L’Allemagne a économisé 100 milliards d’euros grâce à la Grèce (IWH)

Berlin, qui a adopté une ligne dure vis-à-vis d’Athènes, a fortement profité de la crise économique et financière en Grèce, révèle un institut d’études économiques allemand.

Selon des calculs de l’Institut Leibnitz de recherche économique (IWH), l’Allemagne a pu réaliser des économies budgétaires de quelque 100 milliards d’euros depuis le début de la crise grecque en 2010, soit plus de 3% du Produit intérieur brut (PIB).

“Ces économies dépassent le coût engendré par la crise et ce même si la Grèce ne remboursait pas entièrement sa dette”, écrivent les économistes. “L’Allemagne a donc dans tous les cas profité de la crise en Grèce”, poursuivent-ils.

Les experts ont effectué des simulations en partant du constat que les investisseurs confrontés à une crise économique effectuent le plus possible des placements sûrs. “Durant la crise européenne de la dette, l’Allemagne a profité de cet effet de manière disproportionnée”, selon eux.
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En Grèce, les seniors face au « choc » de la crise : « C’est comme une guerre »

On les voit plus rarement sur la place Syntagma exprimer leurs inquiétudes. Une partie des retraités grecs, silencieux, dissimulent toutefois une colère sourde. Les seniors ont vécu le déclassement de leur pays comme une situation brutale et inédite. Ils observent, amers, les nouvelles générations frappées par le chômage et la désillusion.

Les dernières semaines ont été un « choc » pour Charalambos Tsavimos. L’homme de 60 ans a observé avec angoisse les files d’attente devant les distributeurs de billets. « En 1974, après la dictature, les banques avaient fermé, se souvient-il, mais c’était quelques jours seulement ». Charalambos connaît bien le système bancaire grec. De ses 18 à 56 ans, il a travaillé au sein d’Ethniki Bank. Chaque jour depuis le 28 juin, ce retraité retire ses 60 euros. « Ou plus souvent cinquante, car maintenant, beaucoup de distributeurs manquent de billets de dix ». L’argent sert, « pour acheter des médicaments pour ma mère de 89 ans, aider ses enfants, acheter de la nourriture ». Il parle d’un ton las et ferme longuement ses paupières.

Tout calculer, chaque jour

Sur le papier, Charalambos a un profil aisé. Sa pension de retraite est « confortable » : 1 800 euros par mois. Avant 2012, elle s’élevait à 2 500 euros. Mais chaque mois, il opère un contrôle méticuleux des dépenses. « Nous vivons à cinq sur cette pension », explique-t-il. Sa femme ne touche plus de retraite. Deux de ses enfants de 22 et 25 ans vivent à son domicile, dans le quartier de Patissia, au nord d’Athènes. L’un est étudiant, l’autre ne travaille pas. Un autre de ses enfants, diplômé, est parti vivre avec sa copine, il est au chômage. Le père essaye de les aider, environ 200 euros par mois. Seul un de ses enfants travaille : il s’est exilé à Londres.
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Les banques revoient leurs modèles, et la facture sociale est lourde

Le secteur bancaire mondial a vécu de nombreuses crises économiques et financières, depuis le krach de 1929. Mais a-t-il connu pareille restructuration que celle engagée depuis 2012, après la crise financière des subprimes (crédits immobiliers à risques américains) et celle de l’euro ?

De part et d’autre de l’Atlantique, l’actualité est rythmée, depuis plusieurs semaines, par des vagues de suppressions d’emplois, notamment dans les grandes banques européennes. En 2014, ce sont les licenciements à Wall Street qui avaient fait la Une.

S’il est trop tôt pour un bilan, les réductions d’effectifs dévoilées par HSBC, mardi 9 juin (25.000 emplois supprimés d’ici à 2017, auxquels devraient s’ajouter 25.000 autres déjà annoncés, liés à la vente de filiales au Brésil et en Turquie), et celles escomptées à la Deutsche Bank, qui promet un plan d’économies de 4,7 milliards d’euros, viennent alourdir une addition déjà spectaculaire.

Ensemble, selon des données compilées par l’agence Reuters, les plus grandes banques d’Europe et des États-Unis (18 européennes et 6 Américaines) ont supprimé 59.000 emplois en 2014 : 21.500 emplois pour les premières et 37.500 pour les secondes. Si l’on y ajoute les coupes claires de 2013, le chiffre grimpe à 160.000… Ce qui représente, pour marquer les esprits, l’équivalent, en France, de la population de la ville d’Annecy.
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Méridien Zéro : « La Grèce… et puis après ? » (Audio)

Le vendredi 27 février 2015, consacre son rendez-vous hebdomadaire à la situation économique européenne, par le prisme de la Grèce. Ce sera l’occasion avec nos invités, Michel Drac et Pierre Stadere, d’élargir le point de vue à la finance mondiale, aux questions monétaires et à la “crise” comme moyen de gouvernement.

A la barre Wilsdorf et JLR, à la technique JLR.

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NB : l’émission a été préenregistrée dans une pièce très sonore, d’où une certaine résonance acoustique. Vous voudrez bien nous en excuser.

La crise de l’euro a rapporté plusieurs milliards à L’Allemagne et à la Belgique

Des chiffres fournis par le ministère des Finances allemand indiquent qu’entre 2010 et 2014, l’Allemagne aura économisé près de 41 milliards d’euros grâce à la crise de l’euro, rapporte Der Spiegel.

Cette économie s’explique par l’engouement des marchés financiers pour les obligations souveraines allemandes, considérées comme des produits refuge compte tenu de la santé financière du pays.

Cet engouement a permis de réduire le taux d’intérêts servi par le pays sur les nouvelles émissions d’obligations allemandes, qui a baissé en moyenne de 1% au cours de cette période. L’économie d’intérêts résultante s’est montée à exactement 40,9 milliards d’euros par rapport aux intérêts qui avaient été budgétisés.

Ces économies d’intérêt, combinées à l’augmentation des recettes fiscales liées à la relative bonne santé économique du pays, ont également conduit à une baisse des besoins de financement de l’Allemagne. Entre 2010 et 2012, le gouvernement allemand a ainsi emprunté 73 milliards d’euros de moins que prévu.

