Russie : Mini-krach sur le rouble (Màj : Le pays bascule dans la panique)

Addendum du 17/12/14 : Poutine sous pression en pleine crise du rouble

L’économie au bord du chaos

La crise du rouble va impacter les entreprises françaises

La Russie s’attache à éteindre l’incendie monétaire

Lire la suite

Frédéric Lordon : « Nous avons une occasion de mettre le système bancaire et financier à terre, il ne faut pas la louper »

« Sortir de l’euro est une opération qui n’a vocation qu’à transformer l’état présent des structures du capitalisme, sans nous faire sortir du capitalisme lui-même. »

« J’envisage la possibilité d’un défaut [de paiement] comme d’un levier, c’est à dire l’instrumentalisation politique du défaut qui conduirait à mettre à terre l’intégralité des systèmes bancaires et financiers. »

France Inter (Le 7/9 du 17/04/2014)

Frédéric Lordon : « Pourquoi faut-il sortir de l’euro »

L’économiste Frédéric Lordon publie le 26 mars prochain “La Malfaçon“, réflexion sur la manière dont la monnaie unique européenne a détruit les souverainetés populaires. Le livre le plus important avant les élections européennes.

Fut un temps où il était impossible d’émettre la moindre critique sur l’euro. La pensée économique était aussi unique que la monnaie et endormait les 324 millions de citoyens peuplant ladite zone euro. La crise de 2008, la plus longue et profonde depuis 1930, il balayé les certitudes au point que l’euro bashing serait presque devenu tendance.

Raison de plus pour être sélectif dans la critique. Celle que nous propose aujourd’hui sort justement du commun. Plutôt que de nous démontrer par a + b qu’on peut sortir de la monnaie unique, que cela ne nous coûtera pas trop cher, que les problèmes économiques du pays en seraient magiquement résolus et que cela ne tirerait pas à conséquences, il affirme au contraire, à raison, Qu’il ne s’agira pas d’un dîner de gala.

« Il faut en finir avec ces imprécations mi-débiles, mi-hallucinées qui nous promettent renfermement façon forteresse en cas d’abandon de l’euro. »

Absence de démocratie
Lire la suite

Venezuela : Pénuries et inflation

Dans un marché de Caracas, Juan compte une liasse de billets chiffonnés pour régler une douzaine d’oeufs et de la farine de maïs. «Merde! C’est de la folie!», s’énerve-t-il, las de devoir composer avec une inflation record qui culmine à 29% depuis le début de l’année.

Nicolás Maduro, successeur d’Hugo Chavez à la présidence du Venezuela

Et dans les files d’attente, nombreux sont ceux qui perdent leur sens de l’humour. «C’est horrible! Comment un pays pétrolier peut-il tant dépendre des importations? On ne produit rien ici», s’énerve encore un septuagénaire, artiste peintre du quartier de Guarataro, dans l’ouest de la capitale.

Sa frustration, dit-il à l’AFP, «ne vient pas de nulle part». Le Venezuela accuse en effet un taux d’inflation record en Amérique latine, aggravé par des pénuries fréquentes de produits de base. Le papier toilette, le dentifrice, le savon, les couches et les serviettes hygiéniques figurent en tête des articles les plus recherchés par les Vénézuéliens.

Disposant des premières réserves de pétrole au monde, le pays importe la quasi totalité de ce qu’il consomme. Mais les dollars manquent, principalement en raison d’un contrôle rigoureux des changes instauré par les autorités il y a une décennie pour limiter la fuite de capitaux.

Ce contexte, conjugué aux strictes contraintes imposées aux importateurs, place les Vénézuéliens face à de graves problèmes d’approvisionnement.

L’indice des pénuries a été évalué à 19,4%, par la Banque centrale, alors que l’inflation avoisine les 20% depuis plusieurs années.

«On doit faire des miracles»
Lire la suite

Frédéric Lordon : “Sortir de l’euro, mais comment ?”

