hui : le 13 juillet 1931, la faillite de la deuxième banque d’Allemagne provoque un “bank run” dans tout le pays.

Par Romaric Godin

Au petit matin de ce lundi 13 juillet 1931, les clients trouvent porte close devant les agences de la deuxième banque d’Allemagne, la Darmstädter und Nationalbank (Danatbank). Pour toute explication, une affiche : « La Danatbank communique qu’elle est contrainte de fermer ses guichets. Le gouvernement du Reich assurera la pleine garantie de l’ensemble des dépôts et du démantèlement des activités de la Danatbank. » Autrement dit, l’établissement est en cessation de paiement. En faillite.

Panique aux guichets

L’information se répand comme une traînée de poudre dans toute l’Allemagne. Les déposants qui ont la chance – relative – de ne pas être clients de la Danatbank se ruent vers les guichets pour éviter le sort de ces derniers. Vers midi, la plupart des banques doivent fermer leurs guichets, faute de liquidités. L’ensemble du système financier allemand est au bord de l’effondrement.

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Permis de conduire : Contester les retraits de points va devenir complexe

La mesure est passée inaperçue. La ministre de la Justice a publié le 15 août dernier un décret mettant fin «à la voie d’appel pour l’ensemble du contentieux du permis de conduire», faisant perdre aux automobilistes une partie des moyens dont ils disposaient pour se défendre contre l’État devant les tribunaux.

Le décret du ministère de la Justice paru le 15 août au Journal officiel (voir le texte sur Legifrance) prévoit en effet que « la voie de l’appel est supprimée pour (…) le contentieux du permis de conduire ». Cette décision, qui entrera en vigueur à compter du 1er janvier 2014, fera que des milliers de jugements contestés – comme les pertes de points, les permis invalidés ou les suspensions de permis – ne pourront plus prendre le chemin des cours administratives d’appel.

“Concrètement, quand votre permis est suspendu ou quand vous perdez des points et que vous voulez contester la décision, vous saisissez le tribunal administratif”, explique Matthieu Lesage, avocat et vice-président de l’Automobile Club des Avocats (ACDA).

“Si la décision rendue ne vous convient pas, vous ne pourrez plus faire appel, vous serez obligé d’aller directement devant le Conseil d’Etat, avec un avocat et des arguments strictement en droit”, explique-t-il.

L’Automobile Club des Avocats (Acda) «dénonce une mesure restrictive de droit» et qui «constate encore une fois que l’automobiliste n’est pas traité comme n’importe quel justiciable».

Sources : Legifrance / Les Echos / Le Figaro / France2 / Le Journal du Siècle

L’énigme de la servitude volontaire

Posée pour la première fois par Étienne de La Boétie, 
la question de la servitude volontaire demeure un mystère que 
maintes théories politiques ont tenté en vain d’élucider. Aujourd’hui, 
le texte initial continue de susciter l’intérêt des philosophes politiques.

« Je désirerais seulement qu’on me fît comprendre comment il se peut que tant d’hommes, tant de villes, tant de nations supportent quelquefois tout d’un tyran seul, qui n’a de puissance que celle qu’on lui donne, qui n’a pouvoir de leur nuire, qu’autant qu’ils veulent bien l’endurer et qui ne pourrait leur faire aucun mal, s’ils n’aimaient mieux tout souffrir de lui, que de le contredire (1). »

Lorsqu’il écrivit ses lignes, Étienne de La Boétie n’aurait eu que 16 ans. Une précocité qui ne manque pas de forcer l’admiration tant l’œuvre dont il est question, Discours de la servitude volontaire, a su traverser les siècles, préservant en elle l’actualité toujours intacte d’une interrogation, d’une énigme politique qu’aucune époque n’a su résoudre jusqu’alors : comment est-il possible qu’un ensemble d’individus aussi vaste qu’une nation puisse se soumettre à la volonté d’un seul et perdurer sous sa domination ?

Formulée et reformulée à de multiples reprises auprès de divers penseurs, la réponse à cette question semble presque fondamentalement échapper à celui qui la pose, à tel point qu’elle apparaît souvent comme l’énigme par excellence de la politique, celle qui se trouve au cœur même de sa définition. Pourquoi les sociétés humaines se construisent-elles sous le joug d’un État qui les gouverne ? Longtemps perçu comme un pamphlet politique en faveur de la république contre la monarchie, le Discours de la servitude volontaire ouvre, cependant, une voie de réflexion qui dépasse la simple lecture militante pour trouver un écho universel qui n’épargnerait aucun régime politique.

