Des tracteurs à Paris, l’image est assez rare pour qu’elle mérite d’être signalée. Les céréaliers sont venus manifester leur colère face à la baisse de leurs revenus, qui ont diminué de 60% en deux ans.

La France, pourtant premier producteur européen et deuxième exportateur mondial de céréales (derrière les Etats-Unis), souffre de son agriculture. La maxime “Labourage et pâturage sont les deux mamelles de la France” n’est plus qu’un lointain souvenir. On en arrive même à se demander si le modèle agricole français a un avenir quand cette branche, qui fut si longtemps une source de fierté et de croissance pour tout le pays, vivote au gré des mouvements du marché et des subventions.
Même les céréaliers, pourtant considérés comme les privilégiés du secteur, sont en colère. Leurs revenus sont pourtant supérieurs de moitié à ce que touchent leurs homologues des autres filières agricoles, selon la Commission des comptes de l’agriculture de la nation. On était presque habitué à voir les producteurs de lait ou de fruits et légumes manifester leur mécontentement et leur détresse, mais les céréaliers jamais. Or les prix des céréales sont inférieurs de 23% à la moyenne de ces cinq dernières années.
De la régulation et des aides
Les comparaisons des recettes des exploitants entre 2007 et 2009 semblent dramatiques. Pourtant cette différence est surtout due au fait que 2007 a été une année exceptionnelle. Sous l’effet de la spéculation, les cours s’étaient envolés. L’année dernière est donc, en comparaison, une année catastrophique. Maintenant que le soufflé est retombé, les producteurs reviennent à des recettes du niveau de 1990. Mais, entre-temps, l’inflation est passée par-là.
Les céréaliers mettent directement en cause la spéculation. Pour eux, elle crée une distorsion de prix et rend leur activité trop cyclique. Certains réclament ainsi un prix minimal de leurs produits, qui fonctionnerait comme le smic. Tout au moins une régulation, qui permettrait de lisser leurs revenus, afin de pouvoir faire face aux périodes de vaches maigres.
Plus que cette régulation, c’est de l’argent qu’espèrent obtenir les agriculteurs français. Le gouvernement français a profité de la hausse de 2007 pour abaisser ses aides et ne les a pas relevées depuis la baisse fulgurante des prix. Les céréaliers ne s’y retrouvent pas. Ils sont pourtant, même si leur situation se fragilise, les premiers bénéficiaires des subventions de l’Union européenne.
Un modèle à revoir
Les problèmes de l’agriculture française ne sont pas conjoncturels. Ils ne sont pas survenus avec la crise et, quand l’économie redémarrera, ils seront toujours là. Ils risquent même de devenir de plus en plus profonds.
La compétition avec les autres producteurs européens est presque devenue intenable pour les exploitants nationaux. Les écarts de rémunérations et de temps de travail légaux entre les pays de l’Union et, surtout, au sein même de la zone euro créent les conditions d’une concurrence bancale.
Les exploitants français, pourtant très productifs, ne parviennent pas à tenir les prix que peuvent proposer leurs homologues espagnols et portugais. Ces pays qui opposent la concurrence la plus farouche sont englués dans la crise. Cela ralentit considérablement le fameux rattrapage social qui aurait pu rééquilibrer les forces en présence.
Aux problèmes sans fin du secteur agricole français, il faudra des réponses structurelles. Les observateurs s’accordent pour dire que l’agriculture française doit trouver un autre modèle.
Les producteurs se voient proposer un choix stratégique. D’un côté, les écologistes leur assurent qu’ils doivent s’orienter sur la voie du biologique, afin de conquérir un marché en pleine expansion. De l’autre, les productivistes leur conseillent de prendre le virage des OGM (fortement contesté), qui permettrait de se passer des pesticides, donc réduirait les coûts.
Mais, quelles que soient ces transformations, elles ne se feront pas du jour au lendemain, et, pour l’instant, les agriculteurs survivent à grands coups d’aides et de subventions.
MoneyWeek
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