« La grande révolution d travail aura lieu hors du salariat »

Le salariat aurait-il fait son temps ? Souvent considéré comme le Graal de la stabilité de l’emploi dans un monde instable, le salariat pourrait bien être en train de vivre ses derniers instants. Selon Denis Pennel, une chose est sûre : la révolution du travail n’aura pas lieu là où on l’attend.

Alors que l’économie mondiale se stabilise, la crise de l’emploi continue d’occuper le devant de la scène. Pourtant, pour Denis Pennel, directeur général de la Ciett et auteur de Travailler pour soi (2013), derrière cet aspect conjoncturel, une révolution structurelle du travail est en train de bousculer les usages. Rencontre à l’occasion de la publication du rapport annuel de la Ciett, confédération mondiale des agences d’emploi privées.

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Travail : Quel nouveau modèle à l’ère numérique ?

Comme en témoigne la violente guerre entre les taxis et les chauffeurs Uber, le numérique chamboule le monde professionnel. Les vieux statuts, symbolisés par le CDI, font face à la montée en puissance des indépendants, ou « freelances », réclamés par des entreprises en quête d’« agilité ».

C’est une certitude : demain, le marché du travail sera très différent de celui que nous avons connu. Du recrutement à l’organisation même de la production, la révolution digitale fait éclater le modèle actuel. Mais pour aller où ? Vers quoi ? Premier constat : le système est à bout de souffle.

La mécanique des Trente Glorieuses, fondée sur une croissante forte, une consommation effrénée et le plein-emploi est grippée depuis longtemps. Dans l’imaginaire collectif, le CDI demeure la norme sociale et professionnelle. Pourtant, depuis le début des années 2000, les contrats courts, le temps partiel, le travail intermittent ou indépendant explosent.

Beaucoup y voient « l’évidente conséquence » de la crise. C’est vrai. Mais pas seulement. Car la démocratisation du numérique dans les sphères privées et professionnelles constitue aussi un puissant catalyseur de cette mutation. Auparavant, toutes les entreprises se basaient sur le même modèle : chaque recrutement correspondait à un besoin productif précis.
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La jeune génération moins bien lotie que l’ancienne

La génération Y est-elle la génération sacrifiée ? Alors que leurs parents ont connu l’âge d’or, celui des CDI et de l’immobilier pas cher, les jeunes sont confrontés à davantage de précarité. 

En effet, nombre de jeunes décrochent des CDD ou des petits contrats alors qu’au même âge leurs parents avaient déjà un CDI. En 1975, l’âge du premier emploi stable était d’ailleurs de 20 ans contre 28 ans aujourd’hui.

Les chiffres du chômage diffèrent aussi selon les époques. Alors que le nombre de demandeurs d’emploi était de 5% chez les jeunes il y a 40 ans, il atteignait 25% en 2013. Le taux de pauvreté chez les 18-29 ans est lui passé de 10% en 1970 à 19% en 2012. 

Quant à l’âge de départ à la retraite, là encore, la jeune génération est lésée. Les jeunes doivent désormais cotiser plus longtemps que leurs parents.
Mais ce n’est pas tout, le prix de l’immobilier a grimpé de 140% en l’espace de vingt ans. Si le revenu moyen par ménage a lui aussi augmenté, la progression reste assez faible avec seulement plus de 15,6%.

Inégaux face au rythme du temps

Travail à la chaîne, le dimanche, la nuit, en horaires décalés… Les inégalités dans l’usage et le contrôle du temps façonnent nos modes de vie. Les plus favorisés réclament toujours plus de flexibilité pour les autres, au nom de la modernité. Par Louis Maurin, directeur de l’observatoire des inégalités.

Que faites-vous en février ou à Pâques ? Si vous avez la chance de pouvoir vous affranchir du travail pendant une semaine, vous êtes sans doute du bon côté. Celui de la minorité qui dispose d’un peu plus que les cinq semaines légales de congés payés, et des moyens pour prendre le large. Les inégalités dans l’usage et le contrôle du temps façonnent nos modes de vie, sujet bien plus rarement évoqué que celui des revenus.

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6 millions de chômeurs : L’échec de Hollande

Le nombre des chômeurs continue de progresser à une allure vertigineuse : toutes catégories confondues, on dénombrait presque 5,9 millions de demandeurs d’emploi fin 2014, soit +312.900 depuis un an et +919.000 depuis mai 2012. La clameur populaire qui vient d’Athènes fait donc forcément écho jusqu’en France : et si on changeait de politique ?

Il faut prendre l’indicateur du chômage pour ce qu’il est : le plus révélateur de ce qu’est aujourd’hui la France et la politique économique et sociale inégalitaire qui y est menée. Si en Grèce, la donne a radicalement changé, et si le peuple de ce pays peut espérer enfin la mise en œuvre d’une politique sociale plus généreuse, la France, elle, reste plus que jamais prisonnière de la doxa néolibérale. La situation du marché du travail en atteste.

Il faut prendre l’indicateur du chômage pour ce qu’il est : le plus révélateur de ce qu’est aujourd’hui la France et la politique économique et sociale inégalitaire qui y est menée. Si en Grèce, la donne a radicalement changé, et si le peuple de ce pays peut espérer enfin la mise en œuvre d’une politique sociale plus généreuse, la France, elle, reste plus que jamais prisonnière de la doxa néolibérale.

La situation du marché du travail en atteste. Il faut certes manier la comparaison avec précaution, car la France ne connaît pas, loin s’en faut la situation sociale désespérée dans laquelle la Grèce s’est enlisée.
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Le CDI n’est pas toujours synonyme de stabilité de l’emploi

Si la signature d’un contrat à durée indéterminée (CDI) se fait de plus en plus rare, elle ne signifie pas forcément que le salarié restera longtemps dans l’entreprise. Contrairement aux idées reçues, plus d’un tiers (36,1%) des CDI ayant débuté en 2011 ont duré moins d’un an, selon une étude publiée ce vendredi par la Dares, le département de statistiques du ministère du Travail.

