Intelligence artificielle : Danger réel ?

Les armes autonomes existent déjà et leur évolution n’est pas près de s’arrêter. Ces machines, désormais capables de reconnaître les visages, posent des questions juridiques. Leurs opposants les appellent des «robots tueurs», les hommes de l’art des «systèmes d’armes létaux autonomes». Anatomie de ces machines au pouvoir de vie et de mort.

Au sud de la frontière entre les deux Corée, des gardes étranges surveillent la zone démilitarisée. Ils ont été fabriqués par l’industriel Samsung, qui les a baptisés d’un acronyme: SGR-A1. Des robots, bardés de capteurs et de caméras, mais aussi de mitrailleuses et de lance-grenades. A ce jour, c’est l’exemple le plus poussé de «système d’armes létales autonomes» (Sala), même si un opérateur valide toujours le tir.

«La machine peut parfois être plus précise et plus efficace qu’un être humain, surtout dans des situations de grande tension et d’urgence. Elle a des temps de réactivité supérieurs à ceux de l’être humain», commente Gérard de Boisboissel, ingénieur de recherche à Saint-Cyr Coëtquidan (Morbihan) et codirecteur de l’ouvrage Drones et Killer Robots, faut-il les interdire ? (1)

La Navy américaine dispose depuis 1980 de dispositifs cousins des robots tueurs, les «C-RAM» pour «Counter Rocket, Artillery and Mortar». Ils sont «capables de façon autonome d’effectuer leurs propres évaluations pour chercher, détecter, suivre, combattre et tuer», décrit la Marine.
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Chine : Édification d’une « grande muraille verte » de 4.500 km

Pour contrer l’avancée du désert de Gobi et lutter contre le changement climatique global, la Chine adopte un vaste plan de reforestation considéré comme le plus grand projet écologique mondial. Une véritable « grande muraille verte » qui fait de la Chine, contre toute attente, la première puissance en matière de politique de reforestation.

L’empire du milieu voit les choses en grand. Le pays le plus pollueur du monde tente de se racheter une conduite et un avenir respirable avec un projet pharaonique débuté il y a quelques années et qui, selon une récente étude, commence à porter ses fruit.

Un cordon sanitaire d’arbres d’une étendue de 4.500 km plantés en lisière du désert pour freiner son extension, voici en quoi consiste ce qui serait le plus vaste projet écologique au monde. Lutter contre la désertification semble être un enjeu majeur en Chine où chaque année, les zones arides supplantent 3600 km² de prairies.

Le phénomène, en plus de réduire la surface de terres arables précieuses pour nourrir une population de 1,3 milliards d’humains engendre de grandes tempêtes de sable jaune et favorise les inondations massives comme ce fut le cas avec le fleuve Bleu en 1998.
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Corée du Nord : La grande illusion

En 2012, après deux ans de tractations, Michaël Sztanke et Julien Alric avaient obtenu un visa pour pénétrer en Corée du Nord. De ce premier voyage, ils sont revenus avec des images officielles. Jamais ils n’ont pu observer ce qui se cachait derrière la vitrine de Pyongyang.

En 2014, ils ont obtenu un nouveau visa afin de terminer leur film. Cette nouvelle plongée dans le royaume ermite leur a permis de répondre aux questions restées en suspens lors de leur premier voyage.

Comment vivent les Nord-Coréens ? Quelle est la véritable nature de ce régime ubuesque ? Ils se sont également rendus en Corée du Sud afin de rencontrer des réfugiés nord-coréens qui, miraculeusement, ont pu s’échapper vers le sud et témoigner.

Corée : Bac à tout prix

Au pays du matin calme, l’examen de fin de lycée est l’enjeu de toute une vie. Un bon classement, c’est la garantie d’accéder aux meilleures universités et de faire carrière.

Pour s’y préparer, chaque année, les 600.000 candidats révisent jusqu’à quinze heures par jour. Une course à la performance, une obsession pour les études qui vire, parfois, au drame. En Corée, le suicide est la première cause de décès chez les adolescents.

Kidzania : « Soyez prêts pour un monde meilleur ! »

Kidzania, le parc d’attractions où les enfants travaillent. Cette chaîne de parcs à thème s’apprête à ouvrir à Londres en 2015 et pourrait s’implanter à Paris. Elle permet aux 5-15 ans de découvrir le monde du travail, de l’entreprise et celui des marques. Certains parents ne semblent pas du totalement séduits…

Travailler comme les grands pour gagner des sous. Les attractions proposées par Kidzania sont bien loin du petit train de Disneyland Paris. Cette entreprise mexicaine a déjà attiré 31 millions de visiteurs depuis 1999 dans ses seize parcs à thème implantés dans une douzaine de pays. Et elle s’apprête à ouvrir à Londres et pourrait même s’implanter en France.

Le parc londonien sera situé au-dessus d’un magasin Marks & Spencer, dans l’ouest de la capitale britannique. Soit une mini-ville de 7.000 mètres carrés dans laquelle les enfants de 4 à 14 ans pourront travailler comme les adultes et gagner des kidzos, une monnaie virtuelle. Ils exerceront le métier de leur choix parmi une soixantaine, par session de 25 minutes à chaque fois, pendant que leurs parents feront leurs courses.

Les grandes marques omniprésentes dans le parc
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Ébolaphobie : L’Afrique mise au ban du monde ?

La psychose suscitée par le virus Ébola atteint parfois des records d’absurdité. Les raccourcis, les incompréhensions et les confusions alimentent l’inquiétude à l’étranger… qui peut rapidement se transformer en afrophobie, voire en racisme pur et simple.

