Gaël Giraud : « Le vrai rôle de l’énergie va obliger les économistes à changer de dogme »

Gaël Giraud, 44 ans, est directeur de recherche au CNRS et jésuite, il est membre du Centre d’Économie de la Sorbonne, de l’organisme de régulation financière Labex-Refi, de l’École d’Économie de Paris et du Conseil Scientifique de The Shift Project.

Contrairement à ce qui est écrit dans tous les manuels d’économie, l’énergie (et non le capital, sans elle inerte) se révèle être LE facteur essentiel de la croissance, selon Gaël Giraud. Économistes, perpétuez-vous depuis deux siècles la même bourde fatidique ?

Quel est le lien entre la croissance du PIB et la consommation d’énergie primaire ?

Quels sont d’après vous les indices d’un lien intime entre consommation d’énergie et croissance de l’économie ?

Depuis deux siècles, depuis les travaux de Smith et Ricardo, par exemple, la plupart des économistes expliquent que l’accumulation du capital est le secret de la croissance économique inédite que connaissent les sociétés occidentales, puis une partie du reste du monde. Marx était, lui aussi, convaincu de cette apparente évidence.

Lire la suite

Petite histoire de l’heure d’été (Rediff.)

Sur le site du ministère de l’économie, des finances et de l’industrie, on pouvait lire jusqu’en 2011 : “L’heure d’été a été instituée en France en 1975 suite au choc pétrolier de 1974 avec l’objectif d’effectuer des économies d’énergie en réduisant les besoins d’éclairage notamment en soirée. On estime aujourd’hui à 250.000 tonnes d’équivalent pétrole (tep) les économies d’énergie annuelles résultant de la mise en œuvre du régime de l’heure d’été dans notre pays.”

Vrai ? Faux ? Notre but, ici, n’est pas de prendre position mais je vous conseille quand même la lecture très édifiante d’un rapport d’une Délégation du Sénat pour l’Union européenne qui date de 1997 et qu’on peut trouver ici.

La conclusion en est : “Il ressort de l’ensemble de cette étude que les avantages annoncés ou attendus du changement semestriel de l’heure ne sont pas suffisamment importants pour compenser les inconvénients ressentis par les populations. En conséquence, la logique conduit à souhaiter l’abandon de ce dispositif artificiel et de revenir à un déroulement plus naturel du temps…” Ah bon ?

Lire la suite

La face cachée du pétrole (Rediff.)

Dès ses débuts, l’industrie pétrolière est marquée par la rivalité entre l’Américain Rockefeller et les frères Nobel, installés à Bakou, en mer Caspienne. La Première Guerre mondiale est gagnée en grande partie grâce au pétrole acheminé auprès des forces alliées par la Standard Oil of New Jersey, appartenant à John D. Rockefeller.

Des livraisons suspendues en 1916, lorsque le magnat américain apprend le partage du Moyen-Orient (dont il convoite le sous-sol) entre Britanniques et Français. Dès 1928, dix-sept ans avant Yalta, les dirigeants des compagnies pétrolières se partagent le monde au terme d’un accord dont les termes resteront cachés jusqu’en 1952… La seconde partie du documentaire dissèque les tractations secrètes qui ont eu lieu au Proche-Orient entre les États-Unis, la CIA et les grandes monarchies du Golfe.

Des témoins directs expliquent notamment comment le choc pétrolier de 1973 ne fut qu’une gigantesque manipulation orchestrée par les compagnies pétrolières américaines qui souhaitaient, en favorisant la hausse des prix du baril, dégager d’importants bénéfices pour favoriser leurs investissements en mer du Nord et en Alaska.

Ce documentaire adapté du livre du même nom d’Éric Laurent, montre en deux fois une heure que “l’or noir” aura été le moteur de l’histoire du XXè siècle et de ce début de XXIè siècle. Il explique également comment l’administration Reagan a utilisé l’arme du pétrole saoudien pour faire chuter les cours mondiaux et provoquer l’effondrement de l’Union soviétique…

Partie 1:


Lire la suite

Syrie : Les conséquences économiques mondiales d’une intervention

Les cinq membres du conseil de sécurité de l’Onu (États-Unis, France, Russie, Royaume-Uni et Chine), qui s’affrontent en ce moment sur l’opportunité de punir le régime de Bachar al-Assad, se retrouvent à Saint-Petersbourg avec les 15 autres grandes économies de la planète pour parler croissance, fiscalité et finance.

