Joseph Stiglitz : « La crise, une occasion manquée »

L’Europe est confrontée aux problèmes particuliers posés par l’euro. Mais il existe certains problèmes communs à long terme auxquels sont confrontés tous les pays avancés. En lieu et place de ces politiques d’austérité erronées, la récession aurait pu devenir le bon moment pour consacrer plus de ressources pour prendre ces problèmes à bras-le-corps.

Nous verrions alors des économies plus fortes, à la fois aujourd’hui et pour l’avenir. Au lieu de cela, des deux côtés de l’Atlantique, nous avons laissé ces problèmes s’envenimer.

Il existe quatre problèmes sur lesquels je souhaiterais attirer l’attention. Tout d’abord, dans tous les pays avancés, des transformations structurelles sont nécessaires, à mesure que nous passons d’une économie manufacturière à une économie de services, et que nous nous adaptons aux nouvelles réalités géopolitiques et aux changements associés en matière d’avantage comparatif.

Globalement, le nombre d’emplois dans le secteur manufacturier continuera à baisser, la croissance de la productivité dépassant celle de la demande ; et la part des emplois globaux situés dans les pays avancés sera également en baisse. Il restera certains marchés de niches importants, et il faut les cultiver.

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Inde : Des milliers d’étudiants indignés par une épreuve d’anglais

Une simple épreuve d’anglais a provoqué ces derniers mois le soulèvement de milliers d’étudiants à travers l’Inde. Descendus dans la rue pour réclamer “l’égalité des chances”, ces jeunes protestent contre le concours d’entrée dans la fonction publique qu’ils jugent discriminatoire.

(Merci à Tilak)

Le (mauvais) rêve américain

Les Américains aiment croire que leur pays, à défaut d’être le plus égalitaire, est celui où l’on peut le mieux naître au bas de l’échelle et quand même en monter les échelons à force de volonté, de travail et de talent. La réalité est malheureusement tout autre.

L’égalité des chances, bien plus que l’égalité des conditions, est au coeur des valeurs collectives que célébreront les Américains lors de leur fête nationale demain (hier, le 4 juillet). Pour les trois quarts d’entre eux, le « rêve américain » tient en grande partie à cette idée que le talent, l’énergie et la volonté des individus comptent plus dans leurs chances de succès que leurs origines familiales et sociales, révélait un sondage du Pew Charitable Trust de 2009. Plus de 90 % des répondants avaient dit aussi que le fait de travailler fort et d’avoir de l’ambition était soit essentiel, soit très important pour réussir dans la vie.

Mais voilà, presque la moitié (42 %) des Américains qui sont nés dans une famille appartenant au cinquième de la population le plus pauvre sont encore dans ce groupe une fois adultes, selon une étude citée par le New York Times en janvier. Cette proportion grimpe à 65 % si l’on étend son regard aux deux cinquièmes les plus pauvres. Le même phénomène se produit à l’autre bout de l’échelle sociale, 62 % de ceux qui sont nés parmi le cinquième des plus fortunés du pays se trouvant encore dans le groupe des deux cinquièmes les plus riches à l’âge adulte.

Les seuls Américains à présenter une véritable mobilité intergénérationnelle sont ceux qui se trouvent entre ces deux extrêmes, 23 % de ceux nés dans le quintile du milieu y étant toujours à l’âge adulte, alors que 36 % ont progressé dans l’échelle des revenus et que 41 % ont régressé.

Cette performance est, de loin, l’une des plus mauvaises des pays développés, rapporte une récente étude de Miles Corak, professeur de l’Université d’Ottawa. Sur 22 pays du Nord et du Sud, seules l’Italie et la Grande-Bretagne ont de moins bons résultats dans le club des pays riches, les États-Unis se classant non loin du Chili et du Pakistan, et plus près des derniers de classe brésiliens, chinois et péruviens, que du peloton de tête composé des pays d’Europe du Nord et du Canada. Ce dernier fait presque trois fois mieux à ce chapitre que son voisin américain.

Un grand coup de barre en faveur du relèvement de la mobilité intergénérationnelle aux États-Unis est essentiel sans quoi le pays y perdra son âme, entend-on dire, plus seulement à gauche, mais aussi, depuis peu, à droite. La situation est d’ailleurs probablement encore plus grave qu’on ne le pense, préviennent des observateurs. La plupart des études qu’on cite se basent en effet sur le cas d’Américains nés avant les années 70. Depuis, presque tous les facteurs de risque – comme les écarts de revenus, le nombre de familles monoparentales, le niveau de formation et la santé des populations défavorisées ou les taux d’incarcération – se sont dégradés.

