Alain Liébard: le corps des Mines ne veut pas des énergies renouvelables

Architecte et chaud partisan des énergies renouvelables, Alain Liébard quitte la fondation Énergies pour le monde et Observ’ER, l’observatoire des énergies vertes. Avant de se vouer à l’enseignement de l’architecture, il jette un coup d’œil rétrospectif sur l’histoire française du déploiement des énergies décentralisées. Une histoire épique.

Après 40 années passées à la tête de la fondation énergies pour le monde et d’Observ’ER, vous tirez votre révérence. Quel regard portez-vous sur le développement des énergies renouvelables?

Objectivement, elles ne sont plus ce qu’elles étaient il y a encore 10 ans: ces énergies décentralisées deviennent une réelle alternative aux énergies centralisées.

Est-ce vrai partout?

Il existe certes des différences selon les régions. Mais avec le développement fantastique que connaissent le photovoltaïque et l’éolien, notamment, ces sources d’énergie sont en passe de gagner. Désormais, ce sont plus de 20% de l’énergie finale mondiale qui est produite par les renouvelables. C’est considérable. Ce qui m’intrigue, en revanche, c’est la raison pour laquelle nous sommes aussi mal traités en France.

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Radio Courtoisie : « Le climat et l’effet de serre » (Audio)

Le vendredi 29 août 2014, dans l’émission du “Libre Journal des sciences et des techniques” sur Radio Courtoisie, Paul Deheuvels recevait François Gervais, professeur à l’université de Tours, pour une émission consacrée au climat et à l’effet de serre.

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Sauver le climat pour mieux sauver la planète. Belle ambition dont la réalisation semble encore empêchée par un coupable unique, responsable de l’effet de serre et du réchauffement climatique : le gaz carbonique.

En effet, que ce soit dans le débat actuel sur la « transition écologique » et dans l’ensemble des projets soumis par les autorités européennes ou dans les propositions de l’acte III de la décentralisation, il est le grand coupable désigné à la vindicte et condamné par une taxation aveugle.

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Les bantoustans de la République

Par Georges Feltin-Tracol

Dans l’Afrique du Sud du temps de l’Apartheid et jusqu’en 1994, le bantoustan était un foyer national attribué à la population noire suivant des critères ethno-linguistiques. Officiellement indépendants mais non reconnus par les autres diplomaties, les bantoustans formaient des unités territoriales dispersées en de nombreuses parcelles discontinues. Les habitants de ces États qui vivaient en République sud-africaine ne disposaient d’aucun droit civique parce qu’ils étaient considérés comme des étrangers.

N’en déplaise au soi-disant ministère de l’« Égalité des territoires », la France de 2013 s’achemine subrepticement vers une situation analogue. Une nette accélération s’opère dans le cadre fictif de l’« acte III de la décentralisation » réclamé avec insistance pendant la campagne présidentielle de 2012 par le candidat François Hollande. Or le temps des responsabilités venu, la cigale socialiste s’est tue : le grand chambardement promis débouche sur une recentralisation insidieuse.

Le président socialiste aurait pu apparaître comme un réformateur courageux qui s’attaque enfin au mille-feuille territorial hexagonal. Certes, la France est l’État le plus étendu de l’Union européenne; son armature administrative diffère bien sûr de celle du Portugal, de la Slovénie ou de la Finlande. En outre, la diversité des paysages et la cœxistence de plaines, de plateaux et de montagnes modifient tout raisonnement purement cartographique émis depuis Paris. Toutefois, l’encadrement géo-administratif du pays craque partout. On a recensé 17.000 groupements de collectivités territoriales, 36 786 communes, 101 départements, 26 régions, 5 collectivités d’Outre-mer, un Pays d’Outre-mer, 15 communautés urbaines, 202 communautés d’agglomération, 2.358 communautés de communes, 5 syndicats d’agglomérations nouvelles et 14.787 syndicats de communes ! Tous ces ensembles exigent des élus : 519.417 conseillers municipaux, 4.052 conseillers régionaux et 1.880 conseillers généraux (ou bientôt départementaux). Les échelons administratifs s’empilent, d’où des dysfonctionnements permanents et croissants. On estime qu’elles se répartissent près de 60.000 corps administratifs et près d’un demi-million d’élus, ce qui fait de la France le pays qui a un élu pour 130 habitants environ ! Est-il par ailleurs bon que des régions comme Rhône-Alpes ou Provence – Alpes – Côte d’Azur aient chacune deux rectorats ? Que la région parisienne en est trois (Créteil, Paris, Versailles), cela peut – à la rigueur – se comprendre du fait du nombre élevé de Franciliens.

