Encore plus d’inégalités: comment les 0,01% ont distancé les 1%

Nous savons tous que les riches sont de plus en plus riches et de plus en plus nombreux, et que l’écart entre les 99% et les 1% n’a fait que se creuser. Mais ce que l’on sait moins, c’est qu’il s’est aussi creusé entre les 1% et les 0,1% et même entre les 0,1% et les 0,01% affirme le New York Times. Le grand quotidien américain s’est intéressé à des données élaborées par des chercheurs de l’École d’économie de Paris et de l’Université de Californie de Berkeley qui ont été regroupées dans l’étude mondiale World Top Income Database.

Cette étude montre qu’en 2012, 90% des Américains gagnaient en moyenne 30.997 dollars, qu’1% gagnaient en moyenne 1.264.065 dollars, et que les Américains les plus riches, qui représentent 0,10% de la population, gagnaient même 206 fois plus que 90% de leurs compatriotes, soit 6.373.782 dollars.

En 1990, les 1% gagnaient 21 fois plus que les 90%, et les 0,10%, 87 fois plus que les 90%. En 1980, les multiples respectifs étaient 14 et 47.

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Les dérivés de crédits risqués font leur retour aux USA

Considérés comme le virus de la crise qui a fait exploser la bulle immobilière aux Etats-Unis en 2007, les dérivés de crédit risqués reviennent sur les devants de la scène.

Les dérivés de crédits risqués font leur retour aux Etats-Unis après savoir quasiment disparu pendant la crise financière qu’ils ont contribué à créer. Désormais ils sont toutefois adossés sur les prêts crédits aux entreprises et non plus sur l’immobilier résidentiel.

Ces produits financiers (Collaterized Debt Obligation, ou CDO) que le milliardaire Warren Buffett avait qualifiés «d’armes financières de destruction massive», étaient jusqu’à la crise très populaires et massivement adossés à des prêts hypothécaires américains, notamment à des prêts «subprime», octroyés à des ménages insolvables. Lorsque la bulle immobilière américaine a explosé en 2007, la valeur de ces titres dérivés s’est effondrée, entraînant des milliards de dollars de pertes pour les investisseurs et propageant la crise financière la plus grave depuis 1929. De 520 milliards de dollars en 2006, le marché des CDO a fondu à 4,3 milliards de dollars en 2009.

Des CDO aux CLO

Le marché des CDO a donc de facto disparu. Il a dans une certaine mesure remplacé par les «CLO» ou «Collaterized Loan Obligation». Il s’agit de dérivés de crédits également, mais adossés à des prêts aux entreprises.

«Il y a un redressement du marché mais il est très loin de retrouver les volumes atteints avant la crise», nuance Campbell Harvey, professeur de finance à l’université de Duke.

Une porte-parole de l’organisation sectorielle Loan Syndication and Trading association (LSTA) explique qu’il y a eu 50 milliards de dollars de CLO émis depuis le début de l’année aux Etats-Unis« avec 70 milliards attendus pour l’ensemble de 2013, pour un total de 100 milliards de dollars dans le monde entier.

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États-Unis : Une agence de notation au banc des accusés

Il pourrait s’agir de la première procédure d’un État à l’encontre d’une agence de notation. Les autorités américaines s’apprêtent à porter plainte contre Standard & Poor’s (S & P) pour sa mauvaise évaluation du risque associé aux obligations américaines adossées à de la dette (collateralized debt obligations, CDO).

S & P est accusé par le Ministère de la Justice américain d’avoir manipulé, en 2007, la note de ces produits financiers basés sur des montages liés à des emprunts immobiliers à risques, plus connus sous le nom de “subprimes”. Jusqu’à l’éclatement, un an plus tard, de la bulle desdits “subprimes”, ces actifs ont bénéficié de très bonnes notes, tout comme les établissements financiers qui les émettaient.

Washington réclamera plus de cinq milliards de dollars de dommages et intérêts, a précisé mardi 5 février le ministre de la justice, Eric Holder.

