Cette insurrection qui ne vient toujours pas

L’insurrection revient, peut-on déjà lire un peu partout. Les éditions La Fabrique publient «À nos amis», nouvel opus signé par le Comité invisible, et disponible en huit langues dès la sortie. Sept ans plus tôt, ce groupe d’anonymes avait publié un pamphlet, «L’insurrection qui vient», chez le même éditeur, dans un relatif anonymat.

Jusqu’à ce que le gouvernement attribue à la bande de Tarnac – des jeunes éduqués ayant choisi de lancer une épicerie communautaire dans ce joli coin perdu du Limousin – des attentats contre les caténaires de la SNCF, et l’écriture de cet ouvrage, qualifié de «danger terroriste» jusque sur les chaînes américaines.

L’affaire eut un grand retentissement, Julien Coupat, le supposé leader, passa par la prison préventive, jusqu’à ce que cela s’essouffle petit à petit devant les inconséquences de l’enquête. Rien n’a été prouvé, l’épicerie est ouverte de nouveau et le comité est toujours un groupe d’invisibles.

L’insurrection qui vient était un beau texte. Parfois anarchistes, parfois situationnistes, même s’ils s’en dédiront, les auteurs n’avaient pas peur des envolées lyriques et des clameurs générales. Le livre se rangeait presque dans la catégorie poésie, celle des espoirs et des folies, des rêves et de la mauvaise conscience de son temps.

L’échec des insurrections
Lire la suite

L’OCDE adopte la vision de l’économiste Thomas Piketty

Dans son dernier rapport, l’organisation européenne s’inquiète d’une déflation salariale qui creuse les inégalités et ralentit la reprise.

L’analyse de la concentration de la richesse et du retour des inégalités exposée par Thomas Piketty dans son best-seller de 2013 Le capital au XXIe siècle a suscité de vives critiques. Nombre d’économistes anglo-saxons, généralement d’obédience libérale, ont attaqué, en particulier, les chiffres de l’économiste français.

Autorité reconnue dans l’univers des statistiques et généralement critiquée pour son biais «libéral», l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE) s’est, elle, au contraire, convertie au «pikettisme».

Elle observe que la crise a généré des inégalités de revenus non seulement du capital mais aussi du travail. Un phénomène qui agit comme un formidable frein sur la croissance et serait une des origines de la faiblesse de la reprise mondiale depuis 2008.

Lire la suite

Plus d’un Africain sur trois appartient à la classe moyenne

Plus d’un Africain sur trois appartient désormais à la classe moyenne, après une décennie de hausse du niveau de vie qui va perdurer avec la forte croissance économique, selon une étude de la Banque africaine de développement (BAD) publiée lundi.

34% des quelque 1,1 milliard d’Africains, soit environ 370 millions de personnes, appartiennent à cette classe moyenne, selon les standards africains (des revenus compris entre 2,2 et 20 dollars par jour).

Ce chiffre devrait atteindre 42% d’ici 2060, selon l’étude de la BAD, dévoilée à Johannesburg.
Lire la suite

Frédéric Lenoir : « Guérir le monde »

Pour le philosophe Frédéric Lenoir, les crises sociales, politiques, environnementales et les crises de valeurs des dernières décennies sont toutes reliées entre elles. La vision cartésienne du monde et l’ultralibéralisme adopté par l’élite mondiale a mené à une vision dénaturalisée de l’être humain.

Nos sociétés semblent avoir oublié que nous pouvons ressentir au fond de nous même le sentiment de bonheur autrement que par la consommation, apportant un plaisir immédiat, mais qui nous envahit guère longtemps.

Pour acquérir ce sentiment de bonheur, l’être humain doit être solidaire envers autrui, mais il est bien difficile d’agir ainsi dans un monde aussi individualiste que le nôtre. Les problèmes qui nous paraissaient autrefois bien éloignés sont maintenant près de notre réalité due à l’accélération du temps et au rétrécissement de l’espace.

Les médias nous bombardent d’évènements négatifs se déroulant partout sur le globe et nous y assistons de manière passive, apportant un grand sentiment d’insatisfaction. Il devient donc plus difficile de cultiver notre bonheur personnel.
Lire la suite

Zone euro : La reprise est différée, les déficits filent, le budget 2015 est irréaliste

Le sérieux sans l’austérité budgétaire. L’Elysée pensait avoir trouvé la formule magique. C’est tout le contraire. Les historiens choisiront sans doute ce 1er octobre, date de présentation de la loi de finances pour 2015, comme la Journée des Dupes du quinquennat. Au moment où tout semblait en ordre pour le nouvel élan, tout s’effondre. Ce pronostic, comme tout pronostic, a sa part d’aléa. Mais en disant que “la reprise est différée”, l’Insee a pris acte du refus de ce pays de se projeter dans l’avenir. Tous les freins restent serrés. Le budget 2015 n’y changera rien. C’était celui de la dernière chance.