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L’avenir de la France passe par la diversité

Les diplomates américains misent sur le fait que les personnalités noires et d’origine maghrébine seront les décideurs de demain.

Il y a 30 ans, les invités du Programme des visiteurs internationaux (International Visitor Leadership, un programme d’échanges dont le but est de construire une «compréhension mutuelle» entre les pays des invités et les États-Unis) s’appelaient Nicolas Sarkozy, François Fillon ou Lionel Jospin… Aujourd’hui, l’ambassade américaine à Paris, qui gère ce programme pour la France, est en train de tisser un réseau de jeunes leaders Français issus de l’immigration.

Depuis environ 10 ans, plusieurs groupes invités par le Département d’État (l’équivalent du ministère des Affaires étrangères) partent chaque année étudier les problématiques d’égalité des chances aux États-Unis, où ils rencontrent, entre autres, des policiers noirs en Alabama, des avocats du département de la Justice, des lycéens de l’Indiana et un ou deux intellectuels conservateurs. Avec leurs interprètes personnels, les visiteurs sillonnent le pays pendant trois semaines, des ghettos de Washington aux grandes universités de la côte ouest.

Une priorité après le 11-Septembre

Sur la trentaine de Français qui font le voyage chaque année, plus d’un quart suivent désormais un programme sur le thème de l’intégration. Les élus du printemps 2010 étaient, entre autres, Rokhaya Diallo (de l’association Les Indivisibles), Najat Azmy (de l’Acsé, l’Agence nationale pour la cohésion sociale et l’égalité des chances) et Ekoué Labitey, rappeur du groupe La Rumeur.

Les diplomates américains misent désormais sur le fait que ces personnalités noires et d’origine maghrébine seront les décideurs de demain. «Nous pensons que ces gens vont avoir des postes importants», dit Lora Berg, l’attachée culturelle de l’ambassade.

La modification de la guest-list est devenue une priorité après le 11-Septembre et pendant la guerre en Irak. Il s’agissait pour le Département d’État de tenter d’améliorer l’image de l’Amérique aux yeux des musulmans d’Europe, d’où les invitations de plusieurs Français d’origine arobo-musulmane. Au fur et à mesure, la question de l’islam a laissé place à un intérêt pour les minorités en général, notamment depuis les émeutes de 2005.

Le programme fait certes partie d’une stratégie diplomatique de séduction, mais les visiteurs, qui «coûtent» environ 5.000 euros chacun, ne se sentent pas manipulés.
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La globalisation néolibérale contre l’intérêt général

Laurent Pinsolle, blogueur dont nous avons déjà parlé et acolyte de Nicolas Dupont-Aignan, vient de publier sur son site trois articles pourfendant le mythe de la “mondialisation heureuse” (Dominique Strauss-Kahn) et proposant une alternative : la “ré-internationalisation” (terme forgé par l’économiste Frédéric Lordon).

Qu’est-ce donc que cette intéressante notion ? Laissons-le nous l’expliquer.

I – La globalisation néolibérale contre l’intérêt général

Depuis 30 ans, la globalisation néolibérale a transformé la planète. Ses promoteurs affirment que la liberté, promue objectif absolu de l’humanité, est le meilleur moyen de faire avancer le bien commun. Pourtant, aujourd’hui, il est difficile de ne pas constater qu’elle œuvre contre l’intérêt général.

Un idéal de liberté travesti

A la base, le libéralisme est porteur d’un bel idéal, celui d’une émancipation des hommes de sociétés féodales, où le destin des individus était trop souvent dans les mains d’un autre. Cet idéal a dirigé certains des plus grands progrès de l’humanité, notamment la fin de l’esclavage dans toutes ses formes. [Note de Fortune : nous laissons évidemment à l'auteur l'entière responsabilité de ces propos.] En cela, le mot « liberté » prend une place particulière dans le triptyque de notre République. Malheureusement, cet idéal a été travesti par sa transformation en néolibéralisme.

Un intellectuel affirme que cette mutation du libéralisme, qui se serait opérée vers la fin du 19ème siècle, s’explique par deux évènements : la théorie de Darwin et la mathématisation des sciences économiques. La première aurait poussé certains économistes à adopter la théorie de l’évolution aux sociétés humaines et à vouloir laisser faire la nature dans tous les aspects de l’économie. La seconde a favorisé des constructions purement abstraites, déconnectées de la réalité. Lire la suite