La question de la servitude volontaire, en effet, semble indépendante de toute appartenance historique. Elle ne pose pas seulement la question de la domination mais celle de sa persévérance et de son apparente acceptation par le peuple. Elle cherche à débusquer ces mystérieuses forces spirituelles et matérielles qui poussent l’homme à accepter la soumission et à aller, parfois, jusqu’à la souhaiter.

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États-Unis : Après la faillite, le retour au Far West

Quel rôle l’État doit-il jouer, peut-on vivre avec le moins d’État possible ? Cette thématique était au centre de la dernière élection présidentielle américaine. Reportage dans deux villes qui partagent un même sort: elles sont au bord de la faillite. Mais c’est leur seul point commun.

Trenton, capitale du New Jersey, à majorité noire et hispanique, est complètement dévastée – et vit désormais avec une force de police amputée d’un tiers. Résultat : les crimes ont augmenté de façon spectaculaire. Une insécurité qui la fait glisser un peu plus dans l’abîme.

A une heure à peine de New York c ’est l’une des villes les plus dangereuses des États-Unis, un terrain de jeu pour les gangs et les dealers, et pourtant Trenton a dû licencier plus de 100 policiers, soit un tiers de ses effectifs. A l’image de nombreuses cités américaines au bord de la faillite, elle n’a même plus les moyens de payer pour la sécurité publique.

Colorado Springs, elle, vit aussi au régime sec, mais ici c’est un choix délibéré. Dans cette ville au pied des Rocheuses, le «moins d’État», c’est presque une religion.

Quand la crise a frappé, la ville de Colorado Springs a sauvé ses policiers, mais elle a sabordé d’autres services publics. Lampadaires éteints, parcs laissés à l’abandon, piscines fermées : les citoyens se sont réveillés du jour au lendemain dans un tout nouvel environnement. Ce qui est vraiment surprenant, c’est le programme d’adoption qui a été lancé par la ville: ainsi les plus riches ont pu se payer leur lampadaire ou leur parc… Et les businessmen les plus importants en ont profité pour prendre les rênes.

Nouvelle-Calédonie : l’État abandonne 289 millions de créances

L’État a décidé de laisser courir la prescription quinquennale de la dette minière de la Nouvelle-Calédonie d’un montant de 289,4 millions d’euros, l’effaçant de fait, a-t-on appris mardi de source proche du haut-commissariat de la République.

«Compte tenu de l’engagement constant de l’État aux côtés de la Nouvelle-Calédonie, le Premier ministre a décidé de régler favorablement, avant l’échéance de 2014, la dette constituée entre 1975 et 1984».

En l’absence de toute demande de reversement, la créance de l’État a été prescrite le 18 juin 2013. La Nouvelle-Calédonie avait contracté cette dette par le biais de deux protocoles signés en 1975 et en 1984 dans le cadre de la Caisse de stabilisation des recettes fiscales provenant des activités de la métallurgie des minerais de nickel.

Pour garantir à la Nouvelle-Calédonie un niveau minimum de recettes provenant des activités minières et métallurgiques, l’État s’était engagé à compenser les variations du cours du nickel.
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Les banques françaises recevront 30 milliards d’euros

Quelques heures après leur départ de l’Élysée, les banquiers ont goûté leur plaisir. Alors qu’ils alertent depuis des mois sur les risques que représentent pour l’économie leurs contraintes en matière de liquidités, Bercy annonçait dans un communiqué avec la Caisse des dépôts qu’ils allaient récupérer non pas 25 mais 30 milliards d’euros de dépôts de l’épargne réglementée, aujourd’hui centralisée par le Fonds d’épargne au sein de l’institution de la rue de Lille.

L’exécutif multiplie les signes de détente

En réalité, cette décision avait été prise deux jours avant, lors de la commission de surveillance de la Caisse des dépôts. Les membres de la vigie parlementaire de l’institution financière ont en effet estimé que libérer cinq milliards de plus de la collecte centralisée du Livret A et du LDD ne porterait pas préjudice au Fonds d’épargne.

« Ces ressources permettront aux banques de prêter davantage pour le financement de l’économie, principalement au bénéfice des petites et moyennes entreprises », précisait le communiqué.