Le premier motif de rupture est la démission : 45% des CDI signés en 2011 et rompus avant leur premier anniversaire l’ont été par ce biais. Suit la fin de la période d’essai (35%), qui peut être aussi bien de l’initiative de l’employeur que du salarié. Le licenciement ne représente qu’une portion congrue de ces départs prématurés (10%), tout comme la rupture conventionnelle 5% même si cette proportion est hausse par rapport à 2007.

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Le nombre d’embauches en CDD a explosé en 2013

Dans le tertiaire, la part des embauches sous CDD s’est élevée à 85,3% en 2013, en hausse de 2,3 point par rapport à 2012. Et la durée moyenne des contrats était de… 10 jours contre 14 jours en 2012. Un quart des CDD se limite même à 2 jours. Ces contrats deviennent par ailleurs systématiques.

Avec une croissance morose et une absence de visibilité à moyen terme, les chefs d’entreprise se montrent extrêmement prudents dans leurs politiques de recrutement. Quand on ne sait pas ce que sera le carnet de commandes à six mois ou un an, on évite de recruter en contrat à durée indéterminée (CDI).

Alors, pour faire face à un surcroît exceptionnel d’activité ou pour jouer la prudence, on embauche sous contrat à durée déterminée… Conséquence sociale de la crise. C’est exactement ce qui est arrivé en 2013, selon une étude de la Dares (service des statistiques du ministère du Travail) qui montre que le nombre des embauches sous CDD a littéralement explosé cette année-là. Et notamment, les CDD courts.

En 2013, dans le secteur concurrentiel, 83,6% des embauches ont été réalisées en CDD, soit une progression de 2,3 points par rapport à 2012. Dans le tertiaire, principal pourvoyeur de ce type de contrat, la part des CDD dans les recrutements atteint même 85,3%, en hausse également de 2,3 points sur un an.
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SDF : 1/4 des personnes sans domicile travaillent

En France, un quart des adultes francophones sans domicile (24%) travaillent, indique l’Insee dans une étude publiée mardi 8 avril. Ils occupent souvent des emplois “très précaires”.

Au total, près des deux tiers (63%) des SDF sont considérés comme actifs, avec 39% au chômage ou en recherche d’emploi selon l’enquête menée auprès des utilisateurs francophones des services d’hébergement et de distribution de repas, en janvier et février 2012, par l’Insee et l’Ined.

Parmi les SDF en emploi, des disparités existent entre Français et étrangers, ces derniers occupant “un peu plus souvent un emploi régulier ou un ‘petit boulot’ (27%) que les Français (22%)”. Seules 39% de ces personnes en emploi ont un CDI, 24% bénéficiant d’un CDD, 15% d’un travail temporaire et 22% travaillant sans aucun contrat.

L’enquête note également que “le taux d’emploi des personnes sans domicile est d’autant plus élevé que leurs conditions d’hébergement sont stables”.

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Le CDI ne fait plus le bonheur

Et si le salariat n’était plus synonyme d’épanouissement au travail ? Cette question (tout comme le titre provocateur de cet article) vise à remettre en cause notre vision monolithique mais obsolète du marché du travail : seul le CDI à temps plein protège les travailleurs et leur apporte sécurité et stabilité professionnelles.

La réalité n’est plus aussi schématique et, que l’on s’en réjouisse ou s’en lamente, le pacte sous-jacent qui liait un salarié à un employeur sous la forme d’un CDI est devenu léonin. Alors qu’il se basait sur l’échange d’une sécurité de l’emploi contre une « servitude volontaire » (la relation de subordination), ce contrat est aujourd’hui remis en cause, pour trois raisons essentielles.

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Le CDI en voie de disparition

Une nouvelle étude publiée par le service rattaché au ministère du Travail, la Dares, révèle que le taux des recrutements en Contrat à durée déterminée CDD, a augmenté de 3 points en 2012 tandis que le taux des CDI, Contrat à durée indéterminée recule.

La « CDDisation » prend de l’ampleur

Les résultats de la Dares démontrent que presque toutes les entreprises ne recrutent plus en CDI. Par contre, le taux des CDD a atteint le record avec 81,2% des nouvelles embauches en 2012 comparativement à 2011 ; ce qui traduit une hausse de 3 points.

A part les entreprises de 50 salariés ou plus, de la construction qui n’ont que 39,8% de taux de recrutements en CDD, tous les autres secteurs d’activités sont concernés. Le tertiaire englobe à lui seul 83% des embauches en CDD avec un repli considérable des CDI, la construction 61,6%, et l’industrie 68,5%.

Tous sont concernés

D’après la Dares, le problème de la “CDDisation” ne se limite pas qu’aux jeunes.

En 2012, chez les moins de 30 ans, le taux d’embauche en CDD, avait grimpé à 82,6% mais aussi chez les plus de 50 ans, ce taux était passé à 84,6%. Les femmes sont aussi plus touchées par le CDD plus que les hommes, 85 contre 76,6%.

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Europe : Les contrats précaires font florès

«Contrat zéro heure» au Royaume-Uni, «mini-job» en Allemagne, «contrat intermittent» en Italie, travail temporaire très développé en Espagne ou au Portugal : les Européens rencontrent de plus en plus de difficultés à trouver un emploi stable et à temps plein.