Ces banques au-dessus des lois

Dans le récent scandale impliquant les activités criminelles des grandes banques, le Département de la Justice américain a annoncé mardi 11 décembre avoir conclu un arrangement s’élevant à 1,9 milliards de dollars (1,5 milliards d’euros) avec la banque HSBC basée en Grande-Bretagne et accusée de blanchiment d’argent sale à une vaste échelle pour les cartels de la drogue mexicains et colombiens.

L’accord a été spécialement conçu pour éviter des poursuites criminelles soit à la banque, la plus grande d’Europe et la troisième du monde, soit à ses hauts dirigeants. Alors même que la banque a reconnu avoir blanchi des milliards de dollars pour les barons de la drogue, ainsi que d’avoir violé les sanctions financières américaines imposées à l’Iran, à la Libye, à Burma et à Cuba, le gouvernement Obama a empêché une condamnation au moyen d’un « accord de poursuite différée. »

L’accord s’inscrit dans la politique du gouvernement américain de protéger les banquiers au sommet de la hiérarchie de toute responsabilité pour des activités illégales qui ont entraîné l’effondrement du système financier en 2008 et introduit une récession mondiale. Pas un seul directeur de grande banque n’a été poursuivi et encore moins emprisonné pour les activités frauduleuses qui ont provoqué la crise actuelle et résulté dans la destruction de millions d’emplois et la destruction des conditions de vie de la classe ouvrière aux Etats-Unis et de par le monde.

Grâce à la protection de l’Etat, la frénésie spéculative et l’escroquerie se poursuivent de manière inchangée, garantissant des profits record aux banques et des rémunérations toujours plus grandes, à sept chiffres, pour les banquiers.

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«Wall Street a commis le crime parfait»

L’auditeur américain Thomas Myers parcourt le monde pour mobiliser une puissante coalition d’investisseurs, seule capable de forcer une réforme éthique à Wall Street. Rencontre.

«C’est un crime parfait.» C’est ainsi que Thomas Myers, associé principal du cabinet d’audit national T. A. Myers & Co, décrit le «pillage» du système financier global par les banques de Wall Street. Luttant aujourd’hui pour une «réforme éthique» du système financier, le juricomptable de la prestigieuse firme d’Aspen (Colorado) est l’un des très rares experts en instruments financiers complexes à mettre ses compétences au service d’une telle réforme. Analysant depuis trente ans des transactions ultrasophistiquées de quelque 2000 entités financières américaines, il a représenté depuis 2008 de nombreux clients face à Goldman Sachs, UBS, Merrill Lynch, Citigroup et Bear Stearns dans d’innombrables litiges liés à la crise des subprimes. Il a accédé à des documents hautement confidentiels qui lui ont permis d’acquérir une connaissance parfaite des mécanismes frauduleux incriminés.

Dans une lettre ouverte à Occupy Wall Street, il dénonce l’impunité des banquiers, devenus plus riches et influents que jamais, bien qu’ils aient commis la «plus grande fraude de l’histoire». Et en effet, aucun financier aux Etats-Unis n’a eu à répondre légalement pour le comportement des banques dans la crise des subprimes. Récemment, la justice américaine a renoncé à entamer des poursuites pénales contre Goldman Sachs ou ses employés, accusés d’avoir parié contre les mêmes titres subprimes qu’ils avaient vendus à leurs clients. La justice a estimé qu’il n’y avait «aucune base viable pour lancer des poursuites pénales» contre la banque.

«C’est une faillite des autorités de surveillance»

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Le boom du marché secondaire des hedge funds se poursuit

par Myret Zaki

Les fonds alternatifs peuvent, depuis la crise de 2008, revendre leurs parts à la liquidité restreinte. Explications.

