La grande braderie de l’État

Le ministère de l’Économie planche sur des cessions importantes dans les entreprises publiques. Elles pourraient rapporter 16 milliards d’euros selon une étude.

L’étude Sodali réalisée pour le JDD

Tout est à vendre. Il y a un mois, le ministre de l’Économie, Emmanuel Macron, annonçait la cession de 5 à 10 milliards d’euros d’actifs publics. Deux jours plus tard, il enfonçait le clou en ciblant l’ouverture du capital d’infrastructures de réseau. Le patrimoine de l’État, évalué à 110 milliards d’euros, va fondre dans les dix-huit prochains mois.

L’État a déjà vendu 3% de GDF Suez, 2% d’Orange et 3% de Safran sans que cela ne change son poids dans la gouvernance. Le mouvement va s’amplifier. “Nous pouvons réduire nos participations sans perdre de pouvoir, confirme un conseiller de Bercy. Il n’est pas nécessaire d’avoir autant de capital immobilisé pour avoir la même influence.

Le JDD a passé en revue les options du gouvernement et les projets qui sont “dans les cartons“. Il dispose désormais d’un arsenal législatif très avantageux : la loi visant à reconquérir l’économie réelle, dite “loi Florange“, votée en mars dernier.
Lire la suite

France : Les cessions immobilières de l’État au plus bas

391 millions d’euros de biens cédés en 2013, beaucoup moins qu’attendu.Des grosses opérations n’ont pas abouti. Une reprise est en vue en 2014.

Bordeaux : ensemble immobilier classé monument historique et en cours de cession

Les difficultés du marché de l’immobilier ne font pas les affaires de l’État. En pleine quête de recettes, il peine à tenir son programme de cessions. L’an dernier, les 1.234 biens vendus, des terrains pour les deux tiers, n’ont rapporté « que » 391 millions d’euros. C’est beaucoup moins que les 530 millions d’euros anticipés en loi de Finances initiale. C’est aussi nettement moins que les 515 millions réalisés l’année précédente. C’est en réalité la plus mauvaise performance depuis 2005, date à laquelle les recettes immobilières ont commencé à être clairement identifiées.

« Les cessions ne sont pas l’alpha et l’oméga de notre politique immobilière, relativise-t-on à Bercy. Nous ne sommes pas là pour brader le patrimoine de l’Etat à tout prix. » Plusieurs raisons expliquent la contre-performance de l’an passé. La première tient évidemment à la conjoncture et à la faiblesse de la demande. Certaines grosses cessions n’ont finalement pas eu lieu, comme la vente d’une ancienne base de l’Otan en Meurthe-et-Moselle ou encore celle du pôle océanographique d’Arcachon (Gironde). D’autres ont été reportées, comme celle d’un ensemble immobilier sur un terrain de 7.000 m2 dans le 7e arrondissement de Paris comprenant un ancien couvent du XVIIIe siècle et des bâtiments militaires du XIXe. Ces biens ont finalement été vendus récemment par le ministère de la Défense.

Les collectivité locales achètent 40 % des biens cédés
Lire la suite

Les préfets de Sarkozy vont pouvoir vendre les cathédrales

Les journaux («Le Journal des Arts», «Le Monde», «La Tribune de l’Art») qui évoquent l’affaire sont rares et semblent hélas inaudibles, puisque les réactions sont fort peu nombreuses ; et pourtant, l’heure est grave et le péril, imminent.

Au détour de l’article 52 de la loi de finances 2010 se profile clairement la destruction par l’Etat sarkozyste de plus de deux siècles de protection du patrimoine national.

C’est en effet en 1794 que l’abbé Grégoire, s’en prenant au vandalisme révolutionnaire (« Je créai le mot pour tuer la chose », disait-t-il), affirme l’existence d’un patrimoine collectif que la Nation a pour mission de protéger : « le respect public doit entourer particulièrement les objets nationaux qui, n’étant à personne, sont la propriété de tous ».

La Convention décide dans la foulée de protéger « les objets qui intéressent les arts, l’histoire et l’instruction ». Guizot, en 1830, crée le premier poste d’inspecteur des monuments historiques, poste que Mérimée occupera avec passion de 1834 à 1853, jetant les fondements de la protection par l’Etat des monuments importants et instituant à cette fin le classement des édifices.

Les régimes politiques successifs ont tous, depuis, poursuivi ce processus de sauvegarde par l’Etat des œuvres patrimoniales, dont la définition s’est étendue de façon exponentielle au XXème siècle : aux bâtiments anciens sont venus s’ajouter des créations contemporaines, des témoins de la mémoire industrielle, des jardins et, plus récemment encore, des « lieux de mémoire » (mur des fédérés, Oradour sur Glane…). Le succès, qui ne se dément pas depuis leur création en 1984, des journées du patrimoine, témoigne de l’adhésion des Français à l’idée d’un patrimoine commun à protéger. Lire la suite