Pays émergents : Retour aux fondamentaux

Après 15 ans de battage médiatique, une nouvelle opinion commune s’est établie: les marchés émergents sont dans le pétrin. De nombreux analystes ont extrapolé une croissance rapide dans des pays comme le Brésil, la Russie, la Turquie et l’Inde dans un futur indéterminé, en les tenant pour les nouveaux moteurs de l’économie mondiale.

Aujourd’hui la croissance est en baisse dans la quasi-totalité d’entre eux ainsi que des investisseurs retirent leur argent, inspirés en partie par l’espoir que la Réserve fédérale américaine relève ses taux d’intérêt en septembre. Leurs monnaies ont chuté, alors que les scandales de corruption et d’autres difficultés politiques ont accablé le récit économique dans des endroits comme le Brésil et la Turquie.

Rétrospectivement, il est apparu clairement qu’il n’y avait en fait aucune logique de croissance cohérente dans la plupart des marchés émergents. Sous le vernis, on trouve en fait des taux de croissance élevés motivés non pas par une transformation productive, mais par la demande intérieure, à son tour alimentée par booms temporaires des matières premières et des niveaux non viables d’emprunts publics ou plus souvent privés.

Oui, il y a beaucoup d’entreprises de classe mondiale dans les marchés émergents et l’expansion de la classe moyenne est indéniable. Mais seule une part infime de la main-d’œuvre de ces économies est employée dans des entreprises productives, alors que les entreprises improductives informelles absorbent le reste.
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Inde : Aux sources du capitalisme du sous-continent

Aujourd’hui la 10e puissance mondiale en termes de valeur nominale du PIB, l’Inde reste largement absente des travaux comparatifs sur les variétés du capitalisme contemporain. L’historien de l’économie Claude Markovits revient ici sur le rôle du colonialisme, de la diaspora ou encore de la caste sur l’évolution de l’industrie et du capitalisme en Inde.

Quel a été l’impact de la période coloniale britannique sur le développement de l’industrie et l’expansion du capitalisme après l’indépendance ?

Claude Markovits: C’est une idée fort répandue en Inde que l’héritage de la période coloniale a pesé lourd sur le développement industriel et l’expansion du capitalisme après l’indépendance. Mais, quand on cherche à définir plus précisément les aspects négatifs de l’héritage colonial, on se heurte à certaines difficultés.

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Changement climatique, déplétion pétrolière, crises… Ebauche d’une vision désirable du monde en 2050

“Songez à la quantité de changements qui se sont déroulés pendant les cent dernières années, qu’il soient sociaux, techniques, culturels, politiques ou environnementaux: tous ces changements ne font pas le poids face à ce dont vous serez témoin au cours des vingt prochaines années”. Ainsi a répondu le scientifique ayant modélisé les limites de la croissance, Dennis Meadows, à la question de savoir qu’elle était sa vision d’un avenir de “descente énergétique”, question qu’a pu lui poser le “cueilleur de visions” comme il se définit lui-même, Rob Hopkins, fondateur du mouvement Transition (1).

“Comment sera ma ville, mon village, mon pays, ma planète dans ces prochaines dizaines d’années ?”

Oui, à l’heure où la finance ajoute une crise à une crise (les « subprimes », les dettes des états, la Grèce…), à l’heure où le réchauffement global et les désordres dont il est capable font suffisamment peur au G7 (2) pour que celui-ci promette très officiellement la décarbonation totale de l’économie durant ce siècle, de plus en plus de personnes devraient se poser une question: “Comment sera ma ville, mon village, mon pays, ma planète dans ces prochaines dizaines d’années ?”

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États-Unis : A Detroit, les fermes remplacent les usines

A Detroit, l’ancien berceau automobile des États-Unis, les habitants ont investi les friches industrielles pour y cultiver des légumes. Les terrains pour ces fermes urbaines ne manquent pas dans cette ville qui a perdu la moitié de sa population en 60 ans.

Les Atelières : Une aventure « made in France »

En janvier 2012, le dernier atelier de lingerie industriel haut de gamme de France, Lejaby, délocalise la quasi-totalité de sa production en Tunisie. Nicole Mendez, syndicaliste dans l’entreprise, et Muriel Pernin, patronne d’une petite société de communication, réagissent en fondant les Atelières, une entreprise participative.

Elles cherchent ainsi à préserver le savoir-faire des ouvrières de la marque et sortir du schéma productiviste.

C’est le début d’une expérience et d’un combat contre les sceptiques, les banquiers et la disparition annoncée de compétences qui faisaient la richesse de la lingerie française.

Un film écrit par Jean-Marc Grefferat et Fabienne Teftsian

Faut-il craindre l’effondrement du système bancaire mondial ?

Depuis la crise des subprimes en 2008 et le renflouement des larges banques par la réserve fédérale (FED), rien ne permet d’affirmer que la situation économique mondiale a été assainie. Tout au contraire, un ensemble d’indicateurs laissent penser que le monde bancaire est au bord de l’abîme, « the edge of chaos» selon l’expression du spécialiste des systèmes Christopher Langton[1].

Certains se veulent rassurants, cependant que la chute des cours du brut fait craindre un choc pétrolier à l’envers qui mettrait en faillite une section importante du secteur énergétique, celle du « fracking » ainsi que les états américains dépendant de ses revenus[2]. D’autres, Steve Forbes et Elizabeth Ames en tête, mettent en garde contre l’effondrement du système économique mondial et suggèrent un retour au Gold Standard[3]. Y’a-t-il des raisons de faire confiance aux uns plutôt qu’aux autres ?

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Jean-Luc Ginder : « La France est allée trop loin dans la désindustrialisation »

Le déclin relatif de l’industrie est une tendance naturelle, de la même manière qu’il y a eu un déclin de l’activité agricole remplacée par l’industrie. Ainsi l’activité industrielle tend à être remplacée par le secteur des services.

Une société qui se développe et se sophistique consomme davantage de services et moins de produits industriels. Mais comme ce sont les produits industriels qui portent les gains de productivité remarquables, les prix de production et de vente sont à la baisse. Des exemples dans notre quotidien : téléviseurs, téléphones..