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Portugal : Quitter l’euro pour sortir de la crise

“Tôt ou tard, le Portugal sera confronté à sa sortie de l’euro. C’est inévitable!”, affirme un économiste portugais dans un livre à succès qui répond de manière iconoclaste aux craintes de ses compatriotes que leur pays, sous assistance financière, ne puisse jamais sortir de la crise.

Joao Ferreira do Amaral en est persuadé : pour sortir de la crise il suffit de sortir de l’euro comme il l’expose dans “Pourquoi devons nous quitter l’euro” (Porque devemos sair do Euro), paru en avril et qui, vendu en un mois à 8.000 exemplaires, figure parmi les meilleures ventes au Portugal.

“Cette sortie devra se faire quand la zone euro sera stabilisée, dans deux ou trois ans” et de “manière ordonnée”, a-t-il expliqué dans un entretien à l’Afp.

Le retour à l’escudo, la monnaie nationale, doit être annoncée, selon lui, en concertation “avec les gouvernements européens, Bruxelles et la Banque centrale européenne qui continuerait dans un premier temps à financer les banques portugaises”.

Au Portugal, la notoriété de Joao Ferreira do Amaral est déjà ancienne. Elle remonte aux années 90 quand l’économiste, ex-conseiller du président socialiste Mario Soares, s’était opposé à l’entrée du pays dans la zone euro, réalisée début 1999 après son intégration à l’UE en 1986.

“Je voyais déjà que l’économie portugaise serait inévitablement affectée par l’adhésion à cette monnaie”, assure cet ancien professeur d’économie de 65 ans, aujourd’hui à la retraite, après avoir enseigné dans plusieurs universités portugaises.
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Zone Euro : Que réserve l’année 2013 ?

par Jaques Sapir

La zone Euro a connu d’intenses bouleversements durant l’année 2012. Les attaques spéculatives se sont multipliées durant une partie de l’année, tandis que les fondamentaux économiques  continuaient de se dégrader.

Et pourtant, un sentiment de soulagement était perceptible chez les dirigeants politiques dès le début du mois de novembre. Le Président Français, M. François Hollande, pouvait affirmer que, selon lui, la crise de l’Euro touchait à sa fin. C’est donc à une situation plus que paradoxale que l’on est confrontée en cette fin d’année 2012. En effet, si les déclarations des uns et des autre se veulent rassurantes, en réalité la zone Euro est actuellement en récession, et devrait le rester en 2013 pour le moins.

Face à la situation désastreuse de la fin du premier semestre 2012, trois changements majeurs ont été annoncés. Le premier fut l’annonce par Mario Draghi, le Président de la Banque Centrale Européenne de défendre « à tout prix » l’Euro. Dans la foulée, la BCE annonçait sa disponibilité à racheter des dettes souveraines des pays en difficultés.

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Portugal : un million de révoltés dans la rue contre la Troïka et le gouvernement

Les médias internationaux ont fait l’impasse sur l’énorme mobilisation populaire qui a secoué la vie politique du Portugal le samedi 15 septembre 2012 : un million de manifestants (10% de la population) dans tout le pays dont au moins 500 000 dans la capitale. La plus grande manifestation depuis le 1er mai 1974 après la chute de la dictature de Salazar.

La résignation, caractéristique du peuple portugais ?

Au cours des dernières années, mises à part certaines manifestations minoritaires d’organisations et mouvements sociaux, la population portugaise a supporté avec soumission les mesures d’austérité.

Cette résignation n’est pas le produit d’une caractéristique “nationale” ou culturelle pas plus qu’elle ne résulte de la stupidité congénitale. Non, elle provient de décennies de campagnes massives de propagande qui ont conduit les travailleurs portugais, en dépit de toute évidence, à accorder du crédit aux histoires les plus terribles. A force de campagnes destinées à faire croire à la population qu’elle est la responsable du déficit de l’Etat ou de l’endettement public et que son sauvetage dépend de celui des banques et des spéculateurs financiers, qu’il n’y a pas d’argent pour payer les services ou les fonctionnaires publics, elle a pour cette raison accepté l’intervention de la Troïka.

Cette crédulité intervient dans un pays où le salaire minimum net mensuel est depuis ces dernières années inférieur à 400 euros (ce chiffre doit être comparé avec celui de l’Espagne, de la Grèce et d’autres pays européens) ce qui donne lieu à deux conclusions.

1) Il est plus facile de dominer un peuple habitué à la misère pendant des générations.

2) Au cours des 30 dernières années, le capital et les partis qui ont alterné au gouvernement (PS, PSD et CDS-PP) ont concentré la majeure partie de leurs forces et de leurs ressources à l’engagement des conseiller en communication et au contrôle absolu des médias.

Toute résignation a une limite

Cependant, le mécontentement et la révolte de certains secteurs s’est faite sentir de temps à autre. Depuis le 12 mars 2011, on a assisté à deux grèves générales et plusieurs grandes manifestations. Le 15 septembre dernier, on a vu des manifestations massives de gens en colère. On estime qu’elles ont réuni plus d’un million de personnes dans tout le pays.

Les mots d’ordre de l’appel à la manifestation résumaient de façon exemplaire tous les motifs de révolte en cours : “Que la Troïka dégage” “Nous voulons récupérer le contrôle sur nos vies” ; “Il faut faire quelque chose d’extraordinaire”. Tout est sous-entendu dans ces trois phrases : l’urgence de faire tomber le gouvernement, de mettre fin à la politique d’austérité, de renouer avec les fonctions sociales de l’Etat, de suspendre le paiement d’une dette illégitime qui bénéficie au capital et spolie les travailleurs.

La veille de la manifestation, plusieurs représentants des forces de l’ordre et des sergents des forces armées ont transmis un message clair : le peuple portugais a de bonnes raisons de se révolter contre cet état de choses et les dirigeants politiques ne pourront pas compter sur eux pour réprimer le peuple qu’ils jurent de défendre.

Que peut signifier un million de personnes dans le contexte actuel ?

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Banques : L’effroyable risque systémique dissimulé dans les bilans

Seconde partie (la première est ici) de notre série consacrée aux raisons de la crise et aux réformes nécessaires au pays, mais aussi à l’Europe, pour y faire face.

