Piketty : « Le capitalisme se mord la queue »

Un nouvel économiste crée aujourd’hui la polémique et il n’est pas de droite. Début avril, à la conférence de l’Institute of New Economic Thinking, à Toronto, l’ouvrage de Thomas Piketty, Le Capital au XXIe siècle, a été mentionné au moins une fois à chacune des séances auxquelles j’ai assisté. Il faut remonter aux années 1970, avec Milton Friedman, pour trouver un économiste ayant suscité un tel débat.

Comme Friedman, Piketty est un homme de son temps. Si durant les années 1970, les inquiétudes portaient sur l’inflation, aujourd’hui elles sont liées à l’émergence de ploutocrates et à leur impact sur l’économie et la société.

Piketty est convaincu que le niveau actuel des inégalités de richesse, qui est vouée à augmenter, compromet l’avenir du capitalisme. Et il le démontre. Cette thèse étonnante est très mal accueillie par ceux qui considèrent que le capitalisme et les inégalités sont interdépendants.

Selon cette idée, soutenue par le centre droit, le capitalisme a besoin des inégalités de richesse pour stimuler la prise de risques et les initiatives.
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Irlande : Des villages Potemkine afin de ne pas heurter la sensibilité des dirigeants du G8

Dans deux semaines, les dirigeants du G8 doivent se réunir en sommet au Lough Erne Golf Resort, un luxueux complexe hôtelier doté d’un terrain de golf, situé dans le comté de Fermanagh, en Irlande du Nord.

Il y a un problème, affirme Michael Krieger sur son blog Liberty Blitzkrieg : beaucoup des villages environnants portent les stigmates de la très grave crise économique qui affecte le pays. « Bien que l’effondrement économique du pays ne semble pas déranger les dirigeants étrangers, la pensée de se confronter aux réalités de la pauvreté tout en festoyant avec le caviar et le foie gras pourrait être tout simplement insupportable pour Barack Obama, Shinzo Abe et David Cameron », écrit-il.

Que faire alors ? C’est simple : il suffit de recourir à la solution des villages Potemkine, et de simuler la bonne santé économique de la région en rénovant quelques façades abandonnées depuis longtemps. Les murs défraîchis qui trahissent la faillite et la ruine seront maquillés par des ravalements, des peintures neuves et des nettoyages à haute pression. L’Irish Times rapporte ainsi que des centaines de milliers de livres ont été dépensées pour restaurer les façades d’une centaine de propriétés dans le voisinage du Lough Erne Golf Resort dans la perspective du sommet du G8.

Ainsi, à Belcoo, deux boutiques ont été recouvertes avec des trompe l’œil pour donner l’impression qu’il s’agit d’affaires prospères. Le commerce de l’ex-boucherie Flanagan, qui a déposé le bilan l’année dernière, a été remaquillé avec des peintures à façon sur ses fenêtres. « La boucherie a été remplacée par l’image d’une boucherie », écrit le journal (photos ici).

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Fitch retire sa note maximale “AAA” à la Grande-Bretagne (màj)

Addendum du 24/04/2013 : La Banque d’Angleterre perd son “AAA” dans la foulée du Royaume-Uni

L’agence Fitch Ratings a retiré mercredi sa note maximale “AAA” à la Banque d’Angleterre, désormais notée “AA+”, dans la foulée de la rétrogradation du Royaume-Uni la semaine dernière, avec une perspective “stable”.

L’agence explique dans un communiqué que même si la capacité de la Banque centrale de créer de la monnaie est théoriquement illimitée, les avantages de cette pratique dépendent du gouvernement, ce qui renforce le lien étroit entre la Banque centrale et la note souveraine du royaume.

Boursorama


Cette annonce est un nouveau revers pour le gouvernement de David Cameron, alors que l’agence Moody’s avait déjà privé le pays de son triple A fin février.

Europe : La paralysie de l’Union

Une Europe sans vision d’avenir, repliée sur elle-même, divisée, sourde et aveugle au monde dans lequel elle vit : tel est le visage de l’UE qui apparait au lendemain de l’accord budgétaire négocié par les Vingt-Sept le 8 février.