Naguère maire de Tulle (2001 – 2008) et ancien président du conseil général de la Corrèze (2008 – 2012), François Hollande avait suggéré une refonte complète de la carte administrative. Mais cette belle intention s’est finalement transformée en trois projets de loi distincts. Le président a été contraint de revoir sa copie, car le parti dont il est issu est essentiellement une formation de notables élus qui tiennent à leurs mandats et qui embauchent les quelques rares militants.
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Comment monter un projet citoyen d’énergie renouvelables

L’association Energie Partagée (1) a publié un guide de recommandations afin d’aider les communautés locales à construire un projet citoyen d’énergies renouvelables. Trop souvent, les projets ENR importants proviennent de l’extérieur et dépossèdent les régions d’un savoir-faire qu’elles pourraient s’approprier.

L’aide est globale puisque l’intervention d’Energie Partagée intervient à toutes les étapes d’un projet. De la concertation préalable avec les acteurs locaux, les collectivités et les citoyens, permettant de créer une réflexion sur l’énergie. A la définition d’une stratégie de montage d’un projet, en passant par la construction de partenariats, ou par l’organisation juridique et financière d’une société d’exploitation.

Les quatre points d’un projet citoyen selon la charte d’Energie Partagée sont :

  1. L’ancrage local avec les acteurs locaux
  2. La finalité non spéculative
  3. La gouvernance ouverte, démocratique et transparente
  4. Le respect de l’Homme et de l’environnement

La transition énergétique par les territoires

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Redonnez le pouvoir aux régions !

La transition énergétique faite d’économies d’énergie, et de sources d’énergies renouvelables sera un camaïeu territorial et à ce titre éminemment régional. Cela c’est pour le rêve. Car pour atteindre la réalité il faut d’urgence réformer l’enfant terrible issu de la Libération, qu’est notre système énergétique actuel, centralisé et jacobin.

Il est né le 8 avril 1846 (1) lorsque 2 000 entreprises de transport et de distribution d’électricité ou de gaz ont été nationalisées pour fonder aujourd’hui le modèle que nous connaissons. Avec l’apanage de ces deux barons de l’énergie que sont EDF et GDF-Suez (ex GDF). Ce jour là les régions (2) ont été dépossédées de leur possibilité d’action envers des réseaux qui pourtant leur appartiennent. Cet hold-up institutionnel doit céder maintenant la place à un rééquilibrage du rapport entre autorités concédantes et concessionnaires.

Aujourd’hui, le monde a changé, des technologies de l’information à notre organisation économique. Mais le modèle lui n’a pas changé. Il reste en place contre vents et marrées et les majors n’ont pas vraiment intérêt à ce que cela change.

Transition énergétique : “Laissez-nous faire!”

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La Chute des départements ruraux

Rappel: 1/4 du territoire national en cessation de paiement, ce pronostic se confirme de jour en jour et de nombreux Départements risquent la faillite. La compensation très insuffisante des dépenses sociales obligatoires plombe les budgets des Départements, surtout les plus ruraux. Ils sont en plus victimes de la conjoncture, suite à la chute des droits de mutation, une part importante de leurs recettes.

En supprimant la taxe professionnelle et en engageant une vaste réforme des collectivités territoriales, le gouvernement prend le risque de fragiliser un peu plus les Départements. Vingt-cinq d’entre eux seront poussés à la faillite dès 2010. Tour de France des difficultés.

« Dans vingt-trois Départements, dont le mien, il y aura des budgets en déséquilibre, » a constaté François Hollande (PS), président du Conseil général de Corrèze. Dans le Nord, le président du Conseil général a pris la même décision que celui de Saône-et-Loire et ne fera voter son budget qu’au mois de mars.

Les transferts de compétence ont coûté 55 millions d’euros au Conseil général de la Meuse. Son président, Christian Namy (UMP) qui prend des mesures d’économie et « parie sur la baisse des taux d’intérêt en 2010 » pour avoir une chance de boucler son budget en renégociant sa dette. Dans le Bas-Rhin, le collaborateur du président (UMP) assure : « On va baisser les investissements. »

Dans les Alpes-de-Haute-Provence, Jean-Louis Bianco (PS) arrivera à boucler son budget 2010, mais pour 2011, il ne voit pas du tout comment il va pouvoir faire. Quant aux Bouches-du-Rhône « avec une autonomie fiscale réduite à 10%, elles ont « le couteau sous la gorge. »

