Grande-Bretagne : « La croissance est basée sur la dette privée »

En Grande-Bretagne, quelques jours après le succès des conservateurs aux élections, une grande partie des Britanniques peine à voir la couleur du redressement de l’économie. Cette économie, comment est-elle perçue? Réponse de Peter Urwin, professeur d’économie appliquée à l’Université de Westminster.

La goutte d’eau irlandaise

En Irlande, le parti nationaliste Sinn Féin pourrait profiter d’un paysage politique en décomposition lors des prochaines élections législatives. Mais la principale menace pour les politiques d’austérité a pris une forme plus inattendue : le rejet massif d’une taxe sur l’eau courante.

Le 24 juillet 2014, le quotidien britannique The Guardian s’interrogeait sur l’un des mystères de la crise européenne : « Pourquoi les Irlandais réagissent-ils aussi calmement (1). » Longtemps érigé en parangon de réussite libérale (2), Dublin dévisse lors de la débâcle financière : le déficit budgétaire atteint 32 % du produit intérieur brut (PIB) en 2010, du jamais vu.

Mais la petite île émeraude conserve son statut de modèle. Non seulement le pays s’impose une cure d’austérité d’une violence rare, mais la population ne descend que rarement dans la rue. En avril 2009, le ministre des finances irlandais Brian Lenihan se félicite : « Nos partenaires en Europe sont impressionnés par notre capacité à endurer la douleur. En France, vous auriez eu des émeutes (3). »

En 2015, l’État continue à promouvoir l’image d’un pays apathique, érigeant en second slogan national l’expression locale « Feck it, sure it’s grand » T’inquiète, ça va aller »), déclinée sur des tabliers, des tasses ou des pyjamas pour bébés en vente dans les magasins de souvenir. Et pourtant, suggère la journaliste Kathy Sheridan, « L’Irlande s’est réveillée (4».
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Considérations éthiques à l’ère du journalisme robotisé

Dimanche soir, les robots-journalistes du journal Le Monde produiront – comme la semaine dernière *- résultats et fiches d’élections par milliers, très rapidement. Cette initiative arrive après celle de l’agence américaine Associated Press (AP) laissant depuis quelques semaines des machines écrire les résultats financiers ou sportifs.

Car les journalistes sont enfin disponibles pour des tâches plus gratifiantes, à plus forte valeur ajoutée. Vérifier, donner du sens, notamment. Ce qu’on leur demande, d’ailleurs !

Il n’empêche ! Des questions légitimes, souvent éthiques, se posent. Tom Kent, directeur adjoint de la rédaction d’AP, responsable des standards d’écriture et des guides de style de l’agence de presse, vient d’en lister 10.

1 – Les données d’origine sont-elles fiables ?
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Ukraine : Victoire éclatante des pro-occidentaux

Dans la nuit du 26 au 27 octobre, les votes ont été comptés à plusieurs reprises sous le regard de représentants des 40 partis qui ont participé à l’élection. Selon le président, cela donnera une grande majorité, plus des trois-quarts au Parlement, ce qui permettra de gouverner et de lancer les réformes.

Les milices de défense patrouillent toujours sur la place Maïdan, un an après les premières manifestations. 78 personnes sont mortes et les Ukrainiens viennent toujours leur rendre hommage. “Bien sûr que je suis allé voter hier, il faut qu’on montre aux nouveaux élus que les choses ont changé, que les citoyens vont surveiller de près ce qu’il se passe au parlement” explique une jeune femme, consciente de ses responsabilités.

L’urgence est de reconquérir l’Est du pays. Habillé en chef de guerre, Porochenko s’était rendu dimanche 26 octobre au matin dans cette région en conflit. 15% du territoire ukrainien échappe encore au contrôle de Kiev.

Chine : À Hong-Kong, les manifestations pro-démocratie prennent de l’ampleur

Occupy Central, l’organisation pro-démocratie la plus en vue, a rejoint la campagne de désobéissance civile, fer de lance depuis plusieurs semaine des étudiants.

La situation se tend à Hong Kong. Les manifestants pro-démocratie étaient massés dimanche devant le siège du gouvernement local, déterminés comme jamais à obtenir de Pékin davantage de libertés politiques grâce à une campagne de désobéissance civile de plus en plus tendue.