Pour comprendre la crise financière de 2008, il faut partir de cette prérogative donnée à la finance de créer de la monnaie à partir de rien – quasiment sans encadrement réel des pouvoirs publics avec abandon progressif des réglementations mises en place et la possibilité, en outre, de diluer le risque financier dans le marché, de le faire donc porter à la société (voir cette précédente série d’articles). (…)

Si on ne veut pas s’attaquer à la titrisation et aux produits dérivés, en demandant par exemple qu’au moins 50% des prêts restent sous la responsabilité des banques et en limitant les produits dérivés aux professionnels qui en ont besoin pour des raisons de sécurité, nous tomberons de crise financière en crise financière. Et la ponction de la finance sur l’économie réelle et sur la société sera de plus en plus insupportable : si bien qu’elle pourrait conduire à une révolte totale de la société. Qui le dit ? Où sont les responsables politiques qui abordent cette question en expliquant la situation ?

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Jeunes et fébriles : les nouveaux maîtres de l’Europe

D’un clic, les jeunes traders de la City peuvent faire tomber des gouvernements ou menacer la survie de l’euro. Mais, de leur propre aveu, ils ont du mal à interpréter les signaux confus en provenance des dirigeants européens et jouent la prudence, dans un cercle vicieux qui alimente la crise de la dette.

James Konrad, un jeune homme de 27 ans appliqué et bien élevé, a un temps gagné sa vie dans une société de paris sportifs, à mesurer l’influence d’une piste boueuse sur le galop des chevaux de course. Mais aujourd’hui, c’est sur les sables mouvants de la politique européenne qu’il parie.

Chaque jour, James Konrad peut négocier jusqu’à trois milliards de livres [3,8 milliards d'euros] d’obligations de la zone euro pour le compte de la Royal Bank of Scotland. En sport comme en finance, les paris sont incertains, mais la différence tient aux sommes largement supérieures qu’il manipule aujourd’hui – et qui semblent le stupéfier lui-même. “Comment faire comprendre à quelqu’un qu’on a réalisé des transactions à hauteur d’un milliard ? s’interroge James Konrad. Un milliard… On se perd facilement dans les zéros.”

Le marché des obligations s’est imposé comme un acteur formidable de la crise économique européenne, incarnant ce remarquable transfert de pouvoir qui s’est opéré au détriment des politiques et au profit des investisseurs et d’une cohorte relativement obscure de banquiers. Par le verdict qu’ils rendent collectivement tous les jours, ils ont le pouvoir de renverser des gouvernements et ont droit de vie et de mort sur l’euro.

Parole d’évangile

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Réponse à Marc Rousset : l’Europe meurt, et c’est tout

Par Michel Drac

L’Europe se dirige à terme vers une union carolingienne, nous dit monsieur Marc Rousset. Personnellement, je ne demande qu’à le croire. Autant l’empire thalassocratique anglo-saxon me répugne, autant le Saint Empire me convient. Je l’avoue : ce qui m’intéresse dans la France, c’est qu’elle fut la matrice de l’Europe. En réalité, quand je défends la France, je défends cette matrice. Le but, c’est de sauver l’Europe, c’est-à-dire l’idéalisme philosophique incarné dans le politique. Je l’ai écrit dans un petit bouquin commis il y a quelques années (Céfran). Je ne renie rien de ce que j’ai écrit. MAIS…

Mais le « petit » problème dans le propos de monsieur Rousset, c’est tout simplement que l’Europe ne prend pas du tout cette direction-là.

A vrai dire, l’Europe ne prend aucune direction.

Et la responsabilité de cet état de fait incombe principalement à l’actuel gouvernement allemand.

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Huit bonnes raisons de rejeter le Pacte budgétaire

« Le poids de la dette est devenu écrasant. L’État verse ainsi près de 50 milliards d’euros par an à ses créanciers. Cette somme représente la première dépense, juste devant le budget de l’Éducation nationale ; elle est supérieure aux budgets de la recherche, de la justice et de la sécurité réunis. C’est inacceptable ! La dette, c’est moins d’écoles, moins de crèches, moins d’hôpitaux, moins de transports publics… [1] » Jean-Marc Ayrault évoquait en ces termes la question de la dette publique dans son discours de politique générale.

Un constat est sans appel ; pourtant le Premier ministre ne répond pas à des questions essentielles : d’où vient cette dette ? Comment éviter l’austérité, et la destruction de l’Etat social ? Au contraire, il prend ce « poids écrasant » comme une donnée indiscutable. Pour y remédier, il reprend l’objectif affiché par François Hollande, une réduction à marche forcée du déficit public, visant 3% du PIB dès 2013 et le déficit « zéro » en 2017. Ce n’est pas un hasard : le déficit « zéro » est l’objectif n°1 du Pacte budgétaire, le nouveau traité européen négocié par Sarkozy et Merkel pour imposer l’austérité en Europe. (…)

Revenons tout d’abord sur le contenu du Pacte budgétaire. Grosso modo, le Pacte parachève le mécanisme de tutelle économique des Etats, la « gouvernance économique » européenne : les choix budgétaires discutés dans les Parlements nationaux seront contrôlés en amont, et possiblement sanctionnés par des instances d’« experts » non élus. Les Etats devront chaque année atteindre des objectifs, au risque d’encourir des pénalités quasi-automatiques, d’un montant considérable. Enfin, ils devront se soumettre à la fameuse « règle d’or ».

La règle d’or stipule que l’Etat ne doit pas dépenser plus que ce qu’il ne gagne. Plus précisément : le déficit entre les dépenses et les recettes de l’Etat ne doit pas dépasser 0,5% du PIB, hors fluctuations exceptionnelles. Elle incarne la vision de la BCE, le FMI, la Commission européenne, selon laquelle le déficit public et l’incurie des Etats seraient à la source de la crise de la dette. D’années en années, les Etats auraient vécu « au-dessus de leurs moyens » et emprunté pour dépenser plus, en faisant payer moins d’impôts. Il n’y aurait donc pas le choix : il faudrait d’urgence fermer le robinet de la dette et réduire les déficits.

Pour cela, au moins deux options sont sur la table : augmenter les recettes, ou réduire les dépenses. Mais en fait, c’est surtout la deuxième qui est mise en avant par les institutions et dans les textes européens, et bien sûr, dans le Pacte budgétaire.

1 – L’Etat social découpé à la hache

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EuroCrise : la BCE, elle fait quoi si c’est systémique ?

