La France convoite le trésor des fonds souverains

Ce soir [lundi 20 octobre 2014], François Hollande doit recevoir à dîner plusieurs représentants des grands fonds souverains. Une opération séduction importante pour la France, en mal de compétitivité et engluée dans ses déficits publics.

L’Élysée déroule le tapis rouge aux grands investisseurs internationaux. Ce lundi soir, François Hollande doit recevoir à dîner plusieurs représentants des grands fonds souverains, dont Adia, le premier des Émirats arabes unis, et l’un des plus gros au monde, assis sur un trésor de guerre de 626 milliards d’euros, le China Investment Corporation (CIC), ou encore Temasek de Singapour.

Une opération séduction importante pour la France, en mal de compétitivité et engluée dans ses déficits publics.

À eux seuls, les fonds souverains représentent une manne de quelque 4.700 milliards d’euros, issus surtout des ressources pétrolières. L’événement s’inscrit dans la séquence sur l’attractivité et l’inauguration à Paris du siège de l’IIR, un club d’investisseurs internationaux, lancé en 2011 sur une initiative canadienne.
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« Au-delà des clivages… ! »

Il y a un débat qui ne me lasse pas de me laisser coi. L’éternel débat entre les kéneysiens ou les néo-kéneysiens et les libéraux ou les néo-libéraux. Entre ceux qui pensent qu’il faut augmenter les salaires pour augmenter la consommation et donc augmenter l’investissement des entrerpises, ce qui finira par créer de l’emploi, et ceux qui pensent qu’il faut commencer par permettre aux entreprises d’investir pour qu’elles augmentent leurs capacités, ce qui va créer de l’emploi et de la consommation. Ce débat est totalement dépassé, à tel point d’ailleurs qu’on peut le comparer à la ligne Maginot à la veille de l’attaque allemande.

Plus rien ne fonctionne parce que nous avons de mauvais outils

Disons-le, il faut dépasser ce clivage économique historique car il ne répond tout simplement pas à la nouvelle économie et à nos nouvelles contraintes. Dans ces deux cadres intellectuels qui ont tous les deux deux siècles, tout est basé quoi qu’ils en disent tous sur une idée totalement partagée de la distribution de la richesse créée par le travail.

Dans ces deux systèmes de pensée, c’est par le travail que la création de valeur est redistribuée. Dans aucun de ces deux systèmes on ne sait où on est en mesure de répartir la richesse autrement qu’à travers l’idée de travail, or le travail est en voie de disparition.

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Le chant du cygne de l’économie allemande

Au moment où le modèle allemand est encensé dans le monde entier, le président de l’Institut de recherches DIW, à Berlin, comme d’autres économistes de premier plan, veut en finir avec les clichés aussi flatteurs que “dangereux“. Son pays est “en déclin” et “vit sur ses acquis“, explique-t-il dans “Allemagne, l’illusion” (“Die Deutschland Illusion“). Le revenu moyen d’un ménage allemand a baissé de 3% depuis l’an 2000. La baisse a même atteint 5% pour les 10% les plus pauvres, souligne-t-il.

“L’économie de ce pays est en échec. Sa croissance depuis l’an 2000 est plus faible que la moyenne européenne. Les salaires y ont progressé moins vite, et la pauvreté, en hausse, touche un enfant sur cinq”.

Certes, l’Allemagne, considérée comme “l’Homme malade de l’Europe”, il y a encore une dizaine d’années s’est redressée depuis la crise financière de 2009.

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Économie : L’oligarchie ment aux Français

Tribune libre de Paysan savoyard

La situation économique et sociale conduit à constater que les Français sont en la matière victimes d’un double mensonge: l’oligarchie leur ment ; et ils se mentent à eux-mêmes. Commençons par le premier volet. Un autre article suivra pour traiter du second.

  • Contrairement à ce qu’ils cherchent à faire croire, les politiciens n’essaient pas de régler les difficultés économiques et sociales

En apparence, un débat nourri existe au sein de la classe dirigeante  pour faire face aux difficultés auxquelles est confrontée l’économie française: débat entre la politique de l’offre et de la demande ; entre austérité et relance ; entre libéralisme et social démocratie ; entre remèdes de gauche et solutions de droite…

La classe dirigeante donne ainsi l’impression d’essayer sincèrement de s’attaquer aux problèmes, de réfléchir aux solutions, de les tester l’une après l’autre, de s’adapter à la conjoncture. C’est là un complet enfumage.