Le projet de budget européen qui vient d’être arrêté est, osons-le dire, indigent. Ce texte entérine l’absence d’ambition et de vision économique au niveau des Vingt-Sept alors que nous sommes en concurrence frontale avec des pays-continents comme les États-Unis, la Chine ou l’Inde. Ceux-ci mènent des stratégies visant l’excellence dans certaines filières et la promotion de champions s’appuyant sur la vaste base arrière de leur marché intérieur pour conquérir le monde.

Le projet de budget européen fait exactement le contraire : les projets d’avenir qui pourraient servir de point d’appui à une stratégie industrielle européenne sont massacrés. Ils ne représentent qu’une fraction des aides directes à l’agriculture et à peine plus du dixième du budget total.

En revanche, nous reconduisons quasi à l’identique les politiques du passé sans s’interroger sur leur pertinence. Ainsi, nous allons continuer à consacrer plus du tiers de l’enveloppe des sept prochaines années aux aides régionales bénéficiant aux pays d’Europe de l’Est et du Sud.
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Sapir : “Europe, fin de partie ?”

Le processus dit de « construction européenne » vient de subir, avec l’impasse sur la programmation budgétaire pour les années 2014-2020, et accessoirement pour le budget de 2013, de l’UE un triple échec : économique, politique et symbolique. La question symbolique est certainement la plus importante.

Cette impasse, qui au mieux durera jusqu’au début de 2013, vient après le blocage sur la question de l’aide à accorder à la Grèce du début de la semaine, et des négociations extrêmement dures quant à la part respective des États au sein du groupe aéronautique EADS mais aussi une réduction importante des ambitions de l’Europe spatiale.

Il est hautement symbolique que ces événements soient tous survenus dans une période d’environ huit jours. Ils témoignent de l’épuisement définitif de l’Union européenne à incarner « l’idée européenne ».

Un échec économique

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La France est-elle en train de s’allier à Wall Street et à la City pour isoler l’Allemagne ?

Au XIXème siècle, l’Allemagne avait pris la tête de la Triplice, dont l’objectif était d’isoler la France. Deux siècles plus tard, la France semble vouloir se venger en menant les opposants à l’Allemagne. Et si les socialistes étaient les “idiots utiles” pour faire progresser l’agenda des Anglo-saxons ?

Pour remplir un agenda électoral, la France rejoint le camp des opposants à son alliée, l’Allemagne, et signe un texte étonnant qui prône la productivité à tous crins, c’est à dire les licenciements, les réformes structurelles c’est à dire la flexibilité et la précarité, les changements des lois sur le travail.

Les paragraphes 7 et 8 du communiqué publié à l’issue du G8 sont un modèle de reniement de ce pourquoi les électeurs de gauche ont voté : on met l’accent sur la productivité, les réformes structurelles, la poursuite de l’intégration du marché international, l’ouverture des marchés, le refus du protectionnisme, l’insistance sur le rôle de l’OMC, les dérégulations etc etc

Plus que jamais il faut décoder, déconstruire, revenir aux faits et aux fondamentales.

Pourquoi ? Parce que :

  • La crise grecque est à un tournant
  • L’Espagne a rejoint l’enfer
  • L’offensive, la pression  anglo-saxonne est à son comble
  • La France est à nouveau en période électorale
  • Merkel est aux abois.
  • La droite française est dans les cordes
  • La situation iranienne est instable
  • Les marchés sont fragiles, au bord du précipice.

Commençons par les marchés…

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L’Europe politique franco-allemande menacée par l’Europe purement économique italiano-britannique

David Cameron et Mario Monti ont envoyé une lettre au président du Conseil Européen Herman Van Rompuy. Cosignée par dix autres dirigeants, cette missive lui demande de contribuer à “restaurer la confiance en la capacité de l’Europe à générer une croissance économique forte et durable”.

L’Union européenne fonctionne déjà dans une configuration polycentrique. La crise de la zone euro a conduit à une démarche d’autonomisation de sa gouvernance fortement conduite par le couple franco-allemand. Cette volonté s’appuie sur un constat : partager la même monnaie n’impose pas les mêmes contraintes que l’appartenance au marché unique.

