L’origine de la crise n’est pas bancaire, elle est énergétique

La rareté croissante du pétrole est sous-estimée. Or le déclin des gisements agit comme un monstre invisible sur l’activité économique. Deux chercheurs néerlandais affirment d’ailleurs qu’il est la cause de la crise actuelle.

On le répète depuis cinq ans : les banques sont responsables de la crise économique et financière. Et si c’était faux ? Les banques casinos peuvent-elles expliquer, à elles seules, la chute de la croissance et la crise de la dette souveraine ? Et si ce n’était que l’arbre qui cache la forêt ? Si le diagnostic était tout simplement erroné depuis le début ?

Spécialistes des marchés pétroliers, Oskar Slingerland et Maarten Van Mourik rappellent que lorsque Lehman Brothers s’est cassé la figure, entraînant d’autres banques dans sa chute, le prix du pétrole atteignait des niveaux historiques à 100, puis 120 et 130 dollars le baril de Brent, avec un pic de 147 dollars, à la mi-2008. « Le monde connaissait la pire crise financière depuis 1930 et le pétrole était plus cher que jamais. Il ne peut y avoir de coïncidence entre deux faits aussi majeurs », soutient Slingerland.

Dans un essai aussi iconoclaste qu’interpellant (1), le duo Néerlandais fait remarquer que, depuis 2008, les prix pétroliers se sont maintenus à un niveau élevé, au-dessus de 100 dollars. Selon eux, il faut y voir une cause structurelle. Le maximum de capacité de production est atteint. Les gisements sont de plus en plus difficiles à exploiter et donc plus coûteux. Les nouveaux projets de forage en eaux profondes ne sont rentables qu’à partir de 75 dollars le baril. Pour le pétrole de schiste, c’est davantage encore. Quant aux pays de l’OPEP, tétanisés par les Printemps arabes, ils n’ont pas intérêt à voir leur budget diminuer au risque de s’exposer à des troubles sociaux.

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La fin de la croissance

L’idée attaque une prémisse au coeur de notre pensée économique. Certains prêtres de cette pensée osent pourtant l’envisager très sérieusement.

On pourrait mettre toute cette histoire sur le compte de la déprime collective qui frappe les économies développées depuis leur spectaculaire dégringolade que l’on sait. Y voir des idées noires qui seront rapidement dissipées aussitôt qu’une vraie reprise se fera enfin sentir. Mais les arguments mis de l’avant et leurs conséquences sur notre future qualité de vie sont suffisamment sérieux pour qu’on y prête attention.

Ce que nous disent ces économistes et ces historiens, c’est que ceux qui attendent que le Congrès américain trouve une façon de passer son mur budgétaire ou que la crise de la zone euro soit réglée pour que les pays développés retrouvent enfin le rythme de croissance économique qu’ils ont connu depuis presque un siècle risquent d’être déçus.

L’un des derniers en date à se pencher sérieusement sur cette question de « la fin de la croissance » est Robert Gordon. Dans un article remarqué publié à la fin de l’été sous l’égide du National Bureau of Economic Research américain, l’économiste de l’Université Northwestern commence par rappeler qu’il avait fallu cinq siècles pour que le niveau de vie double, dans les pays occidentaux les plus avancés, des années 1300 et 1800. Ce rythme a commencé ensuite à s’accélérer, ce niveau de vie doublant une nouvelle fois durant le siècle suivant, puis doublant à nouveau en l’espace de seulement 28 ans, entre 1929 et 1957, et doublant encore durant les 31 années qui ont suivi.

Mais cette période faste est terminée, prévient l’expert. Le délai nécessaire pour le prochain doublement sera de nouveau de l’ordre du siècle.

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Jean-Marc Jancovici : Le grand défi énergétique du gouvernement

De quelles marges de manœuvre disposent le nouveau gouvernement français pour passer le cap d’une énergie de plus en plus rare ? Avant d’entrer dans le vif du sujet, Jean-Marc Jancovici a voulu cerner les contours du débat.

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Raréfaction des métaux : demain, le « peak all »

Merci à la rédaction du magazine Science & Vie, qui propose ce mois-ci une enquête sur un sujet essentiel que je me désespérais de trouver le temps de traiter : le déclin des réserves mondiales de métaux (précieux ou pas). Et oui, le pétrole n’est pas la seule matière première que menace le prurit de la société de consommation. Le cuivre, le zinc, l’or et l’uranium figurent parmi  les principaux métaux dont les ressources mondiales semblent en voie d’épuisement.

Le problème est similaire à celui du pic pétrolier. Pire, les deux questions ont toutes les chances de finir tôt ou tard par s’enchevêtrer en un cercle vicieux, vertigineux et inextricable.