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La dépense publique, cet amortisseur si français

Le fait d’amortir la crise permet en revanche de maintenir la paix sociale.

Les chiffres sont éloquents et François Hollande les a confirmés lors de sa conférence de presse jeudi: avec un déficit budgétaire attendu de 4,4% de son PIB en 2014, et de 4,3% pour 2015, la France est loin d’avoir rectifié le tir en termes de dépenses publiques, comme l’exige le pacte de compétitivité, ou «pacte euro-plus» signé en mars 2011 par les pays membres de la zone euro.

Après avoir, dès 2012, demandé à Bruxelles un premier report jusqu’en 2015 pour atteindre les fameux 3% requis, Paris parle maintenant de 2017. Motifs: la trop faible inflation qui pèse sur les rentrées fiscales, la stagnation de l’activité économique avec 0,4% de croissance, et la nécessité réaffirmée d’une politique d’investissement, en particulier dans le numérique.

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Inde : Le rêve d’une croissance à la chinoise

Ces dernières années, la Chine et l’inde ont toutes deux émergé en tant que superpuissances économiques mondiales, la Chine occupant toutefois la première place. Mais à l’heure où ralentit la croissance chinoise, et où la nécessité de réforme structurelle s’y fait de plus en plus pressante, les efforts du nouveau Premier ministre indien Narendra Modi en matière de réforme économique peuvent-ils lui permettre d’espérer voir l’Inde rattraper la Chine ?

Depuis les années 1980, la Chine connaît une croissance économique sans précédent, alimentée par une abondante main-d’œuvre à bas coût, de forts taux d’épargne et d’investissement, d’importantes réformes du marché, des politiques axées sur l’extérieur, ainsi que par une prudente gestion macroéconomique. Ses dirigeants aspirent désormais au statut de pays à revenu élevé, en développant pour cela des industries plus abouties sur le plan technologique.

Les performances économiques de l’Inde se sont révélées moins spectaculaires. La croissance économique a commencé à fortement s’accélérer au début des années 1990, grâce à la libéralisation du commerce et à d’autres réformes économiques. Ces réformes se sont par la suite relâchées, les déficits du budget et de la balance courante ont explosé, et la croissance annuelle du PIB est retombée aux alentours de 4 à 5%.

Conséquence, la Chine a pris de l’avance, son revenu par habitant ayant atteint 11 850 $ l’an dernier – soit plus que le double des 5.350 $ de l’Inde. La question se pose désormais de savoir si les efforts de Modi en direction d’une plus forte croissance permettront ou non de réduire cet écart de revenu au cours des prochaines décennies.

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Les «technos» et les «robots» peuvent sauver le Japon

Le Japon, un pays en déclin ? Non ! Le charismatique patron du groupe de télécommunications SoftBank jure que l’archipel se redressera, mais pas à la force du poignet, grâce aux technologies.

Hebergeur d'image

Le robot compagnon Pepper, développé par la société française Aldebaran Robotics dont SoftBank est actionnaire et produit par le chinois Foxconn, sera commercialisé en 2015

«Le Japon où je suis né, où j’ai grandi est un pays fantastique. Mais beaucoup de Japonais, particulièrement dans le monde des affaires, ont perdu confiance», s’est attristé mardi [15 juillet 2014] le milliardaire d’origine coréenne lors d’une conférence devant un parterre d’hommes d’affaires et de férus de technologies.

«Pendant 20-30 ans, le Japon s’est enfoncé, il est passé de la deuxième à la troisième place dans le classement des puissances économiques mondiales et va se faire dépasser par d’autres nations», a rappelé M. Son avant de jurer ses grands dieux qu’il ne faut pas baisser les bras.

«Il y a des solutions», a martelé M. Son, un patron qui se distingue de nombre de ses homologues parce qu’il ose tenter des coups et prendre d’importants risques financiers.
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Wendell Berry : Vers des économies locales durables

Wendell Berry démonte avec brio le fonctionnement et les mythes du système économique actuel basé sur la foi dans le libre échange et sur la compétitivité avant de décrire sa vision d’économies locales durables et propose des règles qu’une communauté devrait pouvoir suivre afin de construire et faire fonctionner de telles économies, tout en précisant le rôle que pourrait y jouer les systèmes alimentaires locaux.