Quatre ans après la crise qui l’a fait naître, le marché secondaire des hedge funds continue d’avoir du succès. «Au moment de la faillite de Lehman Brothers, il y avait 200 milliards de dollars pris dans des sidepockets, et en face de tous ces vendeurs il n’existait pas de marché», explique Florian de Sigy, fondateur de Gamma Finance à Londres. En d’autres termes, les gérants de hedge funds ne trouvaient pas facilement d’acheteurs pour ces parts détenues par des investisseurs souhaitant les vendre, et suspendues dans des poches séparées du reste du fonds. «Pour éviter de vendre au pire moment, les managers avaient activé les gates (gels des remboursements, ndlr), stoppant les rédemptions de parts pour protéger leurs fonds.»

Florian de Sigy, Parisien, avait auparavant travaillé chez Deutsche Bank où il s’était spécialisé dans les produits structurés sur actions et les dérivés sur hedge funds. En 2009, identifiant le potentiel pour la revente de parts de hedge funds, il a cofondé Gamma Finance. «Nous avions identifié 2 milliards de dollars de demande, soit une quinzaine de gros acheteurs, pour une offre de 3 milliards», explique-t-il. La boutique londonienne emploie aujourd’hui sept spécialistes. La crise a en effet agi comme un révélateur par rapport à une faiblesse structurelle du monde des hedge funds: il n’existait pas, jusque-là, de marché secondaire pour écouler des parts de hedge funds à la liquidité restreinte, avec une décote liée à leur risque. Seul existait avant la crise un marché secondaire pour les fonds fermés qui avaient beaucoup de succès, et dont on s’échangeait les parts à des primes. C’était un marché d’acheteurs. Mais il n’existait pas de marché de vendeurs, sorte de marché d’occasion permettant aux investisseurs bloqués dans leur placement et cherchant à en sortir, même au rabais, de rencontrer des acheteurs intéressés d’acquérir ces parts. «Dans le private equity, il y a toujours eu un marché secondaire, explique Florian de Sigy. Alors pourquoi n’y en avait-il pas dans le monde des hedge funds?» C’est ainsi que ce nouveau marché, qui permet à des investisseurs de vendre leurs parts directement sans attendre les remboursements de cash de leur hedge funds, a pris son essor.

Un potentiel de 3 à 5 milliards de transactions par an

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Collateralized debt obligation (CDO)

Il n’y a pas de bonne traduction française de cette expression. Certaines créent vraiment des risques de confusion car il y a une différence réelle entre les « obligations » qui sont appuyées, c’est à dire liées à des dettes et qui sont donc garanties ( ABS, asset backed securities) et les CDO où un portefeuille de crédit est la contrepartie de l’émission d’obligations : on dit parfois que ces dernières sont « conjointes ». Il vaut mieux oublier la francisation, d’autant plus que toute la littérature autour de la Crise de 2008 et de ses causes fait référence non pas à « obligation avec dette collatérale » mais à … CDO.

Pour comprendre ce qui est à l’origine du CDO, outre l’imagination toujours sur la brèche des financiers, il faut se mettre dans la peau d’un banquier. Un banquier, on l’oublie un peu trop ces derniers temps, prête de l’argent à des particuliers, des entreprises ou des collectivités publiques et privées et même des Etats.

Comment sortir les risques et supprimer les contraintes qui pèsent sur les portefeuilles de crédit.

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Comment la crise des subprimes a mis l’Europe à la merci de Wall Street

Les rapports d’enquête diligentés aux États-Unis ont montré que la crise des subprimes ne relevait pas que l’aveuglement mais aussi de nombreuses fraudes dont un certain nombre d’opérateurs américains avaient parfaitement conscience…

La crise des subprimes est-elle vraiment un accident dû à la cécité des financiers américains ? Les rapports d’enquête diligentés aux États-Unis sur cette crise des subprimes laissent entrevoir une autre réalité. Selon ceux-ci, elle résulte aussi de fraudes massives, de mensonges et de tromperies sur les produits vendus.

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La crise ? Quand c’est fini, ça recommence !