En Angleterre, ils seraient plus d’un million, selon un sondage réalisé par une organisation de professionnels des ressources humaines, à être employés dans le cadre d’un «contrat zéro heure». La particularité de ce type de contrat de travail britannique: il ne garantit ni temps de travail ni salaire minimum, et le salarié peut être prévenu la veille de sa journée de travail du lendemain . «C’est très sporadique et imprévisible, ce qui rend pratiquement impossible d’établir un budget ou un programme», témoigne pour l’AFP un jeune magasinier de 26 ans. Le marché de l’emploi britannique se caractérise par une flexibilité extrême, mais les contrats de travail dit atypiques ont proliféré dans toute l’Europe.

Les Européens sont en effet de plus en plus souvent contraints de passer par un emploi précaire pour rejoindre le marché du travail. Une étude allemande publiée l’année dernière souligne que la probabilité pour une personne en recherche d’emploi de trouver un contrat à durée indéterminée (CDI) en Europe a chuté de 7,7% entre 1998 et 2008. «La qualité de l’emploi s’est détériorée», note l’étude. C’est particulièrement vrai en Italie (+14%), en République Tchèque (+27%) et en Allemagne (+7%). De nombreux pays d’Europe ont en effet développé de multiples formes de contrats atypiques depuis les années 2000.

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Roberto Fiorini : “Capitalisme et immigration”

Interview réalisée avec Roberto Fiorini en juin dernier par le magazine “Le Harfang” (organe de la fédération des québécois de souche) et publiée dans son numéro 5.

Vous avez noté à plusieurs reprises qu’économiquement, l’immigration était nuisible aux peuples qui la subissent. Pourtant, la plupart des gouvernements occidentaux nous présente l’immigration comme la panacée. D’où vient cette volonté étatique d’imposer l’immigration à un peuple qui n’en retire rien ?


Pourquoi l’immigration ?

L’immigration est une arme du capital contre les peuples. Les salariés la subissent par la concurrence économique déloyale que l’immigration fait peser sur les salaires. En permettant des salaires moins disant, l’immigration pèse sur les salariés autochtones, et servent ainsi les entreprises, qui voient leur masse salariale baisser, et ainsi leurs profits augmenter.

Le rôle de l’état est ici de permettre que tout ceci soit possible par l’élaboration de lois qui permettent que ce scénario puisse voir le jour. Les juges rendent ces lois pérennes et la police les fait respecter au quotidien : au final c’est tout un appareil qui collabore à notre remplacement sur notre propre sol. Le degré de conscience de chacun des acteurs de notre auto suicide est différent, mais le résultat est le même.

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« Le Plan de Bataille des Financiers » (Rediff.)

Un document indique crûment quelles sont les alternatives auxquelles fera face le gouvernement de François Hollande ces prochains mois: soit la France réduit ses dépenses sociales et flexibilise son marché du travail (suppression du CDI) pour éviter la montée des taux d’intérêts sur sa dette, soit elle conserve ses acquis sociaux et sort de l’euro (de l’UE ?). François Hollande devra donc choisir entre satisfaire les marchés ou ne pas décevoir ses électeurs.

Un document explosif sert de fil conducteur à cette émission de radio. Il s’agit d’une note confidentielle rédigée par Nicolas Doisy, chef économiste auprès d’une grande société de brokerage française, à l’intention de ses clients investisseurs. Nicolas Doisy a accepté de se faire interviewer sur le contenu de son rapport. Il explique que François Hollande s’est volontairement montré vague dans ses promesses électorales car il sait qu’il n’aura pas d’autre choix que de démanteler l’État social et de supprimer le CDI pour éviter que la France ne s’enfonce dans une spirale d’endettement à la grecque.

Nicolas Doisy décrit comment il s’agira de manipuler l’opinion publique afin de ne pas lui donner l’impression que le gouvernement socialiste se plie à la volonté de la finance. L’économiste ne doute pas de ses conclusions: la France s’est en effet tellement endettée que sa marge de manoeuvre est nulle. Ce qui va se passer ressemble au revirement qu’à dû consentir François Mitterrand en 1983 après 2 années de politique de gauche.

Selon Jacques Sapir, François Hollande ne terminera pas son mandat en raison de l’insurrection sociale que provoqueront les coups portés à l’État social. Alternativement, si François Hollande refuse de se conformer aux injonctions des marchés, c’est le choix de la sortie de l’euro qui s’imposera.

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Quand Amazon transforme ses recrues en “robots”

Embauché comme intérimaire de nuit par le centre logistique de Montélimar, un journaliste raconte son quotidien dans “En Amazonie” (Fayard). Édifiant !
C’est parce qu’il voyait ses librairies préférées fermer, à Toulon, que Jean-Baptiste Malet, 26 ans, s’est intéressé au libraire en ligne américain Amazon. “Je voulais voir ce qui remplaçait ces lieux de convivialité qui me tenaient à cœur.

Journaliste à “Golias”, l’amoureux des livres a voulu interviewer les travailleurs de l’entrepôt Amazon de Montélimar. En vain. Les employés de la multinationale de l’e-commerce sont contractuellement tenus au secret le plus strict. “L’idée que des employés drômois ne puissent s’exprimer alors que le Code du Travail le leur permet m’a choqué“, raconte Jean-Baptiste.

Du coup, il se fait embaucher pour la saison de Noël 2012, quand l’entrepôt de Montélimar recrute 1.200 intérimaires en plus de ses 350 CDI. Commence alors l’incroyable découverte, “de l’autre côté de l’écran”, des rouages du champion mondial de la logistique pour commerce électronique. L’enquête fourmille de détails inédits sur la condition de ces nouveaux prolétaires, dont nous créons tous les jours les jobs, à coups de clics.
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Stagiaires : Les secteurs qui abusent

Combien y-a-t-il de stagiaires en France? Dans quels secteurs sont-ils le plus exploités? Le collectif Génération Précaire livre son point de vue sur la situation, au lendemain de l’annonce de Geneviève Fioraso sur la réforme des stages.