Vous entendez parler très souvent depuis quelques temps de la BCE. Peut-être bien des « prêteurs en dernier recours » pour les Etats ? De la Troïka. De la crise bancaire, mais aussi financière, économique, de l’euro, whaouuuuu : ça fait beaucoup non ? Allez, pour bien débuter le mois d’août et en rajouter quelques couches, une petite balade vers la suite de la longue agonie de l’euro, et peut-être un peu plus. Mais tout ça dans la bonne humeur et la pédagagogie. Parce que tout arrive à se comprendre, même le plus improbable ou le plus absurde, comme vous allez le constater. Enfin espérons-le, parce que le terrain est un peu miné, il faut bien le dire.

(…) L’objectif de cet article n’est pas d’entrer dans la technique économique pure, mais de bien observer une chose qui est en train de survenir : l’économie est grippée. Très grippée. L’argent (en euros surtout) fuit (dans les paradis fiscaux, pour beaucoup). La spéculation sur les pays les plus fragiles (Italie, Grèce, Espagne, Portugal) fait rage, les poussant à stopper leurs dépenses puisqu’elles empruntent de plus en plus cher et que l’Union Européenne les force à revenir à une dette plus basse, en réalité un déficit plus bas, mais les deux sont reliés. La confiance (économique) est nulle. Et surtout : une crise systémique est peut-être en cours. Que personne ne veut annoncer. Et la crise systémique, on peut vous le certifier à Reflets, comme chez de nombreux spécialistes du domaine, c’est la hantise capitaliste par excellence.

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Mortifère récidive

Il ne saurait y avoir plus mauvais présage. Il y a tout juste un an, la crise de l’euro frappait durement. Elle aura duré plus de six mois pleins pendant lesquels les marchés ont été meurtriers, exigeant des dirigeants européens un compromis, un de plus, accouché au forceps, l’épée dans les reins. Le pacte budgétaire de fin juin a sonné comme une délivrance. Hélas, très vite métamorphosée en déception. Au début de l’été, la hantise d’une récidive semblait écartée par les gouvernants et marchés. Quelques semaines plus tard, l’incendie fait rage. Le foyer d’Espagne surtout, où les taux d’intérêt dépassent allègrement les 7 % et qui place toute l’Europe du Sud en état d’incandescence.

(…) A quoi peut bien servir le filet de protection négocié à Bruxelles pour l’Espagne et l’Italie ?

L’acte 3 de la dramatique a débuté

L’enlisement ibérique tient lieu de réponse. L’affolement gagne. L’Europe partage la même monnaie mais l’Europe de la dette est scindée en deux par des marchés qui n’hésitent plus à étrangler le Sud, avec toutes les conséquences que cela suppose. L’acte 3 de la dramatique a débuté. La chute de la monnaie unique en est le symptôme le plus inquiétant : les marchés vendent l’euro, ce qu’ils avaient jusqu’ici répugné à faire. Ils cherchent refuge dans des titres d’Etat hors zone euro, ce qui veut tout dire. Les difficultés financières des régions de Valence, Murcie, Catalogne, ont tout précipité. En début de semaine, le gouvernement central s’obstinait à refuser un sauvetage global, comptant sur le secours d’une BCE qui faisait mine de ne pas entendre. Des taux de 7,5 % à 10 ans sont évidemment insupportables pour un Etat qui, pour sa part, estime avoir pris toutes les mesures d’austérité budgétaire possibles mais qui se trouve pris au piège d’une récession durable.

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Du sauvetage des banques au naufrage des Etats : silence des financiers et hypocrisie de l’Europe.

Le sommet européen du 29 juin a permis de financer les Etats qui se réforment et recapitaliser les banques à un taux mutualisé via le Mécanisme Européen de Solidarité. Ce dernier est financé par les Etats et les marchés financiers. L’Europe serait solidaire pour “les bons élèves”.

Tout semble parfait dans le discours, mais l’hypocrisie est de tenir un discours qu’on ne veut pas mettre en acte. L’Europe joue la montre : “We’re not dealing with the present crisis”, a dit Barnier. “This is for the future.” Insidieusement, la Directive Européenne annonce que l’argent des oligarques n’a pas le même poids que celui du mouton contribuable : “En même temps, les mesures de résolution pourraient empiéter sur les droits fondamentaux des actionnaires et des créanciers. Elles ne seraient donc appliquées que dans des cas exceptionnels, et dans l’intérêt général”. Il n’est pas même envisagé un droit fondamental du contribuable, encore moins du citoyen !

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Vers un monde sans Union Européenne?

par Alexandre Latsa

Les espagnols auront entendu au moins une bonne nouvelle durant cette année 2012: ils ont bien la meilleure équipe de football d’Europe. Mais une sombre coïncidence se confirme: les derniers vainqueurs de l’euro de la décennie sont dans une situation proche de la faillite économique, Grèce (2004) et Espagne (2008 et 2012).

La crise vient d’outre atlantique, c’est une crise de tout le système occidental, et l’Europe paye aujourd’hui très cher les conséquences en chaine de la crise des sub-primes américaines. Le monde a changé à une vitesse fulgurante. L’opposition des idéologies communiste et libérale/occidentale avait au moins le mérite de structurer la planète. Lors de la victoire de l’idéologie libérale, une idée nouvelle est apparue : Un accord planétaire, autour d’un modèle économique et politique, idéal et unique, serait peut être possible.

(…)

Où est passé l’optimisme qui régnait en occident au moment de la disparition de l’URSS? Et cette idéologie libérale démocratique mondialiste idéale qui allait enrichir tous les peuples de la planète?

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Olivier Berruyer sur Radio Ici & Maintenant

La Radio Ici et Maintenant (www.icietmaintenant.com) recevait Olivier Berruyer (www.les-crises.fr) le 27 juin dernier.

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(Oui, trois heures vingt-neuf minutes et trente-cinq secondes, vous ne rêvez pas… Après tout, ce sont les vacances ! – L’équipe de Fortune)

La Grèce, cette victime

par Paul Krugman

Depuis que la Grèce a touché le fond, beaucoup de choses circulent à propos de tout ce qui est grec et qui ne va pas bien. Certaines accusations sont vraies, d’autres fausses, mais toutes manquent de pertinence.

Oui, l’économie grecque souffre de gros problèmes, ainsi que son système politique et sans nul doute sa société. Mais ces problèmes ne sont pas la cause de la crise qui déchire aujourd’hui la Grèce et qui menace l’Europe toute entière.

