Cela va très mal finir ! Et la “fin de la partie” est pour bientôt !

« Par essence, la création monétaire ex nihilo que pratiquent les banques est semblable, je n’hésite pas à le dire pour que les gens comprennent bien ce qui est en jeu ici, à la fabrication de monnaie par des faux-monnayeurs, si justement réprimée par la loi. Concrètement, elle aboutit aux mêmes résultats. La seule différence est que ceux qui en profitent sont différents ».

Maurice Allais, prix Nobel de sciences économiques en 1988.

Nous pensons que les banques centrales sont en train de perdre le contrôle des Systèmes bancaire et monétaire dans la mesure où leurs politiques ultra laxistes ont abouti (comme tout économiste “autrichien” pouvait d’ailleurs le prévoir) au contraire de ce qu’elles voulaient obtenir puisque les taux d’intérêt à long terme ont commencé une forte hausse de nature à provoquer l’effondrement des prix des obligations et que les actions très surévaluées ont commencé leur retournement à la baisse dont tout indique qu’il va se transformer en krach (mini ou maxi impossible à savoir), sans que les économies se soient durablement redressées ni que le chômage ait suffisamment baissé.

Cette fois-ci, la chute des obligations ne permettra pas aux actions de monter plus haut, les deux actifs chutant ensemble comme cela a commencé au Japon. Ce qui entrainera de nouvelles faillites de banques et autres institutions financières dont l’exposition aux deux actifs précités est à un niveau record. Sans parler des épargnants qui se feront à nouveau rincer…

La seule action que les banques centrales ont réussi c’est de créer des bulles dont l’éclatement est inévitable, étant donné que leur création monétaire artificielle massive n’est pas entrée dans l’économie réelle mais s’est investie dans les actifs financiers dont la hausse ne favorise que les mécanismes de spéculation sans liens avec la réalité de l’offre et de la demande effectives au seul bénéfice de quelques “oligarques” de la finance (grands spéculateurs et/ou dirigeants des banques supposées “too big to fail”).

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Souveraineté monétaire : Les grandes puissances à armes inégales

Les Etats-Unis, le Royaume-Uni ou le Japon, de manière très pragmatique, ont conservé cette faculté de monétiser leur dette en cas de besoin. Contrairement à l’Union européenne.

C’est l’histoire de l’amateur de vin qui demande à un ami de l’enfermer pour l’empêcher de boire à l’excès. Mais, lorsque l’épicurien trop généreux avec lui-même se sent à nouveau capable de tempérance, l’ami refuse de lui rendre sa liberté. Le buveur, c’est l’Europe, et le copain qui décide à sa place de ce qui est bien ou pas, c’est la BCE.

Le parallèle est osé, mais il fonctionne en ce qui concerne la souveraineté politique européenne en matière de création monétaire : les Etats de la communauté ont bel et bien confié leur “planche à billets” à un acteur non politique, la BCE qui, d’un côté, ne dispose pas de la faculté de financer directement le budget des Etats membres et, de l’autre, délègue la création monétaire au bon vouloir du système bancaire privé.

C’est une différence fondamentale avec les Etats-Unis, le Royaume-Uni ou le Japon qui, de manière très pragmatique, ont conservé cette faculté de monétiser leur dette en cas de besoin. Evidemment, ce n’est pas une pratique anodine : il y a, en jeu, le risque inflationniste si l’injection de monnaie supplémentaire ne crée pas de richesses dans les mêmes proportions, et des conséquences sur les équilibres de change. Cela explique que, grâce au statut du dollar tout-puissant, les Etats-Unis puissent en user beaucoup plus facilement que d’autres.

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Grèce : première baisse des prix à la consommation en 45 ans

Les prix à la consommation en Grèce ont baissé de 0,2% en mars, marquant le premier recul annuel de l’indice des prix depuis mai 1968, selon les données publiées mardi [9 avril 2013] par l’Autorité statistique grecque (Elstat).