Par Jean-Michel Lamy

Le pouvoir politique n’a pourtant pas ménagé sa peine pour déblayer le terrain.

Le gouvernement défend une relance pro-entreprise incarnée par le Pacte de responsabilité et ses 41 milliards d’euros d’allégement de charges à l’horizon 2017. Les ministres trublions ont été virés. Les impôts baissent pour les smicards. A l’Assemblée nationale le Premier ministre Manuel Valls a obtenu la majorité, même si elle est relative, sur sa déclaration de politique générale. A Bercy, les deux ministres en charge du Budget ont expliqué que “l’effort de maîtrise de la dépense publique est sans précédent et sera intégralement respecté avec un plan de 50 milliards d’économies sur trois ans”.

Pourquoi alors un tel désenchantement et à quoi faut-il s’attendre sur le front d’un endettement peut-être bientôt hors de contrôle ?

Un ‘‘1%’’ de croissance illusoire

François Hollande est le premier responsable de ce grand décalage entre les intentions gouvernementales et les actes des agents économiques.

Lire la suite

Martigues (13) : “Crise Circus”, thème du Carnaval 2015

Le thème du Carnaval de Martigues, qui aura lieu en mars 2015, a été dévoilé ce vendredi soir : “Crise Circus” Un choix qui a été soumis au vote des habitants de la ville cette année. Le thème du carnaval soumis au vote des habitants, c’était une première dans l’histoire de cette manifestation à Martigues.

Habituellement confié à des structures telles que les maisons de quartiers, cette fois-ci, les Martégaux ont pu choisir eux-même leur thème (sur internet ou par téléphone) et exprimer leurs idées concernant “leur” Carnaval version 2015.

Ce thème arrive au bon moment pour faire une satire de nos hommes politiques” déclare Jean-louis, passionné de festival.”Il faut profiter de ces moments là pour s’amuser et prendre ce problème à la dérision le temps d’une journée“.

Le carnaval s’emparera donc de la crise avec au programme du “Crise Circus”:

- dresseurs de dettes,
- dompteurs de bêtes urbaines,
- équilibristes du porte-monnaie,
- magiciens du partage,
- jongleurs de chiffres,
- clowns politiques,
- contorsionnistes de l’emploi,
- fakirs en pénuries…

Maritima

(Merci à Titi)

Alcool, femmes et nuits de fête : comment Goldman Sachs aurait séduit la Libye

Les auditions préliminaires pour le procès qui doit opposer Goldman Sachs au fonds souverain libyen ont débuté lundi. Selon certains témoignages, la banque américaine a gagné des centaines de millions de dollars aux dépens du régime de Kadhafi.

De l’alcool, des filles, un voyage au Maroc et des folles nuits de fête à Londres. Goldman Sachs est accusé d’avoir “sorti le grand jeu”, en 2008, pour gagner la confiance des membres du fonds souverain libyen de l’ère Kadhafi. Dans quel but ? Obtenir un milliard de dollars d’investissement, dont la banque américaine a été la seule gagnante.

Lire la suite

Enfants forçats

Petits creuseurs des mines d’or burkinabaises ou des mines de mica indiennes, mendiants touaregs dans les rues de Ouagadougou, gamins des décharges en République dominicaine, petites Mexicaines ouvrières agricoles dans les champs de tabac ou de piment aux États-Unis…

A travers ce documentaire éloquent, Hubert Dubois, déjà auteur de L’enfance enchaînée en 1992, reprend son enquête pour mesurer les progrès réalisés, mais aussi alerter sur leur fragilité, en particulier en temps de crise.

La cause des enfants

L’Indien Kailash Satyarthi, fondateur en 1980 d’une ONG qui libère les enfants réduits en esclavage pour les envoyer à l’école, est le fil conducteur de l’enquête, menée dans quatre pays et trois continents. Cet infatigable activiste parvient à mettre face à leurs responsabilités les grandes industries du tapis, de la chaussure de sport, du tabac, du cacao ou de la confection, les obligeant à faire le ménage dans leurs chaînes d’approvisionnement.

Comme lui, à travers le monde, des hommes et des femmes fortement engagés pour la cause des enfants poursuivent le combat, parfois au péril de leur vie. Résultat : depuis une quinzaine d’années, le nombre de petits travailleurs a significativement baissé. 215 millions d’enfants restent néanmoins touchés par ce fléau, preuve que la mobilisation ne doit en aucun cas se relâcher.

(Merci à Tilak)

Stiglitz dresse l’état des lieux de la macroéconomie

Dans le discours qu’il a récemment prononcé lors de la conférence tenue en l’honneur du Français Jean-Paul Fitoussi, Joseph Stiglitz (2014) débute par un constat sévère: qu’il s’agisse de la science ou de son objet, la macroéconomie ne se porte pas très bien.

