Placard : Les bannis du boulot

Solitude, dépression, sentiment d’être emprisonné… Et peu de compassion pour ces “bannis du bureau”, vite catalogués comme “fainéants”, “payés à ne rien faire”. le magazine “Complément d’enquête” s’est penché sur un mal bien français: le placard. Aucun chiffre, pas de statistiques, et pourtant les dégâts sont terribles.

L’équipe du magazine a rencontré Charles Simon, payé près de 5.000 euros pendant douze ans par la SNCF, à rester chez lui. Mais ne croyez pas qu’il vive forcément bien cette inactivité forcée. “C’est épuisant de ne rien faire, mais c’est compliqué de se plaindre”, confie-t-il. Il y a aussi Thomas, ancien commercial pris en grippe par son chef et dont les journées sont désormais vides.

Une science économique plus désespérante que jamais

Depuis 25 ans, un débat houleux fait rage entre les économistes les plus éminents sur la scène internationale. Le cœur du débat tournait autour de la nature des cycles économiques qui se serait fondamentalement modifiée à la fin des « Trente Glorieuses », la période qui a succédé à la Seconde Guerre mondiale, alors que l’économie était caractérisée par une croissance vigoureuse, le plein emploi et un penchant vers une inflation modérée. Trois groupes se sont campés sur leurs positions.

Larry Summers fut le premier à se prononcer, en 1991, par le truchement d’un article fondateur, intitulé « How Should Long-Term Monetary Policy Be Determined? » (Comment déterminer la politique monétaire à long terme ?) dans lequel il exprimait des doutes sur l’hypothèse d’une réalité économique sous-jacente en train de se transformer.

Son propos portait donc principalement sur des aspects techniques – une démarche pour prévenir une éventuelle répétition des perturbations inflationnistes des années soixante-dix qui ont marqué la fin des Trente Glorieuses.

Sa prescription consistait à raffermir l’indépendance technocratique des banques centrales. Les responsables politiques doivent établir les objectifs, mais aussi éviter de gérer les menus détails de l’économie ou d’imposer des règles trop rigides qui échoueraient inévitablement au moindre aléa. Selon Summers, les technocrates étaient plus à même de mener les politiques à bien, s’orientant sur une cible de 2 à 3 % d’inflation annuelle.
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J.Stiglitz : « L’Europe contre la démocratie grecque »

La dispute et l’acrimonie qui vont croissantes au sein de l’Europe pourraient passer aux yeux d’un observateur extérieur pour le résultat inévitable de la fin de partie peu amène entre la Grèce et ses créanciers. Les dirigeants européens finissent par exposer au grand jour la véritable nature du conflit autour de la dette grecque, et cela n’a rien de plaisant : il s’agit bien plus une question de pouvoir et de démocratie que d’argent et d’économie.

Le programme économique que la troïka (la Commission européenne, la Banque centrale européenne et le FMI) a imposé à la Grèce il y a cinq ans était une aberration. Il a conduit à une baisse de 25% du PIB du pays. Je ne connais aucune dépression qui ait été provoquée aussi délibérément et ait eu des conséquences aussi catastrophiques. Ainsi le taux de chômage parmi les jeunes Grecs dépasse maintenant 60%.

Il est incroyable que la troïka nie toute responsabilité et refuse d’admettre à quel point ses prévisions et ses modèles étaient erronés. Mais il est encore plus surprenant que les dirigeants européens n’aient retenu aucun enseignement de tout cela. La troïka continue à exiger de la Grèce qu’elle parvienne à un budget primaire en excédent (hors paiement des intérêts de la dette) de 3,5% du PIB en 2018.

Partout dans le monde les économistes condamnent cet objectif comme punitif, car il ne peut que ralentir encore l’économie. Même si la dette de la Grèce était restructurée au-delà de tout ce que l’on peut imaginer, elle resterait en dépression si les électeurs acceptent les propositions de la troïka lors du référendum surprise qui a lieu ce dimanche.
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Gluten, faut-il en avoir peur ?

Chaque Français consomme en moyenne 58 kilogrammes de pain par an. Or, de nombreux consommateurs seraient intolérants au gluten. Cette protéine de blé permet à la pâte du pain de gonfler.


La recherche agronomique a mis au point des farines dont le taux de gluten est passé de 7% à 12% en un siècle. Les personnes allergiques à cette protéine sont de plus en plus exposées au développement de maladies cœliaques.

Celles-ci, très peu diagnostiquées, peuvent avoir des conséquences graves : hyperactivité, dépression, cancers. Dans un pays consommateur de pain, de pâtes ou de pizzas, la vie sociale d’une personne intolérante au gluten est souvent un calvaire – et cela, dès la cantine scolaire.

Réalisé par Marie-France Barrier (France 5 – 30/11/2014)

(Merci à NOP)

« Burn out » : Des travailleurs condamnés à souffrir en silence ?

Le surmenage professionnel bouscule la vie privée et menace l’équilibre psychologique. Pourtant, n’est-ce pas là la conséquence d’un « management presse-citron » qui s’impose à toutes les échelles de l’entreprise? Dès lors, comment rompre avec cette spirale infernale? Témoignages de travailleurs débordés et de spécialistes de ces situations à risque.

Vingt-deux heures, un soir de semaine sur le parvis de la défense, les derniers salariés se précipitent anxieusement vers la bouche du métro. Au milieu de cet empire du travail, des bureaux restent illuminés, ici solitaires et éparpillés, là bas regroupés, étages élevés des responsabilités et du travail débridé. A cette heure tardive, il est difficile d’interroger ces hommes pressés sur les conditions de travail des cadres, elles sont peu à se livrer sur le stress et l’impact sur la vie personnelle des horaires à rallonge.

