«L’héritage est redevenu crucial»

Aujourd’hui comme au temps de Balzac, les patrimoines sont concentrés en main de quelques-uns. C’est la thèse de l’économiste français Thomas Piketty.

Thomas Piketty, professeur à l’Ecole d’économie de Paris, n’est pas homme à lancer des pavés dans la mare sans assurer ses arrières: ainsi, dans Le capital au XXI siècle, c’est 300 ans et 20 pays que le professeur a analysés avant de conclure: oui, les inégalités se creusent, et ce sera vrai tant que le taux de rendement du capital dépassera le taux de croissance de la production et du revenu.

Piketty ne se contente pas d’un constat, il propose aussi une solution capable de renverser la tendance sans pour autant couper la tête des riches.

Aujourd’hui comme au temps de Balzac, mieux vaut hériter que travailler, dites-vous en substance. Vraiment?

C’est un peu exagéré ! Mais je fais bel et bien le constat dans ce livre qu’il y a actuellement une tendance lourde à la progression des inégalités, et croyez-moi, je n’ai aucun goût pour les prévisions apocalyptiques.

La société du mérite telle qu’on la conçoit, c’est donc un leurre?

On s’est raconté beaucoup de belles histoires optimistes sur le triomphe du capital humain, sur la méritocratie et l’égalité des chances.

Si ces dernières sont plus vraies aujourd’hui que du temps de Balzac, elles sont en revanche moins vraies que durant les Trente Glorieuses. Pour résumer, un honnête salarié pouvait, durant les Trente Glorieuses, s’acheter une maison grâce au fruit de son travail. Aujourd’hui, ses chances sont quasi nulles, sauf s’il hérite.

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Comment les classes moyennes des pays développés sont devenues les dindons de la mondialisation

Selon l’ONG Oxfam, les 85 individus les plus riches de la planète disposaient d’autant d’argent que 50 % de la population mondiale. Pis, selon le directeur du think tank Resolution Foundation, les revenus des super pauvres et des classes moyennes ou supérieures des pays développés ont vu leurs revenus s’écrouler entre 1988 et 2008.

“J’ai perdu mon travail, j’ai deux enfants à nourrir, s’il vous plaît aidez-moi” (Etats-Unis)

Atlantico : L’ONG Oxfam a révélé, lors du sommet de Davos de janvier, que les 85 individus les plus riches de la planète disposaient d’autant d’argent que 50 % de la population mondiale. Pis, selon James Plunkett, directeur du think tank britannique Resolution Foundation, les revenus des super pauvres et des classes moyennes ou supérieures des pays développés ont vu leurs revenus s’écrouler entre 1988 et 2008. A l’inverse, les populations qui sortent de la pauvreté dans les pays émergents et les super-riches ont vu leurs revenus exploser. Que penser de cette évolution ? Les classes moyennes sont-elles devenues le “dindon de la farce” de la mondialisation ?
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Deutsche Bank transfère 100 milliards de dollars hors des Etats-Unis pour obéir à la Fed

La banque allemande aurait décidé de réduire le bilan de ses opérations outre-Atlantique pour répondre aux nouvelles exigences de la Réserve fédérale américaine avec les banques étrangères.

Pendant que Bruxelles temporise, la Deutsche Bank a décidé d’agir. Face à la décision de la Fed de mettre en place des règles plus strictes pour les banques étrangères, l’établissement allemand a décidé de réduire le bilan de ses opérations aux Etats-Unis d’une centaine de milliards de dollars, écrit le Financial Times.

Le montant total des opérations de la banque aux Etats-Unis serait ainsi ramené à 300 milliards de dollars alors que certaines d’entre elles seraient relocalisées en Europe ou en Asie.

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Michéa face à la stratégie Godwin

Récemment associé à la galaxie lepéniste par un dossier du “Point”, le philosophe Jean-Claude Michéa, auteur d’”Impasse Adam Smith”, répond à ses détracteurs et se défend face à la tentative d’annexion de sa pensée antilibérale par l’extrême droite.

