Portugal : Espirito Santo, des dessous pas affriolants

Où sont passés les 3,5 milliards d’euros prêtés en catastrophe à la Banco Espirito Santo avant son sauvetage par la Banque du Portugal (BdP) ? Tous les mystères relatifs à cet engagement de fonds publics soigneusement masqué et qui vient d’être révélé ne sont pas encore éclaircis.

Non sans imprécisions, faute d’une information officielle, les journaux économiques portugais dévoilent aujourd’hui de nouveaux épisodes du sauvetage de la BES. On a ainsi appris que la BCE avait le 1er août dernier cessé d’accepter la BES au titre de contrepartie, la coupant de tout financement et l’obligeant à rembourser à l’Eurosystème 10 milliards d’euros le 4 août au plus tard.

Puis que la BdP avait auparavant utilisé la procédure des aides d’urgence (ELA) pour prêter à la BES – après accord obligatoire de la BCE – 3,5 milliards d’euros à échéance du 1er août, afin de lui permettre de faire face à une crise aiguë de liquidités, en raison de retraits massifs des dépôts soigneusement tus. À noter que nous étions alors à quelque jours de l’effondrement de la BES et de sa restructuration, décidée le 3 août mais en préparation depuis plusieurs jours, et que cette procédure réclame formellement que la banque bénéficiaire soit solvable…
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[Billionnaires] : le monde en route pour l’ère des hommes qui valaient mille milliards de dollars

Si la concentration du capital continue de s’accroître, il faudra attendre encore vingt-cinq ans environ pour voir une nouvelle catégorie de “super riches” se généraliser : les [billionnaires].

Atlantico : Alors que d’après Capgemini et RBC Wealth Management les personnes disposant d’un minimum d’un million de dollars à investir seraient au nombre de 13,7 millions dans le monde, les prévisions financières (notamment celles de la Banque Credit Suisse) avancent que d’ici 25 ans, le premier [billionnaire] (mille milliards de dollars) verra le jour. Est-ce vraiment plausible ? Quelles sont les données économiques et financières qui vont dans le sens d’un accroissement exponentiel de la richesse ?

Vincent Touzé : Tous les ans le Research Institute du Crédit Suisse édite un rapport sur la répartition de la richesse dans le monde et recense le nombre de milliardaires. En 2010, ils étaient environ 1.000 dans le monde. Si on prend les derniers classements Forbes et Bloomberg, Bill Gates serait toujours l’homme le plus riche du monde avec une fortune évaluée entre 69,6 et 76 milliards de dollars. On est donc loin des 1.000 milliards de dollars.

Pourtant, 1.000 milliards de dollars, ce n’est jamais que 3 fois la valorisation de Google (environ 350 milliards de dollars), une entreprise née seulement il y a une quinzaine d’année. Etant donnée la dynamique de telles entreprises, imaginer, d’ici 2025, des valorisations supérieures à 1.000 milliards ainsi qu’une forte concentration du capital entre quelques mains n’est pas inenvisageable.

La plupart des fortunes sont relativement stables dans le temps. La richesse est-elle forcément amenée à s’accroître et à se concentrer dans les années qui viennent ? Sous quels effets ?
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Aux sources du capitalisme indien

Aujourd’hui la 10e puissance mondiale en termes de valeur nominale du PIB, l’Inde reste largement absente des travaux comparatifs sur les variétés du capitalisme contemporain. L’historien de l’économie Claude Markovits revient ici sur le rôle du colonialisme, de la diaspora ou encore de la caste sur l’évolution de l’industrie et du capitalisme en Inde.

Quel a été l’impact de la période coloniale britannique sur le développement de l’industrie et l’expansion du capitalisme après l’indépendance ?

Claude Markovits: C’est une idée fort répandue en Inde que l’héritage de la période coloniale a pesé lourd sur le développement industriel et l’expansion du capitalisme après l’indépendance. Mais, quand on cherche à définir plus précisément les aspects négatifs de l’héritage colonial, on se heurte à certaines difficultés.

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Le cynisme : Valeur montante du management ou comment convertir l’amertume en efficacité

Au travail, dans bien des cas, la « culture d’entreprise » et la motivation des salariés ont remplacé les structures contraignantes. Mais dans certains secteurs, comme le monde du conseil et de la banque, il est difficile de se persuader qu’on œuvre au bien de l’humanité. Paradoxalement, le désabusement peut alors se révéler un allié puissant du management et garantir la cohésion des équipes.

