La BnF accusée de privatiser des oeuvres du domaine public

La Bibliothèque nationale de France a passé des accords avec des sociétés privées pour numériser 70 000 livres et 180 000 disques. Elle est accusée de privatiser et de commercialiser le domaine public. Polémique.

Dans un communiqué de presse daté du 15 janvier 2013, le Ministère de la Culture et la Bibliothèque nationale de France ont annoncé avoir conclu deux partenariats avec des entreprises privées afin de numériser et valoriser 70 000 livres anciens et 180 000 disques.

Les oeuvres concernées par ces accords relèvent en partie du domaine public, et leur exploitation commerciale exclusive pour 10 ans par les entreprises partenaires, prévue par ces accords, suscite de vives réactions:

l’Association des Bibliothécaires de France (ABF) s’inquiète ainsi des conditions d’accès aux contenus numérisés, demande la publication des accords et “la suppression de toute clause réduisant la communication des oeuvres concernées à une prestation marchande”.

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Qu’est-ce que le capitalisme ?

Alors que le capitalisme semble régner sans partage sur tous les recoins de la planète, les historiens débattent comme rarement sur sa genèse. Depuis que des chercheurs ont entrepris de réviser de fond en comble l’histoire économique des contrées non européennes, c’est une nouvelle histoire du capitalisme qui se profile.

Les travaux d’histoire globale ont remis sur le tapis la question des origines du capitalisme en montrant que nombre de ses ingrédients constitutifs peuvent être repérés bien avant le XVIe siècle, tant en Europe qu’en Asie, qu’il s’agisse de l’existence de marchés développés, du système de crédit, de contrats salariaux, de l’impérialisme (1)… Ce courant de recherche prolonge en ce sens la vision de Fernand Braudel, pour lequel le capitalisme se définit comme un ensemble de pratiques présentes dans de multiples sociétés, à de multiples époques (2).

D’une manière qui semble contre-intuitive aujourd’hui, tant on a pris l’habitude, bien à tort, d’assimiler le capitalisme à l’économie de marché, l’historien français définit le premier en l’opposant à la seconde. Alors que l’économie de marché renvoie à des échanges de proximité intervenant dans des marchés réglementés et transparents, comme ceux des foires de Champagne au Moyen Âge, pour Braudel, le capitalisme consiste à contourner les règles de la concurrence pour dégager des profits exceptionnels. Le capitalisme est alors la recherche de positions de monopole, obtenues notamment en allongeant le circuit commercial jusqu’à le rendre opaque. Il trouve ainsi sa meilleure incarnation dans le commerce au long cours, pratiqué tout autant par les marchands vénitiens que par les diasporas juives, arabes ou indiennes qui, dès le Ier millénaire, font transiter des marchandises de la Méditerranée à l’océan Indien, de la mer Noire à la Chine.

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Les entreprises privées à nouveau plus sûres que les États

Au XIXe siècle déjà, en réponse aux guerres napoléoniennes, les taux d’intérêt payés par les États avaient coutume d’être très supérieurs à ceux des banques d’investissement. Mais une telle constellation ne s’était plus produite depuis 1948 dans les pays industrialisés.

“Napoléon traversant la Bérézina” – Huile sur toile de Janvier Suchodolski

La France doit payer un taux d’intérêt de 2,8% sur sa dette, l’Italie de 3,9%, l’Irlande de 6,8% la Grèce de 11,5%. A l’inverse de ces pays lourdement déficitaires, la Suisse offre un taux de 1,5%. Les écarts sont pires qu’au coeur de la tempête qui a soufflé sur l’eurozone ce printemps. Un événement nouveau s’est toutefois produit sur le marché du crédit. Les États les plus endettés ne sont plus considérés comme plus sûrs que les grandes entreprises privées de ces pays. Leur risque de défaut est supérieur à celui des sociétés. Ce signal envoyé aux autorités politiques mérite une analyse.