Marianne : Un hebdomadaire faisait sa une, il y a quelques semaines, sur les «néocons», vous bombardant comme l’idéologue le plus emblématique d’une véritable lame de fond identitaire, souverainiste et protectionniste, et amalgamant votre nom à celui de Marine Le Pen, soi-disant admirative de vos écrits. Qu’est-ce que cela vous inspire ?

Jean-Claude Michéa : N’exagérons rien ! Le magazine de François Pinault a d’ailleurs bien pris soin – sans doute pour brouiller un peu plus les pistes – d’inclure également, dans sa liste noire des «néoconservateurs à la française», des personnalités telles que Régis Debray, Arnaud Montebourg, Natacha Polony, Benoît Hamon ou Yves Cochet.

Liste dont l’absurdité devrait sauter aux yeux puisque la nébuleuse «néoconservatrice», telle qu’elle a pris naissance aux Etats-Unis, est plutôt connue pour son soutien constant aux politiques de Reagan et de Bush père et fils – trois présidents qu’il est difficile de tenir pour de farouches contempteurs du capitalisme ! Naturellement, la pratique qui consiste à inverser délibérément le sens des mots afin de rendre plausibles les amalgames les plus fantaisistes n’a rien de nouveau.

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I comme Inégalités, par Thomas Piketty

La répartition des richesses est l’une des questions les plus débattues aujourd’hui. Pour les uns, les inégalités n’en finiraient pas de se creuser dans un monde toujours plus injuste. Pour les autres, on assisterait à une réduction naturelle des écarts et toute intervention risquerait de perturber cette tendance harmonieuse. Mais que sait-on vraiment de l’évolution des inégalités sur le long terme?

Parcourant trois siècles et plus de vingt pays, l’analyse de Thomas Piketty renouvelle entièrement notre compréhension de la dynamique du capitalisme en situant sa contradiction fondamentale dans le rapport entre la croissance économique et le rendement du capital.

Si la diffusion des connaissances apparaît comme la force principale d’égalisation des conditions sur le long terme, à l’heure actuelle, le décrochage des plus hautes rémunérations et, plus encore, la concentration extrême des patrimoines menacent les valeurs de méritocratie et de justice sociale des sociétés démocratiques. En tirant de l’expérience des siècles passés des leçons pour l’avenir, les travaux de Thomas Piketty montrent que des moyens existent pour inverser cette tendance.

Le travail contre la finance apatride

par Charles de Meyer

« Et pour qu’elle le soit véritablement, pour que ce capital immobilisé dans les banques ne soit pas immobilisé chez les particuliers, pour qu’il travaille et crée à son tour du travail, il faut qu’il veuille travailler ; pour qu’il le veuille, il faut le mettre en appétit et lui proposer un grand but rémunérateur. Ce but en temps de guerre ne peut être que de conquête. Dans la guerre actuelle, il ne peut-être que la conquête de l’empire commercial allemand, Empire autrement riche que ces plaines de Lombardie que tous les conquérants de l’histoire ont offertes à la convoitise de leurs soldats ! » Charles Maurras, éditorial du 21 août 1914, Les Conditions de la victoire.

« Un peuple a le devoir de demeurer une individualité libre, pour que soit conservée la pluralité des nations libres, sans laquelle est perdue la liberté commune du genre humain. » Henri Hude

Dans un silence médiatique digne des plus grandes heures de l’autocensure politique, deux nouvelles impliquant les argentiers cosmopolites passés maîtres des décisions économiques mondiales ont été révélées cette semaine. La première concerne l’assouplissement des règles dites de Bâle III qui visaient à une meilleure réglementation des couvertures de risques par les grandes banques cosmopolites, la seconde mettait en cause les traders de la Deutsche Bank accusés d’avoir manipulé certains cours à Wall Street.

Ce  retour d’une finance cannibale alors que la commission européenne a du se résoudre à infliger 1,7 milliards d’euros d’amende aux grands groupes ayant manipulés les cours entre l’euro et le yen montre combien les argentiers de l’oligarchie sont devenus la clef de voute des systèmes de domination internationaux qui régissent les lois de production de l’élite et les contraintes assignées aux Peuples réduits à l’Etat de multitude afin d’empêcher toute reprise en main des détenteurs de la légitimité politique.