Les rumeurs concernant Ébola filent à toute vitesse et dépassent les frontières africaines. À l’étranger, certains n’ont visiblement pas compris que l’épidémie ne concernait que 4 pays sur les 54 du grand continent… faisant courir un autre risque, bien réel : celui d’ostraciser tous les Africains, sans exception.

Tour d’horizon des décisions les plus irrationnelles prises par peur du virus.
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Corée : Une énorme ville touristique de 220 milliards d’euros

Construite en 20 ans et trois fois plus vaste que Macao, 8City sera selon ses promoteurs une énorme ville de jeux d’argent et de loisirs. Un gigantesque projet, s’il trouve assez de fonds pour décoller.

Pour rivaliser avec les grandes destinations touristiques mondiales de jeux d’argent, la Corée envisage de construire une « ville de tourisme »  massive et ridiculement chère – édifiée en forme de 8, chiffre porte-bonheur en Chine – afin d’attirer spécifiquement le tourisme des Chinois très riches.

Ce projet de 300.000 milliards de wons (environ 220 milliards d’euros) appelé 8City sera trois fois plus grand que Macao, la grande destination des joueurs en Chine, quand il sera achevé d’ici 20 ans. L’installation de 80 kilomètres carrés (à titre de comparaison, Paris a une surface de 105 km2) sera réalisée dans la troisième plus grande ville du pays, Incheon, dans les îles Yongyu-Muui.

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Arménie : L’exode économique vers la Russie

Lassés par l’économie contrôlée, les atteintes aux droits de l’homme et le risque de guerre contre l’Azerbaïdjan, plusieurs dizaines de milliers d’Arméniens quittent le pays chaque année. Chez ceux qui restent, la désillusion est de rigueur. Malgré tout, des mouvements civiques émergent, laissant entrevoir de minces espoirs de changement.

D’après Gagik Yeganyan, chef du service des migrations au ministère de l’Administration territoriale, 28.960 personnes au total ont quitté l’Arménie en 2010. Et dans un pays qui ne compte, officiellement, plus que 3,1 millions d’habitants –sûrement moins de 3 millions en réalité–, chaque départ est vécu comme une saignée. Pour autant, ce haut fonctionnaire se refuse à parler de migration de masse, et c’est à peine s’il reconnaît que «la situation est préoccupante».Le démographe et économiste Ruben Yeganyan, qui a travaillé sur le problème démographique arménien pour l’ONU, dépeint lui un tableau bien plus sombre:

«Selon les estimations optimistes, la population du pays aura baissé de 100.000 à 200.000 personnes d’ici 50 ans. Selon des projections plus réalistes, le chiffre se situe entre 500.000 et 600.000 personnes. Et je ne préfère même pas parler des prévisions pessimistes.»

Et vu la difficulté d’obtention des visas pour l’Europe, près de 80% des émigrants partent s’installer en Russie. Pourtant, «bien qu’elles soient fluctuantes, les conditions d’accueil des émigrants, victimes de la xénophobie de la population russe, se sont dégradées, estime Ruben Yeganyan. Les autorités russes n’ont aucun désir de s’opposer à ce ressentiment. Il est même utilisé comme un outil de manœuvre politique pour détourner la population des problèmes de politique intérieure. Malgré tout, les Arméniens continuent de partir travailler là-bas. Indirectement, c’est un témoignage de la gravité de la situation chez nous».

Inexorablement, l’Arménie se vide de ses habitants
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Protection de l’innovation : L’inflation des brevets s’explique aussi par l’extension de leurs domaines d’usage, tant privé que public

L’augmentation du nombre de dépôts de brevets génère des critiques. Pourtant, bien que coûteux, ce système de défense de l’innovation reste efficace, et les réflexions se poursuivent pour soutenir la politique d’innovation des PME. Mais si la hausse du nombre de demande de dépôts de brevets se poursuit, c’est aussi parce les organismes publics en déposent à tour de bras pour valoriser le résultat de leurs travaux. Et c’est encore, car le brevet endosse désormais de nouvelles utilités, notamment dans les domaines de la communication, du management et de la finance.

La première fonction du brevet (quel que soit le système national de brevet) est de protéger l’invention pour une période de temps limitée (aujourd’hui 20 ans maximum). Toutefois, pour l’obtenir, le déposant doit fournir un descriptif précis de l’invention qu’il a produite. [...] Il s’ensuit qu’avec le dépôt de brevet, il y a des risques de contrefaçon ou d’imitation de l’invention. Le système judiciaire s’avère tout à fait complémentaire du système de brevet, il permet au déposant de défendre ses droits. Il apparaît comme l’une des conditions d’un fonctionnement correct du système de brevet.

Ce paragraphe est extrait des Nouvelles fonctions du brevet – approches économiques et managériales, ouvrage coordonné par Pascal Corbel et Christian Le Bas. Le brevet à l’origine a pour but de protéger une invention, tout en favorisant l’innovation, puisque celle-ci est rendue publique et évite le recours au secret industriel. Le nombre croissant de dépôts de brevets (5,17 millions de demandes de brevets attendaient en 2010 d’être traitées au niveau mondial, selon un rapport de l’OMPI, l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle, une institution spécialisée des Nation Unies) est l’objet de critiques dans certains milieux.