Au XIXe siècle déjà, en réponse aux guerres napoléoniennes, les États n’étaient pas de bons débiteurs. Leurs taux d’intérêt avaient coutume d’être très supérieurs à ceux des banques d’investissement. Mais une telle constellation ne s’était plus produite depuis 1948 dans les pays industrialisés. Aujourd’hui, le risque des banques Intesa San Paolo, Monte dei Paschi et Banca Nazionale del Lavoro, mesuré par le risque de défaut (CDS), est inférieur à celui de l’État italien. En Grèce, le risque de défaut de Hellenic Telecom est cinq fois plus bas que celui de l’État. En France, celui de France Telecom est inférieur à celui de l’État français. Ce prix n’est pas une estimation lancée au hasard d’une réunion politique, mais celui que paient effectivement les investisseurs et entreprises. S’ils se trompent, ils en subissent les conséquences sur leur propre porte-monnaie. Au contraire du marché des CDS, réservé aux professionnels, on n’observe pas encore un pareil phénomène sur le marché obligataire.

Depuis 1948, la plus grande sécurité à l’égard des titres de l’État était intimement liée à l’introduction sur une grande échelle de l’impôt sur le revenu. Les États gagnaient une source de financement supplémentaire, stable et considérable. Le risque de faillite chutait fortement et les taux d’intérêt s’inscrivaient logiquement en dessous de celui des entreprises. Mais les excès étatiques ont tué la poule aux oeufs d’or.

Un libéral peut se réjouir du sort subi par les États ultra-keynésiens. Mais les victimes de ces errements risquent d’être nombreuses. Le capitalisme a besoin d’un État réduit à ses fonctions régaliennes et délesté de ses excès de redistribution, mais pas d’un État en faillite.

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Les banques françaises très exposées à la dette grecque

Les établissements français sont les plus engagés en Grèce, avec des créances qui atteignent environ 53 milliards d’euros. L’exposition globale du Crédit Agricole s’élève à près de 30 milliards d’euros.

Après Société Générale, mercredi, BNP Paribas vient de publier ses résultats trimestriels et par la même occasion son exposition à la dette de la Grèce. Alors qu’elle a fait état d’un bénéfice net en hausse de 39,1% à 2,28 milliards d’euros pour le premier trimestre, BNP Paribas a présenté, à ce jour, l’exposition à la dette grecque la plus élevée des banques françaises. Elle s’élève à 5 milliards d’euros, auxquels s’ajoutent 3 milliards d’euros d’engagements commerciaux sur des entreprises privées grecques. La banque précise que les crédits au secteur privé grec ne représentent que 0,2% des engagements totaux du groupe, tandis que l’exposition à la dette de l’État grec n’en pèse que 0,4%.

«Si l’on se place à court terme, le risque le plus important est l’exposition à la dette privée, affirme Christian Parisot, économiste et responsable de la stratégie d’Aurel BGC. La mise en place d’un plan de rigueur aurait un impact négatif certain pour l’économie grecque. Il entraînerait une contraction de 3 à 4% du PIB, augmenterait le risque de défaut des ménages, moins solvables qu’un État, et par voie de conséquence celui des entreprises.»

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La bulle immobilière chinoise officiellement proche de l’explosion

Nous avons récemment évoqué cette question.

Désormais, c’est Le Quotidien du Peuple, organe officiel du Parti communiste chinois, qui s’en inquiète.

Lorsque la Chine a annoncé son plan massif de relance économique, cette série de mesures était surtout orientée pour mettre l’économie sur une trajectoire de croissance à long terme, et non pas pour attiser un nouveau boom immobilier.

Mais les craintes augmentent, concernant le fait que le plan de relance de 4 trillions de yuans (586 milliards de dollars) a été siphonné afin de gonfler la bulle immobilière qui risque d’éclater bientôt.

Pour de nombreux acheteurs potentiels, les prix des logements étaient déjà trop élevés quand les mesures ont été lancées en novembre de l’année dernière.

Pourtant, l’écart entre les salaires et les prix immobiliers pourrait se creuser davantage, si les sommes qui sont actuellement dépensées lors des enchères des terrains sont un indicateur.

Partout dans le pays, les compagnies achetant des parcelles de terre, surnommées di wang (地王), ou « les rois de la terre», empochent des sommes sans précédent lors d’enchères frénétiques.

Ce qui a cependant surpris de nombreux analystes expérimentés dans ce domaine, c’est que la plupart des appels d’offres soit effectuée par des entreprises publiques (entreprises d’Etat), qui ont facilement l’accès à des moyens de financement grâce au plan de relance.

Sur les 10 principales acquisitions de terre les plus chères dans les grandes villes de Chine cette année, 6 ont été faites par des entreprises publiques. Lire la suite