Jeudi 7 mars, Geneviève Fioraso, ministre de l’Enseignement supérieur, annonçait vouloir mieux encadrer les stages, en limitant notamment leur durée à six mois maximum. Elle dénonçait au passage certains secteurs d’activité, accusés de recourir abusivement aux stages, et citait les agences de publicité, qui compteraient selon elle jusqu’à 10 à 15 % de stagiaires. Une situation que dénonce Ophélie Latil, porte-parole de Génération Précaire, un collectif de défense des stagiaires.

Le Figaro Étudiant: À combien estimez-vous le nombre de stagiaires en France?

Génération Précaire: En 2006, on estimait qu’il y avait environ 800.000 stagiaires en France, et 1,2 million en 2008. Aucune enquête n’a été réalisée depuis par le ministère de l’Enseignement supérieur, malgré nos demandes. Nous nous sommes donc attelés à la tâche nous-même en 2010 et avons calculé une tendance à partir du faible nombre de réponses reçues de la part des établissements. Le chiffre que nous obtenions tournait alors autour de 1,5 million de stagiaires.

Mais il est important de comprendre que ce chiffre est sans doute sous-estimé, car il ne prend en compte que les universités. Or, tout le monde sait bien que les écoles de commerce ou les écoles d’ingénieur abritent elles aussi de nombreux stagiaires. La réalité est donc sans doute bien pire que ce que l’on imagine.

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Accord de sécurisation de l’emploi, un dynamitage du droit du travail

Dans le projet d’accord sur la sécurisation de l’emploi trouvé le 11 janvier dernier, le patronat a fait carton plein sur la flexibilité et obtenu un maximum de dérogations au Code du travail. Décryptage.

Malgré quelques miettes lâchées aux 
salariés, comme l’instauration d’une complémentaire santé généralisée, des représentants du personnel au conseil d’administration ou la taxation des contrats courts…, les travailleurs sont les premières victimes de cette régression sociale inédite voulue par le Medef.

1. Faciliter les licenciements et éviter les poursuites

Dans le texte, la procédure de licenciement collectif pour motif économique et son contenu sont fixés, soit par un accord collectif majoritaire, soit par un document produit par l’employeur et homologué par la Direccte (directions régionales des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l’emploi). Une « validation » du plan social par les syndicats ou l’administration qui rendra plus difficile sa contestation devant le juge.

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Rupture conventionnelle : Virer sans licencier

Tandis que les négociations sur l’emploi reprennent le 10 janvier 2013, la perspective s’éloigne du « compromis historique » entre syndicats et patronat espéré par M. François Hollande. Des représentants de salariés refusent le nouveau contrat de travail unique — et précaire — proposé par le Mouvement des entreprises de France (Medef). Instauré en 2008, le système de rupture conventionnelle en constitue un banc d’essai.

La période d’essai de Clotilde (1) vient d’être renouvelée lorsque ses employeurs la convoquent pour lui « proposer » un passage à trois cinquièmes de temps (trois jours travaillés par semaine).

La jeune femme est sous le choc : elle n’a pas compté ses heures dans cette petite entreprise spécialisée dans la vente de produits écologiques sur Internet. Si elle refuse, elle pourra dire adieu à son embauche.

Sur les conseils d’une amie avocate, elle contre-attaque…

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Qui sont les salariés en France ?

En 2011, 21,5 millions de personnes ont été salariées par une entreprise à un moment de l’année en France. L’Acoss (Agence centrale des organismes de Sécurité sociale) a entrepris de réaliser une radiographie des salariés du secteur privé grâce aux statistiques des Urssaf.

Sont recensés parmi les 21,5 millions cités plus haut toutes les relations salariées entre un travailleur et une entreprise : CDI, CDD, intérim, etc. Les stages ne sont donc pas pris en compte.

L’étude en question se concentre sur 17,7 millions de contrats effectivement en cours à la fin de l’année 2011. En clair, un CDD de trois mois entre mars et juin n’est pas décompté, alors qu’un CDI ou un CDD de 6 mois entre novembre et avril l’est.
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Pays-Bas: Les Néerlandais se serrent à leur tour la ceinture

Contrastant avec l’image d’Epinal d’un pays où il fait bon vivre, les répercussions de la crise européenne frappent les catégories sociales les plus faibles. L’économie des Pays-Bas ralentit plus vite que les prévisions les plus pessimistes. Et le moral des Néerlandais est au plus bas. Dans ce contexte le nouveau gouvernement ne bénéficiera d’aucun état de grâce.

Un pays de cocagne, où tout abonde et où il fait bon vivre. Un pays dont le “modèle des polders” – modèle économique et social basé sur le compromis et la recherche permanente du consensus entre les différentes communautés – assure une richesse riante assortie d’une tolérance quasi-légendaire.

Un pays qui a su conjuguer des coutumes délicieusement désuètes – comme la saison des “maatjes “, les harengs dévorés crus lors de la première pêche de l’année – avec un sens aigu des affaires et un attrait indéniable pour la modernité.

Ces préjugés favorables sont renforcés dans notre imaginaire collectif par toute une série d’images d’Epinal qui n’ont que peu de choses à voir avec la réalité contemporaine: des champs de tulipes à perte de vue, la Hollandaise plantureuse qui sourit largement sur les boîtes de lait “Bébé hollandais” et les moulins à vent bleus sur fond blanc des carrés de Delft qui font la joie des brocanteurs.

Les préservatifs multicolores, les vitrines des prostituées d’Amsterdam et la décoration psychédélique des coffeeshops et de Maastricht complètent ce catalogue des clichés bataves dont Colin White et Laurie Boucke ont fait leurs délices dans le bestseller humoristique “The Undutchables“.