Il y a une augmentation du nombre de brevets, sans doute supérieure aux dépenses de recherche et développement, et supérieure aux inventions produites”, confirme Christian Le Bas, auteur de l’ouvrage précité et professeur d’économie à l’université Lyon 2. Mais il ne se fait pas l’écho de ces inquiétudes. “Mais c’est parce qu’une invention est protégée par plus d’un brevet, on protège de plus en plus les rouages. La même invention va être protégée en France par une dizaine de brevets, plus des extensions dans le monde…

J’ai entendu parler de cette idée selon laquelle il y a trop de brevets. Ce n’est pas quelque chose qui me frappe, déclare Yves Bizollon, avocat associé chez Bird & Bird en charge de la propriété intellectuelle. Il y a, en France et en Europe, des dépôts raisonnables.” L’OMPI, qui a publié les chiffres de 2010, estime que le taux de croissance des dépôts de brevets est simplement corrélé au dynamisme des activités de recherche et développement.

Ce qui se dégage de nos chiffres, c’est une croissance au niveau mondial des demandes dans tous les domaines de la propriété intellectuelle, confirme Bruno Le Feuvre, statisticien à l’OMPI. La croissance de dépôts est généralement le signe d’une activité économique soutenue”. “Pour un constructeur automobile, il est important d’avoir un bon portefeuille de brevets, riche, sur les technologies qui ont de l’avenir, rappelle Marc Duval-Destin, directeur de la recherche et de l’ingénierie avancée chez PSA, premier déposant en France. Quand vous faites une automobile, vous risquez d’être pris à parti sur la contrefaçon. Vous pouvez consciemment ou inconsciemment copier. Si vous avez un bon portefeuille de brevets, vous protégez votre modèle, et cela permet de répondre aux injonctions des concurrents.” C’est là l’utilisation classique du système brevet, qui malgré les critiques, semble toujours efficace pour protéger les innovations.

Protecteur et coûteux

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La disparition des États-Unis en tant que superpuissance mondiale

Par Alfred W. McCoy, professeur d’histoire à l’Université de Wisconsin-Madison. Auteur régulier pour TomDispatch, il préside également le projet “Empires in transition”, un groupe de travail mondial de 140 historiens, provenant d’universités issues de quatre continents.

Un atterrissage en douceur pour les États-Unis d’ici quarante ans ? N’y pensez pas ! La disparition des États-Unis en tant que superpuissance mondiale pourrait survenir bien plus vite que ce que l’on imagine. Si Washington rêve de 2040 ou de 2050 comme date de fin pour le « Siècle Américain », une estimation plus réaliste des tendances aux États-Unis et dans le monde laisse penser qu’en 2025, exactement dans 15 ans, tout pourrait être pratiquement terminé.

Malgré l’aura d’omnipotence que la plupart des empires projettent, un regard sur leur histoire devrait nous rappeler que ce sont des organismes fragiles. L’écologie de leur pouvoir est si délicate que lorsque les choses commencent à aller vraiment mal, les empires se désagrègent généralement à une vitesse incroyable : juste une année pour le Portugal, deux années pour l’Union Soviétique, 8 pour la France, 11 pour les Ottomans, 17 pour la Grande-Bretagne et, selon toute vraisemblance, 22 ans pour les États-Unis, à partir de la cruciale année 2003.

Les futurs historiens identifieront probablement l’invasion irréfléchie de l’Irak par l’administration de George W. Bush, cette année-là, comme le commencement de la chute de l’Amérique. Cependant, à la place du bain de sang qui a marqué la fin de tant d’empires du passé, avec des villes qui brûlent et des civils massacrés, cet effondrement impérial du 21ème siècle pourrait survenir de façon relativement discrète, par les circonvolutions invisibles de l’effondrement économique ou de la guerre cybernétique.

Mais n’ayez aucun doute : lorsque la domination mondiale de Washington prendra irrémédiablement fin, il y aura des souvenirs quotidiens douloureux de ce qu’une telle perte de pouvoir signifie pour les Américains de tous les milieux. A l’instar de ce qu’une demi-douzaine de nations européennes ont découvert, le déclin impérial tend à avoir un impact remarquablement démoralisant sur une société, apportant ordinairement des privations économiques pendant au moins une génération. Au fur et à mesure que l’économie se refroidit, la température politique monte, déclenchant souvent de sérieux troubles.

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Crise systémique : l’heure de vérité approche !

Par Gilles Bonafi

Le 8 novembre 2010 a eu lieu un événement d’une importance capitale, qui a fait deux lignes dans la plupart des grands quotidiens. En effet, lundi 8 novembre, Ambac Financial, l’assureur obligataire américain, s’est inscrit sous protection du chapitre 11 de la loi sur les faillites aux Etats-Unis.

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La guerre des monnaies aura lieu

Lors de sa réunion des 2 et 3 novembre, la FED a confirmé son opération QE2. De quoi s’agit-il ?

A l’issue de sa réunion de septembre, la FED avait déjà annoncé que la faiblesse de la conjoncture économique aux États-Unis pourrait l’amener, à partir de novembre, à mettre de nouveau en œuvre des mesures « non conventionnelles », c’est-à-dire des mesures quantitatives d’injection de monnaie centrale (« quantitative easing »), puisque les taux d’intérêt sont à zéro et que la politique conventionnelle ne peut donc aller plus loin.

La FED voulait ainsi rééditer sa campagne de 2009, et les analystes ont immédiatement trouvé un nom à son projet : QE2 (quantitative easing 2). L’annonce du 3 novembre confirme l’injection de 75 milliards de dollars par mois pendant 8 mois, soit au total 600 milliards de dollars.