Le problème ne vient pas de cette évolution générale mais vient du rétropédalage industriel de la France depuis les 15 dernières années. Il faut en finir avec l’accumulation des politiques contradictoires.

Les résultats français sont inférieurs à ceux des pays qui ont une fiscalité moindre et à ceux qui ont une fiscalité plus lourde, inférieurs à ceux qui ont des lois sociales plus généreuses ou mois généreuses, et inférieurs à ceux qui ont un État fort ou un État faible. Mauvaise élève face à tous ses voisins depuis 15 ans et même au-delà : le choc de la désindustrialisation a été plus violent en France qu’ailleurs et cela a commencé vers les années 80.
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En dix ans, PSA et Renault ont perdu 70.000 postes en France

45.000 postes ont disparu chez PSA sous l’effet des plans sociaux successifs. Faute de recrutement, les constructeurs affichent des effectifs vieillissants.

Le tour de vis se poursuit chez PSA. Comme attendu , la direction a présenté hier ses projections d’emploi pour 2015. Dans le cadre du contrat social négocié avec ses syndicats, la direction table sur 1.500 congés seniors – le salarié peut partir deux ans avant sa retraite, reste inscrit dans les effectifs, mais ne touche que 70 % de son salaire –, ainsi que sur 1.400  mobilités internes, 550  mobilités externes sécurisées (le salarié peut réintégrer le groupe s’il le souhaite). Des mouvements destinés à faire des économies, qui seront compensées par 550 recrutements en CDI, ainsi que l’embauche de 2.000 jeunes en alternance.


Derrière cette réorganisation, c’est le bilan social dressé par PSA qui est particulièrement marquant. Il reflète, tout comme chez Renault, la saignée qu’ont connu les deux constructeurs sur les dix dernières années.

« Maintenant, on a une vision claire et très précise des effectifs », indique Christian Lafaye, délégué Force ouvrière. Selon les documents transmis aux syndicats, Peugeot Citroën Automobile (PCA), qui regroupe les usines et les centres d’ingénierie de l’Hexagone, ne compte plus que 58.100 salariés à fin septembre. Ce qui devrait situer les effectifs 2014 de la division automobile (PCA, réseaux de distribution…) entre 65.000 et 67.000 salariés, bien loin des 100.000 salariés employés il y a dix ans encore, en 2004.

Au global, les effectifs du groupe (en intégrant Faurecia, PSA Finances…) s’élèveront à moins de 83.000 salariés, soit une chute de 45.000 postes en dix ans, à la fois du fait des restructurations (plan de départ en 2011, fermeture d’Aulnay…), mais aussi de diverses cessions (Citer, Gefco…).
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Marché du Famas : Humbert reste dans la course

Le groupe italien Beretta et sa filiale française Humbert basée dans la Loire font partie de la short-list des entreprises qui vont pouvoir répondre à l’appel d’offres de la DGA. L’autre candidat régional, le stéphanois Verney-Carron, n’a pas été retenu.


La direction générale de l’armement (DGA) du ministère de la Défense a rendu sa short-list : une poignée d’entreprises va pouvoir répondre à l’appel d’offres pour le remplacement du fusil d’assaut Famas. Parmi elles figure le groupe italien Beretta (3 000 salariés, 600 millions d’euros de CA) qui avait déposé un dossier de candidature conjointement

avec sa filiale française Humbert (47 salariés, 30 millions d’euros de CA), implantée à Veauche dans la Loire.

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Un précurseur de la décroissance : William Morris ou l’utopie réalisée

La décroissance renoue aujourd’hui avec l’inspiration première du socialisme, celui qui a été qualifié non sans ambiguïté d’utopique. Mais voilà déjà quelques années, lorsque j’ai désigné William Morris comme un précurseur de la décroissance, j’ignorais le texte que le lecteur va découvrir.

Je ne connaissais de lui que son ouvrage le plus célèbre, News from nowhere (Nouvelles de nulle part), écrit en 1890 pour servir de feuilleton au Commonweal, le journal de la Socialist League. Or, incontestablement, nombre de penseurs auxquels se réfèrent les objecteurs de croissance ont été des utopistes, et souvent des hérétiques par rapport à la doxa de la gauche marxiste ; je pense à Paul Lafargue, Jacques Ellul, Ivan Illich, André Gorz, auxquels il conviendrait d’adjoindre Bernard Charbonneau, Cornelius Castoriadis, sans parler de Tolstoï, Gandhi, ou Thoreau.

À travers eux, la décroissance rejoint les fortes critiques des précurseurs du socialisme contre l’industrialisation et une vision non dogmatique de la construction d’une société plus juste. Relire ces penseurs, et William Morris en particulier, voire réévaluer le luddisme, ce mouvement de révolte contre les machines du début du XIXe siècle, permet de redonner sens au socialisme dans une vision écologique telle qu’elle a pu être développée chez André Gorz [1].

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Triche industrielle (Docu)

A Florange, les deux derniers hauts-fourneaux de Lorraine se sont éteints. C’était l’ultime bastion d’une activité séculaire, d’un savoir-faire et d’un esprit de classe. La ville est devenue l’emblème d’un pays qui se désindustrialise.

Ce qui s’est joué ici dépasse les frontières de la Lorraine : c’est le résultat de trente années de privatisations, d’endettements et de soumissions aux lois du marché.

Réalisé par Tristan Thil (France – Avril 2014)

Made in France, l’année où j’ai vécu 100% français

Peut-on vivre en consommant exclusivement des produits fabriqués en France ? C’est la question qui a poussé un jeune journaliste à vivre pendant neuf mois une expérience unique.

Benjamin Carle, totalement assujetti à une consommation et à une culture mondialisée, a décidé de remplacer chacun de ses biens par un équivalent conçu et fabriqué majoritairement dans l’Hexagone.