Évoquez les 35 heures, et vous ne recueillerez que sourires amusés ou sarcasmes amères. En France, selon l’Institut supérieur du travail, les cadres travaillent en moyenne 48 heures par semaine. D’après une enquête de la CFDT-Cadre de janvier 2013, près d’un cadre sur quatre (24%) déclarait travailler plus de dix heures par jour, et environ les deux tiers des cadres jugeaient l’équilibre entre vie professionnelle et vie privée « globalement insatisfaisant ».

Pensée pour assurer la flexibilité du travail dans des conditions exceptionnelles, la surcharge de travail des cadres se généralise dans la banalité de la crise, transformant les salariés en forcenés du travail, mi-soumis, mi-ambitieux dans l’espoir de lendemains plus confortables.
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La santé mentale est notre prochain problème

Selon l’OMS, les troubles mentaux représentent 38 % de toutes les maladies dans les pays à hauts revenus. Et leurs conséquences économiques sont beaucoup plus graves que celles des maladies physiques.

Jack Nicholson dans “Vol au-dessus d’un nid de coucou”, 1976

La dépression, l’angoisse, entraînent plus de souffrances que les maladies physiques, la pauvreté ou le chômage. Et leur coût économique est énorme.

Elles sont pourtant maîtrisables par des traitements efficaces et relativement peu onéreux mais au Royaume-Uni, moins d’un tiers des adultes souffrant de dépression sont traités, contre 90 % des diabétiques. Seul un quart des enfants atteints de troubles mentaux reçoivent un traitement. Cette sous-prise en charge est injuste et représente un énorme gâchis. Elle s’explique largement par des préjugés tenaces et une prise de conscience qui ne se fait pas : que des traitements efficaces existent. Il faut maintenant en finir avec ce terrible échec.
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Le ventre : Notre deuxième cerveau (Docu)

C’est un étrange voyage au cœur de nos entrailles que propose ce documentaire parfois complexe mais passionnant. Notre ventre abrite plus de 200 millions de neurones connectés qui transmettent des ordres. Ce « cerveau du bas », qui règne sur une impressionnante colonie de bactéries, décide-t-il de nos humeurs ?

« Les scientifiques se sont aperçus qu’il existait quantité de neurones dans notre ventre, à peu près autant que dans le cortex d’un chat ou d’un chien. Ils s’occupent, entre autres, de notre digestion. S’il n’avait disposé que d’un seul cerveau, celui “du haut”, l’être humain aurait été absorbé en permanence par ce processus très complexe et n’aurait pas pu développer d’autres activités intellectuelles. Le fait d’avoir deux cerveaux a joué un rôle majeur dans notre évolution », souligne Cécile Denjean, l’auteur du documentaire.

Outre des images de synthèse impressionnantes et des animations réussies, les explications délivrées par une quinzaine d’intervenants de haut niveau, travaillant souvent dans des universités ou des services hospitaliers de pointe en France, aux États-Unis, en Allemagne, en Chine, en Belgique ou au Canada, permettent de mieux comprendre l’impact de notre ventre sur nos comportements.

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Le malaise paysan

Une étude récente menée en France démontre que les suicides chez les agriculteurs sont effectivement plus nombreux que dans le reste de la population. Crise économique, problèmes financiers, isolement poussent de plus en plus d’agriculteurs à la dépression et au suicide.

L’enquête de l’Institut de veille sanitaire révèle que 500 agriculteurs se sont suicidés entre 2007 et 2009. Sans doute plus car beaucoup de suicides sont classés comme accident. Un phénomène qui ne touche pas que la France.

C’est un chiffre qui fait froid dans le dos : tous les deux jours dans les campagnes françaises un agriculteur se donne la mort. Une statistique macabre que l’on doit à une étude très sérieuse de l’Institut national de veille sanitaire (InVS) publiée en octobre dernier.
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Olivier Delamarche : « Pas de reprise aux États-Unis »

Olivier Delamarche, du groupe Platinium Gestion et Pascale Auclair, directrice générale de La Française Asset Management, le 27 janvier 2014 sur BFM Business, mettent les points sur les i dans l’émission “Intégrale Placements“, face à Guillaume Sommerer et Cédric Decoeur.

« Il y a une bonne chance d’avoir une récession américaine devant nous. La Chine et le Japon ne sont plus des moteurs. Avec quoi peut-on faire la croissance ? L’Espagne va s’en prendre plein la figure à cause des marchés d’Amérique latine. »

Notre rythme de travail laisse présager une société de maniaco-dépressifs

Les interactions toujours plus rapides et nombreuses dans le monde du travail font des dommages collatéraux : de plus en plus de salariés sont touchés par le “syndrome d’épuisement professionnel”, aussi appelé burn-out.

Atlantico : 5 à 10% de la population active française serait concernée par le burnout, autrement appelé « syndrome d’épuisement professionnel ». En quoi cela consiste-t-il ? Quels en sont les symptômes ?

Odile Chabrillac : Il s’agit d’un abattement à la fois physique, psychologique et intellectuel lié au contexte du travail. C’est le stade ultime du stress qui s’installe en général progressivement. On peut discerner plusieurs étapes la plupart du temps : le sujet s’investit d’abord corps et âme à la tâche. Il se rend ensuite compte que l’énergie qu’il déploie professionnellement ne donne pas les résultats escomptés, mais il continue pourtant. La personne se sent frustrée voire abattue ou impuissante, et commence à consommer des médicaments anti-fatigue la journée et des somnifères le soir. À partir de là, elle ne ressent plus de plaisir à travailler, déplaisir qui peut aller jusqu’à l’impossibilité d’aller travailler. Avant d’arriver à cette situation de rupture, les symptômes peuvent être nombreux : cela va des troubles digestifs, respiratoires, sexuels, à toutes les affections du système nerveux – Irritabilité, spasme, agitation, hypersensibilité, troubles du sommeil, angoisse et ses manifestations (palpitations, mains moites…).