Non, l’origine de ce désastre se situe bien plus au nord, à Bruxelles, Francfort et Berlin, là où les responsables politiques ont créé un système monétaire profondément biaisé – qui sera peut-être fatal – puis qui ont aggravé les problèmes de ce système en substituant des leçons de morale à l’analyse. Et la solution à cette crise, si elle existe, devra venir du même endroit.

A propos de ces échecs grecs : la Grèce connaît, il est vrai, beaucoup de corruption et de fraudes fiscales, et le gouvernement grec a depuis longtemps l’habitude de vivre au-dessus de ses moyens. De plus, la productivité du travail en Grèce est faible selon les normes européennes – environ 25% de moins que la moyenne de l’Union Européenne. Cependant, il est bon de noter que la productivité du travail dans l’état du Mississippi par exemple est aussi faible, selon les normes américaines – avec le même écart.

D’un autre côté, beaucoup des choses que l’on entend à propos de la Grèce ne sont tout simplement pas vraies. Les Grecs ne sont pas paresseux – au contraire, leurs journées de travail sont plus longues que celles de la plupart des autres Européens, et bien plus longues que celles des allemands, pour être précis.

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La France est-elle en train de s’allier à Wall Street et à la City pour isoler l’Allemagne ?

Au XIXème siècle, l’Allemagne avait pris la tête de la Triplice, dont l’objectif était d’isoler la France. Deux siècles plus tard, la France semble vouloir se venger en menant les opposants à l’Allemagne. Et si les socialistes étaient les “idiots utiles” pour faire progresser l’agenda des Anglo-saxons ?

Pour remplir un agenda électoral, la France rejoint le camp des opposants à son alliée, l’Allemagne, et signe un texte étonnant qui prône la productivité à tous crins, c’est à dire les licenciements, les réformes structurelles c’est à dire la flexibilité et la précarité, les changements des lois sur le travail.

Les paragraphes 7 et 8 du communiqué publié à l’issue du G8 sont un modèle de reniement de ce pourquoi les électeurs de gauche ont voté : on met l’accent sur la productivité, les réformes structurelles, la poursuite de l’intégration du marché international, l’ouverture des marchés, le refus du protectionnisme, l’insistance sur le rôle de l’OMC, les dérégulations etc etc

Plus que jamais il faut décoder, déconstruire, revenir aux faits et aux fondamentales.

Pourquoi ? Parce que :

  • La crise grecque est à un tournant
  • L’Espagne a rejoint l’enfer
  • L’offensive, la pression  anglo-saxonne est à son comble
  • La France est à nouveau en période électorale
  • Merkel est aux abois.
  • La droite française est dans les cordes
  • La situation iranienne est instable
  • Les marchés sont fragiles, au bord du précipice.

Commençons par les marchés…

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Zone euro : la fin des illusions

par Jacques Sapir

Où l’on apprend que la crise de la dette rebondit avec les tensions sur les taux d’emprunt de l’Italie et de l’Espagne. Jacques Sapir nous explique pourquoi cela ne fait que commencer et comment il faudrait en sortir.

Au début de cette année, nous nagions dans l’optimisme et – s’il faut en croire notre Président – la crise était « derrière nous ». Les crédits à trois ans de la Banque centrale européenne (LTRO ou Longer Term Refinancing Operations) semblaient avoir calmé la vague de spéculation qui avait failli emporter l’euro au mois de novembre dernier. La BCE avait injecté 489 milliards d’euros en décembre et 530 à la fin du mois de février. Le Mécanisme européen de stabilité (MES), adossé à des plans de rigueur généralisés officialisés dans le Pacte budgétaire européen, était censé nous garantir contre un retour de la crise. Enfin, la question de la Grèce était apparemment réglée par la restructuration de la partie de sa dette détenue par des investisseurs privés.

Toutes ces illusions ont éclaté cette semaine. Les taux espagnols et italiens se sont à nouveau brutalement tendus à la suite de l’échec d’une vente de bons du trésor espagnols. Mercredi matin, les taux à dix ans sur la dette espagnole dépassaient 6%. Des rumeurs, entretenues par des membres de la BCE, les faisaient redescendre mercredi et jeudi à 5,8%. Mais, ce vendredi, ils étaient à nouveau à 5,99%. Les taux italiens à dix ans sont quant à eux à 5,50%, tandis que les taux à trois ans sont montés de plus de 1% cette semaine. Plus inquiétant encore : les primes des CDS, ces « assurances de crédits », montrent une ascension constante depuis deux semaines. L’Espagne a ainsi dépassé son précédent maximum, qui datait de décembre dernier.

 

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Europe : les traders siffleront bientôt la fin de la récré

par Jacques Sapir

Contrairement à ce que prétend le président sortant, la crise est toujours là. Selon l’économiste Jacques Sapir, elle éclatera à nouveau cet été, peut-être même avant. Après avoir diagnostiqué les raisons de ce rebond de la crise des dettes souveraines, Jacques Sapir s’engage et affirme que les principaux candidats n’y sont pas préparés et semblent dans le déni de réalité.

Depuis le début de cette semaine, les opérateurs des marchés financiers signifient à tout le monde que la crise de l’euro est toujours d’actualité. Le mercredi 4 avril, l’Espagne a placé avec beaucoup de difficultés un emprunt d’un peu plus de 2,5 milliards avec des taux qui sont passés de 3,38% à 4,42%. La décote sur le marché secondaire de cet emprunt implique un taux d’intérêt de revente de ces titres à 4,8%. Encore ne s’agit-il que de titres à court terme. Les obligations à dix ans espagnoles, qui étaient tombées au début du mois de mars à 5%, sont aujourd’hui à 5,7%.

En fait, le phénomène de baisse générale des taux que l’on observait depuis début janvier, et qui était le produit de l’injection massive de liquidités par la Banque centrale européenne (BCE) au profit des banques commerciales (489 milliards en décembre 2011 et 529 milliards en mars, à 1% d’intérêt), s’est arrêté. La BCE a accru son bilan de 30% en quatre mois, mais pour un résultat des plus limités. Le mouvement de hausse des taux a repris.