Documentaire réalisé par Benjamin Carle (France – 2014)

Les hommes de Fer (2/2) : Vers un nouveau monde

En 1945, dans une Europe en ruines, la sidérurgie devient le fer de lance de la reconstruction. Cependant, le syndicalisme, la robotisation, l’émergence de la compétition internationale, la précarisation de l’emploi vont petit à petit miner la relation de confiance et de dépendance entre patrons et salariés.

La fermeture de la majorité des usines, en France puis en Allemagne, laissera sur le carreau des régions entières. Tandis que les anciens “maîtres de forge”, leurs dettes épongées en partie grâce à des aides publiques massives, pourront se convertir au nouveau capitalisme financier.

Réalisé par Anaïs Spiro, Olivier Spiro (France 2011)

Revoir la partie 1 : Les hommes du fer, la crainte et le respect

Les hommes du fer (1/2) : La crainte et le respect

Du milieu du XIXe siècle à la fin des années 1980, la sidérurgie franco-allemande a régné sur l’Europe, et ses immenses complexes ont symbolisé la puissance de l’ère industrielle.

Ce documentaire raconte son histoire par la voix de ceux qui en ont été les acteurs : salariés d’une part (manœuvres, ouvriers spécialisés, techniciens, ingénieurs), patrons de l’autre, dans les quatre grandes entreprises familiales de la Ruhr (Krupp, Thyssen), du Creusot (Schneider) et de la Lorraine (de Wendel).

Réalisé par Anaïs Spiro, Olivier Spiro (France 2011)

Voir la partie 2 : Les hommes de fer, vers un nouveau monde

Allemagne : La pauvreté existe aussi au pays du “miracle économique”

L’Allemagne, pays de Cocagne ou mirage économique ? Du temps où elle tournait à plein régime, la mine “Minister Stein” produisait plus de 2 millions de tonnes de charbon par an. Jusqu‘à sa fermeture le 31 mars 1987, la “Minister Stein” était l’un des symboles de cette industrie lourde qui s’est forgée dans le bassin de la Rhur et qui fut l’un des moteurs du miracle économique allemand.

Récemment encore, taux de pauvreté et croissance économique étaient étroitement liés, en d’autres termes: davantage de croissance signifiait moins de pauvreté, mais plus aujourd’hui. Une étude a démontré qu’en 2011 le PIB allemand a beau avoir augmenté de 3.9%, cela n’avait pas fait baisser le taux de pauvreté ; au contraire celui-ci a augmenté de 4.1%.

A l’approche des élections législatives, les principaux partis politiques planchent sur différentes solutions pour la Rhur et les autres régions en crise. Mais comment réduire la fracture sociale dans une Allemagne qui apparait aux yeux de tous en si bonne santé ?

Portugal : Un pays qui va à vau-l’eau

Par Sejo Vieira

Actuellement, des 5.800.000 actifs, presque 3 millions sont des précaires ou travaillent irrégulièrement pour des salaires qui peuvent descendre à 2 euros de l’heure. Des 900.000 chômeurs, 750.000 ne reçoivent aucune allocation de chômage. On répertorie plus de 3 millions de personnes dont les revenus se situent entre 7 euros et 15 euros par jour.

La corruption du monde avant le déluge, par Cornelis Cornelisz van Haarlem

Depuis fort longtemps, les alertes et les critiques prédisaient la mort de la nation. La stagnation de l’économie portugaise commença longtemps avant l’éclatement de la crise actuelle. Ayant été un des pays où la CEE injecta plus d’argent per capita, le Portugal est celui qui profita le moins de cette manne. Pendant les vingt-six années d’« aides » reçues afin de le préparer et adapter aux exigences de la communauté européenne, les fonds furent entièrement dilapidés au fur et mesure qu’ils entraient dans les coffres de l’État. Ils servirent, essentiellement à créer une classe de parasites qui firent main basse, en toute impunité, sur des sommes colossales.

Les fonds structurels d’aide au développement eurent comme contrepartie l’endettement des gouvernements portugais auprès des banques du centre de l’Europe (Allemagne, Benelux et Autriche). En effet, le financement des fameux projets, élaborés par Bruxelles obligeait le Portugal à participer avec des fonds propres (entre 15 et 25% de la totalité) obtenus, évidemment, à des taux usuraires. Une manière très astucieuse d’amener le pays à s’endetter auprès des banques. À peu près 121 milliards d’euros (41% de la dette actuelle portugaise) proviennent de ces emprunts.

Avec un des PIB le plus bas de l’Europe et une dette souveraine très préoccupante, la crise mondiale ne pouvait qu’aggraver la situation économique et sociale du Portugal.

Faute d’élites compétentes et honnêtes, tout le long de ces années de « démocratie », les Portugais ne purent forger les armes nécessaires pour affronter, efficacement, les économies avancées de l’Europe. Et, du fait de son entrée dans l’Union Européenne, en 1986, le Portugal dut abandonner un grand nombre de secteurs productifs essentiels, modestes mais capables néanmoins de relancer sa capacité exportatrice et d’assurer à son peuple un minimum d’autosuffisance. Presque tout l’essentiel à la survie de ses populations est, depuis lors, importé des autres membres de l’Union Européenne.

Après le coup d’État du 25 Avril, la fameuse « révolution des œillets », les politiciens « démocrates » se limitèrent à remplacer une aberration politique par une autre aberration politique. Au lieu du parti unique du salazarisme, les portugais découvrirent le « bloc central unique », l’alternance entre deux forces politiques, les socialiste du PS, d’un côté et les néolibéraux du PSD et son allié le CDS (droite traditionnelle), de l’autre. Ce front composé par des politiciens opportunistes, incompétents et corrompus montra, au fil des années, un inconcevable mépris envers le peuple. Ce sont les appareils de ces partis, un dangereux conglomérat de gens prêts aux pires combines, à l’escroquerie et au vol des richesses nationales qui conduisirent le pays à la banqueroute.

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La Croatie intègre l’UE, une mauvaise nouvelle pour l’économie croate?

La Croatie devient ce lundi 1er juillet le 28e Etat-membre de l’Union européenne. Mais c’est un pays en crise qui rejoint une UE elle-même en mauvais état. Et l’intégration n’aura pas de conséquence positive immédiate. Au contraire, elle risque même de fragiliser encore plus la chancelante économie croate.