Puis surviennent d’autres signes en rapport avec un état de lassitude extrême : fatigue générale sans amélioration avec le repos (week-end ou congés), trouble de la mémoire, perte de l’estime de soi, sommeil de plus en plus perturbé, perte ou au contraire prise de poids…

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Les herbicides poussent-ils à la dépression ?

Les désherbants dépriment. Une étude publiée en juillet révèle qu’une exposition longue durée double le risque de dépression. Et les agriculteurs ne seraient pas les seuls touchés.

Quels effets les pesticides ont-ils sur la santé ? La chape de plomb qui a longtemps pesé sur cette question continue de se fissurer. Après la publication, en juin dernier, d’une synthèse de l’Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale) confirmant l’implication des pesticides dans le nombre anormalement élevé de leucémies, de cancers de la prostate et de cas de maladies de Parkinson, des craintes émergent aujourd’hui autour d’une autre maladie : la dépression.

Selon une étude menée par une équipe de l’université d’Harvard et publiée dans l’American Journal of Epidemiology, l’exposition aux produits phytosanitaires, et plus particulièrement aux herbicides (les substances qui tuent les mauvaises herbes) multiplie par deux le risque de dépression.

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La technologie est-elle responsable de l’accélération du monde ?

Par Hubert Guillaud

Le sociologue et philosophe allemand Hartmut Rosa a été remarqué en France depuis la traduction en 2010 d’Accélération : une critique sociale du temps, complété depuis par une synthèse et mise à jour de ce livre dans Accélération et aliénation

Courir après le temps” de Gilbert Garcin

Pour Hartmut Rosa, le temps a longtemps été négligé dans les analyses des sciences sociales sur la modernité au profit des processus de rationalisation ou d’individualisation. Pourtant, selon lui, l’accélération est la caractéristique de la société moderne.

Dans ses essais, il en livre une taxonomie intéressante expliquant que l’accélération sociale que nous connaissons découle de l’accélération technique, de celle du changement social et de celle de nos rythmes de vie qui se manifeste par un stress, une aliénation toujours plus grande qui nous rend de plus en plus incapables d’habiter le monde (vous pourrez trouver une très bonne synthèse de la thèse de Rosa dans le numéro de janvier 2013 de Rhizome, le bulletin de l’Observatoire des pratiques en santé mentale et précarité).

Invité par l’Insa de Lyon, il donnait en mars dernier une conférence auprès d’une foule d’étudiants à la bibliothèque Marie Curie du Campus de la Doua, sur le thème “la technologie est-elle responsable de l’accélération du monde ?“.
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« Les conséquences apocalyptiques de la hausse des taux ! »

Par Charles Sannat

Mes chères contrariées, mes chers contrariens !

Avant de vous parler du fort mouvement de hausse concernant les taux d’intérêt dans le monde, je voulais juste revenir sur la baisse de l’or de la fin de la semaine dernière. Quelques jours après – il faut toujours un peu de temps pour que ces informations arrivent jusqu’à nous –, nous avons appris que les appels de marge avaient encore été augmentés, obligeant un certain nombre d’investisseurs à découvert à couper tout ou partie de leur position, ce qui entraîne toujours mécaniquement un afflux d’ordres ce qui pèse sur le cours de l’or.

Évidemment, ce n’est pas la seule mauvaise nouvelle pour l’or (à court terme j’entends), ni pour les actions quelle que soit leur place de cotation, ni pour les obligations !

La mauvaise nouvelle ? Les taux explosent à la hausse !

Avant de commencer à disserter sur ce sujet essentiel, voici quelques chiffres juste pour illustrer ce mouvement massif de hausse des taux :

- Emprunt à 10 ans USA 2,62 % à ce jour contre un plus bas dans la dernière année de 1,38 % ;

- Emprunt à 10 ans France 2,45 % à ce jour contre un plus bas dans la dernière année de 1,65 % ;

- Emprunt à 10 ans Allemagne 1,82 % à ce jour contre un plus bas dans la dernière année de 1,13 % ;

- Emprunt à 10 ans Italie 4,82 % à ce jour contre un plus bas dans la dernière année de 3,64 % ;

- Emprunt à 10 ans Espagne 5,05 % à ce jour contre un plus bas dans la dernière année de 3,94 %.

Plusieurs constats peuvent être tirés à l’appui de ces quelques exemples chiffrés:

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Cinq millions de Français sont seuls au monde

De plus en plus de personnes sont seules et isolées, et même les liens familiaux sont de moins en moins solides, selon une enquête menée par la Fondation de France.

Pas de déjeuner en famille, pas de collègues avec qui partager un verre, pas d’amis avec qui partir en vacances. Cinq millions de Français sont isolés, selon une enquête de grande ampleur menée par la Fondation de France et n’entretiennent pas ou presque pas de relations sociales avec les autres.

Pire encore, ce phénomène va croissant.

En 2010, ils n’étaient «que» quatre millions de Français à être entièrement livrés à eux-même. L’extension comme une tâche d’huile de cette solitude est notamment due au glissement de notre société vers toujours plus d’individualisme, analyse Francis Charhon, le directeur général de la fondation.
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Gare au prochain tsunami financier

“Toutes les grandes défaites se résument en deux mots : trop tard”, affirmait le général MacArthur. Allons-nous attendre qu’il soit trop tard pour comprendre la gravité de la situation ? Allons-nous attendre qu’il soit trop tard pour rompre avec des stratégies qui nous mènent dans le mur ?

Officiellement, il y a eu 40 000 chômeurs supplémentaires en France en avril. Mais le ministère indique qu’en un mois, il y a eu 534 000 nouveaux inscrits à Pôle emploi. Si le chômage augmente de 40 000 personnes “seulement” c’est que, dans le même temps, 494 000 personnes quittaient les fichiers de Pôle emploi. “Presque la moitié ont repris un emploi”, indique le ministère. On en conclut qu’une moitié n’en a pas retrouvé : certains sont en stage, d’autres ont des problèmes administratifs mais, chaque mois, 80 000 ou 100 000 personnes arrivent en fin de droit.