En plein débat sur les preuves d’utilisation d’armes chimiques, pas sûr que le rééquilibrage de l’économie mondiale reste l’unique sujet de discussion des grandes puissances. Les prises de position des chefs d’État sur une potentielle intervention pourraient même faire de l’ombre aux nombreuses avancées que visaient initialement les participants au sommet.

Le sujet est pourtant de taille. Alors que l’Europe, l’Amérique du Nord et le Japon tentent de garder le cap de la sortie de crise, les pays émergents doivent gérer un atterrissage brutal. Les États-Unis attirent de nouveau les capitaux qui délaissent les pays émergents, en proie à l’inflation, au ralentissement économique et à la révolte sociale. Les grandes puissances doivent donc discuter monnaie et régulation financière.

Lire la suite

Méridien Zéro : « La loi du 3 janvier 1973 » (audio)

Le vendredi 21 juin, Méridien Zéro recevait Pierre-Yves Rougeyron pour évoquer avec lui son ouvrage sur la loi du 3 janvier 1973, la fameuse loi Rothschild qui oblige l’État à emprunter sur les marchés financiers privés.

Emission animée par Gérard Vaudan avec la complicité d’Eugène Krampon.

Lord Igor à la technique.

L’extravagante affaire des avions renifleurs

Rien n’était impossible dans les seventies, malgré le choc pétrolier. On croyait encore au miracle. En juin 1976, Giscard d’Estaing reçoit en grand secret à l’Elysée un comte belge au nom espagnol, un réparateur de télévision italien, magicien à ses heures, et un avocat qui se prétend lié aux milieux du renseignement. Ils lui sont présentés par deux hauts personnages, Antoine Pinay, l’ancien ministre des Finances de la IVe République, et Pierre Guillaumat, PDG d’Elf-Erap.

Aldo Bonassoli, le bricolo, Alain De Villegas, l’aristo, et Jean Violet, l’homme de l’ombre, viennent fourguer au président français une machine destinée à repérer, à renifler, par avion, les gisements pétrolifères, à l’aide d’un système radar embarqué qui renvoie une image couleur en présence d’hydrocarbures. Les trois Pieds Nickelés avaient déjà envoûté les pontes d’Elf-Erap et leur avaient soutiré 250 millions de francs suisses. Un contrat avait été signé à l’Union des Banques suisses à Genève. Une garantie de sérieux.

L’épopée de l’or noir

Documentaire en 6 épisodes réalisé par Jean-Pierre Beaurenaut et Yves Billon

Envis­agée sous tous ses aspects – géopoli­tique, économique, écologique, technique – l’épopée de l’or noir épouse étroite­ment les péripéties les plus marquantes de la grande his­toire dont elle a pro­fondé­ment mod­i­fié le cours.

Épisode 1 : l’âge d’or des majors

Épisode 2 : le nation­al­isme pétrolier
Lire la suite

Australie : Les villes organisent leur survie alimentaire

Les petits jardins citadins et autres potagers de poche ont la cote dans les banlieues australiennes. Mais suffiront-ils pour répondre aux besoins des villes en cas de crise alimentaire?

Sans changement radical imposé d’ici 2030, 30 millions de citadins seront dépendants d’une chaîne d’avions et de camions pour leur survie alimentaire, à la merci du moindre choc pétrolier. Certains ont décidé de ne pas attendre que les gouvernements réagissent, comme Michael Mobbs, dans la banlieue de Chippendale à Sydney.

Michael Mobbs vit dans une maison qui économise environ 100.000 litres d’eau par an. Mais le régime moyen d’un Australien implique le même volume utilisé pour la nourriture consommée en 10 jours. Pour résoudre le problème, il a décidé d’acheter local et de produire une partie de son alimentation, malgré le fait de vivre en hyper-centre.

Heureusement pour lui, ses voisins ont répondu à l’appel et l’ont aidé à transformer le quartier en potager. Dans sa banlieue, ils ont planté 200 arbres fruitiers et plantes sur 32 hectares, et ce n’est qu’un début.
Lire la suite

La disparition des États-Unis en tant que superpuissance mondiale

Par Alfred W. McCoy, professeur d’histoire à l’Université de Wisconsin-Madison. Auteur régulier pour TomDispatch, il préside également le projet “Empires in transition”, un groupe de travail mondial de 140 historiens, provenant d’universités issues de quatre continents.