Dans un pays en récession, où le chômage touche officiellement 22% de la population et au moins 40% des jeunes, la perspective de l’intégration européenne ne suscite plus guère d’enthousiasme. D’après des enquêtes récurrentes, les Croates anticipent le fait qu’ils vivront plus mal après l’intégration de leur pays qu’aujourd’hui. C’est une première absolue, tous les élargissements ayant été associés à une promesse de vie meilleure -certes, pas toujours tenue, notamment dans le cas de la Roumanie et de la Bulgarie, qui ont rejoint l’Union en 2007.

Cette morosité de l’opinion publique est confirmée par les économistes, qui estiment que la Croatie ne devrait pas tirer le moindre bénéfice de son entrée dans l’UE, au moins au cours des deux années à venir. Conséquence de son adhésion à l’UE, la Croatie va devoir quitter l’Accord de libre-échange d’Europe centrale (CEFTA) qui réunit les États des Balkans occidentaux ainsi que la Moldavie.

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États-Unis : Détroit, société post-industrielle et décroissance forcée

Par Sophie Chapelle

La ville de Détroit, symbole du capitalisme et de l’industrie automobile, n’est plus que l’ombre d’elle-même. En cinq ans, ses habitants ont subi une brutale décroissance forcée : un taux de chômage exorbitant, un exode urbain sans précédent, des services publics délabrés. Pourtant, derrière les scènes de désolation, une société post-industrielle est en train de naître, grâce à l’expansion d’une agriculture urbaine et à l’émergence de solidarités de quartier. Basta ! a rencontré celles et ceux qui bâtissent une nouvelle cité sur les ruines de la Babylone déchue.

Des trottoirs et des parkings vides longent les vastes avenues. Une enfilade de magasins aux rideaux baissés quadrille le centre-ville de Détroit, berceau de l’industrie automobile américaine. Les banderoles « à vendre » et « à louer » se succèdent sur les façades des bâtiments. 80.000 logements seraient abandonnés, soit près de un sur cinq. Avec ses maisons saccagées, brûlées ou envahies par la végétation, « Motor City » donne l’impression d’une ville fantôme. Symbole de cette déroute, Détroit vient d’être mis sous la tutelle d’un « coordinateur d’urgence » pour au moins un an.

« Pendant les soixante-dix dernières années, les habitants de Détroit ont cru à tort que leurs vies étaient liées à General Motors, Ford et Chrysler, explique Maureen Taylor, militante depuis des années dans la lutte contre la pauvreté. Ils nous ont mis dans la tête que ce qui était bon pour eux était bon pour nous. Il nous fallait donc cesser de marcher et conduire des voitures. Et si nous n’aimions plus cette voiture, nous en achetions une autre. Cela a duré pendant des décennies mais aujourd’hui, c’est fini ».

Tournant le regard vers les rues désertes de Détroit, Maureen conte le quotidien de ses habitants les plus touchés par la crise. Des gens mourant de froid sur les trottoirs, des enfants retrouvés morts dans les maisons incendiées, un système de soin de santé inaccessible pour les bas-revenus, « un monde de fous » résume t-elle.

Exode urbain
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L’adieu à la croissance

Que cela plaise ou pas, une nouvelle ère s’ouvre, celle d’une croissance durablement proche de zéro.

L’annonce d’un recul du PIB au tournant de l’année 2013 ( – 0,2 % au quatrième trimestre 2012, -0,2 % au premier trimestre) a occulté une réalité bien plus alarmante encore : la panne sans précédent dans sa durée de la croissance française. Sur les cinq derniers trimestres, l’activité n’a pas progressé d’un iota en France et le niveau de la richesse produite se trouve toujours aujourd’hui en deçà de celle de 2007, l’année du déclenchement de la crise des subprimes aux Etats-Unis. Jamais depuis la Seconde Guerre mondiale, l’économie française n’a connu une période aussi longue de stagnation.

Et l’horizon à court et moyen terme apparaît désespérément bouché. Une réalité bien perçue par la force des choses par les agents économiques, ménages et chefs d’entreprise mais encore largement niée par les politiques qui ne cessent pas d’entrevoir le futur avec des lunettes roses. Un tel comportement ne surprend pas l’expert Olivier Berruyer :

Les politiques sont dans l’idéologie de la croissance. Ils vivent dans le règne révolu du “toujours” plus”, estime ce dernier. Or ce retard dans la prise de conscience est lourd de conséquences car il freine les adaptations nécessaires à la nouvelle ère qui s’ouvre, celle d’une croissance durablement proche de zéro et qui appelle nécessairement des révisions douloureuses dans nos façons de produire et de redistribuer.

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États-Unis : Détroit, l’agriculture urbaine, antidote à la désindustrialisation ?

Détroit, symbole international de l’industrie automobile américaine est aussi le « symbole de la post-industrialisation » d’après Grace Lee Boggs, depuis que ses habitants essaient de réinventer leur ville à partir de l’agriculture urbaine et de l’autosuffisance alimentaire.

Détroit, la ville des « Big Three » – Ford, General Motors, Chrystler – fut le berceau de l’industrie automobile américaine. Un des carrefours névralgiques de la ‘Manufacturing Belt‘ (ceinture des usines), cœur industriel des États-Unis. Devenue la ‘Rust Belt’ (ceinture de rouille), cette région est souvent citée en exemple comme le symbole de la désindustrialisation et de la crise économique. Détroit en est l’exemple le plus abouti.

Depuis 1950, la ville a perdu la moitié de sa population, passant de 1,8 million d’habitants en 1950 à quelque 700 000 aujourd’hui. Si le taux de chômage officiel est de 15,8 %, il augmente à mesure que l’on s’approche du centre-ville et dépasse 50 % dans certains quartiers. Avec ses 80 000 logements abandonnés (près de un sur cinq), ses terrains vacants et ses façades de bâtiments ornées de pancartes « à vendre » ou « à louer », Détroit donne d’abord l’impression d’une ville fantôme. Symbole de cette déroute, Détroit vient d’être mise sous tutelle par l’État du Michigan.