Par Frédéric Lordon

Il y aurait matière à faire un sort à tous les ahuris qui, depuis l’été 2007, ne loupent pas une occasion de se féliciter que « le pire est derrière nous le plus dur est passé la crise est terminée ». On rappellera qu’ils n’en sont jamais qu’à leur troisième tour de piste (automne 2007, printemps 2008, fin 2009) et que, vaillants comme on les connaît, on peut être tout à fait certain, le point chaud grec viendrait-il à relaxer, qu’ils ne nous décevraient pas pour une petite quatrième. Stupéfiante comme elle devient, la situation ne laisse cependant pas trop le loisir de s’appesantir sur ce genre de chose – et puis le compte-rendu de la cécité réjouie est devenu une entreprise sans espoir.

Caspar David Friedrich, Naufrage, 1822 (cliquez sur l'image pour l'agrandir)

Stupéfiante, la situation l’est, sans l’être tout à fait. Car la mutation de la crise de finances privées en crises de finances publiques, et leurs métamorphoses subséquentes en crises monétaires et en crises politiques, étaient prévisibles dès la fin 2007.

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Ceux qui savaient

Par Paul Jorion

On me dit souvent : « Vous faisiez partie du tout petit groupe de gens qui savaient qu’une crise majeure allait éclater ». Je réponds en général qu’en 2002, entre collègues, à l’heure du déjeuner, on discutait de la crise qui s’annonçait.

Mais ça ne s’arrêtait pas là : nous écrivions des rapports à l’intention de la direction. Et comme ceux-ci étaient accueillis par un grand silence, mes collègues me faisaient souvent part de leur découragement : « Ils ne prennent même pas la peine de lire ce que nous écrivons ! ».

Mes patrons n’étaient pas des imbéciles et cette interprétation désabusée me paraissait un peu courte. J’ai expliqué dans ma chronique du Monde – Économie des lundi 29 et mardi 30 juin 2009, intitulée « La bonne santé retrouvée des banques américaines », comment Angelo Mozilo, PDG de Countrywide, aussitôt qu’il eut compris, entreprit d’exercer toutes les stock options qu’il avait dans sa firme et de revendre l’ensemble de ses actions. Et ceci, le plus légalement du monde : en suivant le plan de désengagement par étapes prévu par la loi.

Je terminais ma chronique en disant ceci : “Si le parallèle avec Countrywide a un sens, il s’agit alors simplement pour les dix banques ayant aujourd’hui remboursé l’argent du TARP de consciencieusement nettoyer la caisse avant de mettre définitivement la clé sous la porte. Lorsque les trillions à nouveau perdus seront examinés, les quelques milliards détournés in extremis par leurs dirigeants, passeront, c’est à parier, relativement inaperçus.

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Mille milliards de dollars et bientôt les filles à l’œil

Par James Howard Kunstler

L’Union européenne s’est auto-accordé mille milliards de dollars pour s’auto-renflouer aux premières heures de l’aube lundi, plus une fille dans le lit de chaque membre, gratuitement. Les Allemands vont adorer. Cette annonce a déjà fait remonter l’euro à 1,3 dollar, juste au moment où ceux-ci espéraient que la baisse du dollar allait leur permettre de livrer quelques cargos de plus à l’exportation.

Je m’attends à ce que Mme Merkel soit particulièrement à leur écoute. Quelques heures plus tôt, sa coalition a reçu une magnifique raclée à l’élection en Rhénanie du Nord-Westphalie.

Je mentionne ces événements à contrecœur, sachant l’aversion qu’éprouvent mes lecteurs aux nouvelles provenant de la vieille Europe, cet ennuyeux café d’arrière-cour socialiste où l’on vous sert, dans les restaurants, des portions pour femmelettes, que de vrais hommes ne mangent pas de toute façon.