Dans une société liquéfiée par la dictature des rapports marchands érigés en modèle de l’organisation sociale restaurer ce pouvoir sur ses propres choix implique de trouver un médiat d’expression de sa résistance: le travail en tant que lieu mais aussi en tant qu’investissement de soi dans les limites de sa Nature peut devenir un ressort de l’opposition à la dégradation oligarchique du pouvoir.

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Chine : la bulle financière qui fait trembler le monde

La dette cumulée – privée et publique – de la Chine représente près de 215 % de son PIB. Détenteur de l’essentiel du capital des banques du pays, Pékin garde en principe le contrôle de la situation. A condition de parvenir aussi à encadrer la finance parallèle, qui représente déjà 44 % du PIB chinois.

La Chine coulera-t-elle par sa dette ? La question, qui faisait encore sourire la majorité des économistes il y a seulement trois ans, n’est désormais plus totalement incongrue. Les symptômes de l’inquiétude sont palpables. Par deux fois au moins en 2013, le marché interbancaire a connu une subite poussée de stress, les taux s’envolant à des niveaux proches de 10 %. Le dernier épisode date de la fin décembre et il semble démontrer que la fébrilité fait désormais partie des ingrédients avec lesquels il va falloir compter, de manière récurrente, au sujet de la finances chinoise.

Celle des milieux d’affaires et des économistes se nourrit de deux inquiétudes principales : le volume d’endettement de l’économie chinoise, d’une part, et la nature de cette dette, d’autre part. Pour ce qui concerne la première, le Bureau national d’audit (BNA) a publié en tout début d’année le résultat très attendu de son analyse des finances locales chinoises.

Le bilan est plutôt inquiétant : en intégrant un échelon administratif nouveau dans ses calculs – le village – le BNA affirme que la dette des gouvernements locaux s’établissait à 17.900 milliards de yuans à la mi-2013, contre 10.700 milliards à la fin 2010, soit une hausse de 67,3 % en deux ans et demi.

Fitch ne s’était pas trompé
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Écologie et économie

Le texte présenté ici est un extrait de l’ouvrage Vittorio Hösle (1) “Philosophie de la crise écologique” (Wildproject, 2009, trad. Matthieu Dumont), publié pour la première fois à Munich en 1991. Le texte reprend une série de conférences prononcées en avril 1990 à l’Institut de philosophie de l’Académie des sciences de Russie/URSS. Déjà traduit en plusieurs langues, cet ouvrage a contribué à faire de son auteur une voix incontournable dans le domaine de l’éthique environnementale et de la philosophie de l’écologie.

Un point commun du capitalisme et du marxisme

Il me semble à présent que l’antagonisme des systèmes de l’Ouest et de l’Est n’a pas essentiellement pour origine une divergence quant aux objectifs à atteindre. Il est certain que la liberté a occupé une place bien plus importante dans l’idéal social occidental que dans celui des pays de l’Est. Pourtant les deux modèles sociaux partageaient, du moins pour ce qui est de la théorie, les mêmes idéaux universels hérités des Lumières : autodétermination et bien-être pour le plus grand nombre possible.

Les dissensions s’exprimaient davantage à propos de la meilleure voie à suivre pour parvenir à la réalisation de ces idéaux. Les démocraties occidentales pensaient pouvoir y arriver par l’entremise d’un développement sous contrôle de l’économie capitaliste ; et les pays communistes, par un rejet de l’économie de marché. (…)

L’impossible suppression de l’égoïsme économique

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Les ultra-riches investissent dans les mégapoles

La pierre est un investissement solide. Les ultra-riches qui ne veulent pas prendre de risques avec leur capital investissent de plus en plus dans les centre-villes des mégapoles. New York et Londres ont lancé le mouvement.