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Radio Courtoisie : “Le malaise est dans l’homme”

Addendum audio du 09/03/2012

Samedi 09 mars 2013 à midi, Pascal Lassalle (assisté de Franck Wilsdorf) recevait dans le Libre Journal des Lycéens sur Radio Courtoisie, Pierre le Vigan pour son ouvrage “Le malaise est dans l’homme – Psychopathologie et souffrances psychiques de l’homme moderne“. La seconde partie de l’émission fut consacrée à une rencontre avec Alain Sanders et Serge Cadal suivie des chroniques régulières.

(Merci à Jérôme)

« Le Malaise est dans l’homme »

Psychopathologie et souffrances psychiques de l’homme moderne. Les souffrances psychiques ne sont pas des maladies. Mais elles peuvent y mener. La condition de l’homme étant tragique, ouverte, risquée, la fragilité de l’homme est inhérente à son être-au-monde.

Toutefois, si le malaise est dans l’homme depuis toujours, le monde moderne et hypermoderne lui donne des formes nouvelles. Les sociétés traditionnelles fonctionnaient sur la base d’un modèle d’intégration sociale, au demeurant inégalitaire, où chacun néanmoins avait sa place, y compris le fou. Les sociétés modernes ont fonctionné sur le mode du refoulement et de la névrose.

La société du travail ne voulait pas connaître les états d’âme, ni même les âmes d’ailleurs. La société hypermoderne combine les exigences du travail et celles de l’autonomie : il faut être productif, il faut être performant, mais aussi « positif ». Il faut donner sa force de travail, mais aussi assumer un certain savoir-être, et non simplement apporter son savoir-faire.

La mobilisation de l’homme dans l’hypercapitalisme est donc totale mais elle n’est plus une mobilisation sous une forme guerrière qui était celle du « soldat du travail ». C’est une mobilisation pour plus de mobilité, plus de fluidité, plus de liquidité. L’hypercompétitivité et la lutte de tous contre tous tendent à devenir la règle.
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Vietnam : La crise économique frappe le pays de plein fouet

Familles ruinées en bourse, dépressions qui se multiplient ou bonus de fin d’année payés en chaussettes, de plus en plus de Vietnamiens sont touchés par une crise économique dont ils tiennent le gouvernement communiste pour responsable.

Après avoir lancé en 1986 la transition vers l’économie de marché, le Vietnam était vite devenu un modèle pour les pays de la région, grâce à une forte croissance, un afflux d’investissements étrangers et l’émergence d’une classe moyenne.

Mais le pays est désormais en plein marasme économique, à cause de décennies de mauvaise gestion, selon les experts. Et les Vietnamiens ont perdu leurs économies et leur confiance envers le gouvernement communiste.

Ma famille n’a jamais été dans pire situation (…). Tous nos actifs ont disparu“, commente Nguyen Thi Huong, 37 ans, qui travaille dans l’immobilier. Ses revenus se sont raréfiés avec la stagnation du secteur, et elle a perdu tout son argent dans des investissements immobiliers et en bourse.
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La Chine pulvérise les États-Unis sur la scène économique mondiale

Avez-vous déjà regardé un match de football ou un match de basket où une équipe domine tellement l’autre que dire que c’est une “tuerie” est un euphémisme? Eh bien, c’est ce que fait la Chine aux États-Unis. La Chine a complètement pulvérisé l’Amérique sur la scène économique mondiale.

Il était une fois une économie chinoise qui était une plaisanterie et l’économie des États-Unis qui était la plus puissante que le monde ait jamais vue. Mais au cours des deux dernières décennies l’économie américaine a décliné et dépéri, alors que l’économie chinoise s’est épanouie et envolée. Aujourd’hui, la Chine produit plus d’acier, plus d’automobiles, plus de bière, plus de coton, plus de charbon et plus de panneaux solaires que nous. La Chine possède le train le plus rapide du monde, l’ordinateur le plus rapide du monde et exporte deux fois plus de produits high-tech que nous le faisons.

En 2011, le déficit commercial américain avec la Chine était le plus grand déficit commercial qu’une nation ait eu avec une autre nation de toute l’histoire ; aujourd’hui la Chine a maintenant accumulé plus de 3 trillions de dollars en réserves de change. Chaque jour, nous abandonnons plus d’emplois, plus d’entreprises et plus de notre richesse nationale à la Chine. En termes techniques économiques, la Chine “nous a mené derrière le hangar à bois” – dans un recoin de la scène internationale – et nous a battu à plate couture.

Malheureusement, la plupart des Américains sont tellement accros à l’amusement qu’ils ne réalisent même pas ce qui se passe.

Si vous ne croyez pas que la Chine est en train de savonner la planche de l’Amérique au nez et à la barbe du reste du monde, continuez votre lecture. À suivre, les 47 signes prouvant que la Chine a complètement pulvérisé  l’Amérique sur la scène économique mondiale…

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Jean-Luc Gréau : “De la récession à la dépression”

Analyste au scalpel de la Grande Récession qui a germé à partir de 2005 en Occident pour se déployer avec force à compter de 2008, Jean-Luc Gréau a très tôt mis en relief, malgré l’aveuglement de la plupart des économistes, la gravité «systémique» de la crise financière de 2007 et 2008, centrée sur le marché de la dette privée américaine. Il a dénoncé le leurre d’un rétablissement définitif de l’Occident après le rebond de 2009 et définit la crise européenne depuis l’hiver 2010 comme ayant sa source non pas dans la défaillance des pays les plus fragiles ou les plus irresponsables, mais dans le credo d’une concurrence illimitée, que nulle autre puissance dans le monde n’a fait sien à ce jour.

La crise révolutionne-t-elle la pensée économique ?