Mais un examen attentif du compte-rendu des débats et des commentaires qui ont suivi la réunion de septembre montre que les motivations sont aujourd’hui très différentes de ce qu’elles étaient en 2008-2009. A cette époque, la FED était préoccupée par une chute de la demande. Aujourd’hui, les responsables semblent plutôt inquiets du risque de déflation.

De fait, malgré les montagnes de liquidités déversées par la FED en 2009, l’inflation sous-jacente pour les États-Unis (1) a continué de baisser pour être aujourd’hui en dessous de 1%, exactement comme cela s’est passé au Japon dans les premières années de la décennie 1990.

Ben Bernanke, le patron de la FED, est un spécialiste de ces questions et il fera certainement tout ce qui est en son pouvoir pour éviter que son pays ne tombe dans la même spirale funeste.

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Le FMI à l’heure du grand marchandage

L’assemblée annuelle du Fonds monétaire international (FMI) qui se tient aujourd’hui [vendredi 8 octobre 2010] à Washington s’annonce des plus tendues. Les 184 représentants des pays membres vont en effet y débattre de la réforme de la gouvernance de l’institution multilatérale, dans le but de l’adapter aux défis du XXIe siècle. Les grands pays émergents réclament, à juste titre, une plus grande influence dans la conduite de la politique du Fonds.

La volonté des pays d’Asie et d’Amérique est d’autant plus légitime qu’ils ne veulent plus être les victimes d’une institution dominée par les pays industrialisés, qui leur ont si longtemps imposé leur diktat. Il en va de la crédibilité internationale du FMI. La réforme revêt deux aspects. Le premier tient aux droits de vote de chacun des membres. Le second est lié à la composition du conseil d’administration.

Au sujet des droits de vote, les négociations en cours visent à transférer 5 % des voix des pays riches vers les pays émergents. Un premier transfert portant sur environ 3 % des droits est intervenu en 2008 au profit de la Chine, du Mexique, de la Corée et de la Turquie.

En l’état actuel de la situation, le pourcentage de droits de vote d’un pays dépend d’une formule mathématique compliquée, prenant en compte la valeur de son PIB mais aussi son degré d’ouverture économique, l’importance de ses réserves… Cette formule ne satisfait personne et sa simplification est à l’étude. Là encore, les négociations sont ardues.

Les Etats-Unis plaident pour que le PIB ait une importance prépondérante. Les pays émergents, eux, plaident plutôt pour un PIB en parité de pouvoir d’achat, et non en valeur nominale. Ce qui aboutirait à renforcer fortement leur poids. Selon les dernières propositions faites en juillet, la nouvelle formule proposée n’aboutirait qu’à un transfert de moins de 3 % des droits de vote vers les pays émergents. On est loin du compte.

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La nouvelle bombe démographique

L’auteur de cet article est consultant auprès du gouvernement des USA (il a, par exemple, influencé Condoleeza Rice, quant à l’Iran).

Nous ne publions pas ce texte en raison d’une quelconque adhésion à son contenu, mais parce qu’il nous paraît révélateur d’un certain état d’esprit des élites étasuniennes, voire d’une stratégie sous-jacente.

La rédaction de Fortune

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D’ici à 2050, la démographie du monde va beaucoup évoluer et pose de nouveaux problèmes, bien différents de ceux de la surpopulation.

Il n’est pas possible de parler du développement économique sans évoquer une constante majeure : la démographie.

Dans un essai qui vient de paraître («The New Population Bomb, The Four Megatrends That Will Change the World», Foreign Affairs, janvier-février 2010), le professeur Jack A. Goldstone résume avec une pertinence décapante les enjeux d’un monde en pleine transformation, mais très largement sous-estimés.

Il rappelle qu’il y a quarante ans tout juste, le biologiste Paul Ehrlich lançait un cri d’alarme qui marqua les esprits. Au rythme actuel, écrivait-il, l’explosion de la population mondiale conduit à une famine massive à l’horizon des années 1970. Ce pronostic, qui marqua les esprits, ne s’est pas produit ; la révolution verte et le planning familial permirent de l’éviter.

Selon Jack A. Golstone, la «bombe» démographique demeure, mais elle a changé de nature. Ce n’est pas tant la surpopulation que l’on doit redouter mais l’inégalité de son développement qui engendrera des tensions nouvelles ; en particulier, l’accroissement spectaculaire des habitants dans une majorité de pays pauvres et le vieillissement des vieilles nations industrialisées.
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La fallacieuse théorie du libre échange et la diabolisation du protectionnisme

Marc Rousset, auteur de “La Nouvelle Europe Paris-Berlin-Moscou. Le continent paneuropéen face au choc des civilisations” (Editions Godefroy de Bouillon, 2009), critique le dogme du libre-échangisme, utilisé, selon lui, comme arme de domination par ceux qui y ont intérêt, et prône le rétablissement du protectionnisme, seul réel moyen de développement et de prospérité.

Le modèle de la théorie des coûts comparés de Ricardo, décrit en 1817, dans son ouvrage On the principles of Political Economy repose sur une hypothèse essentielle, à savoir que la structure des coûts comparatifs dans les divers pays reste invariable au cours du temps.

Or, il n’en est ainsi que dans le cas des ressources naturelles.

Ainsi, par rapport à l’Europe occidentale, les pays producteurs de pétrole disposent d’un avantage comparatif qui restera le même dans un avenir prévisible.

De même, les produits tropicaux ont un avantage comparatif qui ne saurait disparaître.

