La fin du Monde

« Le bonheur est l’harmonie dans laquelle nous vivons avec les choses qui nous entourent. Moins ces choses sont nombreuses, plus elles sont simples, et plus l’accord est pur et aisé. De là vient que les êtres simples ont aussi le moins de mal à être heureux.

Un bout de jardin avec des fleurs et des fruits, une table avec un hôte aimé et une bouteille de vin, la lampe paisible qui luit sur un livre et le service à thé – ce sont des compositions qui rendent heureux, quand s’y joint l’harmonie intérieure.

L’homme qui vit d’une telle harmonie est au centre d’un cercle dans lequel elle se rend visible. Ce sont des îles au sein du chaos de ce monde. Un jardin, un lieu de travail, un petit intérieur, un cercle d’amis – tous attestent le génie de celui autour duquel ils se sont dessinés. Ils montrent que le bonheur, la joie, la possession ne consistent pas à s’isoler, et que leur essence réclame la communauté, l’épanchement. Elle se trouve dans le don, dans le partage des biens reçus. Il n’y a d’autre richesse que de donner.

L’étendue de ces îles dépend de la hauteur de l’homme. Le moindre d’entre les humains peut être dispensateur, peut répandre la clarté, ne fut-ce que la plus petite lumière. Le bonheur du jardinier se fait voir dans les fruits, se fait entendre dans la chanson que chante sa femme devant l’âtre. Les princes forment des royaumes autour d’eux. Les étoiles sont des îles dans l’océan de l’univers ; nous pressentons que les forces bonnes y ont leur patrie. »

- Ernst Jünger

(Merci à Romain)

L’Occident comme déclin

(extraits)

Par Guillaume Faye

N.B. : ce texte date de 1985.

Phénix renaissant de ses cendres (enluminure du Bestiaire d'Aberdeen, XIIème siècle)

En apparence, l’erreur d’Oswald Spengler fut immense : il annonçait pour le XXème siècle le déclin de l’Occident, alors que nous assistons tout au contraire à l’assomption de la civilisation occidentale, à l’occidentalisation de la Terre, à la généralisation de cet « Occident » auto-instauré comme culture du genre humain, dont, suprême paradoxe, les nations néo-industrielles de l’Orient constitueront peut-être d’ici peu l’avant-garde. En apparence toujours, c’est au déclin de l’Europe que nous sommes conviés. Montée en puissance de l’Occident et perte de substance de l’Europe : les deux phénomènes sont sans doute liés, l’un entraînant l’autre. Tout se passe comme si, après avoir accouché de l’Occident, répandu aujourd’hui sur toute la planète, l’Europe épuisée entrait dans un nouvel âge sombre.

La thèse ici présentée sera simple : l’Occident n’est pas « en » déclin – il est au contraire en expansion – mais il est le déclin. Et il l’est depuis ses fondements, depuis son décollage idéologique au XVIIIème siècle. L’Europe, quant à elle, n’est qu’en décadence.

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