L’Espagne, qui a une dette publique encore relativement réduite (69% en 2011) voit son économie s’effondrer. On y annonce une contraction de -1,7% de la production, mais il ne fait guère de doute que celle-ci soit plutôt comprise entre -2,5% et 3%. Le chômage y atteint 23,6% de la population active au 1er mars 2012. Ceci a provoqué une contraction des recettes budgétaires. Le déficit sera donc, en 2012, très supérieur aux 6% annoncés.

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Les monnaies plurinationales finissent toujours par exploser

Entretien avec François Asselineau président de l’UPR.

…Vous avez raison de préciser « autorisés », puisque ce sont toujours les mêmes prétendus experts qui sont « autorisés » à parler dans les médias. Pendant près de vingt ans, avant et après le traité de Maastricht, ils nous ont expliqué que l’euro serait un miracle économique, porteur de croissance, de protection et de stabilité. Depuis deux ans, ils nous expliquent que la sortie de l’euro signifierait la guerre, l’Apocalypse, ou le fascisme !
N’est-il pas un peu fort que les seuls « autorisés» à plastronner dans les médias sont ceux dont toutes les prévisions antérieures ont été démenties à 100 % par les événements ? Ce que l’on constate aujourd’hui, c’est une inflation rampante, un million d’emplois industriels perdus, le taux de croissance régional le plus bas au monde et des États en faillite les uns après les autres, excusez du peu ! Nous servons à présent de variable d’ajustement des stratégies économiques de la Chine et des États-Unis.

Pourtant, d’autres voix et non des moindres se font entendre : Joseph Stiglitz et Paul Krugman, tous deux prix Nobel d’économie. Le premier a écrit en janvier 2012, faisant un parallèle entre l’étalon-or dans lequel étaient englués les pays développés après la crise de 1929 et l’euro aujourd’hui : « ce sont les premiers pays à l’avoir quitté qui s’en sont sorti le mieux ». Le second que « vu comme le système se comporte, l’Europe se porterait sans doute mieux s’il s’écroulait plutôt aujourd’hui que demain ». En France, Alain Cotta, Jacques Sapir et Emmanuel Todd disent à peu près la même chose. Les contraintes de la réalité sont en train de balayer les affirmations idéologiques de tous ces économistes et décideurs qui refusent de comprendre les enseignements de l’histoire. Car l’histoire monétaire mondiale a montré, depuis l’Antiquité, que toutes les monnaies plurinationales finissent toujours par exploser.

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Un épouvantail nommé Europe

Paradis de l’euthanasie, patrie du socialisme, berceau de la crise de la dette… Dans la campagne pour les primaires républicaines américains, l’Europe apparaît comme le contre-modèle absolu pour effrayer les électeurs américains.

En Europe, on élimine les vieux décrépits, les capitaines sont les premiers à quitter le paquebot en train de couler, l’euro chancelant demeure un foyer d’infection dangereux pour le reste du monde, des Etats-providence pesants et prohibitifs asphyxient le dynamisme économique et les jeunes paient la facture de la crise.

Malgré 65 ans de plus ou moins bons et loyaux services, les anciens alliés européens en prennent plein la figure lors de ces élections primaires américaines : ils font office de tête de Turc sur laquelle les candidats républicains à la présidence prennent plaisir à cogner.

Que les politiciens s’insurgent les uns contre les autres lors des campagnes électorales fait partie du jeu. Rick Santorum n’est pas le premier conservateur qui clame, avec peu de respect pour la réalité, qu’aucun vieillard n’est plus en sécurité aux Pays-Bas depuis la légalisation de l’euthanasie. Mais dans la campagne actuelle, les choses prennent une ampleur inédite. S’y ajoute quelque chose d’encore beaucoup plus pénible pour les Européens : une certaine pitié. Comme si l’Europe n’avait plus aucune importance.

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Le guide du voyageur de la crise de l’euro

Et si la crise de l’euro n’était qu’un test grandeur nature, élaboré par un super-ordinateur gouvernant la planète ? Le comique berlinois Horst Evers applique à la situation actuelle les règles de l’univers parallèle imaginé par l’écrivain Douglas Adams. Et l’Humanité ne sort pas victorieuse de l’épreuve.

Dans Le guide du voyageur galactique, Douglas Adams représente la Terre comme une sorte de super-ordinateur conçu par une intelligence supérieure pour élucider les questionnements éternels de l’univers. Dans le but de déterminer les aptitudes et le degré d’évolution de l’Humanité, cette intelligence supérieure extra-terrestre lui soumet donc sans discontinuer des défis corsés dans le cadre de protocoles expérimentaux complexes.

Si l’hypothèse de Douglas Adams était juste, à savoir que c’est cela la raison d’être profonde de l’existence de l’Homme, notre gestion de la crise de l’euro nous renvoie sans doute dans les profondeurs du classement interplanétaire en matière d’intelligence.

Depuis plusieurs mois maintenant, la zone euro repasse par les mêmes phases de ce programme expérimental, chaque fois plus rapidement et chaque fois plus paniquée.

Sept phases immuables

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De quoi l’Europe souffre-t-elle ?

Lisbonne, Portugal – Ici, tout va très mal puisque le taux de chômage dépasse les 13 pourcent. C’est encore pire en Grèce, en Irlande et d’une certaine façon en Espagne et l’Europe toute entière semble glisser vers une nouvelle récession.

Pourquoi l’Europe est-elle devenue le malade de l’économie mondiale ? Tout le monde connaît la réponse. Malheureusement, la majeure partie de ce que les gens savent n’est pas la vérité - notre discours économique est plein d’histoires fausses quant aux maux dont souffre l’Europe.

Si on lit un éditorial à propos de l’Europe - ou, comme trop souvent, un article censément factuel - on y rencontrera très certainement l’un des deux récits que je me représente comme le récit républicain et le récit allemand. Aucune de ces deux histoires ne colle à la réalité.

Le récit républicain - et c’est l’un des thèmes centraux de la campagne de Mitt Romney - veut que l’Europe ait des problèmes car elle en a trop fait pour aider les pauvres et les moins chanceux, et que nous assistons aux derniers souffles de l’état Providence. D’ailleurs, cette histoire est une histoire révérée par les républicains depuis très longtemps : en 1991, lorsque la Suède souffrait d’une crise bancaire causée par les dérèglements (ça vous rappelle quelque chose ?), le Cato Institute a publié un rapport triomphant démontrant que c’était l’échec du modèle de l’état Providence.