En février, les prix avaient augmenté de 0,1% sur un an.

C’est la première fois depuis mai 1968 que l’indice des prix est négatif” en Grèce, a indiqué à l’AFP Michaïl Glenis, responsable du suivi de l’inflation de l’Elstat.

A l’époque, deuxième année de la junte des colonels en Grèce (1967-1974) l’indice des prix avait enregistré “une baisse de 0,3%, avant de commencer à monter en juin 1968 avec un taux de +0,5% sur un an“, a-t-il ajouté.

Les économistes diffèrent sur la signification de ce recul, soit entrée en déflation potentiellement dangereuse dans une économie hyper fragilisée et en récession sévère, soit premier symptôme de guérison après la potion amère de l’austérité, administrée depuis 2010 à la Grèce.
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La déflation salariale menace la France

La baisse des coûts salariaux crée une concurrence au sein de la zone euro. La déflation pourrait s’étendre.

Illustration volontairement un peu décalée du sujet de l’article… (Source : Sénat, janvier 2011 – http://www.senat.fr/rap/r10-227/r10-22781.html – NB : la “VA” est la valeur ajoutée, les “facteurs” sont les facteurs de production.) Cliquer sur le graphique pour l’agrandir

Certains économistes – à commencer par ceux de la Commission européenne – pointent les premiers signes de redressement de la compétitivité dans les pays en récession. Sous l’effet des politiques de consolidation budgétaire, assurent-ils, l’Espagne, le Portugal, la Grèce l’Irlande voient leurs coûts salariaux baisser depuis le début de la crise – le salaire par tête a même retrouvé son niveau de 2006 en Grèce – et regagnent des parts de marché en Europe.

Les économistes de l’OFCE, s’ils ne nient pas ces évolutions, y voient eux les prémices d’un nouveau danger pour la zone euro, une déflation salariale qui pourrait s’installer durablement, avec des conséquences dramatiques, notamment pour la France.

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Olivier Delamarche : « L’inflation réelle se situe très au-dessus de 2% »

Olivier Delamarche, du groupe Platinium Gestion, le 29 janvier 2013 sur BFM Radio, met les points sur les i, dans l’émission “Intégrale Placements.

« Une solution pour s’en sortir serait un écroulement total des monnaies mais là on aurait de l’hyper-inflation – Au Japon ils sont très mal – Avec la planche à billets illimitée, on va vers un effondrement – On fait absolument tout pour vous faire croire que tout va bien, comme par miracle! »

La «Grande récession», temps de crise et crises du temps

Claudio Borio est l’un des économistes monétaires les plus provocateurs et intéressants qui soient. Basé à la Banque des règlements internationaux (BRI) à Bâle, Borio fait partie de cette poignée de personnes qui signalèrent la fragilité du système financier dès 2003, en tirant la sonnette d’alarme sur certains des développements préparant la crise qui éclata à l’été 2007. Il a publié un document de travail intitulé “The financial cycle and macroeconomics: What have we learnt?”.

Les opérateurs de marchés, les médias et les hommes politiques ont un point commun : leur horizon de temps est borné. De quelques minutes à quelques heures ou quelques mois. La prochaine transaction, la prochaine une, la prochaine élection. D’où une certaine difficulté, voire une difficulté certaine, à penser les temps de crise, qui sont aussi des crises du temps. D’où aussi la recherche éperdue de raccourcis, d’échappatoires, du « truc » qui fera qu’enfin, on en finisse, on en sorte. Alors que cette crise là, ni accidentelle, ni occasionnelle, ni conjoncturelle, prend son temps, s’éternise, se hâte lentement vers un dénouement incertain.

À ce jeu, on risque le contre-pied : la zone euro qui ne devait pas passer l’année 2011 puis l’été 2012 est toujours bien là. La crise n’a jamais été celle de la monnaie unique. Dernier refrain à la mode : Mario Monti a « échoué », et toutes les politiques « d’austérité » avec lui. C’est, voyez-vous, qu’en un an de « pouvoir » accordé chichement par une classe politique italienne aux aguets, « Il Professore » n’a pas révolutionné l’Italie ni mis fin à une décennie de stagnation économique ou rectifié vingt années d’illusionnisme politique. De quoi « s’indigner » en effet.