« En fait, nous sommes déjà sortis de la zone euro », a admis M. Nicos Anastasiades, président de Chypre, un pays où les billets n’ont plus la même valeur qu’en Grèce ou en Allemagne. L’explosion de la monnaie unique aurait-elle commencé ? Contre le scénario du chaos, l’idée d’une sortie de l’euro concertée et organisée fait son chemin.

Beaucoup, notamment à gauche, continuent de croire qu’on va changer l’euro. Qu’on va passer de l’euro austéritaire présent à un euro enfin rénové, progressiste et social. Cela n’arrivera pas. Il suffirait d’évoquer l’absence de tout levier politique en l’état d’incrustation institutionnelle de l’actuelle union monétaire européenne pour s’en faire une première idée. Mais cette impossibilité tient surtout à un argument beaucoup plus fort, qui s’exprime à la manière d’un syllogisme.

Majeure : l’euro actuel procède d’une construction qui a eu pour effet, et même pour intention, de donner toute satisfaction aux marchés de capitaux et d’organiser leur emprise sur les politiques économiques européennes [1]. Mineure : tout projet de transformation significative de l’euro est ipso facto un projet de démantèlement du pouvoir des marchés financiers et d’expulsion des investisseurs internationaux du champ de la construction des politiques publiques.

Ergo, conclusions :
Lire la suite

Roberto Fiorini : “Capitalisme et immigration”

Interview réalisée avec Roberto Fiorini en juin dernier par le magazine “Le Harfang” (organe de la fédération des québécois de souche) et publiée dans son numéro 5.

Vous avez noté à plusieurs reprises qu’économiquement, l’immigration était nuisible aux peuples qui la subissent. Pourtant, la plupart des gouvernements occidentaux nous présente l’immigration comme la panacée. D’où vient cette volonté étatique d’imposer l’immigration à un peuple qui n’en retire rien ?


Pourquoi l’immigration ?

L’immigration est une arme du capital contre les peuples. Les salariés la subissent par la concurrence économique déloyale que l’immigration fait peser sur les salaires. En permettant des salaires moins disant, l’immigration pèse sur les salariés autochtones, et servent ainsi les entreprises, qui voient leur masse salariale baisser, et ainsi leurs profits augmenter.

Le rôle de l’état est ici de permettre que tout ceci soit possible par l’élaboration de lois qui permettent que ce scénario puisse voir le jour. Les juges rendent ces lois pérennes et la police les fait respecter au quotidien : au final c’est tout un appareil qui collabore à notre remplacement sur notre propre sol. Le degré de conscience de chacun des acteurs de notre auto suicide est différent, mais le résultat est le même.

Lire la suite

John Law ou la chute spectaculaire d’un banquier central (Màj Vidéo)

(Merci à Blueman et à son remarquable blog)

Quand John Law a fait face à la dette énorme de l’État en France au dix-huitième siècle, il a émis beaucoup de papier monnaie -avec succès- et le pays s’est senti riche. Il était intelligent, courageux, charmant, honnête – et pour un temps- extrêmement populaire. Malheureusement, il a ainsi ruiné tous ceux qui avaient de l’argent en France, ce qui a fait de l’ombre à ses autres qualités. Il est intéressant de se pencher sur ce qui s’est passé.

John Law était écossais. Il est né à Edimbourg en 1671, d’un père banquier et joaillier qui avait réussi. A l’âge de 14 ans, il commença son apprentissage dans ces métiers et s’en retourna à 17 ans, juste à temps pour hériter de son père qui décéda cette même année. Il était déjà connu alors pour ses talents mathématiques et sa popularité auprès des dames.

Apprendre son métier
Lire la suite

Pour une monnaie commune avec ou sans l’Allemagne

Tel le radeau de la Méduse, la Droite Complexée (DC, ex-Parti socialiste [1]) s’accroche maintenant aux hypothèses les plus ténues pour éviter de sombrer corps et âme dans la honte historique. Une vaillante escouade de « responsables du PS français et du SPD allemand » a, par exemple, enfin cerné l’origine du « mal européen » dont elle redoute, à raison, d’avoir à pâtir : c’est « l’alliance néolibérale et conservatrice majoritaire [2] » — comprendre Angela Merkel et David Cameron.