L’économie mondiale connait une dépression d’une ampleur au moins équivalente à celle qui a débuté dans les années 1970. Les réponses apportées aujourd’hui se différencient pourtant des solutions proposées il y a trente ans.

Quatre ans après le début de la Grande Récession, l’économie mondiale ne va pas toujours pas mieux, les électeurs perdent patience et les gouvernements tombent comme des quilles. Selon les données de l’OCDE, le PIB des États-Unis a reculé de 3,9% entre la fin 2007 et la fin 2009. En comparaison, la contraction économique fut plus sévère au Royaume-Uni (5,5%), moins prononcée en France (-2,8%), et à peu près identique en Allemagne (-4,0%).

Cette situation laisse ainsi de l’espace à une révolution dans la manière de penser, et si ce n’est pas encore en politique, on commence à assister à une modification de la pensée économique.

Prenons d’abord l’exemple du Fond monétaire international (FMI). Jusqu’alors bastion de l’austérité, l’institution se met depuis quelques mois à se prononcer en faveur de politiques fiscales expansionnistes. La Réserve fédérale américaine (Fed) s’est quant à elle engagée en faisant tourner la planche à billets sans limite, tant que l’emploi ne s’est pas rétabli.
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Europe : Dépression généralisée

Une étude récente a montré qu’un Européen sur cinq est déjà passé par un épisode dépressif. A l’heure actuelle, c’est chez les 18 – 30 ans que l’on recense le plus de dépressions.

Rien d’étonnant à cela : après des années de crise, les jeunes Européens sont pris à la gorge par des exigences démesurées et la peur de l’avenir – et ceux qui ont un job ne sont pas épargnés.

Pourtant, il y a quelques années encore, les jeunes adultes passaient pour insouciants : qu’est-ce qui, aujourd’hui, les rend si vulnérables ? Comment réagissent les médecins et les psychologues face à tous ces jeunes patients ?

Un monde à bout de souffle

Le philosophe Thibault Isabel évoque dans ses travaux et réflexions les maux humains qui traversent les sociétés occidentales. Entretien sur les ondes de la radio Méridien Zéro.

On peut raisonnablement estimer que, depuis la nuit des temps, tous les représentants de notre espèce connaissent épisodiquement des mo­ments de déprime ; le mal-être, le flou identitaire et la douleur d’exister font jusqu’à un certain point partie intégrante de notre condition.

On peut imaginer aussi que certaines personnes sont plus vulnérables que d’autres à ce que nous appelons aujourd’hui la « dépression », que ce soit pour des raisons purement psychologiques, liées à l’éducation, ou pour des raisons physiologiques, liées au circuit neurologique et hor­monal du corps.

Mais il y a néanmoins tout lieu de penser que notre époque est la proie d’un sentiment exacerbé de malaise intérieur. Depuis le tournant des années 1830 et l’entrée brutale dans la révolution industrielle, l’Occident semble ainsi submergé par une vague plus ou moins généralisée de « spleen », que les auteurs romantiques qualifiaient avec optimisme de « mal du siècle », sans savoir que nous l’éprouverions encore près de deux cents ans après eux…

Notre art s’en est largement fait l’écho, tout au long du XXe siècle, de même que nos publications médicales, nos magazines, nos reportages télévisés et nos conver­sa­tions. La « dépression » est partout, superficiellement soignée par les traitements pharmacologiques à la mode, comme une rustine apposée sur un navire en voie de perdition.

Thibault Isabel

Grèce : L’avenir incertain (Màj Vidéo)

Addendum : La Troïka veut contraindre les Grecs à travailler 6 jours par semaine

À la fin de l’année, le niveau de vie de la population grecque sera inférieur de moitié à celui de 2008. Le taux de chômage est désormais de 24,4 % et devrait frôler les 30 % l’an prochain. Les échecs successifs des plans imposés par Bruxelles provoquent des catastrophes sociales en série.

Puni par les dieux, Sisyphe est condamné à porter un bandeau et à pousser en haut d’une montagne un rocher. Mais ce dernier redescend dans la vallée à chaque fois que le but s’approche.


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Les politiques non conventionnelles de la BCE : Une apparence de solution qui n’est que la solution des apparences

Par Jacques Sapir

La BCE s’est engagée avec force à « tout faire pour sauver l’euro ». Nous allons prendre cette déclaration au pied de la lettre et considérer quelles en seraient les conséquences à court et moyen terme d’une telle action, et si la BCE a réellement les moyens de sauver l’euro.

I. Les conséquences d’une action directe de la BCE.

En admettant que la BCE puisse soit jeter par-dessus les moulins son statut ou trouver des compromis juridiques lui permettant de racheter massivement de la dette souveraine de pays en difficulté, que se passerait-il ?

(a)   L’ampleur des sommes nécessaires :

Il faut tout d’abord considérer les montants que la BCE devrait débourser.

Pour l’Espagne, le gouvernement de M. Rajoy a admis que les besoins s’élèveraient à 300 milliards d’euros d’ici à la fin de l’année. Il est cependant clair que ce qui aurait été fait pour ce pays ne pourrait être refusé à d’autres. La Grèce viendrait au guichet pour un montant estimé à 60-80 milliards.

L’Italie serait aussi un « client » potentiel, avec des besoins estimés (suivant la date de l’opération) entre 500 et 700 milliards. C’est donc de 860 à 1.080 milliards que la BCE devrait racheter dans un délai assez court (moins de 6 mois).

Ces sommes ne sont pas « impossibles », mais elles n’en sont pas moins considérables. Elles représentent en 3 fois et 4 fois le montant des achats de titres publics réalisés par la BCE depuis le début de la crise. Elles représentent un saut qualitatif et non pas simplement quantitatif.

(b)   Les conséquences sur le bilan de la BCE.

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Les dépressions mondiales se suivent et se ressemblent

En 1873, le krach démarre à Vienne, passe à Berlin, à Paris, puis en Amérique ! En Europe, aux USA, les Bourses plongent, la crise, le chômage… Déjà.