New York, quartier du Queens, le cimetière de Cavalry

Bitcoin, actions des valeurs technologiques, bons du Trésor ? Où les très riches investissent-ils leur capital ? L’envolée des cours de la bourse pourrait masquer une tendance de plus en plus forte depuis quelques mois : le retour à la pierre.

Initiée à la fin des années 2000, ce retour à l’une des valeurs les plus traditionnelles a débuté dans les très grandes métropoles. Londres et New York constituent deux exemples parmi les plus flagrants : en moins de cinq ans, des immeubles et des quartiers entiers sont passés entre les mains de personnalités dont la fortune est extrêmement élevée.

Les milliardaires ont 2,6% de leurs actifs dans l’immobilier
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Impasse sur le financement de la croissance européenne

L’Union européenne s’interroge sur la manière de financer sa croissance et la révolution économique qui vient. Une agence de notation, Fitch, a récemment indiqué qu’il manquera probablement 500 milliards d’euros pour financer la croissance européenne.

Art contemporain : Les élites contre le peuple

L’art contemporain revendique volontiers l’héritage des « maudits » et des scandales du passé. Et cependant, « artistes » et laudateurs d’aujourd’hui ne réalisent pas que leurs scandales ne combattent plus les tenants de l’ordre dominant, mais ne constituent en fait qu’un outil de plus de la domination bourgeoise.

“La Vénus aux chiffons”, œuvre de Michelangelo Pistoletto (artiste italien contemporain co-fondateur de “l’Arte Povera”), actuellement exposée dans l’aile Denon du musée du Louvre.

Par ce qu’il prétend dénoncer, l’« art » dit « dérangeant » participe de la domination libérale, capitaliste, oligarchique et ploutocratique, à la destruction du sens collectif au profit de sa privatisation, à cette démophobie qui a remplacé dans le cœur d’une certaine gauche la haine des puissants et des possédants. Cet « art » dit « dérangeant » est en parfaite harmonie avec ces derniers.

Épargnons-nous un discours qui, trop abstrait, serait rejeté par les concernés, les défenseurs de cette pitrerie libérale-libertaire nommée « art contemporain ». Prenons donc quelques exemples, quelques « scandales » ou actions représentatives de ces dix dernières années.

En 2002, l’Espagnol Santiago Sierra fait creuser 3000 trous (3000 huecos, en castillan) à des ouvriers africains pour un salaire dérisoire afin de, nous apprend-on, dénoncer l’exploitation capitaliste, revendiquant une « inspiration contestataire axée sur la critique de la mondialisation, de l’exploitation de l’homme par l’homme, de l’inégalité des rapports Nord-Sud et de la corruption capitaliste.

Il n’hésite pas à faire intervenir dans ses performances des sans-papiers, des prostituées, des drogués et à les rémunérer pour leur présence », apprend-on en effet, par exemple sur le site d’Arte TV [1]. Exploiter pour dénoncer l’exploitation : à ce titre, on pourrait bien aller jusqu’à voir un artiste supérieur en Lakshmi Mittal, par exemple.

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Qui sont les principaux actionnaires du Cac 40 ?

Trois fois plus que le budget annuel de l’Etat français : 975,75, soit presque 1.000 milliards d’euros. C’est ce que pèse la capitalisation totale de l’ensemble des sociétés de l’indice phare parisien. Autant dire que les besoins en capitaux des ­grandes entreprises du Cac 40 sont colossaux, tant pour ­poursuivre leur développement dans les pays émergents à forte croissance que pour faire face aux pénuries de liquidités résultant des ­crises financières.

Au niveau de l’indice, les transactions restent soutenues, même si elles sont moins étoffées depuis la crise de 2008. Tous les jours, au sein du Cac 40, environ 2,7 milliards changent de mains sur le marché de Nyse Euronext. Pour autant, le désengagement de l’Etat, l’absence de fonds de pension français et la réduction de l’exposition aux actions des banques et des assureurs à la suite de la mise en place des ­normes Bâle III et ­Solvency II amènent les sociétés françaises à chercher à élargir l’éventail de leur actionnariat, aussi bien au niveau des profils d’investisseurs que sur le plan géographique.