« Les consultants de Stanwell s’apprêtent à recevoir des candidats qui décoiffent. » Dans un spot pour une campagne de recrutement du cabinet de conseil en management parisien Stanwell, un jeune acteur tenant le rôle du recruteur, surnommé « Paul Stanwell », s’entraîne à la conduite d’entretiens (1).

Face à lui, le candidat est représenté par un ventilateur qui envoie un puissant courant d’air et met à mal l’ordonnancement de son matériel de bureau comme son apparence convenue de cadre: costume, cravate, allure grave et impassible. Le ton est à la dérision; toute référence à l’effort et au travail est ringardisée.

On peut s’étonner de ce choix pour promouvoir un cabinet dont la fonction est de placer des « experts » auprès de cadres dirigeants de multinationales, et de facturer ce service plusieurs milliers d’euros par jour. Mais, à travers cette mise en scène de la destruction des structures formelles de l’organisation, Stanwell souhaite démontrer sa conception « moderne » du travail.

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Naomi Klein : « Capitalisme vs climat »

Naomi Klein, journaliste canadienne, auteur, cinéaste et militante altermondialiste, sortira un nouveau livre-enquête sur le capitalisme en septembre 2014, selon elle le système capitaliste est un système en guerre contre le “vivant”. En attendant la sortie du livre, voici une vidéo sous-titrée en français.

Une société sans croissance: la politique à l’heure de la «grande stagnation»

L’entrée des démocraties occidentales dans une ère sans croissance paraît de plus en plus crédible. Or, le triomphe de l’Etat nation libéral-démocratique et social a été profondément lié aux «Trente Glorieuses». Que peut-on en attendre pour l’avenir de nos régimes politiques?

Nicolas Sarkozy se faisait fort d’aller la «chercher avec les dents», tandis que François Hollande la guette désespérément. En son nom, Pierre Gattaz prétend «tout renégocier»: aucun sacrifice ne serait de trop pour précipiter son retour, du Smic aux seuils sociaux dans les entreprises. Au niveau de l’Union européenne (UE), une stratégie baptisée «Europe 2020» lui a été dédiée, en l’affublant des adjectifs «intelligente, durable et inclusive».

L’expansion en volume du produit intérieur brut (PIB), soit la fameuse «croissance», a fini par bénéficier dans nos sociétés d’une adoration quasi religieuse. Et pourtant, nous allons peut-être devoir nous en passer, ce qui constitue un élément majeur à prendre en compte pour tout essai de prospective politique.

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Marx Reloaded

Les turbulences économiques et financières qui secouent la planète depuis trois ans n’en finissent pas de relancer la controverse entre contestataires de tout poil et adeptes du capitalisme. A Berlin, un spectacle vient plutôt apporter de l’eau au moulin des premiers. Il a pour thème Marx et fait un tabac.

L’inventeur de la lutte des classes écouterait sans doute avec intérêt l’intellectuel Peter Sloterdijk souligner la pertinence de certains aspects de sa pensée, tandis que le penseur slovène Slavoj Zizek la réactualise.

La pièce met aussi en scène un banquier allemand qui fait son mea culpa, un tenant du libéralisme qui critique les ingérences de l’État, une philosophe britannique en pleine analyse du Manifeste du Parti communiste et un théoricien des médias qui encense la thèse de Marx sur le «fétichisme de la marchandise».

André Gorz : Leur écologie et la nôtre

Texte d’André Gorz de 1974

L’écologie n’a pas de sens s’il s’agit simplement de faire accepter au capitalisme les contraintes écologiques. « (…) La lutte écologique n’est pas une fin en soi, c’est une étape » vers « une révolution économique, sociale et culturelle qui abolit les contraintes du capitalisme et, par là même, instaure un nouveau rapport des hommes à la collectivité, à leur environnement et à la nature (…) » Un classique d’André Gorz, à relire avant ou pendant les vacances.

« Réforme ou révolution ? »

L’écologie, c’est comme le suffrage universel et le repos du dimanche, dans un premier temps, tous les bourgeois et tous les partisans de l’ordre vous disent que vous voulez leur ruine, le triomphe de l’anarchie et de l’obscurantisme. Puis, dans un deuxième temps, quand la force des choses et la pression populaire deviennent irrésistibles, on vous accorde ce qu’on vous refusait hier et, fondamentalement rien ne change.