Philipp Veit, Germania, 1834–36

Que David Cameron soit premier ministre d’un Etat qui n’appartient pas à la zone euro sera considéré en première approximation comme un enrôlement admissible puisqu’il s’agit de démontrer que, fût-elle sous la bienveillante tutelle de toutes les DC européennes, la monnaie unique aurait le visage progressiste et riant qui résulterait de l’inversion trait pour trait de sa sale gueule austéritaire présente. Bernard Guetta, intellectuel organique de la DC européenne, ne dit pas autre chose et nous montre même la lumière au bout du tunnel : « L’Union européenne n’est pas génétiquement de droite. Elle est conjoncturellement à droite, ce qui n’est pas du tout la même chose car ce que des élections ont fait, d’autres élections peuvent le défaire. Il faut, autrement dit, que cesse la fausse et mortifère identification de l’Europe à ses politiques du moment [3] ».

L’Europe constitutionnellement (ordo)libérale…

On va dessiller Bernard Guetta — et ses amis Complexés avec lui — quitte à ce que la lumière au bout du tunnel finisse par lui apparaître comme les phares du train qui arrive en face. En matière économique, l’Union européenne n’a pas de politique, au sens très précis d’une possibilité discrétionnaire d’initiative. L’Union européenne n’a pas de politique « conjoncturelle », c’est-à-dire de la politique dont les orientations sont déterminées par les partis « conjoncturellement » au pouvoir, car toute la politique économique européenne a été irrévocablement fixée dans des textes à valeur quasi-constitutionnelle. L’Union n’a donc d’autre politique que de la politique « structurelle », ou pour mieux dire de la politique constitutionnelle, c’est-à-dire de la politique mise sous la forme de règles inscrites dans les traités — et par là même vouées à fonctionner indépendamment de toute donnée proprement conjoncturelle.

Les désastreuses politiques d’austérité présentes ne sont en rien l’effet de quelque « décision conjoncturelle » que ce soit. Elles sont le résultat du fonctionnement mécanique des dispositions du traité de l’UE et du pacte de stabilité. Il n’y a pas de politique conjoncturelle car aucune donnée conjoncturelle ne saurait ajouter quoi que ce soit quand tout a déjà été écrit. Lorsqu’on a organisé l’indépendance de la Banque centrale européenne (BCE), il n’y a plus rien à lui demander puisqu’on lui a donné constitutionnellement pour mission de ne pas répondre [4]. Lorsqu’on a insisté pour graver dans le marbre des traités (Maastricht, Nice, Lisbonne) et de leurs pactes additionnels que les déficits devaient rester inférieurs à 3 % du PIB et les dettes à 60 %, il n’y a plus qu’à s’exécuter puisqu’il n’y a plus rien à discuter — et sous la surveillance renforcée de la Commission.

Lire « Les croyants », Europe, droit d’inventaire, Manière de voir n°129, juin-juillet 2013.

Lire la suite

La crise, ce prétexte pour baisser le coût du travail, mais pas celui du capital

Comment augmenter la productivité, la compétitivité de la France ? D’aucuns répondront qu’il faut “baisser les coûts du travail”. Pourtant, l’économiste Michel Santi note que si la réduction du coût du travail a permis à l’Allemagne de baisser ses prix à l’exportation, elle a créé une société de travailleurs précaires. Et observe qu’étonnamment, les revenus nets distribués aux propriétaires de capital, eux, continuent de grimper…

Une vieille histoire…

Une confiscation en bonne et due forme de l’appareil économique a été entreprise depuis la fin des années 70 par une infime minorité qui a redistribué le produit du travail des autres largement en sa faveur. Ce ne sont effectivement pas tant nos usines, nos industries et nos entreprises qui ne sont pas productives. Cette productivité a en fait été monopolisée au bénéfice d’une élite qui a assisté, totalement indifférente, au creusement d’un fossé entre les salaires réels et la productivité.