Le risque d’une “économie totale”

Dans un des articles qu’il a publié, Wendell Berry utilise une approche intéressante afin de s’attaquer au système économique dominant, celui de la crise environnementale, replaçant l’individu au cœur de celle-ci :

« Si les gens font l’effort de reconnaitre leur responsabilité économique comme une part de leur propre pouvoir, alors, inévitablement, ils découvriront qu’il n’existe en soi pas de crise environnementale, que ce n’est pas une crise de notre environnement, mais bien une crise de nos vies en tant qu’individus, membres d’une famille, d’une communauté, en tant que citoyens. Nous souffrons d’une « crise environnementale » parce que nous avons consenti à une économie dans laquelle – en mangeant, buvant, travaillant, voyageant et nous amusant – nous sommes en train de détruire la nature »(…) « donc, nous nous tromperons si nous essayons de corriger ce que l’on identifie comme des problèmes « environnementaux » sans s’attaquer à la simplification économique qui les a causé ».

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Suisse : Demain, je ne touche plus le chômage (Vidéo)

Chaque mois en Suisse 2500 à 3700 personnes arrivent en fin de droits et ne bénéficient plus des indemnités de chômage. Et depuis le durcissement de la loi, votée par les Suisses, de nombreux « fins de droits » se voient obligés de faire appel à l’aide sociale de leur commune pour toucher le minimum vital, environ 3000 francs.

A Genève, dans les cantons de Vaud, Zurich et Neuchâtel, des témoins racontent le parcours douloureux qui fait ou a fait d’eux des fins de droits. Pour eux, difficile de croire aux effets positifs de la libre circulation des personnes. Ils se demandent si «les frontaliers» ne sont pas en train de prendre leur place. Ils se disent qu’ils font les frais de la sous-enchère salariale pratiquée pas certaines entreprises. Politiques, patrons ou chercheurs pensent qu’il s’agit de situations marginales ou d’idées reçues.

Réalisé par Andrea Sautereau et Dominique Willemin (Temps Présent – RTS – Mai 2014)

La grande transformation du travail

Il est demandé à chacun de se trouver un emploi et aux entreprises de créer les emplois que chacun occupera. Voilà la manière classique dont on envisage les choses. Mais l’évolution du marché du travail ne devrait-elle pas nous conduire à modifier drastiquement notre manière de voir ?

Les travaux des champs, la transformation des matières premières, la manufacture de biens, le traitement de dossiers requéraient de la main-d’oeuvre en quantité considérable. Cela a cessé d’être le cas.

De temps immémoriaux, nous avons cherché à remplacer le travail humain par celui de la machine dans les tâches dangereuses, abrutissantes ou fastidieuses, et nous y avons admirablement réussi. La « machinisation » est devenue « ordinisation » : le robot nous remplace dans les tâches manuelles et le logiciel nous remplace dans les tâches intellectuelles.

En décembre 2013, alors que le président Barack Obama plaidait pour un relèvement du salaire minimum, la chaîne de restauration rapide Applebee’s faisait savoir que les commandes seraient désormais passées sur des tablettes intégrées dans les tables, à l’aide desquelles se ferait aussi le règlement par carte de crédit.

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Europe : En pilotage automatique néo-libéral ?

Par Michel Santi, économiste, auteur de « L’Europe, chronique d’un fiasco politique et économique », de « Capitalism without conscience » . Son dernier ouvrage est  « Splendeurs et misères du libéralisme »  (l’Harmattan).

Une confiscation en bonne et due forme de l’appareil économique a été entreprise depuis la fin des années 70 par une infime minorité qui a redistribué en sa faveur le produit du travail des autres.

L’austérité tue

Ce ne sont effectivement pas tant nos usines, nos industries et nos entreprises qui ne sont pas ou plus productives. En fait, cette productivité a été monopolisée au bénéfice d’une élite qui a assisté – totalement indifférente- au creusement d’un fossé entre salaires réels et productivité.

