Jean-Claude Lévy : « L’économie circulaire »

Jean-Claude Lévy est historien, géographe, journaliste. Il a occupé différentes fonctions dans plusieurs ministères et notamment collaboré à Révolution (hebdomadaire du Parti communiste français) dans les années 1980, à Libération, à la revue Passages.

Il est actuellement chargé d’une mission de réflexion sur la Chine, le développement durable et la coopération décentralisée au ministère des Affaires étrangères et européennes.

L’impérieuse nécessité de l’économie circulaire

Pendant de nombreuses décennies, notre développement se traduisait par l’augmentation sans fin de notre consommation de ressources et par la production de déchets. Mais, des premiers pas du recyclage à l’économie collaborative, le chemin parcouru a débouché sur une réelle prise de conscience.

Aujourd’hui,cette économie respectueuse de son environnement n’est pas un simple rêve, mais une impérieuse nécessité. Par Bruno Léchevin Président de l’Ademe.

Pendant des décennies, des siècles… la courbe de nos déchets a suivi celle de l’élévation de notre niveau de vie.

Avec le poisson-lune, nous partagions ainsi une caractéristique unique dans le monde animal : notre développement se traduisait par l’augmentation sans fin de notre masse, de notre consommation de ressources. Toujours plus, toujours plus gros, toujours croissant…

Tel le poisson-lune, la fin aurait pu être fatale s’il n’y avait pas eu l’effet des crises économiques et la prise de conscience généralisée : non seulement, nous devions réduire nos consommations de ressources et notre production de déchets, mais en plus, nous pouvions le faire sans remettre en cause notre confort et notre qualité de vie, voire en les augmentant !

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Philippe Bihouix : “ Les innovations ne sont pas exploitées pour sauver la planète, bien au contraire ”

Afin de prendre la vraie mesure de la transition à mener, il s’agit de revisiter les objets, de les rendre réparables et modulaires pour limiter la consommation de matériaux. Ce qui passe par une remise en cause des besoins de nos sociétés de consommation.

Actu-environnement : Le monde est une immense machine à expresso, écrivez-vous dans L’âge des Low Tech, vers une civilisation techniquement soutenable (Seuil, 2014). Que signifie cette métaphore ?

Philippe Bihouix : Notre système économique, industriel et commercial s’est profondément transformé ces dernières décennies. C’est une évidence de le dire, on pense naturellement au développement exponentiel de l’informatique et des télécommunications. Mais la révolution radicale, un peu moins visible des consommateurs que nous sommes, c’est la réorganisation mondiale de la production. L’effondrement des coûts de transport, provoqué par la généralisation du transport par conteneurs et soutenu par un pétrole bon marché, a permis aux entreprises, à la recherche de gains de productivité et d’efficacité, de coûts de production plus bas, d’effets d’échelles, de tisser des liens de plus en plus complexes, d’échanger des sous-systèmes et plus seulement des matières premières ou des produits de base. La plupart de nos objets manufacturés, des voitures aux téléphones, des vêtements aux jouets, sont l’aboutissement de processus industriels extrêmement imbriqués, assemblant des composants qui ont sillonné la planète et des matières premières en provenance de dizaines de pays différents.

Cet éloignement entre la consommation et la production ne nous permet plus de mesurer les conséquences sociales et environnementales de nos actes. De la même manière que l’électricité, à la fin du 19ème siècle, a permis de s’éclairer et de se chauffer sans l’odeur et la suie du charbon, en repoussant la production en dehors des villes, nous avons délocalisé la pollution. La France semble relativement “vertueuse” dans l’évolution de ses émissions de gaz à effet de serre, mais plusieurs calculs ont montré qu’en réintégrant l’effet des imports, celles-ci ont en réalité augmenté. D’où l’image de la machine à expresso, où la capsule utilisée est escamotée à l’intérieur de l’appareil : le déchet est oublié, nié, surtout si c’est quelqu’un d’autre qui vide le bac à votre place…

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Guibert Del Marmol : « L’économie régénératrice »

Dans cette conférence, donnée le 2 mai 2014 à Toulouse, Guibert Del Marmol nous parle de son parcours atypique en tant qu’ancien dirigeant d’entreprise. En effet, il a été amené à prendre une direction tout autre qui l’a conduit vers les domaines de l’économie circulaire, contributive ou ce qu’il appelle lui même .

« Dans ce monde en mutation profonde, fait d’incertitudes et de chaos, les entreprises ont un rôle déterminant à jouer. Elles sont au cœur de la société civile. Plus encore qu’une responsabilité morale qui veut que leur raison d’être aille au-delà du simple profit financier, ce contexte représente pour elles une opportunité sans précédent. Un monde nouveau est en train d’émerger où beaucoup reste à imaginer et à créer. Cela offre des perspectives et des débouchés incroyables pour celles et ceux qui cultivent le goût de l’innovation.

Apprendre à penser différemment, remettre au centre de leur projet la notion de sens et le souci d’une relation équilibrée avec toutes les parties prenantes feront des entreprises les acteurs du changement de ce nouveau millénaire tout en garantissant leur développement pérenne.»

Convaincu que des acteurs économiques « éclairés » ont un rôle à jouer déterminant dans la construction d’un monde plus harmonieux tout en garantissant leur développement pérenne, il conseille et accompagne aujourd’hui les dirigeants d’entreprise dans le développement d’une gestion « durable et responsable ».