Après une semaine de manifestations animées par les étudiants en grève pour dénoncer la décision de Pékin de limiter la portée du suffrage universel, Occupy Central, l’organisation pro-démocratie la plus en vue, a décidé de se jeter officiellement dans la bataille.

Environ 1500 personnes étaient rassemblées dimanche devant les bâtiments qui abritent le siège du gouvernement et du conseil législatif de Hong Kong. Samedi soir, ils étaient d’après les estimations de l’AFP plus de 10.000. Nombre de manifestants avaient quitté les lieux en promettant de revenir après une douche et quelques heures de sommeil, mais la police a empêché des centaines de personnes de gagner la zone dimanche, suscitant la colère des participants.
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« J’ai pas voté »

Comme le confirment les élections européennes et municipales de 2014, l’abstention est le plus grand “Parti de France”. C’est l’expression d’une fracture entre la représentation nationale et les citoyens.

J’ai pas voté” est un film documentaire réalisé par Moise Courilleau et Morgan Zahnd. Analyse politique, décryptage et questions de fond sur les causes d’une abstention en constante augmentation. Ce film propose un bilan de cette crise politique et met aussi en avant des solutions possibles.

Les Français ne se reconnaissent plus dans leurs hommes politiques. Notre système démocratique est en panne. Il est urgent de réfléchir à notre modèle politique et à son avenir, de repenser la place du citoyen dans notre système démocratique.

Retraités « réenracinés »

Les zones rurales attirent de plus en plus de nouveaux résidents. Qui sont ces aventuriers? Rencontre avec ceux qui, à l’heure de la retraite, reviennent sur les lieux de leur enfance.

Au début, Danielle Baudin-Crouzet n’arrivait pas à dormir à Armand (Haute-Loire). Trop de silence. La rumeur de la ville l’avait bercée si longtemps, avant son installation dans ce hameau, qu’elle sursautait au moindre bruit, au plus petit craquement. Un cri d’oiseau, le soupir des forêts, une voiture qui passe, un rien. L’endroit, elle le connaissait pourtant comme sa poche.

C’est là qu’elle a grandi, dans la ferme de ses parents. Et de là qu’elle a marché, chaque matin, pour se rendre à l’école primaire du petit village de Trabesson, juste au-dessus.

Quand elle en est partie pour Lyon, avec son diplôme d’institutrice en poche, ce fut sans regret. « La vie était dure », se souvient cette jolie femme, née en 1947. A 1.000 mètres d’altitude, dans ce paysage de sapins noirs et de chemins tortueux, les hivers semblent longs avec un seul poêle pour chauffer toute la maison.
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Les partis politiques obéissent aux marchés et non aux électeurs

Les programmes économiques des partis reflètent-ils les opinions de leurs électeurs, ou celles des marchés financiers sur le pays? Très polémique, la question vient d’être traitée de manière dépassionnée et chiffrée par deux universitaires, dans une étude parue dans l’International Studies Quarterly.

Les chercheurs, Lawrence Ezrow (University of Essex, Royaume-Uni) et Timothy Hellwig (Indiana University, États-Unis) se demandent si «l’intégration économique compromet la capacité des partis à remplir leur rôle de représentation et d’expression des opinions de l’électorat», et citent dès leur introduction l’exemple français:

«Le PS s’est hissé au pouvoir dans les années 80 sur un programme de nationalisations et de redistribution. Pourtant, moins de deux ans plus tard, le président Mitterrand est revenu sur les politiques en faveur desquelles l’électorat avait voté et a opté pour une politique de rigueur pour mettre l’économie française en phase avec l’économie globale.»

Afin de tester l’hypothèse selon laquelle les partis répondent moins aux préférences des électeurs quand l’économie du pays est très ouverte, les chercheurs ont compilé toute une série de données: les positions, sur une échelle gauche-droite, de «l’électeur médian» (l’électeur qui se situe au centre de l’électorat, et dont le profil est donc très important pour obtenir une majorité) et des partis dans dix-huit pays au moment des élections, de 1977 à 2009; les indicateurs évaluant l’ouverture de chaque pays à la concurrence internationale.