Le Département de Seine-Maritime, très industrialisé, sera sans doute l’un des plus touchés par la suppression de la taxe professionnelle. Et dans les Landes : « nous avions prévu de compenser la baisse des droits de mutation par une augmentation de la taxe professionnelle… » Le Conseil général de Loire-Atlantique a d’ores et déjà annoncé des baisses de subventions, par exemple – 70% pour le FC Nantes. En Ille-et-Vilaine où les subventions de fonctionnement aux associations vont être réduites de 20 à 30 % et les nouveaux investissements gelés, le président du Conseil général accuse l’État de transférer « ce qui revient le plus cher : enfance, handicap, personnes âgées. »

http://www.dailymotion.com/video/xb8qww

«Contre la crise financière et écologique, la planification»

Economiste américain hétérodoxe, James K. Galbraith dénonce la mise en coupe réglée des Etats-Unis par une coalition de la droite et des grandes entreprises. Rencontre, à l’occasion de la sortie de son livre «L’Etat prédateur» (Seuil, septembre 2009).

James K. Galbraith est professeur d’économie à la Lyndon B. Johnson School de l’université du Texas. Economiste hétérodoxe, il s’inscrit dans une longue lignée marquée par la figure mondialement reconnue de son père, John Galbraith. Comme lui, il rejette de manière radicale la plupart des apports et des méthodes de la théorie économique néo-classique. Selon lui, les marchés n’apporteront aucune solution à la crise contemporaine, à la pauvreté, aux inégalités, à la crise écologique, tous ces défis qui appellent au contraire la «planification».

Quelle est votre lecture de la crise ?

Pour comprendre ma position, il est indispensable de remonter le temps. Nous sommes au début des années 80. Au début des années Reagan et Thatcher. Partout, c’est le triomphe du TINA, There Is No Alternative ["Il n'y a pas d'alternative."]. Leurs politiques irriguent le reste du monde : la décentralisation est la grande amie de toute les libertés. La centralisation est à combattre. Ce catéchisme économique fait recette. Les politiques sociales sont mises sur la sellette. La chute du mur de Berlin renforce ces options politiques.

C’est-à-dire ?

Une conception de la politique économique dominait alors toutes les autres. La politique monétaire devait avoir un seul objectif, la lutte contre l’inflation. Les budgets publics devaient être équilibrés, le libre-échange le régulateur du commerce mondiaux et les impôts sur le travail et le capital devaient être réduits au maximum. Ce corpus de textes, frappé par un semblant de sceau scientifique, servait à légitimer le retrait de l’Etat. Et tirer un trait final sur toute forme d’interventionnisme. Ces principes étaient d’autant plus forts qu’ils semblaient cohérents, clairs, faciles à expliquer. Et donc à comprendre. Et qu’ils étaient soutenus par des économistes qui passaient pour des sommités. Pensez à Milton Friedman, le pape du monétarisme. Les progressistes passaient pour des rabats-joie, de jeunes vieillards prisonniers de leurs idées.

Ce corpus d’idées a-t-il été entièrement concrétisé ? Lire la suite

Le krach obligataire passe aussi par la France

Un scandale financier ! Un de plus. Non, je ne vous parle pas de Goldman Sachs et de ses démêlés avec la SEC et deux banques mais d’un scandale qui a éclaté à côté de chez nous, à Saint-Etienne et qui fait mal. Très mal même. La crise financière mondiale vient de poser ses valises dans la municipalité du centre de la France, si bien que Saint-Étienne est, de fait, au bord du défaut de paiement.

Il y a quelques années, les dirigeants de Saint-Étienne ont décidé de réduire le poids de l’endettement de la municipalité en utilisant les produits dérivés. Tout cela en jouant avec l’argent des contribuables. Et dès octobre 2008, Alexandra Voinchet vous mettait en garde contre les pratiques dangereuses de nos édiles locaux.

Saint-Etienne a joué avec le feu… et s’est sérieusement brûlé

Au départ, il faut bien avouer que cela semblait une excellente idée. Pour financier plusieurs projets municipaux, la ville de Saint-Étienne a emprunté 22 millions d’euros à un taux de 4,9%. Un classique de l’endettement : taux fixe et durée connue.

Mais entre 2005 et 2008, la municipalité a décidé d’alléger le poids de sa dette et donc de réduire les coûts de son emprunt. Pour cela, elle a contracté différents swap – complexes et non-régulés évidemment.

Dans un premier temps, le choix de Saint-Étienne s’est avéré payant : en 2009, l’économie ainsi réalisée atteignait les 126 000 euros et le taux d’intérêt était tombé à 4,3%. Tout allait très bien donc… sauf qu’avec la crise, la machine des produits dérivés s’est emballée. Et Saint-Étienne a découvert le revers de la médaille…

Pas de chance pour la ville, les paris pris se sont avérés exécrables. Saint-Étienne avait par exemple parié sur la livre sterling contre le franc suisse. Malheureusement, depuis que l’accord de swap a été passé il y a deux ans, la livre sterling a perdu 21% face au franc suisse.