Relevons au passage que les politiques budgétaires et monétaires réclamées à grands cris par nos impatients ont été mises en œuvre au Japon, premier pays avancé confronté à cette « crise de bilan », depuis vingt ans. Sans résultats. Vingt ans !

À qui voudrait échapper à cet horizon bouché comme un ciel d’hiver parisien, on ne saurait trop recommander (avec retard) le texte que Claudio Borio a publié sur le site de la Banque des règlements internationaux (BRI), « la banque des banques centrales », sous le titre « On time, stocks and flows: Understanding the global macroeconomic challenges » (Du temps, des stocks et des flux : comprendre les défis macroéconomiques globaux).
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Zone Euro : Que réserve l’année 2013 ?

par Jaques Sapir

La zone Euro a connu d’intenses bouleversements durant l’année 2012. Les attaques spéculatives se sont multipliées durant une partie de l’année, tandis que les fondamentaux économiques  continuaient de se dégrader.

Et pourtant, un sentiment de soulagement était perceptible chez les dirigeants politiques dès le début du mois de novembre. Le Président Français, M. François Hollande, pouvait affirmer que, selon lui, la crise de l’Euro touchait à sa fin. C’est donc à une situation plus que paradoxale que l’on est confrontée en cette fin d’année 2012. En effet, si les déclarations des uns et des autre se veulent rassurantes, en réalité la zone Euro est actuellement en récession, et devrait le rester en 2013 pour le moins.

Face à la situation désastreuse de la fin du premier semestre 2012, trois changements majeurs ont été annoncés. Le premier fut l’annonce par Mario Draghi, le Président de la Banque Centrale Européenne de défendre « à tout prix » l’Euro. Dans la foulée, la BCE annonçait sa disponibilité à racheter des dettes souveraines des pays en difficultés.

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Zone euro : La crise n’est pas finie !

par Nouriel Roubini

Les dangers qui planent sur la zone euro se sont estompés depuis cet été ; le coût du crédit pour l’Espagne et l’Italie avait alors atteint des valeurs records intenables et la sortie de la Grèce paraissait imminente. Mais si la tension financière s’est relâchée, la situation économique à la périphérie la zone euro reste instable.

La baisse des risques tient à plusieurs facteurs. Tout d’abord, le programme de Transactions monétaires fermes de la BCE s’est révélé incroyablement efficace : les différences de taux d’intérêt entre l’Espagne et l’Italie ont diminué de 250 points de base, avant même qu’un seul euro ait été dépensé en achat d’obligations d’Etat. L’introduction du Mécanisme de stabilité européen (MSE) qui contribue pour 500 milliards d’euros supplémentaires au secours des banques et des Etats a aussi eu son utilité, de même que la reconnaissance par les dirigeants européens du fait qu’une union monétaire à elle seule ne suffit pas ; elle nécessite plus d’intégration bancaire, budgétaire, économique et politique pour échapper à l’instabilité.

Mais le facteur majeur est le changement d’attitude de l’Allemagne envers la zone euro en général et la Grèce en particulier. Les responsables allemands comprennent maintenant qu’étant donné l’importance des liens commerciaux et financiers, les troubles dans la zone euro n’affectent pas uniquement sa périphérie, mais aussi son centre. Ils ont arrêté de faire des déclarations publiques concernant une sortie possible de la Grèce et ils viennent d’approuver un troisième plan de sauvetage qui lui est destiné. Aussi longtemps que l’Espagne et l’Italie sont fragilisées, un éclatement de la Grèce pourrait faire tache d’huile. Ce serait gênant pour la chancelière Angela Merkel qui verrait ses chances de réélection pour un troisième mandat diminuer lors des élections qui auront lieu l’année prochaine en Allemagne. Aussi, pour l’instant l’Allemagne continue-t-elle à financer la Grèce.