Un atterrissage en douceur pour les États-Unis d’ici quarante ans ? N’y pensez pas ! La disparition des États-Unis en tant que superpuissance mondiale pourrait survenir bien plus vite que ce que l’on imagine. Si Washington rêve de 2040 ou de 2050 comme date de fin pour le « Siècle Américain », une estimation plus réaliste des tendances aux États-Unis et dans le monde laisse penser qu’en 2025, exactement dans 15 ans, tout pourrait être pratiquement terminé.

Malgré l’aura d’omnipotence que la plupart des empires projettent, un regard sur leur histoire devrait nous rappeler que ce sont des organismes fragiles. L’écologie de leur pouvoir est si délicate que lorsque les choses commencent à aller vraiment mal, les empires se désagrègent généralement à une vitesse incroyable : juste une année pour le Portugal, deux années pour l’Union Soviétique, 8 pour la France, 11 pour les Ottomans, 17 pour la Grande-Bretagne et, selon toute vraisemblance, 22 ans pour les États-Unis, à partir de la cruciale année 2003.

Les futurs historiens identifieront probablement l’invasion irréfléchie de l’Irak par l’administration de George W. Bush, cette année-là, comme le commencement de la chute de l’Amérique. Cependant, à la place du bain de sang qui a marqué la fin de tant d’empires du passé, avec des villes qui brûlent et des civils massacrés, cet effondrement impérial du 21ème siècle pourrait survenir de façon relativement discrète, par les circonvolutions invisibles de l’effondrement économique ou de la guerre cybernétique.

Mais n’ayez aucun doute : lorsque la domination mondiale de Washington prendra irrémédiablement fin, il y aura des souvenirs quotidiens douloureux de ce qu’une telle perte de pouvoir signifie pour les Américains de tous les milieux. A l’instar de ce qu’une demi-douzaine de nations européennes ont découvert, le déclin impérial tend à avoir un impact remarquablement démoralisant sur une société, apportant ordinairement des privations économiques pendant au moins une génération. Au fur et à mesure que l’économie se refroidit, la température politique monte, déclenchant souvent de sérieux troubles.

Lire la suite

1974-2010 : La mise en oeuvre du libéralisme économique

Tribune libre de Paysan Savoyard

Élément d’une série consacrée aux politiques économiques et sociales suivies depuis un demi siècle, la présente tribune fait suite aux articles parus les 8/04/10 et 13/06/10.


La crise du milieu des années 70

Les Trente glorieuses s’achèvent avec la crise économique qui survient en 1974 et touche les pays industrialisés. Elle est déclenchée par le « choc pétrolier » provoqué en 1973 par les pays producteurs qui, groupés en cartel, décident de tripler brusquement les prix (un second choc pétrolier interviendra en 1979). Dans le même temps les États-Unis décident, en 1973, de supprimer le lien qui rattachait le dollar à l’or, inaugurant un système de flottement général des monnaies : la forte instabilité des monnaies qui résulte de cette décision sera elle aussi, à l’instar du choc pétrolier, préjudiciable à la croissance (l’instabilité monétaire est en effet gênante pour les entreprises, dont elle perturbe les prévisions).

La forte baisse de la croissance qui intervient dès 1974 est certes déclenchée par l’augmentation des coûts de l’énergie : elle résulte cependant, plus fondamentalement, du fait que le monde industrialisé atteint alors la fin d’un cycle économique exceptionnel, qui était alimenté depuis 1946 par la reconstruction d’après-guerre et par la décision des pays européens d’adopter, à l’imitation des États-Unis, le système de production et de consommation de masse.

La crise se traduit, comme nous venons de le dire, par une baisse immédiate du taux de croissance du PIB, qui va être divisé par deux par rapport à son rythme des Trente glorieuses (entre 1975 et 2006, la croissance a été en France de 2,3 % en moyenne et en volume par an, contre 5,6 % entre 1960 et 1974). La crise entraîne également une hausse de l’inflation ainsi qu’une forte hausse du chômage.


La victoire des thèses libérales

Lire la suite