Derrière cet apparent désastre industriel, économique et social, celles et ceux restés sur place ont le projet fou de rebâtir une nouvelle cité sur les ruines de l’ancienne. La portion de la ville inoccupée est évaluée à 233 km2 sur une surface totale de 350 km2. Plus un seul quartier dans Détroit n’abrite pas un jardin familial ou communautaire. Dès la fin du 19e siècle, Détroit connut des expériences d’agriculture urbaine.

Au cœur des années 1970, le maire Coleman Young lance le programme Farm-A-Lot qui autorise les résidents à obtenir un permis pour cultiver dans leur quartier. Aujourd’hui plus de 16 000 résidents seraient investis dans 1.300 jardins. Les motivations sont diverses : certains cultivent pour survivre, d’autres pour nourrir les plus démunis, avoir accès à de la « nourriture saine », recréer du lien social dans le quartier ou développer une activité économique locale… Tous à leur manière façonnent une société post-industrielle.

L’extermination de l’industrie française par l’image

L’évolution de l’industrie française est radicale et plutôt conforme aux projets auto-réalisateurs des économistes libéraux qui voient la France comme un pays de cuisiniers et de touristes. L’industrie s’éloigne des villes grandes et moyennes (et complètement des régions parisienne et marseillaise).

Paradoxalement, la désindustrialisation n’aura suivi que de quelques décennies seulement l’achèvement de l’exode rural. L’industrie est devenue plus que jamais un phénomène frontalier, davantage lié à l’espace économique de l’Allemagne qu’à un espace économique national.

La désindustrialisation s’est accélérée depuis 2008 et la crise de l’Euro. Dans le cadre économique actuel, compte tenu des divergences de compétitivité avec l’Allemagne au sein de la zone euro, l’industrie française qui subsiste ne devrait survivre que quelques années.

Carte de l’industrie en France, comparaison 1968 et 2008 : H. Le Bras, E. Todd, in Le Mystère français, 2013

Mediapart

Le localisme, c’est bon pour le moral!

Le localisme occupe une place centrale dans l’instauration d’une société identitaire telle que nous souhaitons la construire. Le localisme est un principe de consommation –et au sens plus large, de fonctionnement, qui permet de redonner un sens logique aux activités humaines.

Le localisme est le fait de privilégier dans sa vie quotidienne, ce qui est local. Que ce soit en termes de consommation, ou d’administration de la vie de la cité, le localisme permet de répondre à nos besoins avec des solutions « au plus près ». Il permet de résoudre les problématiques liées à l’économie, à l’écologie, et à la disparition du lien social.

Constat d’échec : la mondialisation est aujourd’hui la cause de la plus part des maux qui rongent notre pays : chômage (désindustrialisation, délocalisation), immigration (mondialisation des peuples), perte de valeurs, perte de notre identité (remplacée par une culture globale neutre et adaptable dans le monde entier). D’un point de vue purement économique, la mondialisation pourrait être résumée par cette phrase : La mondialisation c’est faire fabriquer des produits par des esclaves, pour les vendre à des chômeurs.

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Lorraine : La dernière coulée, 21 ans après…

Plus de vingt ans après la fermeture des hauts fourneaux d’Uckange, en Moselle, que sont devenus les métallos qui ont brutalement perdu leur emploi ?

A quoi ressemble cette bourgade depuis la destruction de son poumon industriel et quel lien doit on faire entre le destin de ces ouvriers et celui des hommes de Florange, à quelques kilomètres de là, qui se battent depuis des mois contre la fermeture de leurs hauts fourneaux par Arcelor Mittal?

“Envoyé spécial” diffusé sur France 2 le samedi 17 novembre 2012.

L’avenir des gaz de schiste et le sens de l’Histoire

“La misère subsiste. Comme avant.
La supprimer complètement tu ne peux.
Mais tu vas la rendre invisible.”

Theodor Adorno,  Minima Moralia

L’histoire a-t-elle un moteur, et si oui, quel est son carburant ?
L’homme change-t-il, et sinon, qu’est-ce que le “progrès” ?

Telles étaient en gros les questions qui me tracassaient en ouvrant l’autre jour Le monde en 2030 vu par la CIA, la traduction d’une analyse prospective publiée en décembre par le National intelligence council américain, haute instance de conseil des agences de renseignement des Etats-Unis.

Je reconnus page 271 l’indice que je cherchais, au centre du “scénario pessimiste le plus probable” avancé par les analystes de la CIA, intitulé “Quand les moteurs calent”.

Cet indice figure dans les premières phrases d’un discours fictif prononcé en 2030 par le directeur d’un hypothétique WorldCorp Strategic Vision Group :

Je pense que nous avons tous cru que la découverte des gaz de schiste signifiait que les Etats-Unis étaient “de retour”, en dépit de toutes les querelles internes. De toute évidence, nous n’avions pas tenu compte du système juridique américain. Non seulement nos estimations précédentes, trop ambitieuses, se sont révélées fausses à cause de progrès technologiques plus lents que prévu dans le domaine des extractions, et de ressources qui se sont avérées être dans la fourchette basse de nos pronostics initiaux, mais nous avons été incapables de prendre en compte le coût des procès en séries intentés aux producteurs d’énergie.

Voilà donc la clé ? S’ils ne trouvent pas assez d’hydrocarbures à fracturer dans les roches-mères du Dakota, du Texas et sans doute demain de Californie, les ‘Ricains (vous savez, Madonna, Bret Easton Ellis, les Cadillac) ne seront jamais “de retour”, comme le clamait Reagan en son temps : jamais plus ils ne pourront imposer leur dominium sur le monde, estime la CIA.

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Detroit, la faillite d’un symbole (Rediff.)