Lire la suite

Le Big Bang de la fin de l’Eurozone et l’univers financier dans le monde d’après

Par Jean Claude Werrebrouck

La grande question sera celle du niveau de stress de la communauté financière mondiale. Et ce niveau dépend probablement du mode de passage de l’ancien au nouveau système. Sera-t-il le résultat d’une concertation et d’un plan opératoire ?  Et dans ce cas tous les pays seront-ils consultés ? Ou bien le passage s’opère- t-il  de façon sauvage, est le fait d’un ou plusieurs pays, selon un processus non coopératif, voire selon un mode panique ? Hélas la deuxième solution est celle qui devrait logiquement l’emporter.

La très difficile stratégie coopérative

Il est bien évident que la vitesse d’exécution des décisions constitue la variable clé d’un succès.

Il est aussi évident qu’une coopération pour le changement ne peut intervenir qu’au terme d’une analyse commune d’une situation dont on peut déjà anticiper les contours tant ils sont  apparents.

Du côté des forces sociales qui tenteront  de maintenir l’euro, nous aurons : les rentiers qui craignent le retour de l’inflation, les « hyper-consommateurs » de marchandises mondialisées éventuellement équipés de crédits à la consommation moins usuraires, les touristes ennemis de frontières prédatrices, mais aussi les entreprises de l’économie réelle qui ont vu disparaître avec l’euro les charges de couverture de change et les risques pays, mais enfin une grande partie des classes politiques qui, historiquement, ont milité pour la construction de la zone euro. Cela fait beaucoup de monde et cela explique que, malgré la violence de la crise, les sondages, y compris dans les pays les plus meurtris, restent très favorables au maintien de la monnaie unique. (74% des Italiens malgré les dernières élections restent favorables – selon l’institut IPSOS -  au maintien de leur pays dans la zone euro) [1].

Du côté des forces qui se manifestent en faveur de la liquidation, les éléments objectifs l’emportent sur la subjectivité des acteurs et, au-delà des entreprises laminées par la sous-compétitivité induite, c’est le constat de la saignée des pays victimes d’une dégradation très lourde des échanges extérieurs qui, malgré tous les plans de rigueur, ne peuvent refaire surface. Curieusement, la situation objective avec ses manifestations concrètes (entre autres chômage de masse, dette publique ingérable et évaporation de l’Etat-providence) n’altère  pas  les engouements enthousiastes en faveur de l’euro. Cela est peut-être dû au fait qu’un groupe de pays, ceux du nord, sont très favorisés par le système : taux de change plus faibles que celui d’un Mark hors Euro-zone, dévaluation interdite pour les partenaires moins compétitifs etc. mais faveurs qui n’apparaissent que sous la forme de récompense d’un comportement jugé vertueux.

De fait la grande difficulté est que – telle une drogue  les aspects séduisants de l’Euro sont très visibles alors que ses conséquences catastrophiques sont invisibles pour le citoyen non initié à la culture économique. Particularité que l’on retrouve par conséquent dans les sondages.

Lire la suite

Philippe Villin : “Sortir de l’euro, non ! Le faire exploser, oui !”

Entretien avec Philippe Villin, ancien inspecteur des finances et ex-directeur du Figaro devenu banquier d’affaires, à propos du résultat du scrutin italien qui signe l’échec de la politique de Mario Monti et un refus de l’euro.

NB: La Rédaction de Fortune tient à préciser qu’elle ne partage pas les vues ultra-libérales du banquier d’affaires Philippe Villin, “l’éminence gay des grands patrons” selon Le Monde et par ailleurs partisan du mariage “pour tous”.

Pour retrouver une compétitivité face à une Allemagne toute-puissante et s’engager sur la voie de la croissance, dit Philippe Villin, les pays de l’Europe du Sud, y compris la France, doivent initier de profondes réformes structurelles et surtout sortir du carcan de l’euro en le faisant exploser. Démonstration.