Au contraire, celui-ci dispose de près de 110 milliards de dépôts non utilisés qu’il place sur les marchés à des taux trop bas par rapport à la rémunération qu’il doit servir aux détenteurs de Livret A et LDD. Rendre une partie de ce trésor de guerre va donc permettre au Fonds d’épargne d’optimiser sa gestion de liquidité.
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Portugal : L’État s’empare de la caisse de retraite pour soulager son service de la dette

La semaine dernière, le gouvernement portugais a donné son feu vert pour permettre aux fonds de pension de pouvoir investir davantage dans les obligations d’État portugaises.

Désormais, les fonds de pension pourront investir jusqu’à 90% de leurs actifs en obligations souveraines, alors qu’ils étaient limités à 55% jusqu’à présent. L’écart représente environ 4 milliards d’euros, une bénédiction pour le gouvernement qui veut réduire ses coûts de financement. Le Portugal n’a pas besoin de financement supplémentaire pour 2013, mais cette nouvelle mesure devrait lui permettre de couvrir un quart de ses besoins de financement pour 2014.

La technique employée par le Portugal n’est pas nouvelle, et les économistes lui ont même trouvé un nom, parlant de «répression financière». En poussant les investisseurs captifs à placer leurs avoirs dans les obligations gouvernementales, elle permet de réduire les coûts de service de la dette publique. Lorsque les taux d’intérêt passent en dessous du taux de croissance nominal (taux de croissance majoré de l’inflation), la dette exprimée en pourcentage du PIB  tend à baisser.

« Pourquoi voudriez-vous restructurer la dette alors que la répression financière est si élégante? », demande Joseph Di Censo, un ancien fonctionnaire du FMI devenu gérant de portefeuille chez BlackRock.

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Météo France, CNC, Ademe : la Cour des comptes dénonce le financement des opérateurs d’Etat

Un rapport fustige les taxes dites “cachées”, ces vrai-faux impôts qui financent les opérateurs d’Etat, Météo France, les agences de l’eau, le centre national de la cinématographie, et qui explosent depuis 2007 : plus 28%. Le Conseil des prélèvements obligatoires, qui dépend de la Cour des comptes, estime qu’elles servent à maquiller le budget et préconise une réforme de grande ampleur.

Il s’agit de ces taxes que l’on paie sans s’en rendre compte, des taxes dites “affectées“, et qui servent à financer les opérateurs d’Etat, des dizaines d’entités effectuant des missions d’intérêt général (Centre national du cinéma, agences de l’eau, Office français de l’immigration et de l’intégration, Météo France…). Par exemple quand on achète un ticket de cinéma ou quand on loue une vidéo, le Centre national de la cinématographie (CNC) récupère à chaque fois quelques dizaines de centimes d’euros. Même chose pour ces entreprises qui payent la taxe sur les activités polluantes, cela part dans les caisses de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe).

Le Conseil des prélèvements obligatoires (CPO), dépendant de la Cour des comptes, a recensé 309 taxes en 2011, qui misent bout à bout représentent 112 milliards d’euros, rapporte un rapport rendu mercredi au Premier ministre. ”La fiscalité affectée a augmenté de plus de 28% entre 2007 et 2011 contre 7% pour l’ensemble des prélèvements obligatoires“, a commenté le premier président de la Cour des comptes Didier Migaud.

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Transport de l’or : L’inquiétant décret n°2013-417 du 21 mai 2013

Chaque jour, en France, une ou plusieurs libertés disparaissent, sans bruit, sans laisser de trace. Au 1er juin, c’est un petit bout de la liberté d’échanger de la valeur, directement, entre particuliers qui vient de s’effacer. Et bien sûr, pas un bruit dans les médias. Avant d’entrer dans le vif du sujet, un petit rappel historique s’impose.

Comme vous le savez sans doute, la vente, l’achat et la détention de métal précieux en France est soumise à une certaine réglementation qui a pas mal évolué dernièrement. Jusqu’à récemment (2011), il était relativement aisé d’acheter de façon anonyme de l’or ou de l’argent, en payant en petites coupures non marquées espèces et ce, jusqu’à plusieurs milliers d’euros. De la même façon, il était aisé de faire appel à des numismates, même à distance, pour acheter et vendre des pièces d’or et d’argent, quitte à clore la transaction par un échange postal, sur le mode : « je vous paye par virement ou par chèque, envoyez moi donc mes pièces par la poste. » ; après tout, les Postiers font un travail remarquable, d’ailleurs habilement mis en scène dans de fort jolies publicités vitaminées.