Détroit, la ville la plus pauvre des États-Unis, avec un taux de criminalité très élevé, était dans les années 1950, la quatrième ville du pays. Aujourd’hui, avec une population qui a considérablement chuté, Détroit offre la vision d’une cité engloutie entre usines désaffectées et friches envahissantes, sur un tiers de sa superficie. Les faillites successives des trois grands constructeurs : General Motors, Ford et Chrysler, ont détruit des dizaines de milliers d’emplois, directs et indirects. Élus, pouvoirs publics et population sont de plus en plus nombreux à proposer des alternatives, et certains parient même sur un renouveau prochain de leur ville.

Les 3 dogmes assassins à l’origine de la désindustrialisation

La France, cimetière d’usines : 900 fermées en trois ans. Le spectre d’une désindustrialisation dramatique quitte les chiffres froids, secs et désincarnés de la macro-économie pour miner le paysage du réel. Vertige d’une grande puissance industrielle au tapis, impuissante à invoquer la crise comme seule responsable de ces maux puisqu’au cours de ces dernières années, elle a fait beaucoup moins bien que ses classiques concurrents européens, l’Allemagne, le Royaume-uni, l’Italie.

Ainsi, dans la zone euro, entre 2000 et 2010, le poids de la valeur ajoutée de l’industrie manufacturière dans le PIB accuse un recul de 3,7 points contre 5,2 points en France (plus de 100 milliards d’euros). La part de l’industrie dans la valeur ajoutée totale de l’économie a régressé brutalement en une décennie de 30 %, passant de 18 % en 2000 à 12,5 % en 2011. Alors que ce ratio est de plus du double en Allemagne, de 18,6 % en Italie.

Du côté des exportations dont la balance commerciale accuse 70 milliards de déficit, les performances son calamiteuses : la France a perdu de 1998 à 2012, 41 % de ses parts de marché, le double de l’OCDE, le triple de l’Allemagne. Du côté des emplois, les chiffres sont encore plus accusateurs puisqu’en 30 ans la France a perdu 2 millions d’emplois industriels. A part l’agroalimentaire, le luxe et l’aéronautique, qui ont réussi à tirer leur épingle du jeu, toutes les filières sont plus ou moins touchées.

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Potagers Interdits

Aux USA, on a dépassé Staline. Celui-ci fut effleuré par l’idée de supprimer le lopin individuel, mais lui-même n’osa jamais sauter le pas, avant que pendant la grande guerre patriotique, celui-ci prit des proportions encore plus importantes.

Et cette fois, le régime ferma les yeux, trop occupé à fouetter d’autres chats, et trop heureux de la soupape de sûreté que ces jardins donnaient, car on dit qu’ils produisirent jusqu’à 75 % des pommes de terre, et ils contribuèrent notablement au climat de guerre froide.

En effet, juste après guerre, l’invasion de doryphores fut interprétée par le régime comme une tentative de guerre alimentaire à l’initiative des USA.

Ce que Staline, donc, n’osa pas faire, est en cours aux USA, dans différents endroits, le potagers est banni, détruit, illégal, harcelé, etc… (Mais c’est aussi pareil ailleurs).
Pourquoi cultiver, quand, dans sa mansuétude le gouvernement vous permet de manger de la merde pour 4.33 $ par jour, et vous accordera l’aide médicale pour soigner votre obésité.

Si le IV° amendement est invoqué pour protéger les potagers, il n’a pas un lobby aussi puissant que la NRA pour les protéger.

Pour rappel : « Le droit des citoyens d’être garantis dans leurs personne, domicile, papiers et effets, contre les perquisitions et saisies non motivées ne sera pas violé, et aucun mandat ne sera délivré, si ce n’est sur présomption sérieuse, corroborée par serment ou affirmation, ni sans qu’il décrive particulièrement le lieu à fouiller et les personnes ou les choses à saisir. »

Mais on voit bien le mécanisme de sujétion, et de bannissement de la dissidence.

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Écosse : Calton, capitale de la précarité

Victime de la désindustrialisation des années 1970 et 1980, le quartier ouvrier de Calton, à Glasgow, cumule les records négatifs en terme de chômage, d’espérance de vie et de revenu par habitant. Et les coupes dans les dépenses sociales ne laissent pas beaucoup d’espoir d’amélioration.

Un vent âpre traverse Calton, chassant devant lui des sacs en plastique et autres détritus. Les bâtiments délabrés aux fenêtres condamnées se succèdent dans le quartier. Dans Stevenson Street, une mère adolescente pousse un landau d’un pas traînant. Elle entre chez un marchand de journaux puis en ressort quelques instants plus tard, un paquet de cigarettes à la main. La rue est presque déserte. Seul le Calton Bar donne quelques signes de vie : vers midi, une poignée de clients y sont déjà en train de boire leur première pinte.

Autrefois Calton était un quartier animé, le cœur industriel de l’ouest de Glasgow. De grandes aciéries aux cheminées fumantes dominaient les logements ouvriers. Au People’s Palace donnant sur Green Park, on peut se faire une idée de ce qu’était la vie locale il y a une cinquantaine d’années. Calton était un quartier ouvrier type.

Les photos en noir et blanc qui y sont exposées montrent les appartements exigus où plusieurs familles devaient partager les mêmes toilettes. Non, les habitants de Calton n’ont jamais connu le confort. Mais à l’époque, le travail ne manquait pas.

Au centre commercial pour se réchauffer
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États-Unis : Détroit, la faillite d’un symbole

Rattrapée par la mondialisation et la désindustrialisation, gangrenée par un chômage et une criminalité exponentiels, Détroit a fini de boire la tasse avec la crise financière de 2008, qui a vidé de leurs occupants des quartiers entiers, avalés depuis par les herbes folles.

Des habitants se retroussent les manches pour transformer les friches, qui occupent un tiers de la superficie de l’agglomération, en jardins potagers. En ayant fait passer le nombre de jardins de 80 en 2004 à 1 600 aujourd’hui, des citoyens ont commencé à se réapproprier leur territoire et à se réinventer un futur.