Le choix de ne retenir que 12 ratifications de la part des Etats de la zone euro, qui en compte 17, pour l’entrée en vigueur du traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance au sein de l’Union économique et monétaire (ci-après TSCG) ne s’explique pas seulement par la volonté d’en accélérer la mise en œuvre. Des dispositions ont prévu le défaut de ratification du mécanisme européen de stabilité par une partie des Etats membres de la zone euro : ce dernier entrera en vigueur lorsqu’il sera ratifié par des signataires dont la souscription initiale représente au moins 90% des souscriptions totales (article 48). Tout est en place pour que l’Union politique, stade ultime de la gouvernance de la zone euro, puisse fonctionner avec une partie seulement des Etats de la zone.

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Royaume-Uni : Donneur de leçons il y a un an, le pays retombe en récession.

Le gouvernement Cameron doit faire face aux effets conjugués des plans d’économies et de l’inflation. Par Eric Albert, à Londres.

Il n’y a pas si longtemps, David Cameron et George Osborne donnaient des leçons d’économie à l’Europe. Les Premier ministre et chancelier britanniques en sont persuadés : la zone euro se trompe, elle confond les priorités économiques et politiques. George Osborne avait même provoqué la colère de Paris en mettant la France et la Grèce dans un même sac.

Les derniers chiffres britanniques vont les forcer à faire preuve de plus de modestie. Le PIB au quatrième trimestre 2011 a baissé de 0,2 %, premier recul depuis le quatrième trimestre 2010. Depuis cette date, la croissance a été particulièrement molle, voire inexistante : sur l’ensemble de 2011, le PIB n’a augmenté que de 0,7%.

Qu’est-ce qui a déraillé outre-Manche ?

L’énorme plan d’austérité, appliqué depuis janvier 2011, est une partie de l’explication. Près de 300.000 emplois ont été supprimés dans la fonction publique, trois fois plus que le secteur privé n’en crée.

Cela pousse de nombreux Britanniques à être très prudents dans leurs dépenses.

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La débâcle de l’austérité

La semaine dernière, le National Institute of Economic and Social Research, un groupe de réflexion britannique, a publié un graphique saisissant, qui compare la crise actuelle avec les récessions et les relances passées. A une mesure importante près – les changements quant au PIB réel depuis que la récession a débuté – il apparaît que la situation en Grande-Bretagne est pire que lors de la Grande Dépression.

Quatre ans après le début de la Dépression, Le PIB britannique avait à nouveau atteint son niveau le plus haut ; quatre années après que la Grande Récession ait démarré, la Grande-Bretagne est très loin de reprendre pied.

Non pas que la Grande-Bretagne soit unique. L’Italie également est plus mal en point aujourd’hui que dans les années 1930 – si l’on compte l’Espagne qui est clairement en route vers une double récession, cela fait donc trois des cinq grandes économies européennes à faire partie du groupe “c’est pire qu’avant ”. Oui, il existe certaines réserves et complications. Mais cela sonne néanmoins comme l’échec retentissant d’une certaine politique.

Et c’est en particulier l’échec de la doctrine de l’austérité qui domine depuis deux ans les discussions des élites politiques à la fois en Europe et dans une large mesure aux États-Unis.

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France-Angleterre : la guéguerre économique est déclarée

Le gouvernement et la presse britannique ont vivement réagi vendredi aux propos de François Baroin et à ceux du gouverneur de la Banque de France stigmatisant la situation économique du Royaume-Uni. François Fillon tente de calmer le jeu.

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L’austérité va faire un million de pauvres au Royaume-Uni

L’austérité draconienne décrétée par le gouvernement britannique va jeter près d’un million de personnes dans la pauvreté absolue, a indiqué vendredi l’Institut pour les études budgétaires (IFS), un centre de réflexion indépendant.

Illustration de J. Mahoney (vers 1857) pour le roman "Oliver Twist" de Charles Dickens

D’ici à la fin 2014, 900.000 personnes seront plongées dans la catégorie « pauvreté absolue », qui réunit les foyers disposant d’un revenu réel de moins de 60% du revenu moyen de 2010/2011, calcule l’Institute for Fiscal Studies (IFS).

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Nicolas Sarkozy n’est pas David Cameron

La France est bel et bien en sursis. La perte de son triple A est une éventualité de plus en plus envisagée sur les marchés financiers. Et cela de plus en plus ouvertement. Nos compatriotes ne mesurent pas les conséquences dramatiques et les effets désastreux sur leur vie quotidienne d’un tel abaissement. Oui la France est en sursis car elle n’a plus le choix. L’alternative est entre un plan de rigueur à l’anglaise, voir pire, ou la faillite. Tout va se jouer dans les trois prochaines années.