Néanmoins, on ne voit guère de signe de reprise à la périphérie de la zone euro. Son PIB continue à diminuer en raison de la politique d’austérité, de la surévaluation de l’euro, du resserrement marqué du crédit sous-tendu par le manque de capitaux des banques, de la morosité du climat des affaires et de la baisse de confiance des consommateurs. La récession de la périphérie s’étend maintenant au centre de la zone euro ; la production française baisse et l’Allemagne elle-même se trouve au point mort, car la croissance chancelle dans les deux marchés où elle exporte (elle chute dans le reste de la zone euro et diminue en Chine et ailleurs en Asie).

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Grèce : La purge sur le modèle allemand

Dans les années sombres qui ont engendré le nazisme, la République de Weimar a mis en œuvre entre 1929 et 1933 des mesures drastiques d’austérité similaires à la purge imposée aujourd’hui à la Grèce sous la férule de l’Allemagne.

Aide alimentaire organisée par “Aube Dorée” à Athènes

Imaginons un pays…

Une crise financière sans précédent provenant de Wall Street va déstabiliser son économie. En moins d’un an, le pays plonge dans la récession et la baisse de la production combinée à l’augmentation du chômage de 9 à 14% de la population active vont gravement détériorer les finances de l’État.

Des finances déjà fragilisées par une dette importante contractée de manière plutôt contestable. Mais la nouvelle montée en flèche de l’endettement due à la crise économique inquiète les autorités qui procèdent à un changement de gouvernement et mettent au pouvoir un conservateur issu de la bonne bourgeoisie, économiste formé à la London School of Economics.

Le gouvernement mis en place par ce dernier a alors un objectif prioritaire: faire baisser la dette du pays et relancer l’économie. La solution? L’État va devoir économiser en coupant dans les dépenses et en augmentant les impôts. La souffrance engendrée sur les classes les plus pauvres est vue comme un mal nécessaire pour rétablir des finances “saines”.
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La crise de 2008 a commencé il y a quarante ans

Par Wolfgang Streeck, Directeur de l’Institut Max-Planck pour l’étude des sociétés, Cologne

Utilisée sans relâche pour décrire l’aggravation de la situation économique et financière depuis 2008, la notion de crise sous-entend le dérèglement intempestif d’un système pérenne. Il suffirait alors de corriger les excès pour que les affaires reprennent. Et si le capitalisme démocratique mis en place dans les pays occidentaux après la seconde guerre mondiale comportait un déséquilibre indépassable ?

Edward Hopper : “Nighthawks” (1942)

Jour après jour, les événements qui jalonnent la crise nous enseignent que les marchés dictent désormais leur loi aux Etats. Prétendument démocratiques et souverains, ceux-ci se voient prescrire les limites de ce qu’ils peuvent faire pour leurs citoyens et souffler les concessions qu’ils doivent exiger d’eux. Pour les populations, un constat s’impose : les dirigeants politiques ne serviraient pas les intérêts de leurs concitoyens mais ceux d’autres Etats ou bien d’organisations internationales — tels le Fonds monétaire international (FMI) ou l’Union européenne (UE) — à l’abri des contraintes du jeu démocratique. Le plus souvent, cette situation est décrite comme la conséquence d’une anicroche sur fond de stabilité générale : une crise. Mais est-ce vraiment le cas ?

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Hervé Juvin, Jacques Sapir et autres : Lettre ouverte à François Hollande

Par Hervé Juvin, économiste, Eurogroup Consulting ; Philippe Murer, économiste, professeur de finances à Paris-IV La Sorbonne, ancien intervenant sur les marchés financiers ; Bertrand Rothé, économiste, professeur agrégé à l’université de Cergy-Pontoise ; Jacques Sapir, économiste, directeur d’études à l’EHESS, et Jean-Claude Werrebrouck, économiste, ancien professeur à l’université de Lille.

