France Télécom, laboratoire de catastrophe générale

Une tribune libre de Michel Drac

L’auteur a publié plusieurs ouvrages de réflexion sur la situation contemporaine – principalement, Céfran et De la souveraineté – et une oeuvre d’anticipation romancée, Eurocalypse.

Il vient de faire paraître Crise ou coup d’Etat ?, une étude des mécanismes de la crise économique et de ses aspects délibérés.

Il nous montre ici comment, loin d’être anecdotique, l’affaire des suicides au sein du personnel de France Télécom est le produit d’un mode d’ingénierie sociale, vecteur d’un changement radical d’existence des classes moyennes au travail, ainsi que le symptôme d’une perte de sens susceptible de déboucher sur la violence, dans un contexte général de déclassement et même de destruction, servant peut-être des fins autoritaires.

La crise qui commence (ou plutôt : qui vient d’entrer en phase aigue) va certainement impacter très lourdement les «classes moyennes». Logiquement, on peut même dire que du point de vue des classes dirigeantes mondialistes, cette crise ne marque que l’étape ultime dans le processus de démantèlement des classes moyennes occidentales.

Depuis 30 ans, au fur et à mesure que l’offre mondiale de main d’œuvre était multipliée par 3 (essentiellement du fait de l’entrée de la Chine et de l’ex-bloc soviétique dans l’économie capitaliste), la mise en concurrence du travail ouest-européen et américain (cher) avec le travail asiatique ou est-européen (bon marché) a rendu possible un ajustement progressif de la structure de classe en Occident.

Cet ajustement a porté essentiellement, jusqu’ici, sur la transformation forcée (délocalisations) d’une partie du prolétariat entre précariat (explosion du travail temporaire et à temps partiel) et sur l’érosion des revenus des couches moyennes (évolution des revenus des neuf dixièmes de la population les moins riches, sur la dernière décennie : – 1,5 % par an aux USA sur la base de l’inflation réelle, – 0,5 % par an en Europe, même base).

Cependant, jusqu’ici, les couches moyennes n’ont pas été impactées au point de prendre conscience du fait qu’elles basculaient dans l’appauvrissement (l’ajustement hédoniste des biens et les nouvelles technologies ont en partie masqué la réduction du revenu disponible réel, étant donné la structure de consommation ludique qui caractérise ces couches). Lire la suite