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Revue de presse “spéciale Européennes” par Jovanovic et Rougeyron

Pierre Jovanovic et Pierre-Yves Rougeyron analysent les principaux faits marquants des élections européennes 2014 : victoire très nette du Front National, naufrage du PS, fragilités de l’UMP, et trajectoires des autres partis.

Ils évoquent également les scores des partis indépendantistes à travers l’Union Européenne, et notamment celui du parti UKIP de Nigel Farage qui ressort comme le grand vainqueur au Royaume-Uni.

(Merci à Imperator.)

Bernard Monot, l’économiste « libertarien » de Marine Le Pen

C’est l’une des nouvelles figures du Front national. Bernard Monot, 52 ans, est arrivé en tête aux élections européennes dans la circonscription centre, avec 24,18 % des suffrages. Il a distancé Brice Hortefeux, proche de Nicolas Sarkozy, qui a recueilli 21,38 % des voix. Tout un symbole.

Inconnu du grand public, Bernard Monot travaillait jusqu’alors à la Caisse des dépôts. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’il officiait au FN sous le pseudonyme de Nicolas Pavillon.

Il fit d’abord ses premières apparitions publiques au compte-gouttes, toujours lors de rendez-vous frontistes consacrés à l’économie. Il est ensuite devenu de plus en plus visible au FN, jusqu’à sa déclaration de candidature, fin février. Auparavant, il prenait un luxe de précautions pour rencontrer les journalistes, très soucieux de ne pas « griller » sa couverture.

M. Monot se revendique libertarien en matière économique. Ce qui peut apparaître contradictoire avec le discours interventionniste de Marine Le Pen. Il assure néanmoins qu’il « défend les principes de l’économie de marché protégée et régulée raisonnablement dans le cadre d’un État de droit ».

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Danemark : “Votez aux élections européennes ou l’on vous zigouille”

Avec son look de biker déjanté, Voteman n’a pas digéré de ne pas avoir d’influence sur certains choix européens, notamment celui concernant la quantité de cannelle sur ses gâteaux préférés. Il a donc décidé de se venger et d’aller chercher tous les récalcitrants par la force et de les conduire à l’isoloir.

Quand le trash se met au service de la démocratie

Le président du FolketingMogens Lykketoft, a déclaré: “nous tentons de faire réagir les très jeunes en les invitant à aller voter. [...] Nous devons pour cela utiliser toutes sortes de méthodes“.

Des méthodes qui n’ont visiblement pas plus aux Danois. Sur la page Facebook du Parlement danois, les réactions étaient sans appel : une vidéo “embarrassante“, “gênante“, “sexiste” et “violente”, qui n’est pas “digne“. 

Devant une telle avalanche de critiques, le Parlement a décidé de retirer la vidéo qui a coûté environ 27.000 euros indique le Copenhagen Post. Le lien disponible sur le réseau social n’était effectivement plus actif mardi matin. Le Parlement a également publié sur sa page une sorte de mea culpa dans lequel Morgen Lykketoft a fini par reconnaître que le Parlement en tant qu’institution devait faire attention à l’utilisation de son image.

Cliquer sur sous-titre pour obtenir la traduction en français

Frédéric Lordon : « Pourquoi faut-il sortir de l’euro »

L’économiste Frédéric Lordon publie le 26 mars prochain “La Malfaçon“, réflexion sur la manière dont la monnaie unique européenne a détruit les souverainetés populaires. Le livre le plus important avant les élections européennes.

Fut un temps où il était impossible d’émettre la moindre critique sur l’euro. La pensée économique était aussi unique que la monnaie et endormait les 324 millions de citoyens peuplant ladite zone euro. La crise de 2008, la plus longue et profonde depuis 1930, il balayé les certitudes au point que l’euro bashing serait presque devenu tendance.

Raison de plus pour être sélectif dans la critique. Celle que nous propose aujourd’hui sort justement du commun. Plutôt que de nous démontrer par a + b qu’on peut sortir de la monnaie unique, que cela ne nous coûtera pas trop cher, que les problèmes économiques du pays en seraient magiquement résolus et que cela ne tirerait pas à conséquences, il affirme au contraire, à raison, Qu’il ne s’agira pas d’un dîner de gala.