La prise en compte des exigences écologiques conserve beaucoup d’adversaires dans le patronat. Mais elle a déjà assez de partisans patronaux et capitalistes pour que son acceptation par les puissances d’argent devienne une probabilité sérieuse.

Alors mieux vaut, dés à présent, ne pas jouer à cache-cache : la lutte écologique n’est pas une fin en soi, c’est une étape. Elle peut créer des difficultés au capitalisme et l’obliger à changer ; mais quand, après avoir longtemps résisté par la force et la ruse, il cédera finalement parce que l’impasse écologique sera devenue inéluctable, il intégrera cette contrainte comme il a intégré toutes les autres.

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Yves Marie Abraham “Décolonisons notre imaginaire!”

Professeur agrégé au Service de l’enseignement du management à HEC Montréal, Yves-Marie Abraham enseigne et mène des recherches dans le domaine de la sociologie de l’économie. Ses travaux sur les fondements sociaux de la réalité économique l’ont amené à s’intéresser de près à l’“objection de croissance”, dont il est devenu un partisan convaincu.

André Gorz : « Misères du présent, richesse du possible »

Critique radical du capitalisme, philosophe du travail, de l’autonomie du sujet et des communautés, André Gorz (1923-2007) est l’un des précurseurs de l’écologie politique et du mouvement pour la décroissance. (Les phrases à la première personne du singulier sont d’André Gorz).

Ilya Repine – Les Bateliers de la Volga (1873)

Introduction : Il faut oser l’Exode. Il faut oser rompre avec cette société qui meurt et qui ne renaîtra plus. Il faut ne rien attendre des traitements symptomatiques de la «crise», car il n’y a plus de crise : un nouveau système s’est mis en place qui abolit massivement le «travail». Il restaure les pires formes de domination et d’asservissement en contraignant tous à se battre contre tous pour obtenir ce «travail» qu’il abolit.

Ce n’est pas cette abolition qu’il faut lui reprocher : c’est de prétendre perpétuer comme obligation, comme norme, comme fondement irremplaçable des droits et de la dignité de tous, ce même «travail» dont il abolit les normes, la dignité et l’accessibilité. Il faut que le «travail» perde sa centralité dans la conscience et l’imagination de tous.

Il est rare que ces «travailleurs» puissent dire : «Voici ce que j’ai fait. Voici mon ouvrage. Ceci est mon œuvre». Je hais les mystificateurs qui, au nom de la définition philosophique ou anthropologique du travail, justifient la valeur d’un «travail» qui en est la misérable négation. C’est précisément au sens de réalisation de soi, au sens de poièsis, que le travail disparaît.

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Cinéma : “The take”

En décembre 2001, l’Argentine implosait. Arrivée au terme du processus de « réforme » néolibérale, le pays entra tout simplement en faillite. Plus d’argent, plus de salaires, plus d’économies.

La conclusion logique d’une décennie durant laquelle l’Argentine avait été considérée comme le meilleur élève du Fond Monétaire International et avait « modernisé » son économie en effectuant les « réformes structurelles » devant lui permettre d’assurer sa « croissance ».

30 ouvriers au chômage dans la banlieue de Buenos Aires occupent leur usine abandonnée par les patrons et refusent de la quitter. Ils demandent le droit de faire repartir les machines, de reprendre le travail.

Freddy Espinosa, président de la nouvelle coopérative des ouvriers de La Forja, et Lalo Paret, activiste du Mouvement National des Entreprises Récupérées, vont faire face, avec leurs camarades, à leurs anciens patrons, aux banquiers et au système tout entier…

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Géopolitique : Union transatlantique, la grande menace

Par Alain De Benoist

Négocié dans I’opacité la plus totale depuis juillet 2013 par les Etats-Unis et I’Union européenne, Ie Partenariat transatlantique de commerce et d’investissements vise à mettre en place une gigantesque zone de libre-échange. Objectif : créer un ensemble euro-atlantique sous contrôle états-unien. Révélations sur une monstruosité.

On n’en parle guère, alors que l’on est en présence de l’un des plus grands événements de ce début de XXIe siècle. Et d’une des plus grandes menaces. De quoi s’agit-il ? D’un projet de « grand marché transatlantique » dont dépend pour une large part l’avenir même de l’Europe. Et même du plus important accord commercial bilatéral jamais négocié, puisqu’il s’agit de mettre en place, en procédant à une déréglementation généralisée, une gigantesque zone de libre-échange, correspondant à un marché de plus de 800 millions de consommateurs, à la moitié du PIB mondial et à 40 % des échanges mondiaux. Bref, de créer la plus grande zone de libre-échange du monde grâce à l’union économique et commerciale de l’Europe et des Etats-Unis.