La théorie des coûts comparés est fondée sur l’immobilité des facteurs de production

En revanche, dans le domaine industriel, aucun avantage comparatif ne saurait être considéré comme permanent. Chaque pays aspire légitimement à rendre ses industries plus efficaces et il est souhaitable qu’il puisse y réussir.

Il résulte de là que l’arrêt de certaines activités dans un pays développé, en raison des désavantages relatifs d’aujourd’hui, pourra se révéler demain complètement stupide, dès lors que ces désavantages relatifs disparaîtront. Il faudrait alors rétablir ces industries, mais entre-temps on aura perdu le savoir-faire.

Voir : “Les théories de la mondialité”, par Gérard Dussouy.

La théorie de Ricardo ne vaut que dans un monde stable et figé. Elle n’est pas valable dans un monde dynamique, où les fonctions de production et les salaires évoluent au cours du temps, où les capitaux peuvent se déplacer librement et où les industries peuvent être délocalisées. Lire la suite

Le virus mutant de la crise

Entretien avec Jacques Sapir

1.- Vous affirmez que l’on ne doit pas confondre le capitalisme et le marché. Quelle est la différence entre l’économie capitaliste et l’économie de marché ?

On a en effet souvent tendance à confondre ces deux notions. Or elles ne sont pas synonymes. Le marché, pris au sens théorique du terme, est un mode de coordination, mais il n’est pas le seul. On constate que, partout où l’on trouve des marchés, on trouve aussi d’autres modes de coordination, comme les réseaux et les hiérarchies, et surtout des institutions sans lesquelles les marchés ne sauraient fonctionner.

Au sens strict du terme, une économie de marché utiliserait uniquement le « marché » comme mode de coordination. Les entreprises n’y existeraient pas. Dans un sens moins strict, on utilise souvent le terme en opposition à « économie mixte » ou encore à « économie planifiée » en oubliant que, dans ces économies, les marchés sont aussi présents. Le problème, avec ceux qui parlent d’économie de marché, est qu’ils ne savent pas à quels marchés ils font référence, et qu’ils ignorent, ou feignent d’ignorer, que certains marchés sont des institutions et parfois même, comme dans le cas des Bourses du monde entier, des entreprises. L’économie de marché, au sens d’une économie entièrement régie par le principe du marché, me semble une impossibilité théorique. Elle relève d’une utopie libérale, au même titre que la société sans classes et sans État.

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Mettre fin au déclin de l’Europe prendra une génération

Pour comprendre que la prospérité ne viendra pas des plans de relance de l’État mais des entrepreneurs et de leur prise de risque, cela prendra une génération

L’Union européenne dit sauver la Grèce, ou plutôt l’État grec, mais chacun comprend qu’elle sauve ses propres banques. Un mensonge de plus qui renforce la perte de confiance envers les autorités. L’Europe poursuivra son déclin si elle ne change pas complètement d’état d’esprit. «Aujourd’hui, si l’on réinventait l’automobile, elle serait interdite par les autorités parce que quelqu’un montrerait que la voiture peut tuer,» déclarait récemment Jürgen Hambrecht, président du conseil d’administration de BASF, lors de l’ISC Symposium de Saint-Gall. La prise de risque semble interdite en Europe. Pourtant la prospérité ne viendra pas des plans de relance d’États tous plus ou moins gravement endettés ni d’une politique monétaire créatrice de fausses incitations. Mieux vaut replacer l’entrepreneur dans le rôle de pilote, même si cela prendra une génération.

L’OCDE vient en effet de publier une étude fort intéressante * sur les impôts sur les salaires. Ceux-ci englobent les charges patronales et salariales de sécurité sociale et ce que l’on nomme le coin fiscal (tax wedge), c’est-à-dire l’écart entre le coût total de la main-d’œuvre pour l’employeur et ce que le salarié reçoit.

Pourquoi un entrepreneur aurait-il intérêt à investir en Europe si la moitié du coût du travail part en cotisations sociales?

Le pire coin fiscal se trouve en Belgique (55,2%), Hongrie (53,4%), Allemagne (49,2%) et France (49,2%).
La Grèce n’est pas loin (41,5%). Les bons élèves, ceux qui tentent d’attirer l’initiative privée, sont la Nouvelle-Zélande (0,6%), l’Islande (8,6%), le Luxembourg (11,2%), l’Irlande (11,7%).

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Guerre des monnaies – Dollar contre Yuan – deuxième round

Par André Serra

Il y a incontestablement une “guerre des monnaies” dans le monde depuis le début de la crise, je qualifierais ce qui s’est passé jusqu’ici de premier round, pendant lequel des initiatives ont été lancées par différents pays pour démontrer, sous plusieurs motifs, la nécessité de remplacer le dollar dans son rôle actuel de monnaie internationale de paiement et de réserve, par une monnaie planétaire nouvelle qui serait, celle-ci, indépendante de tout État national particulier.

Après un rappel de ces initiatives en cours, je décrirai le second round, qui vient à peine de commencer.

1er round :

Le lundi 19 novembre 2007, à Singapour, le premier ministre chinois, Wen Jiabao, a montré qu’il était de plus en plus difficile de gérer les 1430 milliards de dollars (970 milliards d’euros) de réserves de change de la Chine, à cause de la devise américaine (réserves se montant à 2600 milliards de dollars en avril 2010). “Nous n’avons jamais connu une pression aussi forte”, a-t-il déclaré, selon l’agence Reuters. “Nous sommes inquiets sur la manière de préserver la valeur de nos réserves”, a-t-il ajouté. La devise étasunienne avait perdu 5% contre le yuan depuis janvier 2007, et malgré toutes les promesses de Washington, il continuait, jour après jour, de perdre des plumes. C’était alors le tout début de la crise des subprimes, qui devait exploser quelques mois plus tard.