La question qui s’impose ici, bien entendu, est de savoir comment l’Europe a l’intention de trouver mille milliards de dollars pour se renflouer elle-même. Va-t-elle vendre le Portugal à la Chine ? Va-t-elle découper la Grèce en morceaux, lancer les bouts à la mer comme appât, attraper et vendre sur les marchés ce qui reste de poissons en Méditerranée ? Franchement, je suis perplexe. Parlez de déshabiller Pierre pour habiller Paul…

Toutes les nations européennes sont déjà si désespérément empêtrées dans des chaînes d’obligations réciproques indémêlables que ce renflouement pourrait tout aussi bien être un jeu de chaises musicales joué dans le Grand collisionneur de particules Hadron sur de la musique de Karlheinz Stockhausen. Le renflouement européen est, de fait, une absurdité. Je prédis que l’effet de l’annonce ne durera que quelques jours de trading sur les marchés boursiers.

La vérité est que les déséquilibres de la finance mondiale sont devenus si grotesques que le système monétaire mondial ne tient qu’avec de la salive et des prières. Je reçois des tombereaux de mails de lecteurs chaque semaine m’avertissant de la prétendue, – et inéluctable -, naissance d’une prochaine monnaie mondiale – un concept qui s’accompagne naturellement de l’idée d’un gouvernement mondial. Les deux sont des fantaisies ridicules. Les événements prennent les nations du monde à l’exact contre-pied, et les entraînent dans l’autre sens, vers la rupture, la diminution de la taille des Etats et des gouvernements. De même, si des monnaies majeures comme le dollar ou l’euro venaient à connaître leur chant du cygne, elles seraient plus que probablement remplacées par des billets de banque locales convertibles en or que par un hypothétique Améro ou autre Globo-dollar.

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Comment la « machine à bulles » est entrée dans la tourmente

Déjà critiquée pour son rôle peu orthodoxe dans la gestion de la dette grecque et le sauvetage d’AIG, la firme la plus en vue de Wall Street se retrouve cette fois officiellement au coeur d’un gigantesque scandale. Goldman Sachs et son trader chargé des produits structurés, Fabrice Tourre, ont-ils abusé les clients investisseurs en vantant les mérites de produits toxiques ?

Le gendarme a finalement sifflé. La décision surprise de la Securities and Exchange Commission (SEC) de déposer une plainte civile pour fraude à l’encontre de Goldman Sachs et de l’un de ses traders chargé des produits structurés, le Français Fabrice Tourre, trente et un ans, a fait l’effet d’une bombe, ce week-end à Wall Street. Derrière l’initiative de la SEC, c’est un gigantesque conflit d’intérêts au sein de la banque la plus profitable de Wall Street (13,4 milliards de dollars de résultat net en 2009) qui est visé. Et depuis la nomination par Barack Obama de Mary Schapiro à sa tête, le 27 janvier 2009, la SEC n’a pas la réputation d’agir à la légère.

« De plus en plus d’effet de levier dans le système. L’édifice tout entier peut maintenant s’effondrer à chaque instant… Le seul survivant éventuel : le fabuleux Fab [son propre surnom, NDLR]… debout au milieu de toutes ces opérations exotiques, complexes, à très fort effet de levier, qu’il créa sans nécessairement saisir toutes les implications de ces monstruosités !!! »

Ainsi s’exclamait Fabrice Tourre, le 23 janvier 2007, dans un courriel adressé à un ami saisi par les enquêteurs de la Fed. Preuve relativement claire qu’il était conscient qu’une bombe avait été amorcée, et pas forcément au bénéfice de tous ses clients. Le 11 février 2007, le jeune centralien était plus concis, sinon moins éloquent : « Le biz’ du CDO est mort, il ne nous reste plus beaucoup de temps ! » Désormais, la jeune recrue de Goldman Sachs a fait son entrée dans Wikipedia et ses courriels n’ont pas fini de laisser des traces à Wall Street.
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Crise des subprime : Goldman Sachs poursuivie pour fraude

Le gendarme boursier américain estime que la grande banque d’affaires a trompé les investisseurs en vendant ces titres liés à des crédits hypothécaires à risque. L’action plonge en Bourse.