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La fin du travail, la faim de travail

La vraie crise, pour Pierre-Yves Gomez, professeur à l’EM Lyon, n’est pas à chercher dans les chiffres mais dans l’intensification, au-delà du supportable, du travail des actifs. Un travail de plus en plus «productif», vidé de son sens.

C’est un titre, à vrai dire, un peu sibyllin: «Le travail invisible», enquête sur une disparition. Le livre de Pierre-Yves Gomez, professeur à l’EM Lyon, est pourtant une plongée passionnante dans les rouages de la crise. Une crise imputable aux excès de la finance, certes. Mais qui, en réalité, nous confronte surtout à nos vains espoirs et vraies contradictions.

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Low-tech : « Il va falloir apprendre à s’appauvrir »

Philippe Bihouix est ingénieur spécialiste de la finitude des ressources minières et de son étroite interaction avec la question énergétique. En 2010, il coécrit l’ouvrage « Quel futur pour les métaux ? » où il s’attaque à l’utilisation dispendieuse et inconsidérée des métaux et appelle à une économie de la sobriété.

« L’Age des low-tech », son nouveau livre publié aux éditions du Seuil, reprend et élargit ce thème. L’auteur y développe un discours avant tout pratique et pragmatique, loin des idéologies et politiques.

Son approche évite les écueils d’un discours catastrophiste sur le dérèglement climatique, brise les repères habituels et mène pas à pas le lecteur vers une conclusion simple : notre civilisation consomme plus que la planète n’a à offrir.

Croissance verte, développement durable et autres solutions high-tech sont autant d’impasses. Plutôt qu’une sortie de crise « par le haut », préférons une sortie « par le bas » qui nous épargnera bien des souffrances et désillusions.

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Wendell Berry : Vers des économies locales durables

Wendell Berry démonte avec brio le fonctionnement et les mythes du système économique actuel basé sur la foi dans le libre échange et sur la compétitivité avant de décrire sa vision d’économies locales durables et propose des règles qu’une communauté devrait pouvoir suivre afin de construire et faire fonctionner de telles économies, tout en précisant le rôle que pourrait y jouer les systèmes alimentaires locaux.

Le risque d’une “économie totale”

Dans un des articles qu’il a publié, Wendell Berry utilise une approche intéressante afin de s’attaquer au système économique dominant, celui de la crise environnementale, replaçant l’individu au cœur de celle-ci :

« Si les gens font l’effort de reconnaitre leur responsabilité économique comme une part de leur propre pouvoir, alors, inévitablement, ils découvriront qu’il n’existe en soi pas de crise environnementale, que ce n’est pas une crise de notre environnement, mais bien une crise de nos vies en tant qu’individus, membres d’une famille, d’une communauté, en tant que citoyens. Nous souffrons d’une « crise environnementale » parce que nous avons consenti à une économie dans laquelle – en mangeant, buvant, travaillant, voyageant et nous amusant – nous sommes en train de détruire la nature »(…) « donc, nous nous tromperons si nous essayons de corriger ce que l’on identifie comme des problèmes « environnementaux » sans s’attaquer à la simplification économique qui les a causé ».

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La bioéconomie, c’est le stade ultime du capitalisme

Dans son livre “Le Corps-Marché”, la sociologue canadienne Céline Lafontaine, professeure à l’université de Montréal, dénonce la “bioéconomie”, une économie fondée sur la marchandisation du corps.

S’attachant en particulier à l’industrie biomédicale, Céline Lafontaine délivre une  enquête documentée et pragmatique sur les enjeux de la bioéconomie. Elle éclaire les règles d’un marché mondialisé du corps humain, dont les éléments (sang, ovules, cellules, tissus…) sont de plus en plus marchandisés, comme dans l’industrie de la procréation. Par-delà les clivages éthiques que tous ces débats suscitent entre les citoyens – par exemple au sujet de la gestation pour autrui –, elle consigne précisément les enjeux réels de cette bioéconomie souveraine. Un éclairage à partir duquel les positions éthiques de chacun peuvent s’ajuster en fonction de plusieurs conceptions possibles de la liberté et de l’égalité…

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L’Empire du sexe

Avec un chiffre d’affaires annuel mondial estimé à 50 milliards d’euros, l’industrie du sexe occupe une place considérable dans nos sociétés. Prostitution, pornographie, objets sexuels? ce marché est désormais au centre du développement du capitalisme mondial.