Dès cette époque, la Chine se mit à plaider dans chaque forum qu’il était grand temps de remplacer le dollar comme monnaie de paiement et de réserve. Rapidement, cette information fit le tour du monde et tous les ministres des Finances de la planète commencèrent à plancher sur le sujet.

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Au Japon, la liste noire des étudiants endettés

Début 2009, le Japon a « blacklisté » des élèves endettés afin de les forcer à honorer leur prêt étudiant. Yasushi fait partie de ces 200 000 jeunes japonais fichés par les pouvoirs publics.

Yasushi Kurihara, 31 ans, prépare un doctorat en sciences politiques à Waseda, prestigieuse université privée de Tokyo. Il vit à Saitama, en banlieue, chez ses parents. Son père, 65 ans, de condition modeste, travaille à la mairie de Tokyo. Il va prendre sa retraite cette année, ce qui inquiète Yasushi, car les revenus de la famille vont diminuer. Sa mère, 60 ans, est femme au foyer et occupe des emplois à temps partiel dans des supermarchés.

Yasushi est lecteur à Musashi Gakuin. A l’instar d’un tiers des enseignants de cette université, son contrat est à durée déterminée et son statut est celui de « salarié non-régulier. » Ses six heures mensuelles d’enseignement lui rapportent 200 000 yens par an (1 600 euros). La période est de plus en plus concurrentielle : il ne peut obtenir plus d’heures et il n’est d’ailleurs pas assuré de garder son poste l’an prochain.
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Implosion occidentale et croissance chinoise

Une tribune libre de Michel Drac

La plupart des Occidentaux sont encore aujourd’hui convaincus que les USA possèdent une économie infiniment plus puissante, performante et créatrice de richesses que l’économie chinoise.

Il est fréquent qu’on vous oppose, quand vous évoquez la montée en puissance de la Chine, le ratio qui existe entre le PIB US au taux de change courant (14 400 milliards de dollars en 2008) et son équivalent chinois (4 300 milliards pour la même année), soit à peu près le chiffre magique de 3.

Voyons, comment pouvez-vous évoquer une situation de quasi-parité entre Chine et USA en termes de puissance économique, alors que le PIB des USA est trois fois plus gros que celui de la Chine ? Et comment pouvez-vous dire que le système US n’est pas forcément plus performant que le système chinois, alors que les USA, quatre fois moins peuplés que la Chine, ont un PIB trois fois plus important ? Voyons, le PIB par habitant des USA est 13 fois plus élevé que celui de la Chine !

Pour mesurer à quel point ce type d’interrogation est en soi révélateur de la confusion carte/territoire qui constitue, dans l’actuelle phase de paraphrénie collective, l’essence du mode de pensée de nos contemporains occidentaux, il faut ici rappeler quelques évidences.

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La Chine surestime-t-elle dangereusement sa puissance ?

Par Ambrose Evans-Pritchard

La Chine a succombé à l’hybris. Elle a confondu la diplomatie soft de Barack Obama avec de la faiblesse, la crise du crédit américaine avec un déclin, et sa bulle mercantiliste avec une montée en puissance. Il y a là comme un écho des querelles anglo-allemandes avant la Première Guerre mondiale, lorsque Berlin avait terriblement mal évalué l’équilibre stratégique des puissances et surjoué ses atouts.

Dans moins d’un mois, le Trésor américain doit statuer sur le fait que la Chine « manipule » sa devise, ce qui, en vertu de la loi américaine, entrainerait des sanctions. Précédemment, Washington avait fait l’impasse, mais nous sommes désormais dans un monde différent, lorsque le taux de chômage U6 atteint 16,8%. [L’indicateur U6 prend en compte le chômage, le sous-emploi et les travailleurs découragés de rechercher un emploi - NDT]

« Il leur sera vraiment difficile d’éluder à nouveau le fait évident que la Chine manipule [sa devise]. Sans une menace crédible, nous n’arriverons à rien », juge l’économiste Paul Krugman, lauréat du prix Nobel.

Le Premier ministre chinois Wen Jiabao reste intraitable.

« Je ne pense pas que le yuan soit sous-évalué. Nous nous opposons à ce que les nations se pointent du doigt les unes les autres, ou même forcent un pays à apprécier sa monnaie », a-t-il déclaré hier [le 13 mars 2010]. Une fois encore, il a exigé que les Etats-Unis prennent des « mesures concrètes pour rassurer les investisseurs » sur la stabilité des actifs américains.

« Certains disent que la Chine est devenue plus arrogante et dure. Certains mettent en avant la théorie d’un soi-disant triomphalisme chinois. Ma conscience reste sereine, malgré les calomnies de l’extérieur », a-t-il affirmé.

Quelques jours auparavant, le Conseil d’Etat avait accusé l’Amérique de turpitudes en série : « aux Etats-Unis, les droits civiques et politiques des citoyens sont sévèrement restreints et violés par le gouvernement. Les droits des travailleurs sont gravement enfreints, ».