97 % de CDI en moins en un an

Pourtant, le quotidien de la plupart des Néerlandais ressemble de moins en moins à ces clichés usés jusqu’à la trame.

Alors que les spécialistes de l’emploi parlent des Pays-Bas avec des accents presque lyriques, vantant le taux le plus bas de chômage des jeunes ou l’intégration des plus âgés, les chiffres publiés récemment par les différents instituts économiques ramènent à plus de modestie.

Le dernier rapport de l’UVW – équivalent de Pôle Emploi – est alarmant : en 2011, le nombre de contrats à durée indéterminée signés durant l’année a baissé de 97 %, passant de 83.000 en 2010 à 2.000 l’année suivante. Un effondrement spectaculaire dont presqu’aucun média en Europe ne s’est fait l’écho.

Parallèlement, si le nombre de contrats à durée déterminée augmentait de 15 % passant de 422.000 à 486.000, ceux de plus d’un an faisaient un bond de 62 %.

Un tiers des offres d’emplois (34 %) exigeaient un niveau d’études supérieur, bachelier, master ou ingénieur. Mais dans les entreprises de plus de 100 travailleur, ce taux passe à 58%.

Une austérité qui pèse sur les plus fragiles

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La compétitivité, ou la loi des multinationales

Après avoir annoncé un nécessaire « choc de compétitivité » appelé des vœux de la droite et du MEDEF, le gouvernement souhaite désormais construire un « pacte de compétitivité » sur l’ensemble du quinquennat de François Hollande. Une préoccupation bien ancrée dans l’air du temps : la « compétitivité » est désormais sur toutes les lèvres, omniprésente dans le débat public. Sans qu’on se donne la peine de se demander : la compétitivité, c’est quoi au juste ?

Depuis les années 90, la compétitivité est devenue le maître mot du discours politique, un véritable mantra. Aujourd’hui encore, depuis le Parti socialiste jusqu’à la droite, la compétitivité serait l’unique voie de sortie de la crise. Pourquoi au juste ? Parce qu’il n’y a pas le choix. Dans un contexte de libéralisation et de concurrence généralisées, la compétitivité, c’est l’équation gagnante : compétitivité des entreprises = croissance = créations d’emploi.

Cette simple équation permet de comprendre comment la compétitivité s’est imposée comme un objectif ultime, un modèle « gagnant-gagnant » : les entreprises, les salariés et les gouvernements, tout le monde y gagne ; c’est la fin de la lutte des classes, sous la bénédiction bienveillante du capitalisme financier.

Cette potion magique ne s’applique pas seulement à l’économie, mais à la société toute entière. Bien entendu, sur le plan économique, il faut plus de libre-échange, moins de régulation, moins d’impôts pour les (grandes) entreprises, moins de droit du travail, moins de cotisations sociales… Mais il faut aussi mettre l’école, la recherche, les services publics, l’écologie, la culture, nos villes, nos régions… et nous-mêmes au service de la compétitivité.

Sauf que, sauf que… appliquées depuis plus de 20 ans, les bonnes recettes de la compétitivité n’ont jamais tenues leurs promesses. Loin d’apporter des perspectives pour les économies européennes, ces mesures ont en grande partie préparé la crise financière de 2008, puis elles ont contribué à l’empirer [1].

Pourtant, la quête de la sacro-sainte compétitivité n’a pas été en pertes pour tous. Les privatisations, dérégulations, et autres flexibilisations du marché du travail, menées au nom de la compétitivité semblent finalement aboutir aux mêmes conséquences : les bénéfices de quelques-uns ne cessent d’enfler, au détriment des conditions de vie de la majorité. Alors, quid de la compétitivité ? Un petit retour historique s’impose.

Le rêve des industriels

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Les financiers au coin du bois

Émission Là-bas si j’y suis sur France Inter diffusée le mercredi 11 avril 2012.

Cet enregistrement laisse voir crûment quelles sont les alternatives auxquelles fera face le gouvernement de François Hollande ces prochains mois: soit la France réduit ses dépenses sociales et flexibilise son marché du travail (suppression du CDI) pour éviter la montée des taux d’intérêts sur sa dette, soit elle conserve ses acquis sociaux et sort de l’euro (de l’UE ?). François Hollande devra donc choisir entre satisfaire les marchés ou ne pas décevoir ses électeurs.

Un document explosif sert de fil conducteur à cette émission de radio. Il s’agit d’une note confidentielle rédigée par Nicolas Doisy, chef économiste auprès d’une grande société de brokerage française, à l’intention de ses clients investisseurs. Nicolas Doisy a accepté de se faire interviewer sur le contenu de son rapport. Il explique que François Hollande s’est volontairement montré vague dans ses promesses électorales car il sait qu’il n’aura pas d’autre choix que de démanteler l’État social et de supprimer le CDI pour éviter que la France ne s’enfonce dans une spirale d’endettement à la grecque.

Nicolas Doisy décrit comment il s’agira de manipuler l’opinion publique afin de ne pas lui donner l’impression que le gouvernement socialiste se plie à la volonté de la finance. L’économiste ne doute pas de ses conclusions: la France s’est en effet tellement endettée que sa marge de manoeuvre est nulle. Ce qui va se passer ressemble au revirement qu’à dû consentir François Mitterrand en 1983 après 2 années de politique de gauche.

Interrogé, l’économiste Jacques Sapir juge pertinente l’analyse de Nicolas Doisy. Il explique qu’en régime de monnaie unique, le droit du travail tend à s’aligner sur le moins coûtant et le moins disant. Selon lui, François Hollande ne terminera pas son mandat en raison de l’insurrection sociale que provoquera les coups portés à l’Etat social. Alternativement, si François Hollande refuse de se conformer aux injonctions des marchés, c’est le choix de la sortie de l’euro qui s’imposera.