Monsieur François Hollande,

Tout laisse à penser que vous affronterez au second tour de cette élection le président sortant, Nicolas Sarkozy. Dans le même temps, l’abstention monte dans les sondages. Cela vous inquiète à juste titre.

Le choix de millions de Français va se faire entre deux candidats qui ne sont pas ceux auxquels iraient spontanément la sympathie des électeurs, ni nos engagements ou nos convictions. Ceci explique cela. Lire la suite

À quel jeu joue l’Allemagne ?

par Jacques Sapir

Avec le vote du plan d’aide à la Grèce et du Mécanisme Européen de Stabilité, on pourrait croire qu’en Europe la crise de dette est réglée. Il n’en est, hélas, rien. Les problèmes vont perdurer même si on a acheté quelques mois de tranquillité.

Dans le cas de la Grèce elle-même l’aide européenne est conditionnelle à des objectifs que ce pays ne peut atteindre en matière de réduction de déficit. Nous voyons se déployer toutes les pathologies bien connues depuis les années 1930, que l’on pense aux politiques menées par le Premier Ministre Britannique Ramsay MacDonald ou par le Chancelier Allemand Brüning. Les coupes imposées au budget et la diminution autoritaire des salaires nominaux va plonger le pays dans une dépression qui aura un impact plus que proportionnel sur ses recettes fiscales. Par ailleurs, ce contexte va pousser les entreprises à dissimuler leurs revenus au Fisc, tandis qu’elle va encourager des comportements de refus de l’impôt, en raison de l’absence de consensus sur ces politiques. Par ailleurs, la démobilisation des fonctionnaires du Fisc, qui sont parmi les premiers touchés par cette politique, fera que le recouvrement des sommes dues sera de plus en plus problématique.

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De quoi l’Europe souffre-t-elle ?

Lisbonne, Portugal – Ici, tout va très mal puisque le taux de chômage dépasse les 13 pourcent. C’est encore pire en Grèce, en Irlande et d’une certaine façon en Espagne et l’Europe toute entière semble glisser vers une nouvelle récession.

Pourquoi l’Europe est-elle devenue le malade de l’économie mondiale ? Tout le monde connaît la réponse. Malheureusement, la majeure partie de ce que les gens savent n’est pas la vérité - notre discours économique est plein d’histoires fausses quant aux maux dont souffre l’Europe.

Si on lit un éditorial à propos de l’Europe - ou, comme trop souvent, un article censément factuel - on y rencontrera très certainement l’un des deux récits que je me représente comme le récit républicain et le récit allemand. Aucune de ces deux histoires ne colle à la réalité.

Le récit républicain - et c’est l’un des thèmes centraux de la campagne de Mitt Romney - veut que l’Europe ait des problèmes car elle en a trop fait pour aider les pauvres et les moins chanceux, et que nous assistons aux derniers souffles de l’état Providence. D’ailleurs, cette histoire est une histoire révérée par les républicains depuis très longtemps : en 1991, lorsque la Suède souffrait d’une crise bancaire causée par les dérèglements (ça vous rappelle quelque chose ?), le Cato Institute a publié un rapport triomphant démontrant que c’était l’échec du modèle de l’état Providence.

Ai-je mentionné le fait que la Suède, qui possède toujours un état Providence très généreux, est aujourd’hui un pays ultra performant, avec une croissance économique plus rapide qu’aucun autre pays développé ?

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Comment Margaret Thatcher a marqué l’Angleterre

Alors que sort sur grand écran un film sur sa vie, Margaret Thatcher revient à la mode en Grande-Bretagne. Pourtant, le bilan économique et social de la “Dame de fer” est noir. Et la haine qu’elle a suscitée dans les franges populaires est toujours aussi vivace.