«La high-tech nous envoie dans le mur»

Entretien avec Philippe Bihouix, ingénieur, spécialiste de la finitude des ressources minières et de son étroite interaction avec la question énergétique, coauteur de l’ouvrage Quel futur pour les métaux ?

Tableau de bod 2 chevaux

Face à la baisse des ressources, l’ingénieur Philippe Bihouix(*) estime que notre monde se perd en innovations énergivores et polluantes. Pour lui, une autre voix est possible : les basses technologies.

De tout temps, la technologie est venue à la rescousse des problèmes que l’humanité s’était elle-même créés. Face à la déplétion des ressources, aux changements climatiques, aux pollutions des sols, des nappes phréatiques et de l’air… seules l’innovation et les hautes technologiques apporteraient leur lot de réponses.

C’est faux, assure l’ingénieur Philippe Bihouix dans l’Age des low-tech (Seuil), un ouvrage célébrant les basses technologies. L’ère de l’ingénieur thaumaturge est révolue.

Libération : Vous prétendez que les technologies ne portent plus les solutions qu’elles promettent. Pourquoi ?

Philippe Bihouix : Il faut désormais admettre qu’on ne va pas s’en sortir avec des solutions technologiques, loin de là. Il ne s’agit pas de consommer comme on veut, de jeter la canette de soda dans la bonne poubelle et de laisser les ingénieurs se charger du reste. Ces technologies sont imparfaites. On dit qu’avec l’économie circulaire on va pouvoir tout recycler à l’infini. En réalité, c’est faux : on ne gratte pas la peinture au cuivre et à l’étain des carcasses de bateaux qui sont démantelés au Bangladesh ou en Inde.
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Les Français sont-ils sortis de l’hyperconsommation ?

Les Français sont-ils prêts pour l’économie circulaire ? C’est la question à laquelle a tenté de répondre l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe), dans une étude commandée au Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie (Crédoc) et publiée à l’occasion du lancement des premières assises de l’économie circulaire à Paris.

Michele Del Campo : “Consuming Desire”

Ce rapport, qui compile et analyse une cinquantaine d’enquêtes menées auprès de la population au cours des vingt-cinq dernières années, montre une prise de conscience écologique des consommateurs et une évolution de leur comportement.

Au lieu d’extraire toujours plus de ressources (dont on sait qu’elles sont finies) pour consommer davantage, dans une logique linéaire, une partie d’entre eux a basculé vers une logique plus circulaire, qui vise à consommer mieux, en augmentant l’efficacité de l’utilisation des ressources et en diminuant l’impact sur l’environnement.

De plus en plus de tri et de limitation de déchets

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Janez Potočnik : « Les subventions à l’eau et l’énergie entravent l’économie circulaire »

Janez Potocnik, le commissaire européen Slovène en charge de l’environnement, affirme que le modèle de l’économie circulaire va inévitablement s’imposer. Un des enjeux centraux sera le découplage de la croissance économique et de la consommation, pour ne pas épuiser les ressources de la planète.

L’économie circulaire est-elle juste une idée séduisante ou une évolution véritable de l’économie européenne ?

C’est en fait inévitable. Premièrement, car nous sommes dans un continent densément peuplé et nous consommons énormément de ressources. 16 tonnes de ressources par personne et par an. Dont trois tonnes terminent dans des décharges à ciel ouvert. Nous sommes enfermés dans de vieux modèles de production et de consommation industrielles.

Deuxièmement, parce que nos ressources et nos sources d’énergie deviennent de plus en plus chères. Après un siècle marqué par un recul des prix, les prix des ressources ont commencé à exploser au tournant du siècle. Le prix réel des ressources a progressé de 300 % entre 1998 et 2011. 87 % des sociétés européennes anticipent une poursuite de cette tendance ces cinq prochaines années.

Troisièmement, déjà aujourd’hui, les ressources représentent la première dépense structurelle. Par exemple, dans l’industrie allemande, 43 % du total des coûts peuvent être attribués à l’exploitation de ressources. Seulement 18 % incombent à la masse salariale.

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Les producteurs de tomates parient sur l’énergie verte

Les adhérents du groupement de producteurs Les Paysans de Rougeline convertissent leurs serres à l’énergie non fossile. Les premiers projets s’appuient sur la biomasse, la chaleur récupérée auprès de pétroliers ou des incinérateurs.

Même cultivées sous serre, les tomates peuvent être vertes. A condition de trouver de l’énergie meilleur marché et non fossile. Voilà pourquoi certains producteurs ont eu l’idée de se rapprocher d’industriels cherchant à recycler leur chaleur. C’est l’enjeu des projets menés par Les Paysans de Rougeline, un groupement de 160 producteurs de fruits et légumes installés en Aquitaine, Roussillon et Provence qui produisent 70.000 tonnes de fruits et légumes, dont 58.000 tonnes de tomates, pour un chiffre d’affaires d’environ 100 millions d’euros.

Au sein du groupement, on estime que, sur les 280 hectares de serres exploitées, environ 125 devront bientôt être reconstruites sur un nouveau modèle : proches de nouvelles sources d’énergie, plus grandes donc faisant appel à des regroupements de producteurs et faisant appel à de nouvelles techniques agricoles. « Aujourd’hui, il est impossible de monter un hectare de serres chauffées au propane. Le dossier ne passe pas chez les banques et, de toute façon, ce n’est pas rentable », explique Adèle Marty, jeune agricultrice.

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