La City et les banksters de la honte

Blanchiment d’argent, manipulation de taux, détournement de fonds, paris risqués, les condamnations de banksters se sont multipliées cette année. Retour sur les affaires qui entachent la City.

En Grande-Bretagne, le nombre de condamnations prononcées par la Financial Service Authority, régulateur du secteur, est passé, entre 2007 et 2012, de 22 cas et d’un montant total d’amendes de 5 millions de livres sterling à 53 cas et des amendes dépassant un total de 312 millions de livres. Et il ne s’agit là que des condamnations prononcées par la FSA. D’autres instances comme le Serious Fraud Office ou la police, notamment celle de la City, sont également actives dans le domaine et ont entamé des poursuites de leur côté.

Selon le porte-parole de l’organisation, cette augmentation s’expliquerait par la hausse des moyens humains et légaux is à disposition de la FSA, une hausse décidée peu avant le début de la crise. La médiatisation des cas de fraudes et la colère citoyenne semblent cependant aussi jouer un rôle, comme le laisse suggérer la recrudescence des dénonciations anonymes.

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La marche de l’histoire : Les paradis fiscaux

“Les impôts sont le prix à payer pour avoir une société civilisée”. C’était le point de vue du ministre de l’Economie de Roosevelt. On sait que l’idée n’est pas spontanément et universellement partagée. Elle est même battue en brèche par les particuliers et les entreprises qui, sans revendiquer la fraude, pratiquent l’optimisation fiscale et par les états et territoires qui leur offrent des taux bas d’imposition et des écrans de protection très hauts. (La Marche de l’histoire – France Inter – 9 mai 2012)

Christian Chavagneux est rédacteur en chef d’Alternatives économiques et rédacteur en chef de la revue L’Économie politique. Il décrypte sur son blog l’actualité de la finance et des paradis fiscaux. Son dernier ouvrage Une brève histoire des crises financières. Des tulipes aux subprimes (La Découverte) paraîtra en octobre 2011.

« La Grande-Bretagne est au centre d’un réseau de paradis fiscaux qui enveloppe la planète »

Extraits de l’entretien accordé par Nicholas Shaxson au site www.medelu.org

Nicholas Shaxson écrit régulièrement dans le Financial Times et dans The Economist. Dans son enquête approfondie consacrée au système de la finance internationale « off-shore », l’auteur éclaire d’un jour nouveau le rôle de la City de Londres – située au cœur du nouveau scandale bancaire du Libor – et du réseau formé par les anciennes colonies de l’empire britannique dans ce dernier.

"(Ô Seigneur, guide nous)"

Christophe Ventura (www.medelu.org) : Dans votre ouvrage, vous indiquez les montants exorbitants (actifs bancaires, investissements directs à l’étranger des multinationales, évasion fiscale, etc.) qui transitent par le système international des paradis fiscaux. Selon vous, « plus de la moitié du commerce international (…) passe par eux ». Mais, au fond, qu’est-ce qu’un paradis fiscal ?

Nicholas Shaxson : On peut expliquer facilement ce qu’est un paradis fiscal avec deux mots : « échapper à » et « ailleurs ».
Les paradis fiscaux permettent d’échapper à l’impôt, certes, mais aussi aux lois pénales, à la régulation financière, aux obligations de transparence, etc. En un mot, aux responsabilités civiques et sociales. Ils exemptent les riches et les entreprises des contraintes, risques et obligations que la démocratie exige de chacun d’entre nous. La fiscalité n’est qu’un aspect de la question.
Le mot « ailleurs » est également crucial. Pour échapper aux responsabilités, il faut mettre son argent (son argent personnel ou celui de sa société) ailleurs. D’où le mot « off-shore », littéralement, en anglais : « hors du pays ». Ainsi, par exemple, la législation des Bahamas sera conçue pour attirer l’argent, non pas des habitants de l’archipel, mais des ressortissants étrangers.

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