La crise ! La crise ! On n’entend parler que d’elle depuis quelques années. Horreur, ô désespoir, les Bourses chutent, l’économie s’effondre, l’emploi disparaît… C’est la fin du monde ! Mais non ! C’est simplement le capitalisme qui connaît un petit passage à vide… comme il en vit régulièrement. Une bonne petite purge pour pouvoir repartir de plus belle. Depuis deux siècles, c’est qu’il y en eut un sacré paquet de crises, de krachs, de dépressions et autres gâteries du même style. Et pas que des petites crises, mais des énormes, de celles qui font croire à l’apocalypse.

Mais qui s’en rappelle ? Celle de 1929 reste encore dans les mémoires, mais elle a été précédée par de nombreuses autres : en 1873, en 1865, en 1836. À chaque fois, des coups de poing dans la gueule. Le monde civilisé croit ne jamais pouvoir s’en relever et il reprend toujours du poil de la bête, les banques souvent à l’origine de la tourmente renaissent de leurs cendres pour entamer un nouveau cycle.

Le 9 mai 1873, affolement à la Bourse de Vienne. Une semaine après l’ouverture de l’Exposition universelle destinée à magnifier le règne de l’empire austro-hongrois, c’est le krach. La bulle spéculative immobilière de l’Autriche éclate. En quelques heures, des centaines de banques font faillite, entraînant la ruine de centaines de milliers de petits épargnants. Les établissements financiers sont incapables de récupérer l’argent prêté sans discernement aux sociétés immobilières et aux particuliers pour construire à Vienne. Un seul exemple édifiant : la banque Placht et Fels se révèle incapable de réunir 9 000 florins d’avoirs alors qu’elle affiche un passif de 2,76 millions de florins. C’est inimaginable.

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Allemagne : Le tabou de la détresse psychologique au travail

En Allemagne, le nombre d’arrêts de travail liés à un problème psychologique a augmenté de 75 % en dix ans. Les salariés concernés tentent généralement de cacher le motif de leur absence. Et quand ils sont au travail, ils consacrent la plus grande partie de leur énergie à garder le masque.

C’est ce qu’ont fait, aussi longtemps que cela a été possible Jutta Seiler, puéricultrice depuis vingt-cinq ans dans un hôpital de Berlin, Birte Kreitlow, fonctionnaire du Land de Berlin qui a dirigé pendant cinq ans une équipe de dix personnes, Günter Ebner, ancien militaire devenu vendeur automobile et René Bidmon, tuyauteur soudeur dans une entreprise de BTP.

Sur les cinquante personnes contactées par la réalisatrice, eux seuls ont accepté de raconter comment ils ont vécu leur maladie en situation professionnelle, qu’elle ait été diagnostiquée comme dépression, burn-out, trouble bipolaire ou alcoolisme.

À quel jeu joue l’Allemagne ?

par Jacques Sapir

Avec le vote du plan d’aide à la Grèce et du Mécanisme Européen de Stabilité, on pourrait croire qu’en Europe la crise de dette est réglée. Il n’en est, hélas, rien. Les problèmes vont perdurer même si on a acheté quelques mois de tranquillité.

Dans le cas de la Grèce elle-même l’aide européenne est conditionnelle à des objectifs que ce pays ne peut atteindre en matière de réduction de déficit. Nous voyons se déployer toutes les pathologies bien connues depuis les années 1930, que l’on pense aux politiques menées par le Premier Ministre Britannique Ramsay MacDonald ou par le Chancelier Allemand Brüning. Les coupes imposées au budget et la diminution autoritaire des salaires nominaux va plonger le pays dans une dépression qui aura un impact plus que proportionnel sur ses recettes fiscales. Par ailleurs, ce contexte va pousser les entreprises à dissimuler leurs revenus au Fisc, tandis qu’elle va encourager des comportements de refus de l’impôt, en raison de l’absence de consensus sur ces politiques. Par ailleurs, la démobilisation des fonctionnaires du Fisc, qui sont parmi les premiers touchés par cette politique, fera que le recouvrement des sommes dues sera de plus en plus problématique.

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Le devenir du dollar : Une perspective

La dépression mondiale semble accélérer les reclassements de puissance et annoncer la figure d’un ordre Mondial profondément transformé. La guerre du Golfe avait été l’occasion pour les USA de porter sur les fonds baptismaux un ordre américain ressemblant fortement à celui de la guerre froide, l’URSS en moins. Il ne se sera agi que d’un intermède dont nous vivons le terme.

La clef de voûte de cet ordre, le dollar, est en train de s’affaisser sous nos yeux. L’abandon de la convertibilité du dollar en or par le président Nixon le 15 août 1971 signait déjà l’affaiblissement de l’économie américaine : les déficits de la balance commerciale des années 60 rendaient inévitable l’adoption d’un système de parités monétaires flottantes, l’or détenu par les USA ne pouvait durablement garantir la valeur de la monnaie américaine sans fuir à l’étranger.  Mais le dollar restait la monnaie dominante des échanges mondiaux et l’instrument privilégié des banques centrales désireuses de disposer de réserves de change.

Il semble bien que la dépression mondiale actuelle – à l’issue toujours aussi incertaine – ouvre un nouveau chapitre de l’histoire monétaire mondiale. Mais faute de disposer de données sur les évolutions du commerce international en dollar, il n’est pas possible de déterminer si le dollar est en train de perdre son Hégémonie avec pour conséquence ultime la perte de son rôle de base du crédit international.

Les informations partielles et la rumeur ne pouvant se substituer aux chiffres exacts, il existe toutefois un biais pour envisager le problème du dollar. Il ne s’agit pas de poser la question des quantités d’échanges commerciaux réalisés en dollar, il faut plutôt s’interroger sur les mécanismes réels qui permettent aux USA d’irriguer le marché mondial de $ et de fournir via leur système financier les bases du crédit international libellé en $ à l’extérieur des USA.

