Lettre à une croissance que nous n’attendons plus

« Le Monde » publie un texte de Manon Dervin (Etudiante à Science Po Rennes), choisi par le Cercle des économistes dans le cadre du concours  » Imaginez votre travail demain – La parole aux étudiants « , organisé à l’occasion des Rencontres économiques d’Aix-en-Provence. Ce texte s’inspire d’ « Un Projet de Décroissance ». Merci Manon.

Par Manon Dervin – Texte intégral ICI

Ô très chère Croissance. Ma bien-aimée. Ton retour s’est fait attendre. Ton dogme fondé sur la valeur centrale du « travail  » conditionne encore aujourd’hui toute la vitalité du système économique. Tu fabriques l’Emploi et en tires ta force. Les médias, les politiques et tous les travailleurs retiennent leur souffle. Te chercher a plongé le monde occidental dans une torpeur sans précédent. Une gueule de bois post-crise financière de 2008 soignée à coups de jéroboams de mesures économiques afin de te faire revenir.

Mais aujourd’hui je ne t’attends plus, Croissance. L’âge d’or des « trente glorieuses  » est terminé, le réveil est difficile et la situation pas si facile que ça à accepter. Je pensais te connaître. Qui es-tu vraiment, Croissance ? Je te prie de m’excuser pour les mots qui vont suivre. Il me fallait te conter mes désillusions.

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Le règne du cygne noir achève celui de l’Occident

« Les grandes luttes du XXe siècle entre la liberté et le totalitarisme se sont terminées par une victoire décisive des forces de la liberté et du seul modèle possible de succès : liberté, démocratie et libre entreprise. Au XXIe siècle, seules les nations qui s’engageront à protéger les droits de l’homme et garantir la liberté économique seront capables d’assurer leur prospérité. » Prononcé en 2002 par George W. Bush, cet autosatisfecit appartient à des temps révolus.

C’est en effet de justesse que le capitalisme occidental a survécu à la crise des années 2007 à 2014. Ses plaies infectées crachent désormais l’inégalité, le mécontentement social et les endettements colossaux. Qu’il est loin le sacre du standard capitaliste érigé en valeur morale suprême !

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La justice américaine estime illégal le sauvetage de l’assureur AIG en 2008

Maurice Greenberg, l’ancien PDG de l’assureur American International Group (AIG), a remporté, lundi 15 juin, une victoire de principe face à l’Etat américain. Un tribunal fédéral de Washington a en effet estimé que la prise de contrôle du groupe par le gouvernement au moment de la crise de 2008, afin de le sauver de la faillite, était abusive. Toutefois, le juge Thomas Wheeler a refusé d’accorder aux actionnaires plaignants, dont M. Greenberg en tête, les 40 milliards de dollars qu’ils réclamaient à titre de dédommagement.

Ce procès est l’aboutissement d’une plainte collective déposée en 2011 par l’ex-patron du groupe, qui accusait le gouvernement d’avoir spolié les actionnaires lors de la nationalisation d’AIG, le 16 septembre 2008. M. Greenberg, 90 ans, avait été évincé du groupe en 2005, après l’avoir dirigé pendant près de quarante ans, à la suite d’une enquête sur des malversations comptables. Sous sa direction, le groupe avait multiplié les produits spéculatifs, notamment les dérivés liés aux crédits immobiliers « subprimes », qui allaient être à l’origine de la crise.

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Vous avez aimé la crise financière de 2008, vous allez adorer la prochaine

Surabondance de liquidités, écrasement des taux d’intérêt, sophistication des outils financiers, garde-fous illusoires. Autant d’éléments qui poussent, à nouveau, “au crime”.

C’est un signe révélateur. Jusqu’au bout, les marchés n’ont pas voulu intégrer le risque d’un défaut de paiement de la Grèce. Grisés par les liquidités, ils font preuve d’un optimisme inébranlable. Rien ne vient entamer ce dernier, pas même les mauvaises nouvelles qui ne manquent pourtant pas. Déstabilisation de la péninsule arabique, signes de ralentissement de l’économie mondiale, etc., peu importe, l’indice VIX qui mesure la volatilité des marchés, autrement dit leur degré de stress et de peur, reste à son étiage. Très loin de ses sommets atteints pendant la crise de 2007 et 2008.

“L’idée même du risque semble avoir disparu de la tête des investisseurs. Comme s’ils avaient souscrit une assurance tous risques auprès des banques centrales”, observe Christopher Dembik, analyse chez Saxo Bank. Pourtant, quelque chose ne va pas. 

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Finance : sommes-nous encore en démocratie ?