« Il faut en finir avec ces imprécations mi-débiles, mi-hallucinées qui nous promettent renfermement façon forteresse en cas d’abandon de l’euro. »

Absence de démocratie
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Jacques Sapir : « Vers une crise de régime ? »

Les sondages indiquent un effondrement de la popularité du Président, mais aussi du Premier Ministre et des ministres du gouvernement. Moins d’un an après l’élection présidentielle, et les élections législatives, c’est un phénomène très rare de désaffection massive, qui conduit certains commentateurs à parler d’« enfer ».

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États-Unis : Élection présidentielle et politique étrangère

Intervention d’ enregistrée le 26 octobre 2012.

L’on a vu un candidat, puis un président démocrate, non seulement entériner l’essentiel de la posture internationale de son prédécesseur, mais faire pire que lui dans au moins deux domaines : l’utilisation des drones et des assassinats ciblés dans des nations étrangères aux États-Unis, qui ne sont pas en situation de guerre contre les États-Unis, a été multipliée.

Une loi a été passée, dans le cadre de la loi de défense – à la fin 2011 – qui autorise sans limitation de durée, sans présence d’un avocat et sans aucun regard extérieur, la détention de tout citoyen américain – ou de non citoyen capturé sur le sol américain – qui représenterait un danger pour la sécurité intérieure américaine.

Ce sont des lois d’exception et ce sont des lois dont – en d’autres temps – on aurait dit qu’elles n’ont rien de démocratique.

(Merci à Imperator.)

L’Amérique profonde saisie par le blues

Déboussolés par la crise, de nombreux Américains attendent toujours les bénéfices d’une reprise économique qui, bien que réelle, demeure insuffisante. Ils craignent, surtout, que l’American Dream ait disparu.

(…)

Malgré trois ans et demi de reprise, l’économie américaine compte encore plus de 12 millions de sans-emploi (soit un taux de chômage de 7,8% en septembre) et le nombre de personnes vivant sous le seuil de pauvreté dépasse les 46 millions. Pis, tandis que le revenu des plus pauvres a encore régressé en 2011 (-1,2% pour les plus bas), celui des plus aisés a augmenté de 1,6%, selon les données officielles. Jamais, en 40 ans, le fossé entre riches et pauvres n’avait été aussi large.

Autant dire que l’American Dream, celui d’une prospérité acquise, pour soi ou ses enfants, à force de travail, a du plomb dans l’aile. « C’est vrai que l’Amérique n’a pas le moral et que la frustration est grande », convient Neal Soss, chef économiste au Crédit suisse, à New York. Certains croient qu’un changement à la Maison-Blanche, avec une victoire du candidat républicain, Mitt Romney, à la présidentielle du 6˙novembre prochain, leur rendra espoir. D’autres préfèrent donner à Barack Obama quatre années supplémentaires pour qu’il achève le travail commencé.

Si une élection se gagne sur de nombreux éléments, qui vont de l’argent levé pour la publicité à la personnalité des candidats en passant par leur programme, il est clair qu’au-delà de questions sociétales – avortement et mariage gay˙- ou de politique étrangère – guerre en Afghanistan, relation commerciale avec la Chine ou le Proche Orient˙-, l’économie est cette année la préoccupation majeure des électeurs.

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« Le laboratoire grec sert à radicaliser des politiques d’austérité »

Un entretien avec Stathis Kouvélakis enseignant-chercheur en philosophie politique au King’s College de Londres.

Les initiatives menées aujourd’hui au sein de la société grecque peuvent-elles dessiner les contours d’une alternative ou restent-elles éparses, fragiles et isolées ?

Stathis Kouvélakis : Depuis le début de la crise, on observe une tendance remarquable à l’auto-organisation de certains secteurs sociaux, et ce mouvement s’est renforcé au cours des derniers mois. Il s’agit avant tout de faire face au désastre social qui frappe le pays et à l’effondrement de l’État. Ce sont souvent, mais pas toujours, des noyaux militants qui lancent ces initiatives, qui visent avant tout à développer l’entraide et la solidarité, d’abord à l’échelle locale.