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L’Europe en route vers la dépression

En mai 2010, le gouvernement de la Grèce a été confronté à un problème sur le service de sa dette. Dans le contexte de la zone euro dans son ensemble, les difficultés grecques étaient mineures, équivalant par exemple à un État américain incapable d’équilibrer son budget, comparativement aux USA. La solution évidente était que la Banque centrale européenne acquiert tout ou partie de la dette grecque, mettant ainsi fin au problème d’un trait de plume. Une fois cette difficulté purement financière éliminée, les discussions politiques auraient pu débuter.

La mission d’une banque centrale est double : 1) Assurer la liquidité du système financier structurellement fragile en raison du désappariement des maturités et de l’effet de levier sur la monnaie centrale qui sont à la base de l’activité des banques. 2) Soutenir l’activité et prévenir la surchauffe en pilotant les taux directeurs, ce qui inclut le taux appliqué à la dette d’Etat, qui définit un plancher au dessus duquel viennent s’étager les autres compartiments de risque. Ces objectifs impliquent que l’institut d’émission intervienne en soutien aux banques, mais aussi au Trésor, comme c’est massivement le cas aux USA, au Japon, en Grande Bretagne, et même au Canada, où la banque centrale acquiert 15% des émissions souveraines.

Par construction, l’Union européenne, en interdisant le soutien de la dette publique, a créé les conditions de sa faiblesse, acceptant de facto de s’exposer aux effets déstabilisateurs et déstructurants des mouvements browniens spéculatifs, voyant sans doute dans la menace de sanction des marchés un garde fou souhaitable. Ce faisant, elle impose aux États des règles qui ont depuis longtemps été abandonnées concernant les banques. On sauve les unes, on sanctionne les autres, les acculant à l’austérité et bientôt à la faillite. Tout cela parce que les marchés, n’est-ce pas, ont toujours raison.

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20 signes qui indiquent que l’Europe plonge dans une dépression économique totale

« Les augmentations d’impôts et les compressions budgétaires qui sont mises en œuvre dès maintenant en Europe se feront sentir pendant des années encore. L’immense prospérité économique, qui fut alimentée par un amoncellement de dettes sans précédent, va maintenant céder la place à une souffrance économique considérable. »

# 1 Le taux de chômage pour les personnes âgées de 16 et 24 ans est de 28 % en Italie, 43 % en Grèce et 51 % en Espagne.
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La « règle d’or » attente à la souveraineté nationale

Dans le projet d’accord européen du 9 décembre visant à constitutionnaliser l’équilibre budgétaire, « le stupide accompagne l’odieux : la règle d’or » est en elle-même facteur de récession ou de dépression économique, lorsqu’on tente de la respecter. Tel est le cas dans tous les pays de la zone euro. Le « retour à l’équilibre » engendre une logique de déséquilibre que le projet d’accord prévoit de corriger par des automatismes qui aggravent la crise.

Marcel Gauchet rappelle que la démocratie ne se définit pas seulement par l’existence des libertés publiques : « …la démocratie, c’est le pouvoir du peuple en termes modernes la souveraineté du peuple, la souveraineté de la nation ».

Ce principe doit être immédiatement appliqué pour trancher une question qui porte sur les conditions de la souveraineté nationale, telle qu’elle s’exerce par nos représentants élus. Le Conseil européen du 9 décembre 2011 a décidé de mettre en place une nouvelle règle budgétaire aux termes de laquelle « les budgets des administrations publiques sont à l’équilibre ou en excédent… ». Cette règle devra être inscrite dans les constitutions des Etats membres, qui seront soumis à un « mécanisme de correction automatique », établi par la Commission et le Conseil européen selon un « programme de partenariat économique détaillant les réformes structurelles nécessaires pour assurer une correction véritablement durable des déficits excessifs ».

Il faut apprendre par cœur ces morceaux de langue de bois car les décisions prises en décembre vont avoir des conséquences très concrètes sur nos institutions, sur l’économie nationale et sur les conditions d’existence des habitants de notre pays.

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La dette souveraine des USA au 31-12-2011 : les manipulations du couple FED-Trésor.

L’examen de la dette souveraine des USA n’avait pas été fait sur notre blog depuis la rentrée. Au moment où la question de la dette souveraine se pose en Europe avec une acuité particulière, il est bon d’examiner les évolutions de la dette fédérale. Nous fixerons notre attention sur l’année 2011 qui vient de se terminer. Les déboires financiers de l’Europe ne doivent pas faire oublier les difficultés grandissantes d’une Amérique traversant une dépression.

Notre exposé d’abord technique examinera les chiffres les plus récents. Nous traiterons des modalités de consolidation de la dette en nous penchant tout particulièrement sur les exigences et les modalités de financement de la dette américaine où la FED joue un rôle grandissant. Nous monterons que l’examen serré des données indique à quel point la situation est grave aux USA, l’analyse des problèmes de la consolidation de la dette sur la base des données récentes permettra de montrer que la gestion de la dette est administrée par le couple FED-Trésor. Nous approfondirons et préciserons un certain nombre d’analyses antérieures qui avaient le défaut de ne reposer que sur des séries pas encore suffisamment significatives.

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La dépression des années 20 provient d’une erreur d’application de l’étalon-or

Par Antal E. Fekete, professeur de mathématiques et de statistiques, Université de Newfoundland (Canada) - Gold University. Conférence donnée le 6 octobre 2010 au Munich Economic Talks.

L'Allemagne au poteau de torture – Carte postale, 1920

D’après une information récente, très peu relayée par les médias, le 3 octobre 2010 dernier, l’Allemagne a effectué son ultime paiement des réparations issues de la première guerre mondiale, mettant ainsi un terme à plus de 90 années d’esclavage. Cet événement est hautement symbolique. Il me donne l’occasion d’être l’un des premiers à vous adresser mes félicitations, et ce, littéralement quelques heures après la libération du peuple allemand de cet esclavage.