L’Allemagne elle-même, qui s’érige en donneuse de leçon de productivité, n’a pu bénéficier d’une croissance au-dessus de la moyenne européenne qu’à la faveur de sacrifices constants exigés à sa population. Le moteur à l’exportation allemand ne rugit pas seulement par la grâce de la force productive de ses entreprises.

En réalité, c’est aux réformes dites « Hartz » entreprises dès 2003 – et qui ont consisté à transférer des ressources et des richesses du citoyen vers les entreprises et vers le secteur financier – que l’Allemagne doit d’avoir dopé ses exportations. Ce sont effectivement les réductions salariales et les réformes drastiques de son marché du travail qui ont amélioré notablement sa productivité, en y comprimant à l’extrême le coût du travail.

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Made in France, l’année où j’ai vécu 100% français

Peut-on vivre en consommant exclusivement des produits fabriqués en France ? C’est la question qui a poussé un jeune journaliste à vivre pendant neuf mois une expérience unique.

Benjamin Carle, totalement assujetti à une consommation et à une culture mondialisée, a décidé de remplacer chacun de ses biens par un équivalent conçu et fabriqué majoritairement dans l’Hexagone.

Documentaire réalisé par Benjamin Carle (France – 2014)

L’Allemagne s’est créé un «avantage déloyal» avec les bas salaires

L’Allemagne s’est créé un avantage compétitif “déloyal” envers ses partenaires avec l’essor des bas salaires, a reconnu le secrétaire d’Etat allemand aux Affaires européennes Michael Roth, promettant une correction, dans un entretien à l’AFP.

M. Roth, un social-démocrate comme le chef de la diplomatie allemande Frank-Walter Steinmeier, était interrogé sur les excédents commerciaux records enregistrés par l’Allemagne (près de 200 milliards d’euros en 2013) qui font l’objet d’une procédure d’examen à Bruxelles.

«Des déséquilibres sont apparus dans l’Union européenne et nous avons le devoir de les corriger. Ce n’est pas seulement le devoir des pays en déficit mais aussi celui de l’Allemagne», a-t-il déclaré jeudi lors d’une rencontre avec des journalistes de l’AFP à Berlin.

Ces propos tranchent avec ceux des conservateurs et de la chancelière Angela Merkel elle-même, qui ont toujours contesté que l’Allemagne avait un problème d’excédent commercial, malgré le seuil limite de 6% du PIB fixé par l’Union européenne et systématiquement dépassé par Berlin depuis 2007.

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Ecotaxe, OGM, crise sanitaire… Un salon de l’agriculture sous tension

Le salon de l’agriculture se tient du 22 février au 2 mars à Paris. Un “moment politiquement délicat” pour le gouvernement, attendu au tournant.

S’adapter aux caprices des marchés, exporter, moderniser, pousser l’agroécologie, renforcer les “démarches de filière” et mieux coordonner les actions Etat-régions-filières : telles sont les six priorités annoncées par le gouvernement en matière d’agriculture à l’horizon 2025. Un plan d’action sera établi d’ici mi-mai, avec feuilles de route détaillée, filière par filière.

A trois jours de l’ouverture du salon de l’agriculture  - et à deux jours des Etats généraux du secteur organisés par la puissante FNSEA – le ministre Stéphane Le Foll a mis les petits plats dans les grands. Il faut dire que le grand rendez-vous de l’agriculture française est, de l’aveu même du ministre, “un moment politiquement délicat, surtout pour la gauche“, confrontée à “un monde professionnel pas très acquis à notre cause au départ”. Tour d’horizon des sujets qui fâchent.

1 – L’écotaxe : “On n’en veut pas”
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La corruption est perçue comme le fléau majeur

Cette pratique est jugée très inquiétante, selon un vaste sondage. Au WEF [Forum Economique Mondial], vingt groupes se donnent comme objectif une tolérance zéro en la matière.

Le score est sans appel. Invités à indiquer quels sont les «principaux problèmes auxquels est confronté le monde», 21% des quelque 66.000 personnes interrogées par le consultant WIN/Gallup ont coché la case «corruption».

Les problèmes économiques ? Relégués loin derrière, tout comme le fossé entre pauvres et riches, le chômage, le terrorisme ou les atteintes à l’environnement (lire notre graphique).