Je ne pense pas que, pour l’instant, ait émergé quelque chose qui pourrait être qualifié de tendance à l’autogestion dans les entreprises, le cas d’Eleftherotypia est beaucoup trop particulier pour servir d’indicateur en ce sens. L’expérience internationale très riche en la matière, je pense notamment à l’Argentine des années 2000, tend à montrer que ces formes d’auto-organisation survivent rarement à un « retour à la normale ». Sauf si elles s’articulent sur une perspective politique d’ensemble, capable de porter au pouvoir une alternative, un bloc de forces sociales populaires, comme ce fut le cas, là encore, dans certains pays d’Amérique latine, en Bolivie et au Venezuela notamment.
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Les salariés qui vont voter pour l’oligarchie aiment souffrir ? Ils vont être servis !

Tribune libre de Paysan Savoyard

Les Français savent que, pour la plupart d’entre eux, ils verront à brève échéance leur situation se dégrader. Ils y sont résignés. Ils se disent que c’est là une conséquence inévitable de « la crise », qui impose une cure d’austérité à tous les européens. Ces Français, ce faisant, manifestent une fois de plus leur incroyable naïveté.

Les difficultés économiques et sociales ne datent pas en effet de la crise financière de 2008 : elles ont quarante ans. Depuis le milieu des années soixante-dix, le chômage est massif (officiellement autour de 10 % de la population active ; bien plus en réalité) ; les finances publiques sont chaque année en déficit ; la dette publique ne cesse de croître. La dégradation il est vrai s’est fortement accélérée sous le mandat de M. Sarkozy : chômage supérieur à ce qu’il était il y a 5 ans ; augmentation de la dette de 500 milliards ; et désormais un déficit des échanges extérieurs permanent et qui ne cesse de se creuser. Il n’en reste pas moins que les difficultés économiques et sociales sont apparues bien avant ce quinquennat catastrophique.

Or il n’y a normalement aucune raison pour que la France soit en difficulté : le niveau de formation de sa population est bon ; les progrès de la science et de la technique sont permanents ; les infrastructures et les services publics sont de qualité ; les matières premières s’acquièrent à l’étranger à des conditions qui ne sont pas radicalement différentes de ce qu’elles étaient il y a quarante ans.

Les difficultés économiques et sociales sont exclusivement liées aux décisions prises par la classe dirigeante depuis quatre décennies, et en particulier à trois d’entre elles :

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Russie : Poutine jusqu’en 2018

Par Alexandre Latsa

Le 04 mars 2012, le peuple russe a voté et n’en déplaise à certains, il a voté massivement pour que Vladimir Poutine dirige la Russie jusqu’à 2018. Après le dépouillement de 99,3% des bulletins, Vladimir Poutine arrive en tête du scrutin avec 63,6% des suffrages, suivi par Guennady Ziouganov (17,19%) et Mikhaïl Prokhorov (7,98%). Vladimir Jirinovski obtient 6.22% et Serguey Mironov 3,85%. Le taux de participation s’est établi à 65%.

Élection de Poutine, mauvaise nouvelle pour Washington

Le résultat de cette élection est simplement une confirmation de ce que tous les analystes lucides et sincères avaient prévu, à savoir un Vladimir Poutine obtenant entre 50 et 65% au premier tour. En effet, tous les instituts de sondages le donnaient gagnant au 1ier tour.

Ce vote est aussi un événement géopolitique d’une portée qui échappe encore sans doute à la très grande majorité des commentateurs. L’élection de Vladimir Poutine pour un troisième mandat, qui est incompréhensible à travers le prisme médiatique français, s’inscrit pourtant dans une séquence historique russe parfaitement cohérente.

En mars 2000 lorsque Vladimir Poutine est élu avec un peu plus de 50% des voix, le pays est ravagé par une décennie postsoviétique “eltsinienne”, et il sort d’une crise économique majeure. Propulsée par le système Eltsine, l’élection de Vladimir Poutine par la population russe se fait principalement par défaut. Inconnu, ce dernier apparaît cependant très rapidement comme un homme à poigne et son style sec et autoritaire est perçu positivement par la population russe. Vladimir Poutine apparaît dès le début des années 2000 comme une sorte de sauveur, qui restaure l’ordre public. Sa seconde élection en 2004 avec près de 70% des voix au premier tour sera un plébiscite. Le deuxième mandat de Vladimir Poutine sera une période de redressement économique incontestable pour la Russie.
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Le programme “anti-système” de Ron Paul séduit les Américains

Qui profite de l’inflation ? Seulement ceux qui sont en haut de la pyramide et récupèrent tout l’argent, directement de la source. Comme vous l’avez peut-être deviné, la source, c’est la Réserve fédérale.” Sur son site, Ron Paul, candidat libertarien à la primaire républicaine, n’y va pas par quatre chemins quand il s’agit de désigner les coupables de la crise financière actuelle et de l’inflation, toutefois modeste, à laquelle sont confrontés – entre autres – les Américains.