Comme interprétez-vous le résultat des élections italiennes ?

Il montre un rejet de Mario Monti et de sa politique déflationniste. Les élites européennes le considéraient pourtant comme porteur de la quintessence du bonheur en Europe et leur sauveur face à l’échec pourtant patent de l’euro… Je l’ai toujours considéré au contraire comme un technocrate, aux ordres de madame Merkel et de monsieur Trichet. Je suis donc ravi que les Italiens l’aient désavoué : sa politique et son incapacité à rendre l’Italie compétitive rapidement ne pouvaient conduire qu’à sa ruine [...] Mario Monti a plongé son pays dans la récession- déflation entraînant une explosion du chômage.

En Diafoirus de la médecine allemande, il avait prodigué à son pays le même traitement diabolique que celui appliqué à la Grèce, au Portugal, à l’Espagne et maintenant à la France, c’est-à-dire une augmentation massive des impôts et une tentative de baisser les salaires. Il aurait dû faire des réformes structurelles, n’augmenter les impôts qu’à la marge et surtout dévaluer.

Mais il eût fallu bien sûr pour cela que l’euro explose. En effet, l’euro est devenu intolérable pour les Italiens comme pour les Français tandis qu’il fait “crever la gueule ouverte” la Grèce et le Portugal et mourir à petit feu l’Espagne. Car il est à la fois trop fort vis-à-vis du reste du monde et, à l’intérieur de la zone euro, le taux de change unique qu’il impose rend impossible toute dévaluation vis-à-vis de la zone rhénane, la zone la plus productive d’Europe.

Lire la suite

Au lieu de nous autoflageller, préparons-nous à un renversement du monde

Alors que la zone euro se débat avec sa crise, la croissance russe devrait atteindre 3,6% en 2012 et le chômage diminue. Son rapprochement commercial avec la Chine illustre le déplacement de son centre de gravité vers l’Est.

Par Arnaud Leclercq*.

Alors que le chômage dépasse 26% en Espagne, que la Grèce est engloutie dans des aides financières abyssales sur fond de désastre social ; alors que l’Italie et l’Irlande sont officiellement en récession et que le Royaume-Uni et la France flirtent avec la croissance négative, les dirigeants européens défendent l’Euro coûte que coûte.

Cette ligne Maginot est censée protéger du pire…, mais encore faudrait-il se dépêcher de le définir et de le quantifier. Familièrement, l’on dit que « les pieds ont quitté le plongeoir » et la noyade collective n’est plus considérée comme un danger virtuel. Dans le même temps, certains économistes renommés – Paul Krugman, Jacques Sapir et autres – s’interrogent le plus sérieusement du monde sur la pérennité de la monnaie unique et constatent que le prix à payer pour conserver l’euro atteint la somme vertigineuse des 50 milliards d’euros par an, sans compter les 15 à 40 milliards de pertes engendrées par les fonds de sauvetage FESF et MES. En d’autres termes, une situation intenable, particulièrement pour les pays du sud qui s’enfoncent dans une dépression structurelle.

Dans ce contexte, quid du grand voisin de l’Europe, la Russie ?

Lire la suite

La douloureuse conjonction de la compétitivité et de l’austérité

Le présent texte tente d’analyser les conséquences des chocs de compétitivité que nombre de gouvernements européens – en particulier ceux des pays du sud – tentent de mettre en place aux fins d’un rééquilibrage des soldes extérieurs et en conséquence une amélioration de l’emploi.

(…)

Ce qu’on appelle aujourd’hui choc de compétitivité dans les pays de la zone euro, n’est pas une démarche propre à surmonter la grande crise des années 2010.