Documentaire réalisé par Thierry Derouet et Nathalie Barbe – France 5 – 20/11/2012

Quand la Chine délocalise en Europe

Le vent de la mondialisation a tourné. La Chine, autrefois la sous-traitante docile des multinationales, s’est émancipée. Elle est aujourd’hui à la tête de moyens financiers colossaux. En Europe, les entreprises chinoises se posent désormais en sauveurs de la désindustrialisation. Enquête sur ces entrepreneurs chinois à la conquête du marché européen.

“Les troubles qui se sont produits dans les pays européens résultent uniquement de problèmes accumulés par une société en fin de course qui vit sur les acquis sociaux. Les lois sociales sont dépassées, elles encouragent la paresse, l’indolence plutôt que l’effort.” – Jin Liqun, président de la China Investment Corporation

(Documentaire réalisé par Magali Serre – France – Septembre 2012)

Laurent Joffrin et PSA : vous reprendrez bien un peu de néolibéralisme ?

Dans un éditorial publié le 13 juillet 2012, Laurent Joffrin nous éclaire de sa profonde pensée sur la fermeture de l’usine PSA d’Aulnay-sous-Bois. Celle-ci constituerait « le cimetière des illusions idéologiques françaises », mettant à mal « les idées reçues sur le libre-échange et la mondialisation ». Des idées à ce point reçues que celui qui prétend en faire la critique en a été, au sein des grands médias, et en particulier de la presse dite de gauche (Libération, Le Nouvel Observateur), l’un des zélateurs les plus assidus depuis les années 1980 [1]. Avant de rappeler ce rôle que Laurent Joffrin a assumé avec tout l’aplomb du converti, et ce durant pas moins de trois décennies, revenons sur son analyse de la fermeture de l’usine d’Aulnay.

De même pour l’intervention de l’État, qui ne se justifierait qu’en tant qu’aide ponctuelle, accordée sans aucune contrepartie. Pas question, donc, pour Joffrin, que l’État demande des comptes aux actionnaires de PSA quant aux aides déjà reçues (ne serait-ce que la « prime à la casse » et le « bonus écologique », qui ont coûté près de 2,2 milliards d’euros à l’État) : « L’État doit évidemment apporter son aide à PSA si nécessaire et déployer tous ses efforts pour limiter le choc social infligé aux ouvriers de l’automobile. Mais ce n’est pas lui qui peut ramener chez PSA les clients qui ont préféré d’autres marques. »

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Délocaliser n’est pas une fatalité

Après la “prime à la relocalisation”, en 2009, une nouvelle mesure a été annoncée, dimanche 29 janvier, par le chef de l’Etat pour lutter contre les délocalisations : baisser le coût du travail. L’idée est simple : diminution des charges sociales patronales et compensation par une hausse de la TVA (baisse des recettes oblige). Face à l’inefficacité de la mesure prise en 2009 (voir Le Monde du 9 mars 2010), que peut-on attendre de cette proposition ? Au regard des connaissances disponibles sur la question, rien. Et ce d’autant plus que la mesure se fonde sur une idée reçue, celle de la responsabilité seule du coût du travail.

Acceptons temporairement l’hypothèse selon laquelle le coût du travail serait bien responsable des délocalisations et de la désindustrialisation. Dans ce cas, ce n’est certainement pas la mesure annoncée qui modifiera la tendance. La baisse supposée du coût de production en France (induite par la baisse du coût du travail) ne peut absolument pas être suffisante pour compenser les différentiels de coûts du travail, y compris si elle est accompagnée d’une hausse de la TVA sur les produits importés. A moins d’un très sérieux alignement par le bas, d’une précarisation de l’emploi poussée à l’extrême, voire d’un recours aux formes illégales du travail, il n’y a aucun moyen de lutter contre les délocalisations motivées par les différentiels de coût du travail. Ceux-ci sont beaucoup trop importants. La tendance naturelle, c’est l’alignement vers le haut. Progrès social oblige, les salaires augmentent dans les pays dits “low cost“, comme en Chine où on a assisté à un triplement du salaire moyen entre 1990 et 2005, selon l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).

La mesure ne peut qu’être inefficace, mais là n’est pas la question. Inéluctables, les délocalisations ? Pas toujours, car la relation entre désindustrialisation, délocalisation et coût du travail est beaucoup plus complexe qu’il n’y paraît.

Désindustrialisation et délocalisation ne sont pas synonymes

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Comment Margaret Thatcher a marqué l’Angleterre

Alors que sort sur grand écran un film sur sa vie, Margaret Thatcher revient à la mode en Grande-Bretagne. Pourtant, le bilan économique et social de la “Dame de fer” est noir. Et la haine qu’elle a suscitée dans les franges populaires est toujours aussi vivace.

Ce mercredi (15 février) sort sur les écrans le film sur Margaret Thatcher, La dame de fer ”, avec dans le rôle titre Meryl Streep. Celle qui a régné pendant onze ans sur le Royaume-Uni est sans doute la plus contestée des Premiers ministres britanniques. Son arrivée au 10 Downing Street en mai 1979 a marqué un tournant dans l’histoire du pays. Retour sur les années Thatcher.

L’homme malade de l’Europe

Depuis le milieu des années 1950, le Royaume-Uni est confronté à des problèmes économiques persistants: déficit commercial, déficit de la balance générale des paiements, endettement croissant, inflation galopante et sous-productivité. Le pays perd du terrain face à ses voisins: le taux de croissance moyen est de 2,8% dans les années 1960 alors que la France et l’Allemagne enregistrent des croissances de 5%. Durant cette période, les gouvernements travaillistes et conservateurs qui se succèdent appliquent des politiques de relance, qui entraînent un regain d’inflation, puis des politiques de rigueur afin de casser l’inflation. Cette stratégie dite de “stop and go” sclérose l’investissement des entreprises.

Le choc pétrolier de 1973 aggrave la situation. L’inflation atteint alors 25%. Le Royaume-Uni passe pour l’homme malade de l’Europe. En 1976, le gouvernement travailliste est contraint de solliciter l’aide du FMI à hauteur de 4 milliards de dollars, une somme alors importante. En contrepartie, le Premier ministre de l’époque, James Callaghan, engage une politique déflationniste de compression de la masse monétaire et de réduction des déficits publics. Il obtient temporairement le soutien des syndicats qui acceptent une limitation des hausses de salaires. Fin 1978, alors que la croissance est revenue, les mêmes syndicats refusent la limitation à 5% des hausses de salaire et entament un grève de cinq mois (d’octobre à février 1979).