Ai-je mentionné le fait que la Suède, qui possède toujours un état Providence très généreux, est aujourd’hui un pays ultra performant, avec une croissance économique plus rapide qu’aucun autre pays développé ?

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Le noble Nobel et les CDS grecs

Les CDS sur la dette grecque ne vont pas se déclencher. Faut-il y déceler une sorte de complot? Joseph Stiglitz ne se fait pas que des amis…

Joseph Stiglitz n’a pas sa langue en poche. Dans une tribune publiée sur L’Echo du 8 février, le prix Nobel d’économie égratigne la Banque centrale européenne et son manque de transparence.

Dans le dossier grec, Stiglitz estime que la position de l’institution de Francfort a été pour le moins curieuse. Elle s’est ainsi toujours opposée à ce fameux “événement de crédit ”, lié à un défaut de paiement de la Grèce, qui déclencherait les contrats de CDS.

Que n’a-t-on écrit sur ces “credit default swaps ”, ces contrats qui permettent de s’assurer contre un défaut de paiement? Un produit qui a enfoncé des firmes comme AIG et Fortis en pleine tourmente financière en 2008, et qui a ensuite mis à mal des pays, comme la Grèce.

A la base, un CDS peut s’avérer utile. Il permet à un détenteur d’une obligation de se couvrir contre le défaut de paiement de l’émetteur. Comme un “bon père de famille” assure sa maison contre un incendie. Mais quand ce sont majoritairement des non-détenteurs de l’obligation qui se ruent sur les CDS, cela se corse. Il s’agit alors d’acteurs qui s’assurent contre un risque financier qu’ils ne courent pas. Ou comme l’indiquait Peter Praet, “c’est un peu comme si j’achetais une assurance contre le risque d’incendie de la maison d’une tierce personne ”. En d’autres mots, ce serait presqu’une incitation à mettre le feu à la maison du voisin.

Mais revenons à Athènes. Les banques européennes détiennent quelque 40 milliards d’euros de dette grecque. On aurait pu supposer que face au risque de défaut sur leurs obligations, les banquiers, en gestionnaires avisés, achètent une assurance sous forme de CDS.

Dans ce cas, un régulateur qui prend en compte la stabilité financière du système veille en principe à ce que l’assureur paye en cas de perte. Pourtant la BCE veut que les banques ne soient pas dédommagées en cas de perte sur les obligations qu’elles détiennent ”, s’étonne Stiglitz.

Juges et parties?

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L’Europe politique franco-allemande menacée par l’Europe purement économique italiano-britannique

David Cameron et Mario Monti ont envoyé une lettre au président du Conseil Européen Herman Van Rompuy. Cosignée par dix autres dirigeants, cette missive lui demande de contribuer à “restaurer la confiance en la capacité de l’Europe à générer une croissance économique forte et durable”.

L’Union européenne fonctionne déjà dans une configuration polycentrique. La crise de la zone euro a conduit à une démarche d’autonomisation de sa gouvernance fortement conduite par le couple franco-allemand. Cette volonté s’appuie sur un constat : partager la même monnaie n’impose pas les mêmes contraintes que l’appartenance au marché unique.

Le choix de ne retenir que 12 ratifications de la part des Etats de la zone euro, qui en compte 17, pour l’entrée en vigueur du traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance au sein de l’Union économique et monétaire (ci-après TSCG) ne s’explique pas seulement par la volonté d’en accélérer la mise en œuvre. Des dispositions ont prévu le défaut de ratification du mécanisme européen de stabilité par une partie des Etats membres de la zone euro : ce dernier entrera en vigueur lorsqu’il sera ratifié par des signataires dont la souscription initiale représente au moins 90% des souscriptions totales (article 48). Tout est en place pour que l’Union politique, stade ultime de la gouvernance de la zone euro, puisse fonctionner avec une partie seulement des Etats de la zone.

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Moody’s menace le AAA de la France

Addendum vidéo

L’agence d’évaluation financière Moody’s a annoncé lundi 13 février au soir qu’elle envisageait d’abaisser à moyen terme la note de solvabilité maximale (Aaa) qu’elle attribue à la France, à la Grande-Bretagne et à l’Autriche, et a abaissé celle de six autres pays européens. Moody’s a publié un communiqué sanctionnant neuf pays de l’Union européenne susceptibles, selon elle, d’être affectés “par les risques financiers et macroéconomiques grandissants émanant de la crise de la zone euro”.

Un mois jour pour jour après que sa concurrente Standard and Poor’s a privé la France et l’Autriche de leur triple A, l’agence américaine a annoncé qu’elle donnait désormais une perspective “négative” au “Aaa” qu’elle-même attribue à la France, à la Grande-Bretagne et à l’Autriche. L’annonce de Moody’s intervient également au lendemain du vote en Grèce du programme d’austérité exigé par les créanciers du pays, qui devrait aboutir à l’adoption par la zone euro d’un plan de sauvetage d’une ampleur sans précédent dans le monde.

Moody’s a aussi annoncé l’abaissement des perspectives des dispositifs publics de soutien aux banques françaises. “Moody’s a modifié à négative les perspectives de la note AAA attribuée à la SFEF et à la SPPE, conformément à la modification de la perspective de la note de crédit française”, souligne l’agence de notation américaine dans un communiqué. Après la faillite de la banque d’affaires américaine Lehman Brothers en 2008, le gouvernement français avait mobilisé une enveloppe globale de 360 milliards d’euros, dont 320 milliards d’aide à la liquidité via la Société de financement de l’économie française (SFEF) et 40 milliards pour le renforcement des fonds propres via la Société de prises de participation de l’Etat (SPPE).

PARIS ET LONDRES PRENNENT ACTE

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Les Néerlandais ont le blues

Le modèle batave a du plomb dans l’aile. Les Pays-Bas qui pensaient être à l’abri des remous grecs et de la crise bancaire, sont rattrapés par la crise. De sévères baisses de pouvoir d’achat sont annoncées pour 2012. C’est le blues des polders.

Les réductions budgétaires n’en finissent plus : aux 18 milliards annoncés peu après la constitution du gouvernement, en octobre 2010, Jan Kees de Jager, le ministre des finances rajoutait récemment une rigueur d’au moins 5 milliards pour 2012. Et cette semaine, la cerise du gâteau de 2013 vient de tomber : les Néerlandais devront se serrer la ceinture de quelques crans afin de trouver 7 milliards d’économies supplémentaires.