Rappelons que les marchés, ce sont bien sûr les spéculateurs, les banques, des investisseurs étrangers, mais ce sont également les fonds de pensions, les caisses de retraites, les assurances vie, donc l’épargne des citoyens (lire à ce propos qui détient la dette française et comment celle-ci a-t-elle évolué ?).

Partie 1:



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La jeunesse a-t-elle été flouée par les baby-boomers ?

L’économiste Mickaël Mangot déclare coupable les “papyboomers” quant aux richesses qu’ils ont contribuées à créer mais qu’ils ont toutes avalées.

Comment redynamiser notre pays ? En faisant une croix sur une partie de nos rentes et en revalorisant le travail : telle est l’affirmation de l’auteur du livre Les générations déshéritées.


Le droit du travail est-il un frein à la compétitivité ?

Les accords dits “compétitivité-emploi ”, négociés par les centrales syndicales et le patronat depuis le 17 février, et destinés à restaurer la compétitivité des entreprises, ont été dénoncés par plusieurs syndicats, comme prétexte pour remettre en cause le droit du travail.

“Il faut retrouver des leviers de compétitivité, certes. Mais c’est une vision réductrice de croire que ça ne passe que par un détricotage du droit du travail”, déclarait ainsi Jean-Paul Bouchet (CFDT-cadres) à la veille de l’ouverture des négociations sur ces accords d’entreprise qui permettraient de modifier, en fonction de la conjoncture – et sans avoir à demander le consentement du salarié -, la durée du travail, les salaires, la mobilité géographique et l’organisation du travail.

“Nous sommes dans une négociation qui a pour but de voir si on peut se passer de l’accord des individus”, disait de son côté le secrétaire national CFE-CGC, Bernard Valette, à la “journée débat” du Congrès HR’ des DRH (“2012 : Alerte sur le social ? ”), organisée à Paris le 15 février, critiquant la volonté d’inverser la priorité donnée par la loi actuelle au contrat individuel sur l’accord collectif en cas de modification du contrat.

Une position qui pose la question de la réforme de la législation au nom de la compétitivité.

Les “accords” négociés depuis le 17 février répondent à une forte demande des entreprises d’assouplir le marché du travail. C’est en effet le premier des dispositifs avancés par l’Union des industries et métiers de la métallurgie (UIMM), dans ses propositions de réforme présentées le 16 février.

FLEXIBILITÉ

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Une chanson douce : Les nouveaux violons de la politique de l’emploi

Régulièrement invoqués comme remèdes miracles dans la crise de l’emploi, la ré-industrialisation et le chômage partiel ont fini par se charger d’une dimension incantatoire et, dans l’esprit de certains, de pouvoirs surdimensionnés. A commencer par celui de relancer l’emploi. Peu crédible lorsque l’on sait que d’une part la plupart des industries délocalisées ne sont pas rapatriables et que, d’autre part, le chômage partiel limite certes les destructions d’emplois mais ne permet pas d’en créer. Moralité, si la crise s’avère être autre chose qu’un à-coup conjoncturel – ce qui semble plus que probable – il s’avérera inefficace.

Il nous faut autre chose. Et si ce n’était pas une nouvelle formule magique censée relancer l’emploi et doper la croissance mais une simple prise de conscience . L’acceptation de cette idée selon laquelle les concepts de plein emploi mais aussi de CDI ininterrompu sur 40 ans, c’est terminé. Du sang et des larmes, voilà donc le programme pour la prochaine génération d’actifs ? Disons plutôt, une autonomie accrue avec à la clé, une plus grande liberté pour les uns et, pour les autres – autant là aussi l’admettre – plus de précarité.

150 000. C’est le nombre de personnes qui, en France, ont perdu leur emploi l’année dernière. D’après l’Unedic, elles seront 200 000 de plus à la fin de l’année, nous faisant ainsi passer la barre, fin décembre prochain, des 3 millions de personnes sans emploi et atteindre les 9,5 % de taux de chômage. Du jamais vu depuis 12 ans. Pour stopper l’hémorragie et relancer l’emploi, deux formules magiques sont régulièrement invoquées par les politiques et grands penseurs de la croissance : réindustrialisation et chômage partiel. Deux incantations aux vertus apaisantes, il est vrai. L’une parce qu’elle nous rappelle l’époque regrettée du plein-emploi – autrement dit du 5 % de taux de chômage – des Trente Glorieuses ; l’autre parce qu’elle nous renvoie aux mérites si souvent loués du modèle allemand.

Seul problème : la première apparaît peu réaliste depuis que la récente affaire Lejaby nous a appris qu’une pièce de lingerie coûtait environ 13 euros à fabriquer en France contre seulement 7 au Maroc ou en Tunisie, et à y regarder de plus près, la seconde s’apparente davantage à un amortisseur temporaire propre aux périodes de chômage élevé qu’à un levier de croissance aux effets durables.
Autant donc se faire à l’idée : les concepts de réindustrialisation et de chômage partiel sonnent bien, ils rassurent par leur pouvoir évocateur et font consensus en l’absence d’autres pistes concrètes de sortie de crise, mais ils ne possèdent pas tous les pouvoirs magiques qu’on leur prête si volontiers ces derniers temps. A commencer par ceux de relancer le marché du travail.

Le fantasme de la réindustrialisation

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Le péril jeune

Par Éric Zemmour

Victimes des « trente piteuses » et de l’égoïsme de leurs aînés, les jeunes ont de quoi protester. Mais ils se trompent de cible.

