Règle de Volcker : Un grand flou à exploiter pour les banques

La règle de Volcker, adoptée cette semaine, limite en théorie la prise de risque des banques et leurs opérations en propre, mais elle ne devrait en réalité pas les affecter beaucoup car les exceptions et possibilités d’en contourner la lettre sont légion.

La règle de Volcker, dont les règles d’application ont été finalement adoptées cette semaine par les agences de régulation financière trois ans et demi après le vote de la loi de réforme financière, vise à limiter les activités spéculatives des banques dont les investissements massifs dans des produits dérivés risqués ont entraîné la faillite de Lehman Brothers et la pire crise financière depuis 1929. Les grandes banques de Wall Street ont dû faire l’objet d’un plan de sauvetage bancaire de dizaines de milliards de dollars du gouvernement américain.

La règle de Volcker, qui n’entrera totalement en vigueur qu’en juillet 2015, impose essentiellement une limite aux activités de dérivés et interdit aux banques assurées par la banque centrale (Fed) et la FDIC, l’un des organismes de réglementation bancaire, de faire du courtage pour leur propre compte (proprietary trading).

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États-Unis/Inde : Le scandale Enron

Enron, le septième plus grande entreprise américaine et la seizième au monde, est désormais synonyme de l’une des plus grandes escroqueries mondiales réalisées au détriment des employés et des petits actionnaires.

Décembre 2001, la puissante société de courtage en énergie s’effondre dans la plus vaste faillite de l’histoire des États-Unis avant la crise de 2008. 67 milliards de capitalisation boursière disparaissent en quelques jours. Tous les hauts responsables, dont le président de la société, Kenneth Lay, qui, incidemment, est aussi le contributeur financier le plus important à la campagne électorale de Bush, vendent leurs titres dans la précipitation pour la somme de 1,1 milliard de dollars et empochent les plus-values.

Une clause spéciale empêche les employés de faire de même, cela en dépit du fait que leurs actions constituent l’intégralité de leur retraite. L’action passe de 100 dollars à 31 cents. C’est la tragédie : 5.000 employés sont licenciés et 20 000 perdent leur retraite. Cette enquête nous emmène aux États-Unis et en Inde.

États-Unis : La première banque du pays a perdu 2 milliards

JP Morgan a annoncé une perte de 2 milliards de dollars dans le courtage, toujours liée à la crise de 2008.

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La banque américaine JPMorgan Chase a annoncé jeudi qu’elle avait enregistré sur les six dernières semaines une perte de 2 milliards de dollars dans le courtage, qui pourrait grossir à cause de positions risquées de dérivés de crédit, produits à l’origine de la crise de 2008.

Lors d’une conférence téléphonique surprise, le PDG Jamie Dimon a évoqué des pertes liées à des “contentieux d’environ 200 millions de dollars” et des “pertes de courtage avant impôt de plus de 2 milliards de dollars ”, compensées par “un milliard de dollars de gains sur les ventes de produits de couverture face à la dette ”.

Il a ajouté que le portefeuille d’actifs incriminé présentait encore “beaucoup de volatilité“. “Nous allons le gérer au maximum” mais “il pourrait nous coûter jusqu’à un milliard de dollars ou plus” et “le risque va perdurer pendant plusieurs trimestres ”.

Le groupe a lancé une étude sur la façon dont ces pertes sont survenues, mais il y a eu “beaucoup d’erreurs, de manque de rigueur et de mauvais jugement ”, a commenté Jamie Dimon.

Cette perte est survenue parce que le groupe a voulu couvrir son exposition aux crédits, qui représente “le plus gros” risque pour le groupe financier, dont l’activité de coeur est d’émettre des prêts.

Pour cela il a acheté massivement des dérivés de crédit, des “credit default swap” (CDS), qui sont des sortes de contrats d’assurance destinés à se protéger d’un éventuel défaut de paiement d’une institution.

Le Matin

Enron, miroir de notre avenir ?

Par Michel Drac

Petit rappel de l’expérience californienne

En 2001, la grande presse titra sur « l’échec colossal » de la libéralisation du marché de l’énergie, dénoncée par le gouverneur de Californie, Gray Davis. C’était avant que, pour conserver le contrôle du Golden State, l’oligarchie étatsunienne sponsorise un ancien acteur musclé, Arnold Schwarzenegger, et en fasse le remplaçant de Gray Davis – sur qui George Bush, l’ami intime d’un certain Ken Lay, président du groupe Enron, fit retomber le blâme du désastre énergétique californien.

Gray Davis n’avait pas tort en parlant d’échec colossal. La Californie, cœur du capitalisme nord-américain depuis les années 80, en était à prendre des mesures de rationnement sur l’électricité – comme un quelconque pays du Tiers-Monde. Victime de coupures d’électricité à répétition, le Golden State voyait son économie perturbée, sa population exaspérée par la hausse vertigineuse des factures énergétiques. Comment en était-on arrivé là ?

Tout commence en 1996, quand Sacramento décide d’ouvrir partiellement le marché de l’énergie à la concurrence. La concentration verticale des producteurs et des distributeurs vole en éclat. Un nouveau marché de l’énergie apparaît, marché sur lequel les distributeurs vont s’approvisionner chez les producteurs. L’objectif est de faire baisser les prix en créant de la concurrence entre distributeurs et entre producteurs.

Le problème, c’est que ce marché est complètement biaisé. Pour commencer, les prix au détail sont restés en partie encadrés, ce qui fait que, au fur et à mesure que les prix à la production flambent (faute d’investissements dans les capacités de production), les marges des distributeurs se restreignent – jusqu’au point où la plus grande société de distribution, Pacific Gas & Electric, en est réduite à déposer son bilan. Pourquoi cette absence d’investissement dans les capacités productives ? En partie parce que, dans le courant des années 90, un secteur public anémique a trop peu construit de centrales. Mais aussi, et surtout, parce qu’avec la perspective de la libéralisation, les producteurs ont été rachetés par des acteurs qui se positionnent dans une pure perspective de profit, et donc veulent avant tout dégager de la marge (par l’augmentation des prix à la production). Parmi ces acteurs décidés à rentabiliser un capital qu’ils n’investissent pas, et persuadés que l’absence d’investissement va justement leur permettre de dégager du profit : Enron, la société de Ken Lay.

Le cas Enron est particulièrement emblématique des dérives du capitalisme hyper financiarisé, pour lequel seul compte la valeur comptable, sans considération pour la réalité de la production de richesse réelle. Le directeur financier, Jef Skilling, a une théorie intéressante : puisque la rentabilité du capital est maximale dans les activités d’intermédiation (banque, arbitrage), une entreprise industrielle comme Enron doit se transformer en entreprise financière. Et voici comment une société conçue, au départ, pour poser des pipelines et construire des centrales énergétiques (ce qu’Enron n’a jamais vraiment su faire) se transforme en « courtier en énergie ». Au fond, c’est la capitulation du capitalisme industriel devant le capitalisme bancaire : le choix du tout financier comme ultime moyen de rentabiliser optiquement un capital sur-accumulé, que l’économie réelle n’est plus capable de rémunérer.

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