 Et pour parler, justement, des achats de piécettes, en septembre 2011, les modifications introduites à l’article L112-6 du code monétaire ont fait parler d’elles ; on trouvait en effet la phrase suivante :

Toute transaction relative à l’achat au détail de métaux ferreux et non ferreux est effectuée par chèque barré, virement bancaire ou postal ou par carte de paiement, sans que le montant total de cette transaction puisse excéder un plafond fixé par décret. Le non-respect de cette obligation est puni par une contravention de cinquième classe.

En substance, l’achat et la vente de métaux ne peut plus s’effectuer en espèces. Le but affiché était alors de briser l’anonymat de certains vendeurs de métaux récupérés de façon alternative (et pour le dire clairement, il s’agissait lorsque la loi fut votée de lutter contre les vols de métaux comme le cuivre, opérés par certains spécialistes plus ou moins finauds dont certains défrayent régulièrement la chronique au rayon barbecue sur lignes haute-tension de la SNCF). Du reste, avec maintenant plus d’un an de recul sur cette loi, on peut évidemment constater que ce genre de prouesse législative douteuse apporte une réponse définitive aux vols observés puisqu’ils ont complètement disp … Ah tiens, non, en fait.

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Chine : L’inquiétude monte autour de l’endettement

La dette est supérieure à celle des autres pays émergents.

Attention au dérapage ! Les inquiétudes se font de plus en plus palpables au sujet de l’endettement de l’économie chinoise. En mars, la banque Nomura mettait en garde contre un risque de crise financière. En avril, l’agence de notation Fitch dégradait la note de la dette chinoise en monnaie locale en raison de l’explosion du crédit. Et hier [14 mai 2013], ce sont simultanément deux institutions, CLSA et Moody’s, qui ont tiré la sonnette d’alarme.

Le courtier CLSA, régulièrement optimiste au sujet de la Chine, a en effet présenté, à Pékin, une étude qui fait état d’un risque en nette hausse en matière d’endettement. Son auteur, Francis Cheung, qui dirige la stratégie de CLSA pour la Chine, a ainsi dressé le tableau d’une économie «droguée» à la dette, comme en témoigne la hausse du crédit de 58% constatée lors du premier trimestre de cette année.

Efficacité remise en cause
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François Hollande peut-il encore éviter un «1789» bis?

A la Une du Point cette semaine, « Sommes-nous en 1789 ? ». L’hebdomadaire évoque les dernières heures de la monarchie et révèle les troublantes similtudes entre la chute de Louis XVI et l’abandon complet des rênes du pouvoir par François Hollande. Un historien explique que nous sommes sans aucun doute en 1788 : les marges de manoeuvre sont réduites pour le pouvoir (si mal) en place, afin d’éviter d’entrer de plain-pied en 1789, bis.

Ce n’est pas Frigide Barjot qui a appelé le 5 mai à une grande manifestation nationale afin de donner un « coup de balai » : c’est Jean-Luc Mélenchon, candidat à l’élection présidentielle il y a 10 mois, qui a attiré sur lui 11,1 % des suffrages. Les sondages lui en accordaient souvent 15 ou 18 %. C’est Marine Le Pen, (particuliérement discrète en ce moment, pour des raisons stratégiques évidentes), qui a atteint les 18 % promis à Mélenchon. A eux deux, ils ont rassemblé 39 % de l’électorat français. Que réclame Mélenchon ? Ni plus ni moins qu’une sixième République. Que réclame Marine Le Pen ? Une dissolution, et la proportionnelle. La démission du gouvernement et du Président au passage.

Qui doit payer ? Le Tiers-Etat, les classes moyennes

Mais qui défile dans la rue tous les soirs depuis des semaines, non seulement à Paris, mais un peu partout en France ? Des hommes et des femmes, leurs fils et leurs filles, de tous âges. La plupart n’ont jamais manifesté de leur vie, ou alors pour les plus vieux, en 1984 pour l’Ecole Libre, et en 1997 contre le PACS. Qui sont-ils ? Des petits bourgeois, la classe moyenne. Les cheveux peignés. Les filles en ballerines. Tous mains nues.

Retournons un instant en 1789. Qui, excédé par le mépris dans lequel le Roi les enferme, se proclame Assemblée nationale constituante ? Les députés du Tiers-Etat. Qui sont-ils ? Des petits bourgeois, la classe moyenne.

Qui, en 2013, retourne dans la rue tous les soirs, quasiment tous les week-ends (les prochaines manifestations massives sont programmées pour le 5 mai, le 26 mai). Des petits bourgeois, la classe moyenne.

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