Goldman Sachs dans l’oeil du cyclone. La “Securities & Exchange Commission” (SEC), le gendarme boursier américain, vient d’ouvrir une enquête pour fraude contre la grande banque d’affaires américaine. Cette dernière est accusée d’avoir trompé les investisseurs “en passant sous silence des faits essentiels sur certains produits financiers liés aux prêts subprime (ces titres d’investissements liés à des crédits hypothécaires à risque dont l’éclatement a provoqué la crise financière, ndlr) au moment où le marché de l’immobilier résidentiel américain commençait à chuter.

Goldman, à tort, a permis à un client qui jouait contre le marché hypothécaire d’influencer lourdement quels titres immobiliers devaient être inclus dans un véhicule d’investissement, alors qu’au même moment elle disait à d’autres investisseurs que ces titres étaient choisis par un tiers indépendant et objectif,” a expliqué un responsable de la SEC, Robert Khuzami.

Dans le détail, la SEC reproche à Goldman Sachs d’avoir caché aux marchés qu’elle avait créé et structuré un CDO (“collateralized debt obligations“), un produit de dette complexe adossé à des prêts immobilier résidentiel, à la demande de l’un de ses principaux clients, le fonds d’investissements Paulson. Ce dernier était impliqué dans le choix des titres alors qu’il avait lui-même pris une position de vente à découvert sur ce portefeuille, misant donc sur la baisse de sa valeur.

Un des vice-présidents de la banque, Fabrice Tourre, est également poursuivi. Il est considéré par les autorités comme le principal responsable dans ce montage, qui aurait fait perdre plus d’un milliard de dollars à plusieurs investisseurs. En un peu plus de neuf mois, 99% de ce portefeuille a en effet été dégradé, précise la SEC. Paulson aurait versé 15 millions de dollars à Goldman Sachs pour concevoir la structure du CDO

En Bourse, l’action Goldman Sachs chute de plus de 12%, entraînant dans son sillage l’ensemble des valeurs bancaires et toutes les places boursières mondiales.

Le texte complet de la plainte de la SEC (en anglais)

La Tribune

Le discret retour des LBO (rachat d’entreprises par endettement)

La crise n’a-t-elle donc rien changé au monde de la finance ? Après une traversée du désert en 2009, le redressement des marchés financiers en 2010 et l’argent facile semble s’accompagner du retour en grâce des fonds d’investissement. Notamment ceux dits de “LBO”, adeptes des rachats d’entreprises avec un recours massif à la dette, dont la cavalerie financière a pourtant été pointée du doigt pendant la crise.

Selon l’agence Dealogic, au premier trimestre 2010 en Europe, 9 milliards d’euros ont été investis dans des opérations de rachat d’entreprises avec LBO. C’est peu au regard des montants records de 2006, qui avaient atteint près de 180 milliards d’euros ; mais c’est déjà la moitié de la performance réalisée sur l’ensemble de l’année 2009 (18 milliards d’euros). “Le marché du LBO n’est pas mort !” conclut Sucheet Gupte, analyste chez S & P LCD.

En France aussi, certains fonds reviennent sur le terrain. Selon le baromètre LBO Net, l’année 2009 a certes chuté pour l’industrie avec un total de 187 entreprises rachetées contre 277 un an plus tôt. Mais, ” on retrouve les niveaux de 2003, où l’industrie fonctionnait à une bonne vitesse de croisière”, indique Gonzague de Blignières, PDG du fonds Barclays PE.

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La Réserve Fédérale des USA s’est-elle muée en décharge financière ?