Ce mercredi (15 février) sort sur les écrans le film sur Margaret Thatcher, La dame de fer ”, avec dans le rôle titre Meryl Streep. Celle qui a régné pendant onze ans sur le Royaume-Uni est sans doute la plus contestée des Premiers ministres britanniques. Son arrivée au 10 Downing Street en mai 1979 a marqué un tournant dans l’histoire du pays. Retour sur les années Thatcher.

L’homme malade de l’Europe

Depuis le milieu des années 1950, le Royaume-Uni est confronté à des problèmes économiques persistants: déficit commercial, déficit de la balance générale des paiements, endettement croissant, inflation galopante et sous-productivité. Le pays perd du terrain face à ses voisins: le taux de croissance moyen est de 2,8% dans les années 1960 alors que la France et l’Allemagne enregistrent des croissances de 5%. Durant cette période, les gouvernements travaillistes et conservateurs qui se succèdent appliquent des politiques de relance, qui entraînent un regain d’inflation, puis des politiques de rigueur afin de casser l’inflation. Cette stratégie dite de “stop and go” sclérose l’investissement des entreprises.

Le choc pétrolier de 1973 aggrave la situation. L’inflation atteint alors 25%. Le Royaume-Uni passe pour l’homme malade de l’Europe. En 1976, le gouvernement travailliste est contraint de solliciter l’aide du FMI à hauteur de 4 milliards de dollars, une somme alors importante. En contrepartie, le Premier ministre de l’époque, James Callaghan, engage une politique déflationniste de compression de la masse monétaire et de réduction des déficits publics. Il obtient temporairement le soutien des syndicats qui acceptent une limitation des hausses de salaires. Fin 1978, alors que la croissance est revenue, les mêmes syndicats refusent la limitation à 5% des hausses de salaire et entament un grève de cinq mois (d’octobre à février 1979).

C’est dans ce contexte qu’ont lieu les élections législatives. Margaret Thatcher, qui dirige les Tories – le parti conservateur – depuis 1975, fait campagne sur la stigmatisation du “socialisme rampant” imposé par des syndicats tout-puissants. Elle promet de combattre l’inflation et d’encourager le libre marché. Elle obtient une victoire marquée (44% des voix contre 37% aux travaillistes), moins par adhésion de la population à son programme néolibéral que par un ras-le-bol du consensus Etat-patronat-syndicats. Et met aussitôt son programme en application: réduction des dépenses publiques, forte hausse des taux d’intérêts de la banque d’Angleterre pour comprimer l’inflation, suppression de l’encadrement des salaires et des prix.

Libéralisation à marche forcée

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Les vrais chiffres de la rigueur en Europe

L’Europe en crise n’a plus qu’une seule devise : « Austérité ! » Après la relance débridée qui, en 2008, a précipité des gouffres budgétaires mettant à vif la vieille plaie des dettes publiques, c’est à qui se montrera le plus rigoureux. Membres – ou non – de la zone euro, les pays européens se sont engouffrés comme un seul homme dans des politiques d’austérité sans précédent.

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Sous la pression des marchés financiers et des agences de notation, le mouvement est parti du Sud de l’Union européenne, Grèce en tête, pour gagner rapidement le Nord et finalement se trouver gravé dans le marbre de l’« Accord intergouvernemental à vingt-cinq », adopté à Bruxelles au début décembre dernier.

La règle d’or de l’équilibre budgétaire est désormais valable pour tous, mais ce « saut collectif » s’est transformé en écueil. Comme jamais, les machines à tailler dans les dépenses publiques sont en marche autant que les pressoirs à impôts sont en action, provoquant partout une inquiétante spirale où l’austérité déprime la demande, étouffe la croissance, fabrique de la récession et menace de déflation.

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Le Portugal est la prochaine Grèce

« Au lieu d’une réduction de l’endettement public, nous assistons à son aggravation, car la réduction de l’activité économique produite par les coupes budgétaire se traduit par une réduction des dépenses du secteur privé. » Pour Ed Harrison, l’éditeur de Credit Writedowns, les dirigeants européens font une erreur de diagnostic en se focalisant sur les politiques d’austérité. Pour la raison suivante : lorsque les Etats, les ménages et les entreprises tentent tous ensemble de se désendetter au même moment en réduisant leurs dépenses, s’amorce alors une spirale récessive s’auto alimentant. Avec au bout, la faillite.