Ce résultat reflète le poids grandissant des pays en développement, où la corruption reste un fléau auquel sont confrontées quotidiennement les entreprises, et les multinationales en particulier. Au Nigeria, du pétrole pour une valeur d’un milliard de dollars disparaît chaque mois, selon diverses estimations relayées dans les médias. En Russie ou en Ukraine, les pots-de-vin représentent une pratique courante.

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Les gaz de schiste ne sauveront pas l’Europe

Le gaz de schiste a eu peu d’impact sur l’économie américaine. Et l’Europe ne doit pas en attendre des miracles, avertit l’Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri) dans une étude.

Les gaz de schiste n’ont pas révolutionné l’économie américaine et ne sauveront pas l’Europe : à contre pied de certaines idées reçues, les chercheurs de l’Iddri ont calculé que l’impact des hydrocarbures non conventionnels sur la reprise économique aux Etats-Unis est marginal – et qu’il le restera sur le long terme.

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Emmanuel Todd : “L’euro, un veau d’or français”

Vue de Washington ou de Tokyo, la zone euro est le trou noir de l’économie mondiale. Il faut en sortir. Aux élections européennes, l’abstention sera la seule arme contre le FN et les européistes.

Marianne : A quel moment s’est formée votre conviction selon laquelle nous devions sortir de l’euro ?

Emmanuel Todd : J’ai commencé par dire qu’il ne fallait pas y entrer. Quand débute le débat sur Maastricht en 1992, je suis en train d’étudier la divergence des sociétés industrielles sur l’immigration – France, Allemagne, Grande-Bretagne -, où je mesure des taux de mariages mixtes très différents. Je n’imagine pas ces nations dans une monnaie unique, je vote non. Le oui l’emporte. Je m’intéresse alors à la façon dont l’euro dysfonctionne, et, bon citoyen, je milite pour un protectionnisme européen capable de sauver cette monnaie mal pensée. Dans Après l’Empire (2002), j’ai de grands projets d’unité franco-allemande, j’écris que la France devrait partager avec l’Allemagne son siège au Conseil de sécurité.

Enfin, vers 2009, influencé par la lecture d’économistes mainstream comme Xavier Timbeau et Patrick Artus, j’admets que l’Allemagne est sur une trajectoire nationaliste et utilise l’euro pour détruire ses partenaires. Nous devons sortir de ce rapport monétaire sadomasochiste avec l’Allemagne.

Marianne : Même les économistes qui souhaitent la sortie de l’euro évoquent un recul provisoire du niveau de vie et une grosse déstabilisation… Pensez-vous que les peuples soient prêts à accepter cela, même transitoirement ?

E.Todd : Jusqu’ici les peuples étaient tenus par la peur, celle de perdre leurs économies, notamment. Beaucoup de gens s’imaginaient jusqu’à il y a très peu de temps qu’ils avaient plus à perdre qu’à gagner à un choc chirurgical monétaire. Mais les choses changent car le niveau de vie a commencé à baisser. Il y a un élément magique dans la monnaie. Les gouvernants français, intellectuellement, ne sont pas au niveau. Ils n’ont pas lu Knapp, indispensable auteur allemand d’une Théorie étatique de la monnaie (1905), que Keynes avait fait traduire. Nos benêts d’énarques n’ont jamais envisagé les conséquences concrètes du transfert de souveraineté monétaire en Allemagne. Une sortie de l’euro provoquerait certes une désorganisation temporaire mais, surtout, des effets économiques bénéfiques et rapides, avec en prime une révolution sociale, le nettoyage d’élites mal formées, vieillissantes, archaïques, quelque chose de comparable à ce qui s’est passé en 1945.
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Suisse : Paysan, une espèce en voie d’extinction

En Suisse, mille paysans ferment boutique chaque année, quand ils ne choisissent pas d’en finir avec la vie. Et ceux qui continuent, travaillent comme des forcenés pour gagner un salaire de misère. Les épouses sont obligées de trouver un emploi à l’extérieur.

En cause : une politique fédérale agricole toujours plus contraignante. Entre suicides, divorces et surcharge administrative : rencontre avec des hommes qui en ont gros sur la patate.

Réalisé par Bertrand THEUBET

Temps Présent (RTS 2013)