Le balai comme la moindre des choses

Par Frédéric Lordon

Seuls ceux qui portent sur la politique le regard scolastique des logiciens auront du mal à comprendre qu’on puisse dire d’un même événement — comme l’affaire Cahuzac — qu’il est à la fois secondaire et principal. Péripétie fait-diversière et crapoteuse, bien faite pour attraper le regard et le détourner des choses importantes (accord sur l’emploi « ANI » [1], austérité, chômage, etc.), la bouse soudainement posée n’en a pas moins le mauvais goût de tomber au plus mauvais moment — il est bien vrai que le spectacle de la cupidité déboutonnée, lors même que le corps social en bave comme jamais, donne quelques envies de coups de fourche. Elle y ajoute surtout un effet de révélation potentiellement dévastateur si l’on en vient à considérer que les « péripéties », loin d’être des exceptions locales sans signification globale, sont en fait les expressions d’un système, et qu’il n’est peut-être pas fortuit qu’on retrouve identiquement cette passion de l’argent dans tous les gouvernements qui se succèdent pour garantir sa continuité à l’austérité ainsi qu’à toutes les politiques conduites chaque jour plus visiblement d’après les intérêts du capital.

Bien sûr il restera toujours un François Chérèque pour chialer ses grands dieux, pleurer Mendès et crier Delors que c’est toute la « gauche responsable », celle qui « pense qu’il est juste de mettre fin aux dérives des finances publiques car elles créent de l’injustice » [2], qui se sent « humiliée » par le « traître » Cahuzac — puisque c’est l’évidence à crever les yeux que sabrer dans les salaires des fonctionnaires, réduire leurs effectifs (à l’école, dans les tribunaux, à l’inspection du travail, etc.) ou ratiboiser les prestations sociales sont les gestes mêmes de la justice en marche. On s’en voudrait d’ajouter au sanglot de Chérèque, mais il faut quand même lui signaler que pour d’autres que lui, dont le nombre devrait croître, l’événement Cahuzac, de secondaire, pourrait bien devenir principal, jusqu’au point de vouloir se débarrasser non seulement de la péripétie mais du système qu’elle exprime — et des formes de « justice » que Chérèque persiste à y voir.

Sans doute passablement plus embarrassant que les diversions militaires du Mali ou sociétales du mariage pour tous, l’épisode Cahuzac n’en a pas moins — à quelque chose malheur est bon — la vertu superficielle d’occuper les esprits à penser à autre chose — autre chose que le réel des politiques économiques et sociales dont les historiens du futur regarderont comme une insondable énigme qu’elles aient pu être proposées au suffrage sous le titre « le changement, c’est maintenant ».

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Sécurité, immigration ou “made in France” : le consensus des élites européennes vole en éclats

Quand Marine Le Pen se prend à rêver d’un Front national centre de gravité de la vie politique française, il faut plutôt voir un phénomène européen de prise de conscience de la réalité de la désindustrialisation du continent.

Il se trouve qu’aujourd’hui l’objet d’un consensus élitaire en Europe est en train de voler en éclat, et que les hommes politiques sont forcés de se réintéresser à des sujets concrets et basiques, que sont la politique industrielle et la politique économique. Sans oublier ce qu’est une communauté politique et civique dans la mondialisation, soit dans un univers qui n’est pas extrêmement stable, voire relativement inquiétant pour les gens.

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Les britanniques victimes de la mode

Par Paul Krugman

Au printemps 2010, la rigueur fiscale est devenue une mode. J’utilise le terme en connaissance de cause : le soudain consensus des Gens Très Sérieux autour du fait que tout le monde devait équilibrer les budgets là maintenant tout de suite n’était basé sur aucune espèce d’analyse sérieuse.

C’était plutôt une lubie, un truc que tout le monde prétendait croire parce que c’était ce que disaient les gens en vue.

Et c’est une mode qui est en train de passer ces derniers temps, à mesure que s’accumulent les preuves que les leçons du passé restent pertinentes, que chercher à équilibrer les budgets dans un contexte de chômage important et d’inflation en recul reste une idée vraiment mauvaise. Plus particulièrement, on a montré que la fée de la confiance n’était qu’un mythe.