Pourtant, en avril 2006, Anne Krueger, la directrice générale déléguée du FMI, affirmait que « l’économie mondiale a rarement été dans une meilleure forme ». De son côté, lorsqu’Olivier Blanchard (2008) se pencha sur « l’état de la macro » alors même que le marché du crédit subprime connaissait de fortes turbulences, il le jugea bon. Puis les pays avancés basculèrent dans la plus sévère crise économique depuis la Grande Dépression des années trente.

Non seulement les modèles standards n’ont pas prédit la Grande Récession, mais ils suggéraient tout simplement qu’un tel événement ne pouvait survenir. Dans le type d’économies dépeint par les modèles standards, les bulles n’existent pas ; l’approfondissement des marchés financiers est censée avoir dissolu les risques.

Pourtant, ces deux derniers siècles ont été marqués par une volatilité récurrente des prix d’actifs et du crédit. Même après que la bulle immobilière ait éclaté, les modèles standards n’ont pas prédit l’ensemble de ses répercussions. Ils n’ont pas plus prédit l’occurrence de la crise de la zone euro ou ses conséquences. Ils n’ont pas pu fournir de bons conseils aux autorités monétaires pour agir efficacement face à la déstabilisation des marchés financiers et à la détérioration de l’activité.
Lire la suite

Claude Halmos: “La crise a enfanté une crise psychologique”

Dans son dernier livre, Est-ce ainsi que les hommes vivent? la psychanalyste Claude Halmos soutient que la crise économique provoque des ravages psychologiques dans de nombreuses couches de la population. Interview.

par

Certains malaises sont si difficiles à nommer que l’on s’abrite volontiers derrière des expressions passe-partout pour contourner l’obstacle.

Ainsi de la fameuse “déprime” ou “sinistrose” hexagonale, censée renvoyer au piteux moral des Français frappés par la dégradation économique.

L’heure n’est pourtant plus aux euphémismes commodes, s’emporte la psychanalyste Claude Halmos dans son dernier livre, Est-ce ainsi que les hommes vivent? (Fayard).

Celle que de nombreux lecteurs et auditeurs connaissent pour ses interventions affûtées sur les questions d’éducation pousse, cette fois, un cri d’alarme et de révolte aux accents politiques :

oui, la crise économique provoque, bien au-delà du seul cercle emblématique des chômeurs, des ravages psychologiques dans de nombreuses couches de la population.

Aux dirigeants d’en prendre la mesure, sous peine de se couper encore davantage de leurs électeurs. Une interpellation douloureuse, mais salutaire.

Lire la suite

Une nouvelle crise financière se prépare-t-elle ?

Il y a déjà six ans, soit le 15 septembre 2008, la faillite de Lehman Brothers plongeait le monde dans une crise financière qui allait causer la plus forte récession depuis la dépression des années 30.

Oulah ! Houston ? Il y a des dégâts partout !
(CRISE MONDIALE DU CREDIT)

Malgré des mesures extrêmement stimulatrices de la part des banques centrales, surtout de la Réserve fédérale américaine (Fed), les économies de plusieurs régions éprouvent encore beaucoup de difficultés à retrouver un rythme de croissance comparable à ce qu’il était avant la crise.

Comme à chaque année, le Centre for Economic Policy Research, un influent think tank européen, publiait en début de semaine son Geneva Report on the World Economy. Fait inquiétant, on y mentionne la possibilité d’une nouvelle crise financière si des mesures ne sont pas prises rapidement pour contrer les effets d’une augmentation de la dette globale conjuguée à un taux de croissance économique trop faible.

Lire la suite

Olivier Rey : « Une question de taille »

Seul l’imaginaire est peuplé d’êtres monstrueux, c’est-à-dire hors proportions. Car dans la nature, chaque organisme n’est viable qu’à son échelle adéquate: une araignée géante s’asphyxierait, une gazelle de la taille d’une girafe se casserait les pattes… Idem pour les sociétés et les cultures, affirme Olivier Rey.

Le philosophe et mathématicien met cette « question de taille » au centre de sa critique de la modernité technicienne et libérale en exhumant la thèse de Leopold Kohr (1909-1994) : « partout où quelque chose ne va pas, quelque chose est trop gros ».

Il y a quelques jours, les dirigeants des 20 plus grandes puissances mondiales ont décidé de «doper la croissance mondiale de 2000 milliards d’euros», soit une «progression de 1,8% du PIB mondial». 2000 milliards d’euros. Combien de baguettes de pain? Ce chiffre titanesque est inconcevable pour nos esprits. Il ne renvoie à rien de concrètement saisissable. Il est proprement inhumain.

