Faut-il craindre l’effondrement du système bancaire mondial ?

Depuis la crise des subprimes en 2008 et le renflouement des larges banques par la réserve fédérale (FED), rien ne permet d’affirmer que la situation économique mondiale a été assainie. Tout au contraire, un ensemble d’indicateurs laissent penser que le monde bancaire est au bord de l’abîme, « the edge of chaos» selon l’expression du spécialiste des systèmes Christopher Langton[1].

Certains se veulent rassurants, cependant que la chute des cours du brut fait craindre un choc pétrolier à l’envers qui mettrait en faillite une section importante du secteur énergétique, celle du « fracking » ainsi que les états américains dépendant de ses revenus[2]. D’autres, Steve Forbes et Elizabeth Ames en tête, mettent en garde contre l’effondrement du système économique mondial et suggèrent un retour au Gold Standard[3]. Y’a-t-il des raisons de faire confiance aux uns plutôt qu’aux autres ?

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Le capitalisme est entré dans des logiques de destruction

Pour Saskia SASSEN, sociologue à Harvard, les chômeurs radiés, les classes moyennes chassées des centres-villes et les écosystèmes dévastés subissent un même phénomène : l’ « expulsion »

Aujourd’hui à Bilbao, la veille à New York, le lendemain au Royaume-Uni : entre deux avions, Saskia Sassen, professeure de sociologie à l’université Columbia, à New York, discourt, débat, provoque. Depuis vingt ans, elle scrute la mondialisation dans toutes ses dimensions – économiques, financières, politiques, sociales et environnementales. Cosmopolite, cette polyglotte née aux Pays-Bas, en 1949, a grandi à Buenos Aires avant d’étudier en France, en Italie et aux Etats-Unis. Elle publie ces jours-ci, aux Etats-Unis, Expulsions (Harvard University Press).

Dans votre nouveau livre, vous avancez que la mondialisation est entrée dans une phase d’ « expulsion ». Qu’entendez-vous par là ?

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Les 5 familles françaises les plus riches détiennent un patrimoine cumulé supérieur à celui des 30% de ménages les plus pauvres

En France, les milliardaires Liliane Bettencourt, Bernard Arnault, François Pinault, Serge Dassault et Carrie Perrodo sont à la tête d’une richesse combinée estimée à 77,3 milliards d’euros, selon le classement du magazine Forbes.

C’est plus du double du patrimoine de leurs 5 homologues britanniques, qui ne totalise « que » 33,7 milliards d’euros. Mais ce n’est pas tout : la super-élite française dispose également de ressources financières supérieures à celles combinées des 30% de familles les plus pauvres du pays. En Grande-Bretagne, les cinq personnes les plus riches ont des actifs qui représentent 20% du total cumulés des ménages les plus pauvres.

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Dessine-moi les inégalités

La mondialisation à l’oeuvre depuis la fin des années 80 et la conversion de la Chine au capitalisme a largement remodelé la distribution des revenus. Branko Milanovic, le chef économiste de la Banque Mondiale, a traduit dans un graphique les effets de 20 ans de cette globalisation. Il dessine une sorte d’éléphant. Et devinez quoi, pour les classes moyennes des pays développés, le pachyderme de la mondialisation s’est assis sur leurs revenus.

EVOLUTION DES REVENUS REELS ENTRE 1988 ET 2008, EN FONCTION DU NIVEAU DE REVENU

L’axe vertical indique l’évolution du revenu réel entre 1988 et 2008 , il est exprimé en dollars internationaux de 2005 corrigés de l’inflation.

Su l’axe horizontal, on peut lire les niveaux de revenus dans le monde, de sorte qu’au début, vers le zéro, on trouve ceux dans le monde qui gagnent le moins, et à l’extrême droite, ceux qui gagnent le plus. On a donc une distribution des revenus de la population indépendamment des pays où elle réside.

A l’extrême droite de la courbe, on trouve les grands gagnants. Cette nouvelle super classe globale a vu ses revenus progresser de plus de 60%. On y trouve les 3% les plus riches des pays développés, France, Japon et un gros bataillon d’américains dont le pays est entré dans la marche inégalitaire parmi les premiers (la moitié de cette super classe). Le reste se recrute dans le top 1% des pays émergés, les BRICS: Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud.

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I comme Inégalités, par Thomas Piketty

La répartition des richesses est l’une des questions les plus débattues aujourd’hui. Pour les uns, les inégalités n’en finiraient pas de se creuser dans un monde toujours plus injuste. Pour les autres, on assisterait à une réduction naturelle des écarts et toute intervention risquerait de perturber cette tendance harmonieuse. Mais que sait-on vraiment de l’évolution des inégalités sur le long terme?

Parcourant trois siècles et plus de vingt pays, l’analyse de Thomas Piketty renouvelle entièrement notre compréhension de la dynamique du capitalisme en situant sa contradiction fondamentale dans le rapport entre la croissance économique et le rendement du capital.

Si la diffusion des connaissances apparaît comme la force principale d’égalisation des conditions sur le long terme, à l’heure actuelle, le décrochage des plus hautes rémunérations et, plus encore, la concentration extrême des patrimoines menacent les valeurs de méritocratie et de justice sociale des sociétés démocratiques. En tirant de l’expérience des siècles passés des leçons pour l’avenir, les travaux de Thomas Piketty montrent que des moyens existent pour inverser cette tendance.