Des États-Unis, en pointe sur la production de films, à la Chine, leader dans l’industrie des sex-toys, en passant par la France, avec une visite du dernier cinéma porno de Paris, la réalisatrice explore ce milieu qui fut longtemps laissé en marge mais qui occupe une place de plus en plus visible et assumée.

Pourquoi David Graeber soutient le revenu de base

Les bureaucrates amoncellent les papiers pour décider de ce que nous et notre travail valons. Mais ironiquement, suggère l’anthropologue américain David Graeber, ce sont ces fonctionnaires qui effectuent le travail le moins sensé de tous. Si nous donnions à chacun un revenu de base forfaitaire et éliminions ces emplois bureaucratiques ?

Paul Solman : Donc, vous aimez cette idée de revenu de base ?

David Graeber : Je pense qu’elle est formidable. C’est une reconnaissance du fait que personne n’a le droit de vous dicter comment vous pouvez le mieux contribuer au monde, et elle est basé sur une certaine foi — celle que les gens veulent apporter quelque chose. Je suis certain qu’il y aurait quelques parasites, mais la majorité des humains veulent vraiment faire quelque chose ; ils veulent sentir qu’ils ont contribué à la société qui les entoure.

Le problème est que nous avons ce gigantesque appareil qui s’occupe de dire aux gens qui est méritant, qui ne l’est pas, ce que les gens devraient faire, ce qu’ils ne devraient pas. Tout ceci vise à évaluer la valeur économique, mais en fait, l’ensemble du système s’est effondré en 2008 parce que personne ne sait vraiment comment évaluer la valeur du travail des gens, de leurs contributions, des gens eux-mêmes. D’ailleurs, philosophiquement il n’existe aucun moyen facile de le faire. Donc, la meilleure chose à faire est juste de dire : « alors autant que chacun décide par lui-même ».

Le problème est que nous avons ce gigantesque appareil qui s’occupe de dire qui est méritant, qui ne l’est pas, ce que les gens devraient faire, ce qu’ils ne devraient pas.

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Pour la super-classe le travail est le nouveau «loisir»

L’économiste français Thomas Piketty, nouvelle star aux États-Unis, montre dans son dernier livre, “Le capital au XXIe siècle“, que les super-riches, les fameux 1%, gagnent plus d’argent de leur patrimoine que de leur travail.

Une oligarchie qui s’enrichit sans lien avec son mérite ou sa capacité de travail, ce qui en fait une question embarrassante au-delà des cercles économistes habituellement critiques du capitalisme.

Mais si une super-classe peut aujourd’hui amasser des sommes colossales sans travailler, une élite du travail s’est en parallèle constituée au début du nouveau millénaire, remettant en cause l’idée selon laquelle plus on gagne bien sa vie, moins on travaille.

Si jusqu’aux années 1960 les salariés les plus éduqués et les mieux payés travaillaient moins d’heures que les autres, ce n’est plus le cas au début du XXIe siècle, selon un article stimulant publié par deux chercheurs du département de sociologie de l’université d’Oxford, Jonathan Gershuny et Kimberly Fisher.

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La grande transformation du travail

Il est demandé à chacun de se trouver un emploi et aux entreprises de créer les emplois que chacun occupera. Voilà la manière classique dont on envisage les choses. Mais l’évolution du marché du travail ne devrait-elle pas nous conduire à modifier drastiquement notre manière de voir ?

Les travaux des champs, la transformation des matières premières, la manufacture de biens, le traitement de dossiers requéraient de la main-d’oeuvre en quantité considérable. Cela a cessé d’être le cas.

De temps immémoriaux, nous avons cherché à remplacer le travail humain par celui de la machine dans les tâches dangereuses, abrutissantes ou fastidieuses, et nous y avons admirablement réussi. La « machinisation » est devenue « ordinisation » : le robot nous remplace dans les tâches manuelles et le logiciel nous remplace dans les tâches intellectuelles.

En décembre 2013, alors que le président Barack Obama plaidait pour un relèvement du salaire minimum, la chaîne de restauration rapide Applebee’s faisait savoir que les commandes seraient désormais passées sur des tablettes intégrées dans les tables, à l’aide desquelles se ferait aussi le règlement par carte de crédit.

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