J’ai étudié la monnaie et le crédit depuis plus de cinquante ans. Je pourrais faire la synthèse de mes études comme suit : la plupart, si ce n’est la totalité de grands événements de l’histoire de l’humanité depuis l’avènement de la monnaie, ont une explication causale. Les causes peuvent être trouvées dans l’utilisation ou l’abus d’utilisation de la monnaie et du crédit — on arrive à ce résultat, à condition de s’enfoncer suffisamment profondément dans l’historiographie.

Mon discours se veut sans passion aucune, bien ancré dans la pensée économique et certainement libre de toute tonalité nationaliste. Ce soir, je voudrais illustrer ma thèse au travers de l’exemple suivant :

La Grande Dépression de 1930, et en particulier le chômage sans précédent, a été causée par la décision des puissances victorieuses de l’Entente de revenir à l’étalon-or d’avant guerre, mais sans permettre à une institution de compensation issue de l’étalon-or, le marché international des effets, de reprendre du service.

Cette décision a été prise en secret, elle n’a jamais été rendue publique. Or, il n’y a aucun doute sur le fait qu’en 1920 tout le monde, y compris Keynes lui-même, admettait la désirabilité d’un retour expéditif à l’étalon-or. S’il n’y avait pas eu la décision de l’abolir, le commerce des effets aurait repris spontanément.

Le but de cette décision était d’accomplir par la force pure un blocage multilatéral du commerce mondial. Il fallait le remplacer par un commerce bilatéral ou bien, pour nommer les choses par leur nom, un système de troc. Pourquoi les puissances de l’Entente ont-elles pris une décision si sotte, qui allait heurter leurs propres producteurs et consommateurs et empêcher la reconstruction ? Elles le firent parce qu’elles voulaient punir l’Allemagne au-delà du Traité de Versailles.

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L’euro peut-il survivre à la crise ?

Par Jacques Sapir

Peut-on encore sauver l’euro ? La question hante désormais les responsables, en dépit des déclarations fracassantes et des rodomontades des uns et des autres. Le sommet européen, que l’on a officiellement salué pour la mise en place d’un dispositif de solidarité après 2013, a été incapable de prévoir des mécanismes permettant de lutter contre la spéculation et la crise de l’euro en 2011 et 2012. Les gouvernements vont partout répétant que les mesures déjà prises suffiront. Il est évident que c’est faux.

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Les deux capitalismes : Productivité, croissance et dépression

Nous nous penchons sur une question nouvelle qui devrait mobiliser notre attention pendant toute l’année 2011. Si la croissance américaine est à crédit, si les variations de la dépense publique l’impactent fortement faute d’une véritable croissance endogène, comment expliquer cette situation. Bref, au delà du constat d’une dépendance de la croissance au crédit public, il reste à expliquer pourquoi la croissance ne reprend pas véritablement pas aux USA.

Nous avons souvent répété que l’absence de redémarrage de la croissance tenait au fait que la crise était une dépression, et que dans le cas d’une dépression des mesures contra-cycliques sont peu efficaces. On peut avancer deux séries d’explications à ce phénomène.

1° – Chômage de masse, crise du crédit, fragilité des emprunteurs, stagnation des sources de revenu et baisse de valeur des patrimoines, reformation d’une épargne nationale pénalisant la demande, investissement mou, dégradation des comptes extérieurs et de la monnaie sont des facteurs suffisamment puissants pour peser négativement sur la croissance de l’économie réelle.

2° – L’allocation des ressources publiques ne peut que très difficilement inverser les effets délétères de la crise. Elle a de plus le défaut d’allouer des ressources en fonction de nouvelles formes de crédits ou de dépenses qui rendent la croissance artificielle. On qualifie alors de reprise, ce qui n’est que l’effet d’un crédit public maladroitement  substituer aux mécanismes ordinaires de la croissance américaine.

Ces deux explications ont une indéniable valeur, mais on peut leur adresser ce reproche : vous dites que la crise est une dépression, prouvez le ! Et si vous ne pouvez le prouver alors, vos analyses dérivent d’une pétition de principe.  L’argument n’est pas faux, il est simplement trop radical. Il nous invite toutefois à tenter d’expliquer pourquoi la crise est une dépression. Une dépression n’est pas simplement une contraction plus forte et plus longue de l’économie, elle est causée par une crise d’un modèle de croissance qui explique sa violence.

Nous allons essayer de montrer  que la crise est une dépression en considérant les évolutions de la productivité  du secteur privé aux États-Unis. Cette évolution permet d’articuler une explication montrant que la crise a entraîné une rupture dans la logique d’investissement depuis 2007, rupture qui peut être regardée comme annonçant un changement de mode de croissance. Cette approche permet d’esquisser une explication du porte-à-faux que constitue la politique de l’administration Obama et des raisons de la montée inexorable du risque sur la dette souveraine des USA.

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Vers une crise terminale de la zone euro ?

Par Jacques Sapir

Après l’annonce du plan d’aide à l’Irlande, la situation continue à se dégrader dans la zone euro. Cette dégradation annonce la crise terminale de cette zone, qui devrait survenir d’ici à l’hiver 2011/2012, et peut-être avant. Fondamentalement, ce plan n’a pas rassuré les marchés. D’ores et déjà, les inquiétudes montent sur le Portugal, mais aussi sur l’Espagne, qualifiée « d’éléphant malade » par certains analystes.


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Crise européenne, deuxième service

La crise a déjà laissé une très lourde empreinte sur l’économie européenne, mais est probablement loin d’avoir achevé son œuvre. Selon Frédéric Lordon, « la seule solution à la hauteur consiste à mettre un terme à la dépendance [des finances publiques] aux marchés de capitaux ».

Guido Reni - L'enlèvement d'Europe, 1637

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