Gunther Anders : De la désuétude de l’homme

La technique désacralise tout même si elle apparaît souvent comme magique et indispensable. La technique actuelle est très différente des sociétés antérieures. Les moyens dont nous disposons sont disproportionnés par rapport à nos capacités d’humains. Les humains sont vite limités, les machines ne le sont pas. La compréhension des finalités de nos ensembles techniques est très difficile.

La technique englobe tout. Notre vie est enserrée dans la technique, qu’elle soit machinique ou organisationnelle. Dans notre vie, selon Gunther Anders, il existe deux types de travail, celui de la journée et celui du soir ou du week-end, du temps libre. Le premier concerne la production, le second celui de la consommation.

La production des marchandises produit aussi la demande, l’offre sollicite la demande. Il y a une sorte d’inversion avec le développement de la science et de la technique. La publicité est en charge de faire écouler la production pour que se réalise le capital. Il y a bien un travail humain au service de la consommation.

Anders parle de l’importance de la télévision dans ces dispositifs. La télévision a pour fonction de produire le monde. Elle prend le relais des grands systèmes religieux et philosophiques. C’est la télévision qui donne maintenant une vision d’ensemble. La télévision nous rend consommateur du monde. Gunther Anders a observé la société américaine, où l’influence de la télévision était perceptible dès les années 40.
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Bernard Charbonneau : « Repenser notre civilisation »

Bernard Charbonneau (1910-1996) est l’auteur qui, en 1973, a écrit “Triste campagnes”. Dans cet essai, il examine comment ce que l’on appelait à l’époque la modernisation agricole a favorisé le déclin et la décomposition des sociétés paysannes du Béarn, dans le Sud-Ouest de la France, où il avait choisi de s’établir au lendemain de la deuxième guerre mondiale.

Ce faisant, à travers l’examen méthodique de l’évolution d’une région donnée, il mettait à nu de manière prémonitoire la logique d’une évolution technique et économique qui n’a fait que s’accélérer et qui aujourd’hui, partout dans le monde, dissout le lien qui associe les sociétés paysannes à leurs terroirs et détruit leur identité.

Charbonneau a porté sur son siècle un regard à la fois critique et exigeant. Dès sa jeunesse, il acquiert la conviction que ce siècle serait – et pour les mêmes raisons – à la fois celui des totalitarismes et du saccage de la nature. Du Jardin de Babylone, à La planète et le canton, en passant par Tristes Campagnes et La fin du Paysage, c’est cette conviction, qui oriente sa manière de décrire l’évolution du monde et des paysages qui l’entourent ; c’est le fil rouge de sa carrière de penseur qui fut celle d’un géographe et d’un professeur.

Toute son œuvre est marquée par l’idée que « le lien qui attache l’individu à la société est tellement puissant que, même dans la soi-disant “société des individus”, ces derniers sont si peu capables de prendre leurs distances avec les entraînements collectifs que, spontanément, ils consentent à l’anéantissement de ce à quoi ils tiennent le plus : la liberté. »

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