L’Europe a pris la mauvaise direction car le remède prescrit pour résoudre la crise de la dette souveraine, une soi disant rigueur expansionniste, est une politique économique conduisant à l’échec. L’idée, c’est que le licenciement de salariés du secteur public, afin de réduire les dépenses, permettrait d’éliminer le déficit budgétaire dans des pays comme la Grèce et le Portugal et, par conséquent, de rétablir la confiance du marché dans leur dette souveraine. La réalité s’est avérée quelque peu différente. Au lieu d’une réduction de l’endettement public, nous assistons à son aggravation, car la réduction de l’activité économique produite par les coupes budgétaire se heurte à une réduction des dépenses du secteur privé. Si l’Europe continue sur cette voie, la zone euro va complètement éclater, avec des répercussions politiques et économiques entièrement imprévisibles.

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“Dans la zone euro, c’est le marché qui gouverne”

La politique ne se fait pas à la corbeille”, lançait le général de Gaulle le 28 octobre 1966 quand la Bourse plongeait, après avoir exagérément monté, en 1962. L’économiste André Orléan, directeur de recherche au CNRS, rappelle cette formule pour montrer, dans un entretien au Monde, que le pouvoir politique est aujourd’hui assujetti aux décisions des marchés financiers. De la même façon, il trouve “disproportionné” l’affolement qui a suivi la dégradation de la note de la France par l’agence de notation Standard & Poor’s.

André Orléan, 61 ans, vient de recevoir le prestigieux prix Paul-Ricoeur pour son ouvrage L’Empire de la valeur. Refonder l’économie (Seuil, 2011). Il déploie dans ce livre une critique de fond des économistes “néoclassiques, qui veulent faire croire à l’“objectivité” des valeurs financières, quand lui décrit un système subjectif. Pour éviter les fausses évaluations, les crises et les krachs cycliques, mais aussi les politiques de rigueur imposées aux populations, André Orléan affirme qu’il faut repenser la notion de valeur, en comprendre les limites, redonner sa force au pouvoir politique.

C’est pour s’atteler à cette réflexion qu’André Orléan préside l’Association française d’économie politique (AFEP), qui milite pour le pluralisme dans l’enseignement et la recherche en économie. Il est aussi un des quatre signataires du Manifeste d’économistes atterrés (éd. Les liens qui libèrent, 2010), qui remettent en cause la politique de l’Union européenne dans le traitement de la dette souveraine. Le quatuor vient de publier aussi Changer d’économie ! Nos propositions pour 2012 (éd. Les liens qui libèrent).

Qui gouverne en Europe ?

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Etats-Unis: la Fed promet un soutien exceptionnel à l’économie pour longtemps

La Réserve fédérale des Etats-Unis s’est dotée mercredi d’un objectif d’inflation et a promis de fournir encore longtemps un soutien exceptionnel à la reprise de l’économie américaine, pour laquelle elle a revu à la baisse ses prévisions de croissance.

Les dirigeants de la Fed ont tranché un débat qui les agitait depuis de longues années. C’est aujourd’hui officiel: la politique monétaire de la Réserve fédérale a pour objectif d’ancrer la hausse des prix à 2,0% par an. Mais cet objectif – que partage la Banque centrale européenne (BCE) – n’est pas le seul. Le Comité de politique monétaire de la Fed (FOMC) prend soin de le rappeler dans un nouveau document détaillant ses “buts et [sa] stratégie à long terme ”.