C’est dans ce contexte qu’ont lieu les élections législatives. Margaret Thatcher, qui dirige les Tories – le parti conservateur – depuis 1975, fait campagne sur la stigmatisation du “socialisme rampant” imposé par des syndicats tout-puissants. Elle promet de combattre l’inflation et d’encourager le libre marché. Elle obtient une victoire marquée (44% des voix contre 37% aux travaillistes), moins par adhésion de la population à son programme néolibéral que par un ras-le-bol du consensus Etat-patronat-syndicats. Et met aussitôt son programme en application: réduction des dépenses publiques, forte hausse des taux d’intérêts de la banque d’Angleterre pour comprimer l’inflation, suppression de l’encadrement des salaires et des prix.

Libéralisation à marche forcée

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Le quinquennat de Nicolas Sarkozy en 5 chiffres

Chômage, déficit, pouvoir d’achat : à quelques mois de la présidentielle, le think tank Terra nova compare les promesses du candidat de 2007 au bilan du président en 2012.

Nicolas Sarkozy, candidat à sa succession, va devoir défendre son bilan. Le chef de l’Etat a souvent fait l’apologie de la politique du résultat, Terra Nova l’a pris au mot. Le think tank, proche du Parti socialiste, a dressé la liste des principaux chiffres de son quinquennat.

Bien évidemment, la crise est en partie responsable de ces contre-performances. Mais leur comparaison aux déclarations de Nicolas Sarkozy en 2007 offre un contraste saisissant.

“Je vous ai promis le plein emploi, je vais me battre pour le plein emploi”. Place de la Concorde, 6 mai 2007.

 

  • Résultat : 1 million de chômeurs supplémentaires

Selon Terra Nova, “le chef de l’Etat restera le recordman de la hausse la plus brutale du taux de chômage depuis trente ans ”. A 8,1% en 2007, son taux devrait être autour de 10% cette année, selon les dernières prévisions de l’Insee.

La baisse des moyens consacrés à la lutte contre le chômage s’est accélérée depuis 2008 (-10,5% entre 2010 et 2011 et -11,3% entre 2011 et 2012), pointe Terra Nova. Le think tank estime que certaines mesures, comme la défiscalisation des heures supplémentaires ont eu des effets néfastes sur l’emploi en période de crise.

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Les limites du traitement keynésien d’une crise structurelle

Quatre ans déjà depuis que les symptômes du premier épisode de la crise du néolibéralisme furent observés au mois d’août 2007. La crise s’exporta des États-Unis vers le monde à l’automne 2008, et la plupart des économies entrèrent alors en récession. Lorsque la croissance dans les vieux centres, États-Unis et Europe, fit un bref retour après que la production eut atteint son point le plus bas au second semestre de 2009, les commentateurs de tous les médias et cercles académiques, à de rares exceptions près, célébrèrent le retour de la prospérité au terme d’un regrettable épisode. Il fallut, pourtant, constater que la sortie de crise tardait à se consolider. Le discours devint celui de la “rigueur”, la tentative de faire peser le poids de la crise sur les épaules de ceux ou celles qui en sont les moins responsables, les classes populaires et moyennes.

Mais, à la fin de l’année 2011, le ton changea brusquement. L’inquiétude tournait à la panique. La Chancelière Angela Merkel ne craignit pas de déclarer que la crise se prolongerait, en Europe, sur de nombreuses années (sortir de la crise de la dette est “un processus qui ne durera pas des semaines, pas des mois, mais des années”). La Réserve fédérale n’est pas plus optimiste. Le 25 janvier dernier, elle déclarait qu’il faudrait soutenir l’économie pendant plusieurs années (au moins jusqu’à la fin de l’année 2014) et décidait d’étendre la période de maintien des taux d’intérêt à des niveaux proches de zéro afin de stimuler la croissance. Qu’est-il advenu de la planète heureuse de la mondialisation néolibérale ?

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Maroc : Nouvelle usine Renault, symbole de notre suicide économique !

Chômage des travailleurs européens ou profits des multinationales dans les pays émergents fournissant des produits manufacturés à l’Europe : il va falloir choisir ! Sinon la révolte éclatera d’une façon inéluctable lorsque le taux de chômage sera tellement insupportable que la folie libre échangiste mondialiste apparaîtra comme un nez au milieu de la figure !

Pour l’instant, nous sommes seulement à mi-chemin de la gigantesque entreprise de désindustrialisation initiée dans les années 1950 aux États-Unis pour favoriser les grandes entreprises américaines, et dont le flambeau a été depuis repris par toutes les sociétés multinationales de la planète ! Pendant ces trente dernières années, la France a perdu trois millions d’emplois industriels, l’une des principales raisons de la crise de notre dette souveraine ! Si un protectionnisme douanier ne se met pas en place d’une façon urgente, les choses vont encore aller en s’accélérant ! L’oligarchie mondiale  managériale, actionnariale et financière a des intérêts en totale contradiction et en opposition frontale avec le désir des peuples européens de garder leur « savoir faire » et leur emploi !

L’usine géante Renault de Melloussa au Maroc

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Sécurité, immigration ou “made in France” : le consensus des élites européennes vole en éclats

Quand Marine Le Pen se prend à rêver d’un Front national centre de gravité de la vie politique française, il faut plutôt voir un phénomène européen de prise de conscience de la réalité de la désindustrialisation du continent.

Il se trouve qu’aujourd’hui l’objet d’un consensus élitaire en Europe est en train de voler en éclat, et que les hommes politiques sont forcés de se réintéresser à des sujets concrets et basiques, que sont la politique industrielle et la politique économique. Sans oublier ce qu’est une communauté politique et civique dans la mondialisation, soit dans un univers qui n’est pas extrêmement stable, voire relativement inquiétant pour les gens.

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