La crise a-t-elle transformé la Réserve fédérale américaine (Fed) en grosse poubelle financière ? En dévoilant sur 161 pages, mercredi 31 mars, la liste détaillée de ses actifs toxiques, la banque centrale américaine s’est attirée autant de moqueries qu’elle a suscité d’inquiétudes. “Dire que le portefeuille de la Fed est un amas d’ordures n’est pas très gentil à l’égard des ordures”, ironise, dans une note, David Zervos, analyste chez Jefferies. “La Fed n’a pas à aller bien loin pour comprendre les malheurs d’une banque ou d’investisseurs pris au piège de créances pourries”, commente de son côté le Wall Street Journal.

Tout a commencé au printemps 2008. Pour venir en aide à des établissements financiers en déroute, tels la banque d’affaires Bear Stearns, et l’assureur AIG, la Fed de New York, une branche de la Réserve fédérale américaine, a accepté de prendre en dépôt certains de leurs actifs toxiques. L’objectif ? Les sortir du système financier, au moins pendant quelque temps, afin de rassurer des marchés au bord de l’implosion.

Au total, la Fed aurait ainsi pris à son compte quelque 80 milliards de dollars de créances pourries (59 milliards d’euros). Mais au fil des mois, leur valeur a fondu. Fin décembre 2009, elle n’était plus “que” de 65 milliards de dollars. Répartis dans trois entités ad hoc – Maiden, Maiden II et Maiden III, du nom d’une rue adjacente au bâtiment de la Fed de New York -, ces titres seraient en grande majorité des produits dérivés, tels que des actifs adossés à des prêts immobiliers. Autrement dit, l’équivalent des maudits subprimes. “Ces actifs n’ont pas toujours été pourris. Mais quand la Fed en a pris possession, c’était vraiment le fond du panier”, commente l’économiste Paul Jorion, ancien professeur invité à l’université de Californie de Los Angeles.

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Les traders virtuels préfèrent la microseconde

Tout récemment, Thomson Reuters a créé le service d’informations NewsScope Direct, diffusant des données économiques et financières toutes les microsecondes, à destination des traders algorithmiques (high frequency traders) des bourses de Chicago et de Londres. Une microseconde = un millionième de seconde. Un instant plus que négligeable pour nous, pauvres humains, une vie entière pour ces opérateurs de marché Intel inside.

Selon le magazine financier Agefi :

« Basé sur des modélisations mathématiques des marchés financiers, le trading algorithmique automatise le placement des ordres, tout en respectant des stratégies d’investissement bien arrêtées.

« Très développé chez les arbitragistes (hedge funds et comptes propres de banques), consiste à jouer sur les inefficiences des marchés que la volatilité a démultipliées ces derniers mois. Dans un cas simple, le gérant achète une grande quantité de titres (plutôt liquides de type « blue chips ») sur une plate-forme, pour les revendre presque instantanément sur une autre où le prix était supérieur, en toute transparence « pre-trade » : le premier cours va monter et le deuxième baisser, rendant les marchés plus efficients (d’autres arbitrages porteront par exemple sur deux valeurs différentes mais corrélées). A ce jeu où deux algorithmes équivalents vont détecter l’incohérence, c’est l’exécution la plus rapide qui l’emporte. D’où une course à la « milliseconde », qui se traduit par un rapprochement géographique entre plates-formes, intermédiaires et arbitragistes. Pour raccourcir encore la période de latence, les plates-formes proposent même désormais, dans leurs locaux, des postes en colocation à destination des autres intervenants : bientôt 300 installés chez NYSE Euronext, grâce au déménagement informatique dans le sud-est de l’Angleterre. »

Selon le New York Times, le trading algorithmique (ou algotrading), qui ne portait que sur 30% des actions échangées à Wall Street en 2005, est passé à 61% en 2009. Consécutivement, une bonne part de la cacophonie rituelle des salles de marchés s’est peu à peu déplacée d’abord vers de silencieuses fermes de serveurs (server farms) à travers toute l’Amérique, puis dans des interfaces logicielles plus ou moins conviviales, compensant la complexité intrinsèque des outils.