Un discours qui interpelle un nombre croissant d’électeurs potentiels puisqu’il dispute avec Mitt Romney la première place des sondages dans l’Iowa, premier Etat dans le calendrier des primaires. Selon l’institut Rasmussen Report, Ron Paul se situait jeudi 22 décembre 5 points derrière son concurrent, avec 20 % des intentions de votes.

Dans un contexte de crise économique et financière mondiale, le discours de Ron Paul va plus loin qu’une simple dénonciation des dérives de la finance. Surnommé “Docteur No” au Congrès pour ses positions “anti-système” et indépendantes des lobbies, il n’hésite pas à défendre un programme économique radical.

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Crise : gagner du temps n’est pas suffisant (2)

Suite et fin de la Tribune de l’économiste Jacques Sapir à propos des mesures de sortie de crise adoptées par nos dirigeants. L’économiste esquisse une alternative à un système monétaire international durablement en crise.

Il convient donc, et ce très rapidement, de s’atteler à la réforme de la zone Euro, mais aussi de se préparer au pire. Le fait que le tabou d’un engagement des Banques Centrales (et de la BCE au premier chef) ait été partiellement levé, est une bonne chose. Mais, soit on s’oriente vers une monétisation d’une partie des déficits (et il est peu probable que l’Allemagne l’acceptera), soit on se rendra rapidement compte que les facteurs de blocage que l’on connaissait avant cette crise perdurent. De même, la question de la compétitivité au sein de la zone Euro reste entièrement posée.

Il faut redonner de la souplesse au système

Tel était le principe d’un Euro monnaie non unique mais simplement commune, venant chapeauter les monnaies nationales, dans un cadre où les parités seraient fixes mais régulièrement révisables. Ceci correspond à la seule solution permettant de gérer l’hétérogénéité des dynamiques économiques, hors d’un budget européen réellement conséquent qui est aujourd’hui une impossibilité politique.

Enfin, il convient de le protéger contre de nouvelles attaques spéculatives et, pour cela, d’introduire à l’extérieur de la zone des mécanismes de contrôle sur les mouvements de capitaux à court terme.

Il est donc nécessaire de maintenir le rythme des changements, tel qu’il s’est manifesté ce dimanche [9 mai 2010]. Mais, ceci se heurte directement à la temporalité des politiques qui comptent en mois, quand ce n’est en années, problème que vient renforcer la crise politique larvée que vit l’Allemagne.

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Les laissés-pour-compte des banlieues blanches anglaises

Violence, chômage, déscolarisation… Dans les banlieues britanniques, les classes populaires blanches ont vu leur situation s’aggraver avec la crise économique. Désabusés, ces citoyens à l’abandon se considèrent comme une « minorité oppressée » et n’attendent rien des élections. Un problème auquel les vainqueurs du scrutin devront tôt ou tard s’attaquer.

On les appelle parfois les « chavs », lorsqu’ils sont jeunes et vulgaires. Ou le « sous-prolétariat blanc », pour englober toutes les générations de ces classes populaires vivant dans les banlieues anglaises. Une « sous-classe sociale », que certains désignent plus crûment encore par le terme de « white trash » (littéralement « déchet blanc »), importé des États-Unis.

Il y a un peu plus d’un an, Trevor Phillips, le président de la Commission pour l’égalité et les droits de l’homme mise en place par les travaillistes en 2007, estimait en tout cas que les Blancs pauvres étaient les vrais perdants de la récession. Selon lui, il faut reconnaître dans certaines régions du pays que « la couleur du désavantage n’est pas brune, mais blanche », assénait-il. L’ironie veut qu’une grande partie de cette population se considère désormais comme une minorité oppressée.