L’idée que la réduction des déficits ferait en fait baisser le chômage car elle rassure les consommateurs et les entreprises est très répandue ; mais de nombreuses études historiques, dont l’une du Fonds monétaire international, ont montré que cette affirmation n’avait aucun ancrage dans la réalité.

Aucun engouement de masse ne passe, néanmoins, sans laisser quelques victimes dans son sillage. Dans le cas présent, les victimes sont la population britannique, qui a la malchance d’être gouvernée par un gouvernement qui a pris ses fonctions au plus fort de l’engouement pour la rigueur, et qui ne veut pas admettre qu’il avait tort.

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Serbie : aujourd’hui, l’adhésion à l’UE n’est plus qu’une « question technique »

Réunis lundi 13 septembre, les 27 ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne ont décidé de débloquer la demande de candidature de la Serbie. Belgrade doit maintenant attendre la réunion du Conseil de l’Union européenne fin octobre pour voir son dossier transmis à la Commission. Božidar Đelić, vice-Premier ministre serbe, s’est félicité de cette avancée qui devrait permettre d’entamer des pourparlers dès la mi-2012.

Le président serbe, Boris Tadic, avec José Manuel Barroso, président de la Commission européenne, le 3 septembre 2008

Les ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne se sont montrés disposés, lundi 13 septembre 2010, à débloquer la demande de candidature de la Serbie et à la renvoyer devant la Commission européenne. Ils en ont toutefois été empêchés par une question technique relative à la formation du gouvernement néerlandais, qui n’est pas achevée. Certes, Belgrade devra ainsi attendre leur prochaine réunion prévue en octobre pour franchir cette étape décisive, mais il ne fait plus de doute depuis le 13 septembre que la volonté politique d’aller en ce sens existe bien chez tous les États membres de l’UE. Cela signifie, comme l’a par ailleurs confirmé le vice-Premier ministre Božidar Đelić, que « la Serbie pourrait obtenir le statut de pays candidat avant la fin de l’année 2010, et connaître la date du début des négociations en vue d’une adhésion en bonne et due forme à l’UE d’ici la mi-2012 ».

L’adhésion de la Serbie, une « question technique »

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Goldman Sachs mène l’attaque contre l’Europe et la Grèce

Par Roberto Fiorini

Lecture décalée des événements contre la Grèce et l’Europe…

Qui agit en sous-main ? Aidé par les agences de notations, fidèles alliés du système mafieux ?

Dans les salles de bourses on prononce son nom, mais avec prudence, car on ne peut accuser sans preuve ; pourtant, parfois, les langues se délient. Goldman Sachs jouerait sur les deux tableaux : d’un côté, elle aiderait l’Etat grec à vendre sa dette sur les marchés et de l’autre, elle manipulerait les hedge funds qui attaquent l’Euro, l’Europe et la Grèce pour commencer…

Extraits de presse et d’une émission de radio qui dit très clairement les choses.

http://www.dailymotion.com/video/xc7q5p

Et le consensus médiacratique, aidé par les éternels spadassins que sont les agences de notations, appuie là ou ça fait mal, sur les faiblesses de l’Europe des marchands, alors qu’il faudrait interdire les pratiques mafieuses de ces banksters, et des politiciens qu’ils entretiennent au pouvoir, partout dans le monde (ou presque).
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Rapatriement de la dette ou dé-mondialisation ?

Par Jean-Claude Werrebrouck

Parmi les nombreuses propositions à effet de juguler les dangers d’une dette publique jugée insupportable, on notera l’intéressant article signé de Rodolphe A. Müller et Pierre-Alain Schieb dans Le Monde du 8 juin.

Constatant une corrélation positive entre la quiétude des marchés et le pourcentage de la dette domestique dans la dette publique totale, les deux auteurs en viennent à proposer un plan de compensation inter-Etats et inter-créanciers, aboutissant à la renationalisation de la dette.

Aucun détail concernant la procédure suivie n’est indiqué. Simplement, il s’agirait d’une gigantesque compensation. Et, sans doute, compensation elle-même fort complexe, puisque les dettes publiques nombreuses, en théorie égales au nombre d’Etats, sont appropriées par des agents nationaux fort nombreux et fort divers : banques centrales, banques nationales et étrangères, compagnies d’assurances, fonds de pension, ménages.