Le Nibud (institut national de prévisions budgétaires) ajoute son grain de sel à cette soupe à la grimace : il annonce de sévères pertes du pouvoir d’achat aux Pays-Bas pour l’année 2012. Le manque à gagner s’étalera de 1,25 à 2,5 % selon les revenus et la situation des familles.

Suppression d’aides sociales

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George Soros : « Les banques sont plus puissantes que jamais »

Atteint par des rumeurs de complot contre l’euro, l’homme d’affaires antilibéral retourne l’accusation vers les « banques centrales du monde entier ». Au sortir d’une réunion avec la Fed et le FMI, George Soros explique la crise économique. Analyse d’un ex-spéculateur.

banques tours

Célébrité, pouvoir et fortune obligent, des costauds montent la garde à l’entrée de sa suite dans un grand hôtel de Washington. A bientôt 80 ans, George Soros, multimilliardaire progressiste, reste la bête noire des excités de la droite dure américaine. Mais, aujourd’hui, c’est avant tout l’homme d’affaires qui semble souffrir et se protéger, blessé par les rumeurs sur sa prétendue participation à un complot contre l’euro, qui ravivent la sombre mythologie du “casse de la Banque d’Angleterre”, ce milliard de dollards qu’il engrangea en 1992 en spéculant contre la livre sterling.

Le financier antilibéral, ennemi de tous les “grands déséquilibres” depuis son épopée d’enfant juif hongrois rescapé du nazisme, s’insurge pourtant encore contre les dogmes, y compris celui du marché financier, objet de son dernier livre, Quelques leçons tirées de la crise (Denoël). Ce recueil de ses conférences à la Central European University de Budapest, fondée par ce philanthrope insatiable, est l’une des raisons de son prochain passage en Europe.

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La crise va aggraver la délinquance

La politique d’austérité liée à la crise économique entraînera une hausse quasi automatique de la délinquance en France et le gouvernement aurait tort de réduire les moyens et les effectifs des forces de l’ordre: tel est le message de Nicolas Comte, réélu mardi à la tête du premier syndicat de police de France, Unité/SGP/Police.

Les plans de rigueur auront pour conséquence une hausse irrémédiable de la délinquance, il ne faut pas baisser la garde,” a-t-il dit mercredi. “Quand vous avez des taux de chômage extrêmement élevés, notamment dans des classes d’âge, chez les jeunes, cela a des conséquences sur le front de la sécurité,” ajoute-t-il.

Les policiers s’inquiètent à la fois du gel des dépenses annoncé par le Premier ministre François Fillon face à la crise de l’euro et de la poursuite de la révision générale des politiques publiques (RGPP). Celle-ci doit entraîner la suppression d’environ 10.000 postes entre 2007 et 2012 en prenant en compte les recrutements prévus qui n’ont pas été réalisés, selon le syndicat. La police emploie environ 120.000 fonctionnaires.

Pour Nicolas Comte, il est clair que le métier de policier “va traverser une zone de tempête liée à la crise économique. On nous dit: ‘Nous ne pouvons pas toucher à la RGPP’. Mais la crise impose que l’ordre règne en France,” explique-t-il.

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« L’euro ? Un pousse-au-crime ! »

Professeur émérite à l’université de Paris-Dauphine et auteur de nombreux essais, Alain Cotta n’a jamais cru à la pérennité de l’euro. Adversaire historique du traité de Maastricht, il plaide, comme ses collègues Jean-Jacques Rosa, Gérard Lafay ou Jacques Sapir, pour une révision complète des traités européens. Pour l’économiste, il faut abandonner la “bombe à retardement” qu’est la monnaie unique, au profit d’une monnaie commune.

Qu’inspire la crise actuelle à l’économiste que vous êtes, hostile au principe de la monnaie unique dès la négociation du traité de Maastricht, en 1991 ?

Quand on a prévu les choses avant qu’elles ne surviennent, on est toujours partagé entre la satisfaction d’avoir eu raison et la tristesse de ne pas avoir été entendu… Mais eu égard à l’intérêt général, c’est évidemment le second sentiment qui domine !

Je suis, pour tout vous dire, très sévère avec les hommes politiques, tout spécialement français. Et pas seulement s’agissant de leur inculture économique. Ce que je leur reproche, quelle que soit leur tendance, c’est d’être, à de très rares exceptions près, ennemis du raisonnement, du débat au sens philosophique du terme. Dès l’origine, la monnaie unique était un dogme, une eschatologie. Nous avons été un certain nombre à peser le pour et le contre, à nous projeter dans l’avenir en étudiant les scénarios consécutifs à la mise en place d’un système uniforme appliqué à des États dont les traditions politiques, économiques, sociales, et partant les capacités d’adaptation, étaient différentes, et parfois irréductibles les uns aux autres. En face, nous avons trouvé, non des arguments affûtés, mais un mur de mépris.Vingt ans plus tard, ce mur s’effondre. Et les pierres nous tombent dessus…

Pourquoi cet aveuglement ?

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Joseph Stiglitz : « L’austérité mène au désastre »

Joseph Stiglitz, 67 ans, Prix Nobel d’économie en 2001, ex-conseiller économique du président Bill Clinton (1995-1997) et ex-chef économiste de la Banque mondiale (1997-2000), est connu pour ses positions critiques sur les grandes institutions financières internationales, la pensée unique sur la mondialisation et le monétarisme. Il livre son analyse de la crise de l’euro.

Vous avez récemment dit que l’euro n’avait pas d’avenir sans réforme majeure. Qu’entendez-vous par là ?

L’Europe va dans la mauvaise direction. En adoptant la monnaie unique, les pays membres de la zone euro ont renoncé à deux instruments de politique économique : le taux de change et les taux d’intérêt. Il fallait donc trouver autre chose qui leur permette de s’adapter à la conjoncture si nécessaire.

D’autant que Bruxelles n’a pas été assez loin en matière de régulation des marchés, jugeant que ces derniers étaient omnipotents. Mais l’Union européenne (UE) n’a rien prévu dans ce sens. Et aujourd’hui, elle veut un plan coordonné d’austérité. Si elle continue dans cette voie-là, elle court au désastre.

Nous savons, depuis la Grande Dépression des années 1930, que ce n’est pas ce qu’il faut faire.

Que devrait faire l’Europe ?
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