« Les Etats-Unis, par leur forte puissance militaire, ont exercé une hégémonie sur le monde, foulant aux pieds la souveraineté des autres pays et violant leurs droits de l’homme. »

« À une époque où dans le monde les droits de l’homme souffrent d’une grave catastrophe provoquée par la crise financière mondiale induite par la crise américaine des subprimes, le gouvernement américain se réjouit d’accuser d’autres pays. » Et ainsi de suite.

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Corée du Nord : c’est la Berezina économique

La famine a fait sa réapparition dans certaines régions. Elle est la conséquence de la réforme monétaire initiée à l’automne 2009.

2007 : tentative de transformation d'un marais en terre agricole à Yomju, au nord de Pyongyang

La Corée du Nord serait victime d’une importante inflation et d’une pénurie de marchandises, conséquences inattendues des mesures prises lors de la réforme monétaire [dévaluation] de novembre 2009 qui visait à resserrer le contrôle du marché.

Les ouvriers ne seraient plus payés, et la situation serait beaucoup plus préoccupante que certains analystes le craignaient, la famine faisant même des morts.

D’après des sources nord-coréennes et chinoises installées à Dandong, ville chinoise située près de la frontière nord-coréenne, le prix du riz, fixé à 30 wons [2 centimes d’euro] le kilo par le régime de Pyongyang lors de la réforme, atteindrait 300 wons dans la ville de Sinuiju [située en face de Dandong], voire 40 000 wons dans les régions plus isolées. Un kilo de viande de porc, qui vaut officiellement 45 wons, s’achèterait 800 wons, un paquet de cigarettes à 20 wons se paierait 300 wons.

Comme les prix augmentent chaque jour, les Chinois ou les Nord-Coréens qui font du commerce entre les deux pays attendent avant de mettre leurs marchandises sur le marché, ce qui fait monter encore plus les prix et donne naissance à un véritable cercle vicieux.

“Si on attend un jour, on fait plus de bénéfices. Du coup, les gens ne veulent pas vendre. Mes confrères nord-coréens en font autant. Ils viennent acheter en Chine, mais ils ne revendent pas tout de suite chez eux”, explique un commerçant chinois.

“J’ai un parent à Sinuiju. Il voulait que je lui envoie du riz. Il disait que, même dans cette ville, il y avait des gens qui mouraient de faim. J’avais entendu parler de ce genre d’histoire pour les campagnards, mais jamais pour les habitants de Sinuiju, qui s’approvisionnent assez facilement à Dandong [les deux villes étant reliées par un pont]. Cela prouve que la situation est plus grave qu’on ne le pense”, ajoute un autre.

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La Chine, colosse aux pieds d’argile ?

Par Michel Santi

Devenue cette année deuxième puissance économique au monde en dépassant le Japon, la Chine, qui bénéficie d’attributs incontournables, est de plus en plus considérée comme le concurrent de choix des Etats-Unis au rang de superpuissance. Du reste, la dénomination lapidaire de “G-2” décrivant la relation bilatérale Etats-Unis / Chine ne fait que confirmer en creux l’absence d’autre concurrent à ce rôle de superpuissance.

Bénéficiant d’une croissance à deux chiffres et ce quasiment depuis 1979, affichant un P.I.B. de 4.400 milliards de dollars en 2008 et un commerce international riche de 2.600 milliards de dollars cette même année, la Chine dispose d’une formidable base industrielle, établie sur un territoire peuplé de près d’un milliard quatre cent millions d’individus et vaste comme un continent, dirigé par un Etat centralisé fort, disposant tout à la fois d’un siège permanent au Conseil de sécurité de l’ONU et de l’arme nucléaire…

Pourtant, et en dépit de transformations et d’avancées remarquables en trente ans la consacrant dans notre conjoncture de crise actuelle comme locomotive économique du monde, la Chine n’est toujours pas une superpuissance !

Les signes distinctifs d’une superpuissance étant la combinaison d’acquis technologiques majeurs au service d’une économie hyper concurrentielle, dans un environnement démographique harmonieux, dotée d’une force militaire omnipotente, seuls les Etats-Unis peuvent encore de nos jours se targuer de cette dénomination.

Au faîte de sa gloire, l’URSS elle-même n’était pas, selon ces standards, une superpuissance car, ne bénéficiant pas de cohésion nationale, ni d’aucun de ces attributs majeurs, elle ne se distinguait que sous le prisme unidimensionnel de la compétition militaire avec les Etats-Unis.

Puissance incontestable, en cela qu’elle est à même de défendre sa souveraineté, tout en exerçant une influence prédominante sur les donnes économique et géopolitique mondiales, la Chine devra encore surmonter bien des obstacles, si son ambition est bien de devenir une superpuissance.
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Jacques Sapir : réflexion sur la crise

Texte rédigé par l’économiste français pour le magazine de Séoul «KRX Magazine», revue destinée aux milieux d’affaires coréens. Interview réalisée par Lee Sang Won.

1. La plupart des économistes considèrent cette crise comme une crise du marché d’immobilier américain ; vous voyez dans cette crise la fin de l’hégémonie américaine. Qu’est ce que vous voulez dire par là ?

La crise actuelle a certes débuté sur le marché hypothécaire américain. Mais, ses sources réelles plongent leurs racines dans les désordres qui ont affecté l’économie américaine depuis la fin des années 1980.

Ces désordres sont de nature réglementaire : la libéralisation et la déréglementation des marchés financiers a joué un grand rôle. Ainsi, la suppression de la loi qui séparait les fonctions des banques, ce que l’on appelle le «Glass-Steagal Act», a eu un rôle important dans cette crise.