Plus complexe encore – à supposer qu’il existe un accord politique international, regroupant un nombre significatif d’Etats concernés et volontaires – serait le taux de change entre les dettes compensées. Problème qui reste entier, dans une compensation entre Etats n’appartenant pas à un même zone monétaire. Mais, problème qui demeure, même à l’intérieur d’une zone, les nouvelles créances ne jouissant plus des rendements antérieurs. A titre d’exemple, les créanciers français de dette publique grecque verraient s’affaisser, au terme de la compensation, la rentabilité de leur investissement.

Mais il y a beaucoup plus grave. La compensation généralisée aboutirait à la mise sur le devant de la scène, et donc sa mise à l’index, de l’Etat le plus internationalement endetté. Le processus envisagé de rapatriement favorise peu les Etats dont l’endettement est faible ou repose sur une base domestique.

Ainsi, le Japon qui, certes dispose d’un Etat très endetté, serait peu favorisé par la procédure de rapatriement. Il n’y a quasiment rien à rapatrier et seulement 5,8% de la dette publique sont détenus par des étrangers.

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La France dit viser l’équilibre budgétaire en 2020

La France vise l’équilibre budgétaire en 2020, a déclaré le Premier ministre François Fillon.

Le chef du gouvernement s’exprimait sur Europe 1 après la transmission à la Commission européenne de la trajectoire actualisée des finances publiques, qui prévoit un retour à un déficit public à 3% du produit intérieur brut en 2013.

“On s’est fixé un objectif : repasser en dessous de 3% en 2013 et atteindre l’équilibre à l’horizon 2020″, a-t-il déclaré.

“On s’est calé d’ailleurs à peu près sur ce que fait l’Allemagne”, a-t-il ajouté.

Pour réduire le déficit public, “on va ralentir l’augmentation”, a poursuivi François Fillon. “Il ne s’agit pas d’une politique d’austérité. Une politique d’austérité c’est quand on augmente les impôts et qu’on réduit les prestations.”

Cette année, le déficit public est prévu à 8,2% du PIB. Pour arriver à 3% en 2013, il faudrait le réduire d’environ 100 milliards d’euros, soit plus de 5 points de PIB, ce qui constituerait une première depuis au moins un demi-siècle.

Pour cela, le gouvernement veut que les dépenses de l’Etat et des collectivités locales progressent de moins de 1% par an à partir de 2011 et que les dépenses de Sécurité sociale augmentent de moins de 3%, a ajouté François Fillon.

“Ça ne s’est jamais vu mais c’est quand même encore une augmentation des dépenses. C’est une politique sérieuse de gestion que nous pouvons encore conduire parce que nous avons les marges pour le faire”, a-t-il poursuivi.
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Le chômage américain officiel au-dessus des 10%… et officieusement, près des 20%

Les prévisions de la banque centrale américaine sont désormais caduques, avec un taux de chômage de 10,2% en octobre.

[N.B. : rappelons qu'officieusement, en raison du mode de comptage discutable des chômeurs aux Etats-Unis, le taux réel de la "population active" sans emploi, avoisinerait plutôt les 20%, si l'on en croit certains économistes hétérodoxes, tels que le célèbre Gerald Celente (18,7% en juillet 2009), le moins connu Peter Morici (18 % en novembre 2009) ou le fameux site Shadowstats, autrement dit "statistiques fantômes" (22% en novembre 2009), ou encore... un responsable local de la Fed à Atlanta (16 % en août 2009) - Fortune]

Effet psychologique garanti : le chômage américain a dépassé en octobre la barre des 10%, atteignant 10,2%. Le marché de l’emploi souffre encore de destructions d’emplois massives, bien qu’en baisse, selon les chiffres officiels corrigés des variations saisonnières publiés vendredi à Washington.

Le rythme des destructions d’emploi a néanmoins ralenti par rapport à un mois de septembre catastrophique. L’économie américaine a détruit 190.000 postes en octobre, soit 13,3% de moins que le mois précédent, mais toujours bien plus qu’en août, quand les licenciements nets étaient tombés à 154.000, a indiqué le département du Travail.

“Faiblesse persistante”

Les chiffres publiés “contiennent à la fois les signes d’un rétablissement et la preuve douloureuse de la faiblesse persistante du marché de l’emploi”, a réagi la conseillère économique en chef du président Barack Obama, Christina Romer. Lire la suite