Sarkozy, t’es foutu, les jeunes sont dans la rue ! l’entrée fracassante des lycéens et des étudiants dans les défilés, battant le pavé contre la réforme des retraites, n’a pas révolutionné l’art difficile du slogan. Elle n’a pas non plus apaisé les esprits puisque, c’est une habitude désormais, ces jeunes manifestants ont attiré aussitôt, comme les abeilles par le miel, des nuées de casseurs venus de banlieue pour piller et voler. Enfin, elle n’a guère éclairci les débats embrumés autour de la question centrale du projet gouvernemental : le report à soixante-deux ans de l’âge de la retraite.

Les représentants officiels du mouvement juvénile, précocement blanchis sous le harnais socialiste, n’ont cessé de répéter l’antienne partageuse selon laquelle un vieux qui part plus tard en retraite, c’est une place de moins pour un jeune pressé d’entrer dans le monde du travail. Si ce faux bon sens était avéré, la France ne serait pas à la fois le pays où le chômage des jeunes est le plus élevé d’Europe et où l’activité des plus de soixante ans est la plus faible !

Les lois d’airain du système par répartition auraient plutôt dû pousser les jeunes à manifester… en faveur de la réforme. C’est, en effet, leur génération qui sera appelée à financer les retraites des ex baby- boomers, plus nombreux qu’eux. Le maintien de la retraite à soixante ans les aurait même obligés à payer deux fois, puisque l’État aurait été contraint de s’endetter pour financer une part croissante de ses engagements.

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Chômage en France: une stabilité en trompe l’œil

L’INSEE a publié le jeudi 3 juin les chiffres du chômage pour le 1er trimestre 2010 : 9,5 % de la population active, en Métropole, était «sans emploi». Malgré tout, la situation s’aggrave si l’on considère que le nombre des contrats à durée indéterminée reflue toujours davantage au profit des contrats limités dans le temps et des missions en intérim.

Près d’un Français sur dix en âge de travailler était au chômage pendant le premier trimestre 2010. Tel est le «verdict» de l’INSEE, en fonction des critères du Bureau International du Travail. (Selon la méthodologie du Bureau, un chômeur est un citoyen de plus de 15 ans, n’ayant pas atteint l’âge de la retraite, et qui n’a pas travaillé du tout au cours de la semaine donnée bien qu’ayant entrepris des démarches actives de recherche d’emploi. Beaucoup de pays, pour maquiller la situation sur le front de l’emploi, considèrent qu’une personne qui a travaillé une heure cesse de s’apparenter à un chômeur…)

En fait, le taux exact du chômage est de 9,9 %. Si l’on se limite à la France métropolitaine, délaissant les DOM-TOM, l’on obtient un taux de chômage à 9,5 %. (Au dernier trimestre 2009, cette proportion était de 9,6 %). Actuellement, 2,7 millions de personnes sont sur le carreau.

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Le débat sur les retraites occulte celui sur l’horizon bouché de la jeunesse

Addendum : Z comme Zemmour du 28 mai 2010.

« On s’occupe trop des retraités, pas assez des jeunes »


(Merci à SPOILER)

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Le débat sur les retraites occulte celui sur l’horizon bouché de la jeunesse

Par Louis Chauvel.

Au dernier trimestre 2009, le taux de chômage des jeunes a battu un record historique : 24 %. Les enquêtes de conjoncture de l’Insee montrent depuis deux ans un pessimisme exceptionnel de nos concitoyens vis-à-vis de notre avenir. Au-delà des indicateurs de la conjoncture, les questions structurelles préoccupantes pour le long terme de notre pays s’accumulent et nous ne voyons dans ce contexte avec quels moyens les nouvelles générations pourraient améliorer leur sort.

L’échec de la France à l’entrée dans la société de connaissance, la misère de l’université low cost, la situation toujours plus problématique de nos banlieues, voilà parmi bien d’autres les difficultés que doit affronter notre jeunesse, qui exigeraient des financements urgents et un effort de l’ensemble de la collectivité pour surmonter le défi de la décennie qui vient. Mais tout cela semble ne compter pour pas grand-chose par rapport au seul enjeu qui passionne le public : celui de l’avenir de “notre retraite.

Peu importe l’horreur économique, si nous pouvons disposer après 60 ans d’argent et de loisir pour oublier les peines de la vie de travailleur, comme 15 millions de nos concitoyens.

Dans ce contexte, quelques voix timides s’entendent à droite et à gauche pour rappeler le relatif bien-être des retraités d’aujourd’hui, et leur capacité à contribuer ne serait-ce que modestement à l’effort de la nation : la décote de 10 % pour “frais professionnels” de l’impôt sur le revenu des retraités, l’alignement du taux de la CSG des seniors sur celle des cotisants, voilà de bien modestes propositions en regard des efforts qu’il faudrait mener urgemment pour financer notre avenir collectif.

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Nouveaux chômeurs

Clarisse, diplômée en ressources Humaines

Clarisse a 24 ans, des diplômes et déjà une expérience professionnelle. Mais la crise économique l’a amenée à rompre son premier CDI lorsque les conditions de travail se sont dégradées. La jeune femme pensait retrouver rapidement un travail. La conjoncture en a décidé autrement. De Tours à la banlieue parisienne, elle frappe aujourd’hui à la porte de tous les Pôles Emploi, en attendant de fonder sa propre entreprise…

Moalikyar Wahid se lance dans les énergies renouvelables

La CGT a-t-elle viré capitaliste ?

Achat d’une entreprise, “facturation” du service syndical, gestion autoritaire du personnel : la centrale se convertit aux méthodes libérales. Ce qui ne va pas sans heurts…

A la CGT, Jean-Pierre Delannoy s’est fait une spécialité : “décoder” les discours des camarades dirigeants. “On ne comprend rien à ce qu’ils racontent”, déplore ce militant qui, lors du dernier congrès de la CGT, à Nantes, s’était opposé au leader Bernard Thibault. “Quand ils évoquent les retraites, ils parlent de ‘négociations systémiques’, d’ ‘obsolescence’ ou de ‘comptes notionnels.’ Il faut suivre ! La CGT qui prendrait des accents libéraux ? Concédons-le, le mouvement est timide. Mais il existe ! Chez les “réformistes”, on ne parle plus de lutte des classes, mais de compromis.