Ce n’est pas encore gagné, puisque 80 % du capital du Cac 40 est encore logé en Europe, dont 52 % en France.

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Frédéric Lordon : Ce que l’extrême droite ne nous prendra pas

La colorimétrie des demi-habiles ne connaissant que deux teintes, toute mise en cause de l’Europe, fût-elle rendue au dernier degré du néolibéralisme, est le commencement d’une abomination guerrière, toute entrave au libre-échange est la démonstration manifeste d’une xénophobie profonde.

Toute velléité de démondialisation l’annonce d’un renfermement autarcique, tout rappel au principe de la souveraineté populaire la résurgence d’un nationalisme du pire, tout rappel au principe de la souveraineté populaire en vue d’une transformation sociale, la certitude (logique) du… national-socialisme, bien sûr ! Voilà sur quel fumier intellectuel prospère le commentariat européiste quand, à bout d’argument, il ne lui reste plus que des spectres à brandir.

Le pire cependant tient au fait que ces imputations, où le grotesque le dispute à l’ignoble, font sentir leurs effets d’intimidation jusque dans la gauche critique, terrorisée à l’idée du moindre soupçon de collusion objective avec le FN, et qui se donne un critère si bas de cet état de collusion que le moindre regard jeté sur une de ses idées par les opportunistes d’extrême droite conduit cette gauche à abandonner l’idée – son idée – dans l’instant : irrémédiablement souillée.

A ce compte-là bien sûr, la gauche critique finira rapidement dépossédée de tout, et avec pour unique solution de quitter le débat public à poil dans un tonneau à bretelles. Comme on sait, sous couleur de ne pas donner prise aux accusations de « repli national », elle a laissé tomber de fait toute idée de mettre quelque entrave que ce soit au libre-échange puisque toute restriction à la libre circulation des conteneurs est une offense égoïste faite aux peuples des pays exportateurs – et la démondialisation y a été vue comme une inacceptable entorse à un internationalisme de principe.
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L’immigration, armée de réserve du capital (Rediff.)

Par Alain de Benoist (analyse publiée le 8 avril 2011 dans le n° 139 de la revue Éléments, datée d’avril-juin 2011)

En 1973, peu de temps avant sa mort, le président Pompidou reconnaissait avoir ouvert les vannes de l’immigration à la demande d’un certain nombre de grands patrons, tel Francis Bouygues, désireux de bénéficier d’une main-d’œuvre docile, bon marché, dépourvue de conscience de classe et de toute tradition de luttes sociales, afin d’exercer une pression à la baisse sur les salaires des travailleurs français, de réduire leurs ardeurs revendicatrices, et subsidiairement de briser l’unité du mouvement ouvrier. Ces grands patrons, soulignait-il, en « veulent toujours plus ».

Quarante ans plus tard, rien n’a changé. A un moment où plus aucun parti de gouvernement ne se risquerait à demander qu’on accélère encore le rythme de l’immigration, seul le patronat se prononce en ce sens, tout simplement parce que c’est toujours son intérêt. La seule différence est que les secteurs économiques concernés sont désormais plus nombreux, dépassant le secteur industriel ou la restauration pour s’étendre à des professions autrefois épargnées, telles que les ingénieurs ou les informaticiens.

La France, on le sait, a fait massivement appel à l’immigration dès le XIXe siècle. La population immigrée représentait déjà 800 000 personnes en 1876, 1,2 million de personnes en 1911. D’abord centre d’attraction des émigrations italienne et belge, l’industrie française a par la suite attiré les Polonais, puis les Espagnols et les Portugais.

« Cette immigration, peu qualifiée et non syndiquée, va permettre à l’employeur de se soustraire aux contraintes croissantes du droit du travail »1. En 1924, une Société générale d’immigration (SGI) est même créée à l’initiative du Comité des houillères et des gros exploitants agricoles du Nord-Est. Elle ouvre des bureaux de placement en Europe, qui fonctionnent comme une pompe aspirante. En 1931, on comptera 2,7 millions d’étrangers en France, soit 6,6 % de la population totale. La France affiche alors le plus fort taux d’immigration du monde (515 pour 100 00 habitants).