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Le jeu toujours gagnant de Goldman Sachs

Quatre jours avant la date donnée par le journal Le Monde pour la pseudo-découverte, par le New York Times, des secrets de la réussite de la banque Goldman Sachs en pleine crise des subprimes, l’économiste suisse Michel Santi en donnait déjà la clé.

Voici leurs articles respectifs.

I – Le Monde :

Goldman Sachs est une des rares banques américaines à avoir très peu souffert de la crise des subprimes.

Le New York Times a peut-être découvert pourquoi, mercredi 23 décembre. Selon le quotidien, Goldman Sachs et quelques autres banques – Deutsche Bank et Morgan Stanley – auraient vendu à dessein des produits à risque à des clients tout en pariant sur leur chute.

Ces titres étaient des obligations adossées à des actifs (collateralized debt obligation, CDO), constituées en grande partie de crédits immobiliers à risque, créées par les banques.

Conscientes du risque élevé de ces CDO qu’elles avaient pourtant elles-même créées, les banques ont misé parallèlement sur leur chute.

Quand la crise des subprimes a explosé en septembre 2007, les investisseurs qui avaient souscrit à ces titres ont tout perdu. Mais pas les banques, qui ont pu récupérer des sommes considérables auprès des assureurs.

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Jean Montaldo dézingue les bandits de la finance

« Chez moi quand on tue le cochon, tout le monde est content ! Sauf le cochon ! ». Cette citation, l’écrivain et journaliste d’investigation Jean Montaldo la place en exergue de son tout dernier livre (le 16ème depuis 1971) : “Lettre ouverte aux bandits de la finance” (Albin Michel, juin 2009). Bretteur hors norme, Jean Montaldo, 68 ans, est toujours un combattant actif dont la capacité d’indignation est intacte.

Dans ce nouvel ouvrage documenté, luxuriant, touffu, voire baroque, il tente de démêler pour nous les arcanes de la finance et de comprendre comment la crise annoncée notamment par le FBI en 2004 n’a pas été enrayée par le gouvernement Bush, trop occupé sur d’autres fronts.

Il explique comment un homme de l’ombre, Angelo Mozilo, l’inventeur des subprimes il y a quarante ans, aidé de ses amis, les dirigeants de Fannie Mae et de Freddie Mac, entre autres, ont plongé le monde dans le marasme. Il dévoile enfin pourquoi les banquiers français, dans un bel ensemble, se sont engouffrés dans le piège des subprimes pour aboutir notamment à l’affaire Kerviel.

“Je suis sûr, que s’ils continuent comme avant”, a-t-il confié en marge de l’interview qui figure ci-dessous, “s’ils n’ont pas tiré les leçons de la crise, c’est sûr, il y aura une deuxième vague, une autre crise qui risque de faire exploser totalement le système financier international. Je le crains vraiment. J’ai les chiffres. Il y a aujourd’hui plus de 365, voire 400 000 milliards de produits titrisés en circulation. On ne peut pas les maîtriser. Ils ne sont même pas localisables. C’est ça le problème. Et ils en inventent tous les jours.”

On comprend dès lors pourquoi l’auteur cite Enver Hodja à la fin de son livre : “Malheureusement, l’année qui commence sera pire que la précédente… mais meilleure que la prochaine”. Le dictateur albanais n’est sans doute pas la référence suprême du libéral Montaldo. Gageons qu’il conjure le sort en le citant.

Chevalier blanc ? Populiste ? Prophète ? Jean Montaldo, souvent attaqué par la “bien pensance”, n’est rien de tout ça. C’est d’abord un journaliste d’investigation comme on n’en fait plus, qui porte la plume là où ça fait mal et qui ne craint pas d’appeler un chat un chat. Son livre n’est pas un pamphlet. Il attaque les coupables avec impartialité et sans manichéisme.

Jean Montaldo était l’invité d’Agoravox en juillet 2009.

En quoi ce nouveau livre est-il une suite logique au “Marché aux voleurs” ? Lire la suite