La responsabilité des économistes du courant dominant a ici été importante. La thèse des «marchés efficients», qui a été vulgarisée à partir du début des années 1990, a certainement donné une justification pseudo-scientifique à ces pratiques de déréglementation.

Mais, ces désordres sont aussi inscrits dans les structures du modèle de croissance américain : l’appauvrissement, relatif puis absolu, d’une majorité de la population, alors que continuaient à s’enrichir les 1% les plus riches, et la désindustrialisation des Etats-Unis, qui explique l’émergence d’un déficit commercial de plus en plus important. En 2006, à la veille de la crise, il atteignait plus de 5% du PIB.

Ce sont ces désordres structurels qui expliquent la montée de l’endettement privé aux Etats-Unis. En 2006 toujours, la dette des ménages atteignait 100% du PIB et celle des entreprises 76%. Ces désordres ont atteint aussi les pays qui ont imité le modèle américain au point d’apparaître aujourd’hui comme des clones, soit la Grande-Bretagne, l’Irlande et l’Espagne.

Ces désordres remontent à loin. Ils ont commencé à se manifester avec la période de l’administration Reagan et ils ont, à l’époque, déjà donné lieu à une crise importante, celle des Caisses d’Épargne en 1990/1991. Lire la suite

Le Beaujolais nouveau, un cru mondialiste

Ou comment le Beaujolais nouveau a inondé le monde. Étiquettes bariolées, goût adapté au consommateur, bouchon en plastique… En bousculant la tradition, les producteurs français ont fait d’un modeste vin primeur une marque mondiale qui rivalise avec le champagne.

Lancé chaque troisième jeudi de novembre dans le monde entier, ce vin primeur s’est évertué, cette année, à faire face à la crise en misant notamment sur le Japon, premier pays importateur du fameux cru. En 2008, le chiffre d’affaires de la commercialisation du beaujolais nouveau a atteint 43 millions d’euros.

Le succès du beaujolais nouveau ? Avoir su offrir le même jour, à la même heure, le même produit dans le monde entier. Cette formule marketing parfaitement efficace a transformé ce « vin de soif » en événement mondial. Cette année, le beaujolais nouveau a débarqué le jeudi 15 novembre par camions entiers, ainsi que par trains, avions et bateaux dans les magasins, les bistrots, les restaurants de Bangkok, Londres, New York ou Tokyo.

Une vraie saga commerciale qui dure depuis cinquante ans. Avec des chiffres qui impressionnent : 60 millions de bouteilles ont été commercialisées en 2000, dont 25 millions exportés dans 150 pays. Et une notoriété immense. A l’étranger, les consommateurs connaissent deux vins français : le champagne et… le beaujolais nouveau. De quoi donner à réfléchir aux viticulteurs de France et de Navarre, qui commencent à prendre conscience que, à l’export, la logique de marque a tendance à prévaloir, comme le démontrent, mois après mois, les Australiens, les Californiens, les Néo-Zélandais et autres Sud-Africains, avec leurs bouteilles ne mentionnant ni terroir ni millésime. En ces temps de concurrence exacerbée avec les vins du Nouveau Monde, le beaujolais nouveau, avec sa percée sur le marché international, fait de plus en plus figure de modèle. Il joue en tout cas un rôle de locomotive pour l’ensemble des appellations d’origine contrôlée. Et montre aux professionnels de la filière tout l’intérêt qu’il y a à renouveler l’imagerie vieillotte associée au vin français. Une leçon à retenir à l’heure où nombre de viticulteurs français songent à se « déringardiser. »
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Pour Ben Bernanke, c’est l’Asie qui met en danger l’économie mondiale

Le président de la Réserve fédérale étasunienne Ben Bernanke a souligné lundi que des politiques économiques de promotion de l’exportation en Asie risquaient de faire réapparaître les déséquilibres des échanges commerciaux et financiers.
Ces déséquilibres, de l’avis de certains, ont contribué à alimenter la bulle immobilière aux Etats-Unis.

Les excédents commerciaux atteints par le biais de politiques qui gonflent artificiellement l’épargne intérieure et les industries de l’exportation provoquent des perturbations dans l’allocation de ressources, a-t-il expliqué.

“Pour parvenir à une croissance économique plus équilibrée et durable et pour réduire le risque d’instabilité financière, nous devons éviter des déséquilibres toujours croissants et intenables des flux commerciaux et financiers”, a-t-il observé, dans un discours prononcé à une conférence de la Fed de San Francisco sur l’Asie.

Ces déséquilibres se sont atténués à la suite de la crise, mais la reprise économique et l’augmentation des échanges commerciaux risquent de les remettre en valeur, a-t-il dit.

Ben Bernanke remarque que les économies asiatiques ont fortement rebondi après la crise, avec des taux de croissance annualisés à deux chiffres attendus en Chine, à Hong Kong, en Corée, en Malaisie, à Singapour et à Taïwan.

“A ce stade, alors même que des risques subsistent avec certitude pour les perspectives économiques, l’Asie semble le moteur de la reprise mondiale”, dit-il.

Il ajoute que les pays asiatiques dont l’économie est la plus ouverte, comme Singapour, Hong Kong et Taïwan, ont été les plus touchés par la crise, alors que la Chine, l’Inde ou l’Indonésie, qui sont parmi les économies “les moins ouvertes financièrement” ont vu la croissance de leurs économies se poursuivre tout au long de la crise (ndlr : l’incompréhensible traduction originelle de la fin de cette phrase a été corrigée à l’aide de la version anglaise de cette dépêche). Lire la suite