Les chocs proposés sont des dévaluations internes résultant d’un impossible ajustement des taux de change en monnaie unique. Ces dévaluations internes reposent toutes sur une diminution globale du coût du travail, diminution utilisant des supports variés et souvent indirects : augmentation du temps de travail, baisse des charges sociales, prélèvements fiscaux, diminution des prestations sociales, etc. Notons au passage que lors de la crise de 1929, les entrepreneurs politiques des nations  de l’époque disposaient de l’arme du taux de change, armes qu’ils ont utilisées sans ménagement, dans un jeu évidement non coopératif, pour exporter leur propre chômage. L’histoire a révélé  que le résultat de cette politique fût collectivement ruineux.

Pour présenter la  problématique du choc de compétitivité nous utiliserons l’exemple d’un pays, l’Espagne dans ses rapports avec l’Allemagne.

Lire la suite

Sortir de l’euro, et puis?

Par Rudo de Ruijter, Chercheur indépendant, Pays-Bas.

L’euro a un problème insoluble. Les pays qui sont sévèrement endettés maintenant, s’ils réussissent à s’en sortir à coups de réductions de dépenses d’État, s’endetteront de manière prévisible à nouveau.

L’euro est une monnaie très pratique, mais elle fait des millions de victimes. Cet article explique d’une  façon simple pourquoi l’euro ne peut pas marcher et expose les avantages d’un passage vers un système d’argent d’État.

- Non, la coopération Européenne ne s’arrêtera pas sans l’euro! – Et oui, nous serions bien mieux avec de l’argent d’État!

C’est parce que ces pays sont victimes d’un défaut fondamental dans l’euro. Déjà avant le démarrage de l’euro des économistes ont averti, qu’une monnaie unique ne peut fonctionner que lorsque tous les pays participants sont économiquement homogènes. [1] [2] [3]

En ce moment il n’y a rien qui empêche des consommateurs grecs de préférer des produits d’Allemagne meilleurs et moins chers. Et lorsque la Grèce importe plus qu’elle n’exporte, ses dettes augmentent. La même chose vaut pour tous les pays moins productifs dans la zone euro. Ils pourront réduire leurs dépenses autant qu’ils voudront et privatiser toutes les infrastructures, mais la prochaine crise de dettes ne sera jamais loin!

Voici pourquoi. Lorsque les consommateurs dans des pays moins productifs préfèrent des produits importés moins chers et meilleurs, la dette extérieure augmentera, tandis que la productivité du pays diminuera. Lorsqu’un pays dispose de sa propre monnaie, il peut la dévaluer. Cela augmentera le prix des produits importés et diminuera le prix de ses propres produits à l’exportation. La dette diminuera et la productivité augmentera de nouveau. Des dévaluations étaient habituelles avant le début de l’euro.

Lire la suite

Frédéric Lordon : “Euro, terminus ?”

La science économique n’existe pas. Il n’y a que de l’économie politique. Il faut pourtant toujours des événements extrêmes pour dessiller ceux qui feignent de croire, ou pire, croient de bonne foi, que l’administration des choses pourrait remplacer la délibération des hommes. Ça tombe bien, en voilà un qui s’annonce. La perspective d’une sortie de la Grèce de l’euro, puis celle d’une possible décomposition de la monnaie unique par effet de contagion, promettent de rappeler à grand spectacle ce qu’il en coûte d’ignorer la part politique de l’économie.

Car il suffirait de figurer l’enchaînement possible des choses sous la forme d’un arbre de décision pour apercevoir que, quoique configuré par des contraintes économiques, chacun de ses points de bifurcation a fondamentalement la nature d’un acte politique de souveraineté.

La Grèce continuera-t-elle de se soumettre à l’austérité ? — politique. Décidera-t-elle le défaut en grand ? — politique. L’Europe réagira-t-elle en tentant de la garder dans l’euro ou en la poussant dehors ? — politique. Est-ce la Grèce elle-même qui anticipera en réarmant sa banque centrale et en retournant à la drachme ? — politique.