Mais tout se passe comme si la classe politique française avait déjà choisi. Cela sera la faillite. Par lâcheté plus que par incompétence. Par peur de dire la vérité aux Français. Par peur de leur révéler l’ampleur du désastre. Par peur d’avouer que depuis 30 ans ils ont été incapables d’anticiper la fin de l’État providence. Oui notre classe politique a choisi le scénario de la faillite. Il n’y a qu’à voir les dernières propositions du parti socialiste dans l’éventualité de son retour au pouvoir : accueil des enfants en maternelle dès 2 ans, allocations pour trouver du travail, allocations pour partir en vacances etc…

Cela a fait rire un peu partout en Europe. Le parti socialiste qui sait très bien, ne serait-ce que par la présence de Dominique Strauss Kahn au FMI, que notre pays est ruiné préfère multiplier les promesses électorales les plus farfelues plutôt que d’affronter la cruelle vérité. Il redoute d’affronter son électorat qui pense toujours que « l’État peut tout », « qu’il y a du pognon et qu’il suffit de le prendre là où il est ».

Mais comment cet électorat pourrait penser autrement puisque ceux qui sont chargés de l’informer préfèrent, par lâcheté (nous insistons là-dessus car c’est le coeur du problème), le bercer de douces illusions.

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La Chinafrique

« Nous souhaiterions que la Chine dirige le monde, et quand ce sera le cas, nous voulons être juste derrière vous. Quand vous allez sur la Lune, nous ne voulons pas être laissés derrière, nous voulons être avec vous ».

Olusegun Obasanjo, président du Nigéria, s’adressant à Hu Jintao, 2006

Pendant des millénaires, l’Empire du Milieu ne s’est pas intéressé au reste du monde. Pour quoi faire ? La Chine était le pays le plus avancé, le plus fertile, le plus peuplé, le plus civilisé. Par hypothèse, dans l’idéologie impériale et, souvent, dans la réalité aussi.

Pourquoi les Fils du Ciel se seraient-ils préoccupés de ce qui se faisait chez les barbares ? En 1421, une flotte chinoise gigantesque atteint les rivages du Kenya. Les Chinois observent : pas intéressant, mieux vaut rentrer au pays. Confucius l’avait dit, et à raison : l’important, c’est la stabilité.

Seulement voilà : désormais, vraiment, tout change, même la Chine.

La Chine, désormais, à l’assaut de l’Afrique.

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Note de lecture sur «La Chinafrique», un ouvrage qui fait le point sur la question. L’œuvre fourmille d’informations intéressantes. Nous zapperons les passages politiquement corrects du type «c’est pas bien de soutenir le Soudan à cause des massacres au Darfour», et autres culculteries politiquement correctes inévitables dans un livre écrit par des journalistes français. Mais nous n’omettrons aucun type d’information vraiment intéressant – fût-ce l’enseignement d’une série d’anecdotes révélatrices.

*

Brazzaville, Congo. Les auteurs marchent à travers la ville. Des enfants les apostrophent, à l’Africaine, c’est-à-dire sans chercher à connaître leur nom, mais sur un ton chaleureux.

Que disent-ils ? « Hello mista ? » Non. « Monsieur Monsieur ! » Non plus.

Ils disent : « Ni hao ».

Pour eux, tous les étrangers sont chinois.

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Manifestations violentes en Angleterre contre le plan d’austérité

Hier, 40.000 étudiants ont manifesté contre le triplement des frais de scolarité pour poursuivre leurs études à l’université. C’est la plus importante manifestation depuis l’entrée en fonction de David Cameron au printemps dernier. Ces protestations se sont transformées en quasi-émeutes lorsque les jeunes ont pris d’assaut le bâtiment abritant le siège du parti conservateur.

Le premier ministre a assuré que le gouvernement ne renoncerait pas à la hausse des frais universitaires. “Nous ne reviendrons pas en arrière. Et même si nous le voulions, nous ne devrions pas revenir à l’idée que l’université est gratuite“, a-t-il poursuivi.

http://www.dailymotion.com/video/xfla8v

(Merci à Titi)

L’Europe fédérale vient de naître

Plus que la révision des traités réclamée par Angela Merkel ou les exigences budgétaires de David Cameron, le véritable événement du récent sommet de Bruxelles est le pas décisif de l’Europe vers l’avènement d’un super-État.