C’est certain : ces citoyens des couches pauvres de la population ne vont pas se déplacer en masse, demain, pour voter. La politique ne les intéresse plus. On représente le cliché de ces citoyens comme jouant au bingo dans des pubs vieillots, une pinte de bière à la main, ou pariant sur des courses de lévriers dans ces établissements spécialisés qu’on trouve dans les rues commerçantes du pays. Ils étonnent toujours par leur résignation.
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La bataille derrière le désordre du monde

Par Philippe Grasset

Il existe aujourd’hui une convergence remarquable de points de désaccords, de tensions et de crises dans divers domaines politiques et autres, et dans diverses zones géographiques, qui mesurent un niveau important d’augmentation du désordre dans les relations internationales. Une appréciation générale n’est pas inutile, après avoir cité les divers points de désordre.

Nous ne citons même pas ici les crises endémiques, en cours depuis plusieurs années et dont la résolution n’est nulle part envisageable. Il s’agit de points tel que l’Afghanistan, la crise iranienne, voire l’Irak lui-même où le “triomphe de la démocratie” pourrait aboutir à une situation qui constituerait l’exacte antithèse d’une victoire pour l’ordre que voudrait imposer le système américaniste et occidentaliste. Tous les éditoriaux du monde n’y changeront rien.

La bataille de Zama (qui a vu la défaite des Carthaginois, malgré leurs éléphants de guerre, contre les Romains, en 202 av. J.C.)

Passons en revue quelques-uns de ces points particulièrement actifs en ce moment.

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L’horizon de la présidentielle de 2012 et le piège de la personnalisation du débat

Par Jacques Sapir

Telle qu’elle se dessine aujourd’hui, l’élection présidentielle de 2012 risque d’être marquée par un trop-plein de candidats compensé par une pénurie de programmes. Pourtant, nous sommes depuis l’été 2007 dans la plus grave crise économique que l’on ait connue depuis celle de 1929. Elle se double d’une crise géostratégique et d’une crise environnementale qui, l’une et l’autre, ont des conséquences considérables. Les timides éléments de reprise que l’on constate dans les pays développés depuis la fin de 2009 ne doivent pas faire illusion. Ils ne sont pas durables où, pour reprendre un mot à la mode, « soutenables ».

Cette situation appelle des réponses radicales, et qui pourtant sont de bon sens. Aujourd’hui, être extrémiste c’est être réaliste. Il convient donc de laisser le choc des ego aux magazines people et apparentés. Non que l’on sous-estime la question des personnalités. Elle a sa place dans la définition de ce que devrait être un candidat idéal. Mais elle passe après la question du programme. De cette question, nous avons à peu près un an pour en discuter.

I. De « l’inévitable » et pourtant fort contestable austérité.

De toute part, on nous présente l’austérité comme un choix inévitable. L’argument du déficit budgétaire, qui nous a déjà été servi ad nauseam, sert bien évidemment de prétexte. Alors même que la démographie connaît en France un redressement notable, on veut aussi tailler dans les retraites. Enfin, la précarisation du travail, dans le secteur privé comme dans le secteur public, est plus que jamais à l’ordre du jour. Tous ces choix nous sont présentés comme le produit d’évolutions inéluctables. Pourtant, ils sont tous extrêmement contestables.

Sur la question du déficit budgétaire, il faut savoir que son augmentation est pour une large part due à ce qu’il nous faut emprunter à plus de 3% (3,45% en moyenne) alors que l’on n’attend pas, même dans les rêves les plus fous de Mme Lagarde, une croissance au-dessus de 2%. Or, dans le même temps, les banques se refinancent auprès de la BCE (comme d’ailleurs auprès de la Réserve Fédérale américaine et des autres Banques Centrales des pays développés) à des taux oscillant entre 1% et 0,5%. Serait-ce du fait de la meilleure qualité des dettes privées par rapport à la dette publique ? Poser cette question, c’est y répondre, et par un immense éclat de rire.

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Les coopératives résistent à la crise

Les scop – des entreprises qui associent tous leurs salariés aux résultats et à l’élection des dirigeants – sont un modèle en plein essor.

Alors que le statut d’autoentrepreneur attire un nombre grandissant de Français qui souhaitent tenter seul l’aventure de la création d’entreprise, une autre forme d’entrepreneuriat continue de séduire : les scop ou sociétés coopératives de production, un régime juridique permettant aux salariés d’être les associés majoritaires d’une entreprise, de participer aux décisions et d’élire leurs dirigeants.