Le 1er avril dernier, un des accords de swap est arrivé à terme. Saint-Etienne devait donc payer des intérêts à hauteur de 1,18 million d’euros à la Deutsche Bank. Ce qu’elle a refusé de faire.
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BUDGETS – Les départements au bord de l’asphyxie ?

L’autonomie a un prix. Après les lois Raffarin de 2004 relatives à la décentralisation, de nombreuses collectivités se sentent orphelines et surtout appauvries par l’État.

La loi de transfert des compétences n’avait pourtant qu’un seul objectif : redonner aux départements et aux villes un contrôle sur leurs dépenses, dans un “souci d’adaptation aux réalités locales pour plus de souplesse”.

Pourtant, à l’unisson du président de l’Assemblée des départements (ADF), Claudy Lebreton et du président du conseil général de Seine-Saint-Denis, Claude Bartolone, qui parle de “départements low cost”, les élus grondent.

Mardi, sept départements ont menacé de saisir le Conseil constitutionnel. En cause, l’autonomie financière des collectivités territoriales et les nouvelles responsabilités budgétaires auxquelles elles sont confrontées. Transport, aide sociale, éducation, culture sont autant de trous percés dans la cagnotte des collectivités.

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Bilan accablant pour la décentralisation, selon la Cour des Comptes

La Cour des comptes estime que la décentralisation en France, pays aux 500 000 élus locaux, a abouti à un enchevêtrement de compétences et à des sureffectifs.

Les contribuables s’en doutaient, la Cour des comptes vient de le confirmer dans un rapport publié ce mardi : «La décentralisation n’a jusqu’à présent conduit ni à une baisse des dépenses publiques, ni à une maîtrise de la fiscalité locale.»

Plus précisément, en vingt-cinq ans de décentralisation, la dépense des collectivités locales a été multipliée par plus de cinq et celle de l’État, par plus de trois.

Première source de dérapage, dénoncé par Philippe Séguin, le premier président de la Cour : l’inflation des effectifs.

Jusqu’en 2007, l’État, qui a pourtant transféré de larges compétences aux collectivités locales (gestion des collèges, lycées, RMI, prestations pour les personnes âgées, etc.), a continué à embaucher.

D’après Philippe Séguin, les 400 000 fonctionnaires supplémentaires engagés par l’État entre 1980 et 2006 représenteraient un surcoût équivalent à un tiers du déficit structurel de l’État, évalué autour de 50 milliards d’euros. Lire la suite

Arnaud Montebourg: “25 départements français sont au bord de la faillite”

Arnaud Montebourg, président du Conseil Général de Saône-et-Loire, a traduit le gouvernement en justice afin de récupérer 800.000 euros, facture due au transfert de compétences aux départements dont les recettes ont été asséchées par la crise. Le député PS s’en explique et critique vivement la suppression de la taxe professionnelle.

Quel est l’état des finances du département de Saône-et-Loire ?

La crise nous a mis dans le fossé. Les recettes des droits de mutation ont diminué de 10 millions d’euros en 2008 et de 22 millions cette année. Et pendant ce temps, les dépenses sociales (RMI, RSA, APA, protection de l’enfance, etc.) explosent. Résultat, il me manque aujourd’hui 25 millions d’euros pour boucler mon budget.

Le Premier ministre François Fillon a exhorté le mois dernier les collectivités locales à réduire leurs dépenses. Que lui répondez-vous ?

C’est déjà fait ! En 2008, quand j’ai pris la présidence du Conseil Général, j’ai pris de nombreuses mesures pour réduire le train de vie de la collectivité. Ce plan nous a permis d’économiser 10 millions d’euros. Cette année, nous avons réduit de 30% les aides aux communes rurales, nous avons supprimé les subventions aux clubs sportifs professionnels ainsi qu’à de trop nombreux programmes culturels. Nous avons également transféré aux communes les subventions des cantines des ecoles puisque c’est de leur responsabilité. A ce rythme, je ne suis pas sûr que le transport scolaire reste gratuit encore très longtemps…

Ces coupes dans les subventions ne sont pas très “sociales”…

Je n’ai plus le choix, car je n’ai plus d’argent ! En France, 25 départements sont actuellement en cessation de paiement, au bord de la faillite. Cette situation nous oblige à couper dans les dépenses non obligatoires, malheureusement y compris dans les dépenses sociales. La conséquence est que nous, élus, nous portons atteinte à nos valeurs, a nos convictions et au contrat passé avec les électeurs. Cette perte de liberté signifie la fin de la décentralisation. Lire la suite