Pendant que la presse britannique se concentrait sur des enjeux nationaux, de véritables évènements historiques se produisaient en Europe. Le Royaume-Uni est peut-être dirigé par son premier gouvernement de coalition depuis 70 ans, mais l’Europe fait encore mieux. L’Union européenne vient d’accomplir un pas décisif sur la voie de l’État unique en transférant les politiques budgétaires et fiscales du niveau national au niveau fédéral.

Une décision prise en catimini

Le fait qu’une des décisions les plus controversées de l’histoire européenne moderne ait été prise dans une telle discrétion et presque sans débat n’est que la marque du style hiérarchique adopté par les élites politiques européennes.

En dépit de tous ses défauts, la version européenne et élitiste de la démocratie représentative pourrait rester dans l’histoire comme une méthode bien plus efficace que les modèles américain et britannique, plus populistes, lorsqu’il s’agit de gérer les délicats compromis exigés par la nouvelle donne géopolitique mondiale.

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Les britanniques victimes de la mode

Par Paul Krugman

Au printemps 2010, la rigueur fiscale est devenue une mode. J’utilise le terme en connaissance de cause : le soudain consensus des Gens Très Sérieux autour du fait que tout le monde devait équilibrer les budgets là maintenant tout de suite n’était basé sur aucune espèce d’analyse sérieuse.

C’était plutôt une lubie, un truc que tout le monde prétendait croire parce que c’était ce que disaient les gens en vue.

Et c’est une mode qui est en train de passer ces derniers temps, à mesure que s’accumulent les preuves que les leçons du passé restent pertinentes, que chercher à équilibrer les budgets dans un contexte de chômage important et d’inflation en recul reste une idée vraiment mauvaise. Plus particulièrement, on a montré que la fée de la confiance n’était qu’un mythe.

L’idée que la réduction des déficits ferait en fait baisser le chômage car elle rassure les consommateurs et les entreprises est très répandue ; mais de nombreuses études historiques, dont l’une du Fonds monétaire international, ont montré que cette affirmation n’avait aucun ancrage dans la réalité.

Aucun engouement de masse ne passe, néanmoins, sans laisser quelques victimes dans son sillage. Dans le cas présent, les victimes sont la population britannique, qui a la malchance d’être gouvernée par un gouvernement qui a pris ses fonctions au plus fort de l’engouement pour la rigueur, et qui ne veut pas admettre qu’il avait tort.

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Les coupes bugétaires pourraient coûter près d’un million d’emplois en Grande-Bretagne

Une semaine avant que le gouvernement britannique présente le détail des coupes budgétaires draconiennes, une étude analyse leur impact sur l’emploi.

David Cameron et Margaret Thatcher

Près d’un million de personnes, dont la moitié dans le secteur privé, pourraient perdre leur emploi à la suite du programme de coupes budgétaires prévu par le gouvernement britannique, selon une étude d’un cabinet privé publiée mercredi à Londres.

Les entreprises privées de secteurs comme la défense et le bâtiment, très dépendants de commandes publiques, seraient les plus touchées, selon cette étude de PricewaterhouseCoopers (PwC), diffusée une semaine avant que le gouvernement ne donne le détail de coupes budgétaires draconiennes.

Dans les 3,4% des emplois publics et privés du pays pourraient être affectés par ces coupes budgétaires, soit environ 943.000 emplois, estime PwC.

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En Europe, la rigueur frappera les aides sociales et la fonction publique

Les caisses de l’État sonnant vide presque partout en Europe, le déficit public est devenu la cible de tous les budgets présentés ces dernières semaines devant les Assemblées des États-membres. Les mesures tournent autour de trois grands axes : réduction des aides sociales, coupes dans la fonction publique et recours à l’arme fiscale.

* Une réduction généralisée des aides sociales

Sans surprise, c’est au Royaume-Uni que les coupes sont les plus franches : le budget de l’assurance sociale y atteint 194 milliards de livres (222 milliards d’euros), de quoi en faire une cible privilégiée du plan d’austérité présenté par la coalition au pouvoir.