Un exemple parmi tant d’autres. Barres d’immeubles, places boursières, autoroutes embouteillées, mégalopoles surpeuplés: les dinosaures sont morts, mais les mastodontes administratifs et financiers, les titans numériques et commerciaux, les ogres économiques et urbains n’ont jamais été si nombreux. Au milieu d’eux, l’homme, réduit à la condition de fourmi.

C’est à cette inhumanité du gigantisme qu’Olivier Rey s’attaque dans son livre Une question de taille. Il y reprend la thèse de Leopold Kohr, avocat du «small is beautiful» qui écrit dans The breakdown of nations, «partout où quelque chose ne va pas, quelque chose est trop gros».

Lire la suite

A propos de la taille optimale du secteur financier

Par Benoît Cœuré, « On the optimal size of the financial sector », discours prononcé à Francfort, 2 septembre 2014. Traduit par Martin Anota

La récente crise financière mondiale nous amène à reconsidérer la contribution du secteur financier à l’économie réelle. (…) Avant qu’éclate la crise financière, la littérature empirique qui explorait le lien entre finance et croissance suggérait qu’un élargissement du secteur financier était essentiel dans le processus de développement économique.

Ce constat semblait aussi bien s’appliquer aux pays en développement que pour les pays avancés. Encouragés par de telles conclusions, les responsables politiques n’ont pas douté de la capacité du secteur financier à innover et à canaliser les fonds vers leur usage le plus productif. (…)

Malheureusement, les économies dont le secteur financier est large, dynamique et complexe ne sont pas épargnées par les sévères contractions macroéconomiques. En fait, la littérature portant sur les crises bancaires fournissait plusieurs preuves empiriques suggérant un lien causal entre la croissance rapide du crédit et les turbulences bancaires de dimension systémique bien avant qu’éclate la crise financière mondiale.

De plus, les coûts en termes de production qui sont associés aux sévères crises bancaires semblent particulièrement élevés.
Lire la suite

Le sacrifice des classes populaires

Émission “Les Matins” diffusée le 16 septembre 2014 sur France Culture, sur le thème: “Des statistiques aux réalités territoriales : une nouvelle carte sociale se redessine-t-elle?“ 

Invités: Christophe Guilluy, géographe, consultant, Béatrice Giblin, professeur des Universités et directrice de l’Institut Français de Géopolitique Université Paris VIII. Jean Lassalle, député Modem.

Vous avez aimé la dernière crise financière ? Vous allez adorer la prochaine, encore plus dévastatrice…

Par Michel Crinetz, ancien contrôleur à l’Autorité de Contrôle Prudentiel (ACP)

A quand une véritable réglementation bancaire ?

Imaginez une autoroute où la vitesse n’est pas limitée, où il est permis de boire de l’alcool, et même de faire demi-tour sans prévenir ; imaginez la kyrielle d’accidents mortels, de carambolages en chaîne…

Entre deux réglementations, laquelle préférez-vous ?

Celle qui interdit ou limite ces prises de risques pour soi-même et pour autrui ?

Ou bien celle qui oblige à épaissir les coussins gonflables et les pare-chocs ?

Le comité de Bâle, club de superviseurs bancaires, qui propose les versions successives de la réglementation bancaire mondiale, Bâle I, Bâle II, et à présent Bâle III, a choisi à peu près exclusivement la seconde méthode.

Lire la suite

Four Horsemen

L’économie mondiale va mal. La crise se transformant rapidement en catastrophe, de plus en plus de gens se mettent en quête de conseils avisés sur la manière de restructurer l’économie occidentale. Ces trois dernières années, 23 intellectuels — la plupart d’entre eux très controversés – ont accepté de briser le silence et d’expliquer comment le monde fonctionne vraiment.

Four Horsemen ne tombe ni dans la critique des mondes financier et politique, ni dans la théorie du complot : le film analyse le système économique dans lequel nous avons choisi de vivre et avance des propositions de changement.

Crise financière : l’Etat fédéral en procès pour le sauvetage acrimonieux d’AIG

Six ans après le sauvetage de fleurons de Wall Street frappés par la crise s’ouvre lundi le procès intenté au gouvernement américain par l’ancien patron de l’assureur AIG, qui risque de rouvrir un épisode sombre de la crise financière.

Ce procès, qui se déroulera à Washington, s’annonce comme celui des mesures exceptionnelles prises par l’Etat fédéral pour éviter un effondrement du système financier.

Intenté par Maurice «Hank» Greenberg, 89 ans, l’ancien patron historique d’AIG, il verra défiler à la barre ceux qui étaient aux premières loges ce fameux week-end du 16 septembre 2008, au cours duquel le gouvernement américain a laissé tomber Lehman Brothers et poussé Merrill Lynch dans les bras de Bank of America.
Lire la suite