Philippe Bihouix et Benoît de Guillebon, auteurs de l’ouvrage français de référence sur la question (Quel futur pour les métaux ?, EDP Sciences, 2010, 39 €), expliquent :

Au cours de l’histoire, l’Homme a eu tendance à d’abord exploiter les minerais les plus concentrés (on a vu que nos ancêtres ont commencé par exploiter les éléments natifs, c’est-à-dire concentrés à 100 %…) Avec moins de découvertes géologiques majeures, la tendance est donc à une baisse de la concentration moyenne des minerais.

A titre d’exemple, la concentration moyenne des minerais de cuivre exploités est ainsi passée de 1,8 % (55 tonnes de minerai pour un tonne de métal) dans les années 1930 à 0,8 % aujourd’hui (125 tonnes de minerai pour une tonne de métal). La concentration des mines d’or en Australie et en Afrique du Sud, deux des principaux pays producteurs, est passée de plus de 20 grammes par tonne de minerai à moins de 5 grammes en l’espace d’un siècle. (…)

Pour la grande majorité des éléments, les réserves se situent entre 30 et 60 ans. (…)

Les problèmes arrivent plus vite que le nombre théorique d’années de réserve, car toute ressource limitée passe par un pic de production : c’est le cas du pétrole. (…) L’or a déjà franchi son pic de production mondiale, mais cela est passé inaperçu du fait de son rôle très spécifique. (…)

Les investissement [en exploration minière] sont passés de 2 à 10 milliards de dollars entre 2002 et 2007 ! Cependant, ces efforts n’ont quasiment pas apporté de gisements nouveaux.

En quoi pic pétrolier et pics des métaux sont-ils liés ?

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Sortie de crise : la croissance n’est pas la solution, mais le problème

Dans son dernier livre, Changer le monde tout un programme, Jean-Marc Jancovici, montre, chiffres à l’appui, que c’est la course à la croissance elle-même qui nous fait tomber dans des crises de plus en plus rapprochées parce qu’elle repose sur des ressources énergétiques qui se raréfient. Pour sortir de cette spirale infernale, il est urgent d’engager un nouveau projet de société tourné vers une économie décarbonée. C’est le défi posé à nos gouvernants.

Jeune Dirigeant : Au commencement de nos sociétés modernes est l’énergie : c’est un des messages forts de votre livre que l’on a parfois tendance à oublier.

Jean-Marc Jancovici : L’énergie est en effet primordiale pour une raison très simple : elle est, par définition en physique, la marque du changement. Il n’y a donc pas de transformation sans énergie. Cette idée peut se décliner de toutes les manières dans notre vie quotidienne. Aucun véhicule n’avance sans énergie, aucune usine ne fonctionne sans énergie, a minima celle des bras et des jambes des ouvriers qui la remplissent, mais qui est désormais devenue négligeable. Car, désormais, l’énergie produite par nos muscles est devenue plusieurs centaines de fois inférieure à l’énergie extracorporelle que nous utilisons (charbon, pétrole, gaz, et le reste).

Ce qui a donné à nos économies occidentales la capacité de produire des « choses » qu’on appellera par la suite du PIB, c’est l’énergie fossile abondante et gratuite, utilisée pour transformer une matière première également gratuite.

Pour faire court, au moment où l’homme arrive sur la planète, il bénéficie gratuitement du résultat de 15 milliards d’années d’évolution depuis le Big Bang.

Il n’y a pas que le soleil et le vent qui sont gratuits, comme aiment à le rappeler les écologistes, il y a aussi le pétrole, le charbon, les minerais, les pierres, les montagnes, le système climatique…

Notre développement économique repose donc sur l’exploitation de ces ressources énergétiques et matérielles gratuites, auxquelles nous ajoutons des bulletins de paye. C’est le cumul des bulletins de paye, des dividendes et des rentes qui fait le prix des objets, et non la constitution de la matière première.

Je pense que c’est criminel de remplacer le nucléaire par du charbon, sachant que les énergies renouvelables seront encore pour longtemps relativement marginales. Choisir le charbon, c’est augmenter le nombre de morts à très bref délai : il y a cinq à dix mille morts par an dans les mines, ce que ne provoque pas le nucléaire civil. C’est augmenter à court terme la pollution locale et à long terme accélérer le changement climatique, c’est-à-dire la perte de terres agricoles dans les deltas, la souffrance alimentaire, les épidémies, les risques de guerre…, des conséquences pour moi bien pires que d’évacuer quelques dizaines de milliers de personnes des alentours d’une centrale nucléaire une fois tous les vingt ans.

Lire l’intégralité de l’interview sur JEUNE DIRIGEANT.fr

Alain Grandjean “craint une crise énergétique grave”

Alain Grandjean est membre de la commission scientifique de la Fondation Nicolas Hulot. Pour lui le monde est déjà entré dans une phase de plafonnement de la production pétrolière d’où le risque d’un emballement des prix lorsque la reprise économique se concrétisera.

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