Au risque de susciter de vives polémiques, le chancelier de l’échiquier, George Osborne, a annoncé lundi 4 octobre que les aides sociales seront désormais plafonnées et ne pourront plus dépasser le revenu moyen britannique, soit environ 500 livres par semaine (580 euros). M. Osborne a également sonné le glas des allocations familiales “pour tous” : les ménages les plus aisés ne pourront plus y prétendre. 1,2 million de familles britanniques seraient concernées, pour une économie d’environ un milliard de livres.

Les allocations logement seront également révisées à la baisse, ce qui pourrait entraîner, selon les détracteurs du projet, un exode massif des familles vers les banlieues, les centres-villes, qui comptent parmi les plus chers d’Europe, étant devenus inabordables pour les familles de la classe moyenne.

Présentée comme une réforme “juste” par le premier ministre, David Cameron, cette mesure est très critiquée par l’opposition, mais aussi dans les rangs du Parti conservateur.

Au Portugal, le projet de budget pour l’année 2011 prévoit une baisse du montant du revenu minimum d’insertion ainsi que la suppression des allocations familiales pour les revenus les plus élevés. Déjà très affectée par une réforme du travail controversée, qui facilite les licenciements économiques et diminue les indemnités, l’Espagne a dû de son côté mettre fin à un certain nombre de prestations sociales, tel le “chèque bébé” et l’aide aux chômeurs de longue durée.

* La fonction publique au régime sec

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La Grande-Bretagne doit s’attendre à des années de souffrance

Le premier ministre britannique David Cameron a prévenu dimanche que son pays allait connaître des années de “souffrance” pour permettre de réduire le déficit public et le poids “énorme” de la dette. “La qualité d’un véritable homme d’État est de prendre la bonne décision en expliquant aux gens l’objectif derrière la souffrance”, a déclaré M. Cameron dans un entretien au Sunday Times.

“Une dette énorme doit être gérée. Croiser les doigts, en attendant la croissance et en espérant qu’elle disparaisse, n’est simplement pas une réponse”, a-t-il dit, affirmant: “Le pays est à découvert”. “L’intérêt sur ce découvert engloutit ce que la nation aurait dû dépenser pour acheter des choses. Nous devons avoir les gens de notre côté pendant ce voyage difficile”, a poursuivi M. Cameron.

Selon l’Office des statistiques nationales (ONS), le déficit public a atteint 156,1 milliards de livres en 2009/2010 (11,1% du PIB), un niveau record. Le gouvernement de coalition entre le parti conservateur de M. Cameron et le parti libéral démocrate de son vice-premier ministre Nick Clegg, issu des urnes début mai, a fait de la réduction du déficit public une priorité.

Révision à la baisse de la croissance du PIB

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LEAP : la dislocation géopolitique mondiale accélère son rythme

Communiqué public du Laboratoire Européen d’Anticipation Politique (LEAP), 15 mai 2010

Comme anticipé par le LEAP – Europe 2020 en décembre 2009 et février 2010, le printemps 2010 marque bien un point d’inflexion de la crise systémique globale, caractérisé par son aggravation brutale du fait de l’ampleur insoutenable des déficits publics (voir novembre 2009) et de l’inexistence de la reprise tant annoncée (voir septembre 2009).

Les dramatiques conséquences sociales et politiques de ces évolutions reflètent par ailleurs bien le début du processus de dislocation géopolitique mondiale, comme anticipé en février 2009.

Enfin, les récentes décisions prises par les dirigeants de la zone Euro confirment les anticipations du LEAP, inverses du discours dominant de ces derniers mois, sur le fait que non seulement l’Euro n’«exploserait pas» à cause du problème grec, mais qu’au contraire la zone Euro sortirait renforcée de cette étape de la crise (1).

On peut même estimer que depuis la décision de la zone Euro, sorte de « coup d’Etat de l’Eurozone » soutenu par la Suède et la Pologne, de créer ce vaste dispositif de protection des intérêts de 26 Etats membres de l’UE (2), la donne géopolitique en Europe a radicalement changé. Parce qu’elle va à l’encontre des préjugés qui façonnent leur vision du monde, il va bien entendu falloir quelques mois à la plupart des médias et opérateurs, pour se rendre compte que, derrière l’apparence d’une décision budgétaro-financière purement européenne, il s’agit d’une rupture géopolitique à l’impact mondial.

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