Mais politiques plus encore les mouvements réactionnels des corps sociaux qui finissent toujours par passer le point où l’étranglement de l’austérité combiné à la dépossession de souveraineté deviennent intolérables et, très légitimement, cherchent à toute force une voie de sortie, pour le meilleur — Syriza qui pourrait être le germe d’une réaffirmation des peuples contre les orthodoxies financières (celles des marchés et des gouvernements mêlées) — ou pour le pire — cette sinistre Aube Dorée, reproche vivant fait à l’Europe libérale, supposément justifiée pour que « plus jamais ça » et dont tous les actes concourent inexorablement à faire revenir « ça ».

Némésis politique
Lire la suite

Le devenir du dollar : Une perspective

La dépression mondiale semble accélérer les reclassements de puissance et annoncer la figure d’un ordre Mondial profondément transformé. La guerre du Golfe avait été l’occasion pour les USA de porter sur les fonds baptismaux un ordre américain ressemblant fortement à celui de la guerre froide, l’URSS en moins. Il ne se sera agi que d’un intermède dont nous vivons le terme.

La clef de voûte de cet ordre, le dollar, est en train de s’affaisser sous nos yeux. L’abandon de la convertibilité du dollar en or par le président Nixon le 15 août 1971 signait déjà l’affaiblissement de l’économie américaine : les déficits de la balance commerciale des années 60 rendaient inévitable l’adoption d’un système de parités monétaires flottantes, l’or détenu par les USA ne pouvait durablement garantir la valeur de la monnaie américaine sans fuir à l’étranger.  Mais le dollar restait la monnaie dominante des échanges mondiaux et l’instrument privilégié des banques centrales désireuses de disposer de réserves de change.

Il semble bien que la dépression mondiale actuelle – à l’issue toujours aussi incertaine – ouvre un nouveau chapitre de l’histoire monétaire mondiale. Mais faute de disposer de données sur les évolutions du commerce international en dollar, il n’est pas possible de déterminer si le dollar est en train de perdre son Hégémonie avec pour conséquence ultime la perte de son rôle de base du crédit international.

Les informations partielles et la rumeur ne pouvant se substituer aux chiffres exacts, il existe toutefois un biais pour envisager le problème du dollar. Il ne s’agit pas de poser la question des quantités d’échanges commerciaux réalisés en dollar, il faut plutôt s’interroger sur les mécanismes réels qui permettent aux USA d’irriguer le marché mondial de $ et de fournir via leur système financier les bases du crédit international libellé en $ à l’extérieur des USA.

Lire la suite

De quoi l’Europe souffre-t-elle ?

Lisbonne, Portugal – Ici, tout va très mal puisque le taux de chômage dépasse les 13 pourcent. C’est encore pire en Grèce, en Irlande et d’une certaine façon en Espagne et l’Europe toute entière semble glisser vers une nouvelle récession.

Pourquoi l’Europe est-elle devenue le malade de l’économie mondiale ? Tout le monde connaît la réponse. Malheureusement, la majeure partie de ce que les gens savent n’est pas la vérité - notre discours économique est plein d’histoires fausses quant aux maux dont souffre l’Europe.

Si on lit un éditorial à propos de l’Europe - ou, comme trop souvent, un article censément factuel - on y rencontrera très certainement l’un des deux récits que je me représente comme le récit républicain et le récit allemand. Aucune de ces deux histoires ne colle à la réalité.

Le récit républicain - et c’est l’un des thèmes centraux de la campagne de Mitt Romney - veut que l’Europe ait des problèmes car elle en a trop fait pour aider les pauvres et les moins chanceux, et que nous assistons aux derniers souffles de l’état Providence. D’ailleurs, cette histoire est une histoire révérée par les républicains depuis très longtemps : en 1991, lorsque la Suède souffrait d’une crise bancaire causée par les dérèglements (ça vous rappelle quelque chose ?), le Cato Institute a publié un rapport triomphant démontrant que c’était l’échec du modèle de l’état Providence.

Ai-je mentionné le fait que la Suède, qui possède toujours un état Providence très généreux, est aujourd’hui un pays ultra performant, avec une croissance économique plus rapide qu’aucun autre pays développé ?

Lire la suite