Des sujets longtemps tabous, comme l’actionnariat salarié ou la participation, ne le sont plus. Et des structures gérées par la CGT se retrouvent à la tête de groupes privés, comme la Compagnie internationale André Trigano (Ciat), une société cotée en Bourse. Ce mouvement pourrait s’accentuer. Car la CGT veut conquérir le monde de l’entreprise.

Quitte à emprunter les méthodes de l’ennemi honni, le grand capital. Enquête.

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Crise mondiale de l’emploi : le FMI nous propose de partager… le chômage !

Doit-on partager le travail ou le chômage ? La question, loin d’être anodine, pourrait être, en ces temps de chômage de masse, à la base d’un choix de société pour le futur. Dans le cas du FMI, on a une solution : mettre fin rapidement aux “privilèges scandaleux” des salariés en CDI !

Quelle est l’analyse du FMI sur la situation du chômage ?

Le FMI s’inquiète de la situation et écrit dans un chapitre des “Prévisions économiques mondiales” semestrielles :

(…) Le FMI a basé ces prévisions sur un examen des tendances de l’emploi lors des phases qui ont suivi les précédentes récessions mondiales. Pour plusieurs économies développées, la possibilité d’une reprise lente de l’activité et la nature de la récession récente présage de taux de chômages élevés à court terme”, a prévenu le Fonds.(…) Comme un chômage élevé peut rapidement devenir un problème structurel, cela pourrait entraîner des difficultés politiques et sociales graves (…) La profondeur et la durée de la Grande récession dans plusieurs économies développées, ont créé la nécessité de certains ajustements structurels pour leurs marchés du travail (…) La tâche des responsables politiques est de faire en sorte que cet ajustement se fasse le plus en douceur possible et de minimiser les conséquences économiques et sociales de long terme d’un taux de chômage obstinément élevé (…)

Et quelle sont ses suggestions, proposées dans son rapport ?

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Allemagne : comment l’intérim précarise l’emploi

Par Arnaud Lechevalier, chercheur au Centre Marc Bloch à Berlin.

L’« affaire Schlecker » qui secoue actuellement l’opinion publique allemande est révélatrice de la précarisation de l’emploi outre-Rhin : de plus en plus d’entreprises remplacent leurs salariés en CDI par des intérimaires, en baissant au passage les salaires et en reportant sur les salariés les risques liés à la fluctuation de l’activité.

Première chaîne de drogueries en Europe (plus de 30 000 salariés, 4 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2008), Schlecker défraie la chronique outre-Rhin pour sa gestion des ressources humaines. Le comportement de cette entreprise est révélateur des conséquences de la déréglementation du marché du travail intervenue ces dernières années en Allemagne, et des abus auxquels elle incite.

La ministre du Travail Ursula von der Leyen (chrétienne-démocrate) est montée en personne au créneau en annonçant un « examen »des pratiques de l’entreprise et une éventuelle révision de la loi : « S’il se confirme qu’il existe des lacunes et des manques dans la législation (…), il faudra compléter la loi. »

Que reproche-t-on à Schlecker ? D’avoir fermé certaines filiales et licencié des salariés afin d’embaucher des travailleurs intérimaires à des salaires inférieurs (6,80 euros de l’heure contre 12,80 dans les anciennes filiales, selon le syndicat des services Verdi). Les salariés intérimaires concernés − plusieurs milliers selon le syndicat ont été placés par l’entreprise d’intérim Meniar, dirigée, ô surprise, par un ancien cadre dirigeant de Schlecker.

La dérégulation de l’intérim en Allemagne Lire la suite

Sondage – Les Français et l’économie : une nation de schizophrènes ?

Un sondage TNS-Sofres a été réalisé fin octobre pour essayer de décrypter le complexe rapport des Français à l’économie et à l’entreprise. Le résultat en est troublant.

Il a été demandé si certains mots évoquaient des valeurs positives ou négatives. Certains termes sont sans surprise des valeurs-repoussoir : mondialisation, capitalisme, profit, libéralisme (avec respectivement 73, 72, 56 et 53% d’opinions négatives).

D’autre résultats sont plus surprenants : la nationalisation est majoritairement une valeur négative, tout comme le protectionnisme (52%/48%) ; l’entreprise privée (28% négatif) est mieux vue que l’entreprise publique (33%) et que l’administration (51%). Enfin, les valeurs travail/argent/consommation sont plébiscitées (84%/71%/66% de positif), mais aussi… le temps libre (94% de positif).

On peut dire que ces simples attributions sont bourrées de paradoxes : le libéralisme est majoritairement repoussé, mais les nationalisations aussi (retour du “ni-ni” ?) et, plus surprenant, les Français ont plus confiance dans le privé que le public. Le capitalisme et le profit sont conspués, mais pas l’argent et la consommation. Le travail est une valeur-refuge (une des explications de l’élection de Nicolas Sarkozy ?), mais le temps libre aussi (donc, a priori, pas de remise en cause des 35 heures).

Ces multiples paradoxes montrent que les français sont perdus. Mais, surtout, qu’une dichotomie (voire schizophrénie) croissante s’opère entre l’individu-consommateur qui ne veut pas changer son mode de vie (consommation, protection de l’Etat, pollution) et l’individu-citoyen qui ne veut pas subir les conséquences des actes de l’individu-consommateur (capitalisme effréné, taxes, dégradation de l’environnement). Lire la suite