La Fed a en effet mission d’assurer “le plein emploi, la stabilité des prix et des taux d’intérêt à long terme raisonnables ”. Si “le taux d’inflation est déterminé en premier lieu par la politique monétaire ”, il n’en va pas du tout de même pour le plein emploi, explique la Fed. La communication d’un objectif d’inflation doit “contribuer à arrimer fermement les attentes d’inflation à long terme” et donc contribuer à la stabilité des prix et améliorer ainsi “la capacité du Comité à promouvoir le plein emploi en période de perturbations économiques considérables ”, ajoute la Réserve fédérale.

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Égarement budgétaire

Par Nouriel Roubini

Selon le FMI et d’autres institutions, le ratio de la dette publique par rapport au PIB des pays avancés va dépasser 110% en 2015, alors qu’il était de 70% pour tous ces pays avant la crise. Malheureusement aucun des deux principaux acteurs de la zone euro n’engage des mesures qui permettraient de restaurer une croissance durable à la périphérie de cette zone.

Les mesures de relance budgétaire adoptées par la plupart des pays avancés et des pays émergents lors de la récession mondiale de 2008-2009 – parallèlement à une politique de relâchement monétaire et de soutien au système financier – ont évité que la Grande récession ne se transforme en 2010 en une Grande dépression. Au moment où chaque composant de la demande privé s’écroulait, la hausse des dépenses publiques et les baisses d’impôts ont arrêté la chute libre de l’économie mondiale et créé la base d’un redémarrage.

Malheureusement dans la plupart des pays avancés les mesures de relance, les plans correspondants de sauvetage du système financier et les effets de la récession sur les revenus ont creusé le déficit budgétaire qui atteint maintenant 10% du PIB. Selon le FMI et d’autres institutions, le ratio de la dette publique par rapport au PIB va dépasser 110% en 2015, alors qu’il était de 70% pour tous ces pays avant la crise. Enfin, dans la plupart d’entre eux le vieillissement de la population va alourdir à long terme la dette publique en raison des difficultés de financement des retraites et du coût croissant des soins de santé.

C’est pourquoi les pays avancés doivent réduire leur déficit pour éviter un naufrage budgétaire. Mais nombre d’études, dont une récente du FMI, montrent qu’une hausse des impôts et une baisse des dépenses publiques ont à court terme un impact négatif sur la demande agrégée, ce qui renforce la tendance à la déflation et à la récession et s’oppose à la consolidation budgétaire.

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La Grèce et l’Irlande doivent faire défaut

Réunis la semaine prochaine à Bruxelles, les responsables européens cesseront-ils de se disputer pour faire face aux vrais enjeux de la crise de la dette ?

En réalité, la Grèce et l’Irlande ont déjà fait défaut. Pas officiellement. Cependant, à écouter les opérateurs financiers, plus personne ne veut prêter un centime à ces deux Etats qui croulent sous les dettes. La situation du Portugal et de l’Espagne n’est guère plus confortable.

Lundi passé, des chiffres publiés par la Banque centrale européenne ont démontré comment elle tient les Etats de la zone euro à bout de bras. Entre le 25 novembre et le 1er décembre, la BCE a acheté pour 1,965 milliard d’euros d’obligations publiques ; le plus fort montant enregistré depuis le début du mois de juillet alors que l’on sortait à peine de la crise grecque. Les opérateurs estiment que l’institution dirigée par Jean-Claude Trichet a nettement accéléré ses achats de dette publique irlandaise et portugaise. Car, en face, les grands investisseurs s’en détournent.

Pimco, le géant américain des obligations, a déjà annoncé avoir vendu la majorité de ses titres grecs, irlandais, portugais et espagnols. JPMorgan, un des poids lourds du marché de la dette gouvernementale européenne, a indiqué que beaucoup de ses clients veulent se débarrasser des titres des Etats «périphériques» de la zone euro.

D’ailleurs, Goldman Sachs a calculé que 17% de la dette cumulée de la Grèce, de l’Irlande et du Portugal se trouvent désormais dans les coffres de la BCE. Au rythme actuel, cette part pourrait monter à 50% sans tarder.

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