Six ans après une crise sans précédent, et malgré les appels de la presse et des citoyens, le monde politique n’a pas réussi à réduire le déséquilibre entre la sphère financière et l’économie réelle.

Pendant une trentaine d’années, le monde occidental a considéré que la déréglementation de la finance était le plus sûr moyen de doper la croissance. Cette conviction nous a conduits non pas au bord du gouffre mais dans le gouffre.

Ceux qui observent la progression fulgurante des marchés financiers depuis 2008 et concluent que nous avons échappé à la catastrophe, que nous sommes dans un nouveau cycle, se trompent lourdement. Six ans après cet automne 2008 qui a été marqué par l’effondrement du système financier, nous sommes toujours dans la crise et rien, ou presque, n’a été résolu. Nos concitoyens qui souffrent de cette crise, dans laquelle ils n’ont aucune responsabilité, attendaient pourtant de leurs dirigeants qu’ils fassent tout pour que la finance – toute la finance – soit remise à sa place, celle du financement de l’économie.

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Grèce, année zéro (Docu)

Depuis qu’elle a été contrainte par l’Union européenne et le FMI, en 2010 et 2011, à des réformes et des économies drastiques en échange de prêts de 240 milliards d’euros, la Grèce est volontiers présentée, en France, comme une victime de l’Europe. En Allemagne, à l’inverse, on la considère largement comme responsable des tourments de la zone euro.

Jean Quatremer et Pierre Bourgeois sont partis à la rencontre de Grecs de toutes conditions sociales, depuis les citoyens ordinaires qui, à Patmos comme à Athènes, ont souffert des mesures d’austérité, jusqu’aux responsables chargés de mettre en œuvre les réformes.

Réalisé par Pierre Bourgeois et Jean Quatremer (France/Grèce 2014)

Le montant des produits dérivés dans le monde : 710.000 milliards de dollars

La Banque des Règlements Internationaux (BRI) vient de publier une étude statistique sur le montant des produits dérivés dans le monde à la fin 2013, et ceux-ci atteignent le montant incroyable de 710.000 milliards de dollars (710.000.000.000.000 dollars). Pour prendre un élément de comparaison, le PIB des Etats-Unis en 2013 se monte à 16.000 milliards de dollars, soit 44 fois moins. Et cette masse de produits dérivés est supérieure de 20% au record précédent, qui date de juste avant la crise de 2008… On parle beaucoup de bulles en ce moment, sur les actions, les obligations ou les matières premières, voici incontestablement la plus gigantesque.

Qu’est ce qu’un produit dérivé ? C’est un contrat entre deux parties dont la valeur est déterminée par les variations de prix d’un actif sous-jacent (obligations, actions, matières premières, devises). Il sert à se protéger contre des variations de prix ou de taux d’intérêt, ou à spéculer. Autre type de produit dérivé, le CDS (Credit default swap), qui sert à se protéger d’un événement de crédit (un emprunteur, Etat ou entreprise, qui fait défaut). La majorité des contrats sont négociés de gré à gré, et non sur un marché, c’est-à-dire dans l’opacité la plus complète.

Raison de plus de s’inquiéter : aux Etats-Unis, la plus grande partie de ces produits est détenue par seulement quatre banques (JP Morgan, CitiBank, Goldman Sachs, Bank of America). La concentration est également très élevée en Europe, avec notamment la Deutsche Bank (nous en avions parlé) et les banques françaises. Le volume est énorme mais les transactions ont lieu entre un petit nombre d’acteurs.

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États-Unis : Exégèse de la longue crise

Dans son nouveau livre TOO MUCH MAGIC publié aux Editions du Retour aux Sources, James Howard Kunstler décrit avec une sagacité quasi prophétique sa vision de l’issue de ce qu’il nomme la Longue Crise. Exégèse de la fin d’un paradigme.

La Longue Crise, c’est la crise d’un système économique et d’un ensemble de représentations collectives pathologiquement dépendantes du pétrole.

Dans son livre, Kunstler retrace l’itinéraire de cette crise. Sa démonstration, pragmatique, s’appuie avant tout sur des exemples concrets. Ainsi, tout à tour, il dresse le constat alarmant des projets d’urbanisme des banlieues américaines tentaculaires, nés de la quasi-gratuité du carburant et donc, de l’hégémonie de l’automobile, qui produisent des modes de vie de plus en plus problématiques. Il pointe les contradictions de la société de consommation de masse, complaisamment soumise à une certitude énergétique et productive indépassable, dont l’ultime illusion aura été la crise immobilière des subprimes instaurant l’idée magique de la maison pour tous et pour rien.