«Les scop se développent de manière régulière dans tous les secteurs. Des biotechnologies au centre d’appels en passant par l’industrie, le BTP ou le commerce équitable. Elles se développent particulièrement dans les services aux entreprises et à la personne», explique Patrick Lenancker, président de la Confédération générale des scop.

Tous métiers confondus, leur chiffre d’affaires a doublé en dix ans pour atteindre 3,8 milliards. À fin 2009, on comptait, en France, près de 1 950 scop. Sur un peu plus de 40 000 salariés, un tiers travaille dans le BTP, un quart dans l’industrie et 45 % dans les services. Chaque scop emploie en moyenne 22 personnes.

Depuis 2007, il se crée 200 nouvelles coopératives chaque année, contre 120 à 150 les années précédentes. «Les scop ont bien traversé la crise, car elles bénéficient des efforts d’investissement que les salariés associés ont réalisé les années précédentes», observe Patrick Lenancker.

L’une de leurs forces est en effet de disposer de fonds propres quatre à cinq fois supérieurs à ceux des PME de même taille. «40 à 45 % des bénéfices sont systématiquement affectés à des réserves qui restent dans l’entreprise pour consolider ses fonds propres et sa capacité d’investissement», poursuit Patrick Lenancker.

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Goldman Sachs et les “causes” de la crise financière

Par Philippe Béchade

Les médias nous ont permis de suivre en direct quelques déclarations très intéressantes, ces dernières 48 heures. Nous commencerons par la plus récente, qui émane de Barack Obama : “je suis déterminé à récupérer chaque cent dû au peuple américain — et ma détermination ne peut être que renforcée quand je constate les profits énormes et les bonus obscènes versés par des sociétés qui doivent leur survie aux efforts extraordinaires du contribuable”.

De nombreux commentateurs ne manquent pas de rappeler que le nouveau président américain doit son élection, pour une large part, au généreux soutien de quelques ex-banques d’affaires qui symbolisent le mieux l’influence de Wall Street dans la gestion du pays.

La deuxième déclaration découle presque directement des considérations qui précèdent. Elle émane de Lloyd Blankfein, P-DG de la toute puissante firme Goldman Sachs (j’ai toujours du mal à la qualifier de banque, surtout depuis que ce statut lui ait été reconnu par son ex-P-DG – un hasard, probablement – et Ben Bernanke, en septembre 2008).

Interrogé le 13 janvier par la Commission d’enquête américaine sur la crise financière (FCIC ou Financial crisis inquiry commission), Lloyd Blankfein à déclaré : “Goldman Sachs n’avait fait que son travail, en toute légalité… et c’est le seul critère qui importe aux yeux de ses clients”.

“Les choses ont mal tourné par la faute d’un mauvais concours de circonstances. Les modèles de calcul du risque étaient erronés, les agences de notation se sont montrées trop complaisantes, les banques ont trop prêté tout en pensant que l’activité de structuration de crédit les exonérait de se préoccuper du niveau de leurs fonds propres ; ceux qui achetaient ces produits complexes étaient trop confiants dans la santé du secteur immobilier… mais rien de tout ceci ne serait arrivé si la régulation n’avait pas été défaillante”.

C’est donc de la faute des autres – et du législateur en particulier ! Ce système de défense est constant depuis octobre 2008. C’est normal, puisqu’il rejette la faute sur le législateur et non pas sur le laxisme et la complicité objective, sinon active, de la Fed.

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La généalogie de la superclasse mondiale

I – Il convient au préalable de définir ce que l’on entend par superclasse mondiale

La danse des morts - attribué à Hans Holbein l'Ancien, 1491


Que signifie cette expression ? Trois termes significatifs :

– c’est une classe, soit un groupe social qui présente des traits particuliers durables qui le distinguent des autres ;

– elle se situe au-dessus des autres, en particulier au-dessus des anciennes élites nationales ;

– elle est mondiale, car son projet est mondialiste.

A/ Cette classe peut se définir comme un réseau occidental de dirigeants, diversifié et interactif

Il comprend notamment : Lire la suite