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Barack Obama et la nouvelle Amérique

Nous sommes habitués à voir les USA comme le “pays numéro un”, cherchant à dicter leurs propres conditions à la majorité des Etats et fixant leurs propres règles du jeu dans l’économie mondiale. Pour l’instant, ils gardent cette image. Mais correspond-t-elle à la réalité ?

Oligarchie : C’est un club très privé et tu n’en es pas membre.

La locomotive en panne

Pendant de longues années, les Etats-Unis étaient la locomotive de l’économie mondiale. Cependant, 2008 et les années qui ont suivi ont montré que quelque chose ne tournait pas rond – l’économie américaine n’a toujours pas réussi à se remettre de la crise.

Heureusement pourtant, un désastre comparable à celui de 1929 a pu être évité. La “Grande récession” qui s’est produite est pratiquement terminée mais il est encore trop tôt pour parler du rétablissement de l’économie américaine. De plus, la célèbre machine à créer des emplois vient de rendre l’âme : le taux de chômage aux Etats-Unis était de 7,8% en décembre 2012.

Une situation qui découle du fait que la majorité des producteurs américains préfèrent utiliser la main d’œuvre bon marché située en dehors du pays. Actuellement, on peut affirmer que les principaux emplois américains sont situés en Chine et d’autres pays d’Asie du Sud-Est, ainsi qu’en Amérique latine.

Pour l’instant, le rôle du dollar comme principale monnaie mondiale permet aux Américains de financer leur pays grâce aux autres Etats mais cela ne peut pas durer éternellement. Tôt ou tard, le gouvernement américain devra augmenter les impôts ou réduire les dépenses. Il faudra très probablement faire les deux.

Mais il faut reconnaître que les USA demeurent encore l’Etat numéro un à l’échelle mondiale.

Le mauvais chemin

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“Une partie des élites européennes va se tourner vers Moscou”

Un entretien avec Michel Drac, au sujet de son livre “Crise ou coup d’Etat ?” (Ed. Le Retour aux Sources, 2009) et de l’actualité.
Présentation de l’auteur ?

Je travaille comme contrôleur de gestion dans un grand groupe depuis une quinzaine d’années. Je suis donc un spécialiste de la micro-économie.

Je me suis risqué dans la macro-économie, avec « Crise ou coup d’Etat ? », parce que nous en sommes arrivés au point où il est absurde de continuer à faire de la micro-économie, sans poser la question du système dans son ensemble.

Le travail a été conduit sur le site scriptoblog.com, où nous travaillons beaucoup en ateliers. « Crise ou coup d’Etat ? » est donc en partie un ouvrage collectif, développé en particulier avec l’auteur qui signe, sur le site, sous le pseudo « Le Zélote ».

Pouvez-vous présenter votre livre dans ses grandes lignes ?

Il y a trois parties.

La première partie décrit la mécanique qui s’est déroulée entre 2000 et 2007, avec une mise en perspective aussi par rapport aux décennies précédentes. En gros, j’explique que la politique macro-économique consiste, depuis dix ans et plus, à mettre en endettement tous les acteurs non financiers, pour garantir le maintien du pouvoir des acteurs bancaires, en particulier ceux de la haute finance, haute banque (si tant est que ce terme ait encore un sens distinct) et surtout banques d’affaires adossées aux banques commerciales.

La deuxième partie s’éloigne de l’économie financiarisée et s’intéresse plutôt à l’économie productive. Je montre que dans la réalité de la production, le centre de gravité de l’économie-monde est en train de basculer vers l’Asie. Je montre ensuite que tout s’est passé comme si, confrontée à cette donne, la haute finance s’était organisée pour garantir, à travers l’endettement des acteurs, le maintien de son pouvoir dans le cadre d’un futur système, un capitalisme poly-centré, avec à la clef un ajustement brutal de la structure de classes en Occident.

Enfin, la troisième partie essaye d’esquisser les conséquences de la crise. J’essaye en particulier d’expliquer que certaines de ces conséquences sont voulues par les dirigeants, et d’autres pas. Et que nous entrons dans un contexte très instable, où la confrontation entre l’OTAN et l’Organisation de Coopération de Shanghaï peut dégénérer profondément. Tout simplement parce que nous nous retrouvons dans la situation qui déboucha déjà sur les deux guerres mondiales : un centre du capitalisme thalassocratique, menacé par la montée en puissance d’une économie continentale.

Le titre est « Crise ou coup d’état ? », est-ce à dire, de la manière dont la question est posée, qu’il s’agit plus d’un coup d’Etat que d’une crise financière ? Lire la suite