« Un bon moyen pour toute une partie du patronat de faire pression à la baisse sur les salaires […] Dès cette époque, le capitalisme cherche à mettre en concurrence la force de travail en faisant appel à des armées de réserve salariales »2.
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Le succès du livret A? Du gaspillage!

Les Français n’ont jamais autant sollicité le livret A : en avril, les épargnants y déposaient plus de trois milliards d’euros supplémentaires. Un chiffre qui inquiète les analystes, comme Philippe Crevel, secrétaire général du Cercle des Epargnants, puisque cet argent ne contribue pas à développer l’économie et la croissance…

Par Philippe Crevel

Sur les quatre premiers mois de l’année, le Livret A et le Livret de Développement durable ont enregistré une collecte nette de 20,66 milliards d’euros. Ces deux produits devraient, cette année, dépasser la collecte de 2012 qui avait atteint 49,17 milliards d’euros.

Cet engouement pour des produits d’épargne faiblement rémunérés symbolise parfaitement notre époque: l’épargnant français recherche avant tout la sécurité. La garantie de l’Etat apportée au Livret A, en ces temps troublés, n’a pas de prix.

Le deuxième atout de ce produit est lié à l’exonération fiscale (impôt sur le revenu et prélèvements sociaux) qui lui est attachée. En mettant l’argent son argent sur un Livret A, l’épargnant a l’impression de faire une bonne affaire en ne donnant pas d’argent à l’Etat.

Ironie de l’histoire, l’Etat sous couvert d’exonérations fiscales et sociales, fait main basse sur une partie de l’épargne des Français afin de financer sa politique du logement voire sa politique en faveur des PME.

 

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La crise, ce prétexte pour baisser le coût du travail, mais pas celui du capital

Comment augmenter la productivité, la compétitivité de la France ? D’aucuns répondront qu’il faut “baisser les coûts du travail”. Pourtant, l’économiste Michel Santi note que si la réduction du coût du travail a permis à l’Allemagne de baisser ses prix à l’exportation, elle a créé une société de travailleurs précaires. Et observe qu’étonnamment, les revenus nets distribués aux propriétaires de capital, eux, continuent de grimper…

Une vieille histoire…

Une confiscation en bonne et due forme de l’appareil économique a été entreprise depuis la fin des années 70 par une infime minorité qui a redistribué le produit du travail des autres largement en sa faveur. Ce ne sont effectivement pas tant nos usines, nos industries et nos entreprises qui ne sont pas productives. Cette productivité a en fait été monopolisée au bénéfice d’une élite qui a assisté, totalement indifférente, au creusement d’un fossé entre les salaires réels et la productivité.

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La nouvelle coqueluche du capital-investissement ? C’est… la Grèce

TPG, BC Partners, Rhone Capital… Les fonds de private equity américains se pressent pour racheter les entreprises grecques mises en vente dans le cadre du programme de privatisations du pays. Lequel devrait pourtant connaître en 2013 une sixième année de récession.

La Bourse grecque, à Athènes

Les fonds de capital-investissement se sont découvert un nouvel eldorado. Et il ne s’agit pas de l’Amérique du Sud, ni de la Chine, ni de l’Afrique mais… de la Grèce. Les fonds américains TPG et BC Partners sont sur les rangs pour racheter les 33% du capital de la loterie nationale OPAP mis en vente par le gouvernement grec, dans le cadre des privatisations exigées par le FMI (Fonds monétaire international), la Commission européenne et la BCE (Banque centrale européenne), en contrepartie du sauvetage financier du pays. Une participation valorisée 660 millions d’euros environ, sur la base du cours de Bourse actuel de la société.

Deux mois avant cette opération, un autre fonds de private equity américain, Rhone Capital, avait offert de racheter 39% du fabricant grec de matériaux de construction S&B Industrial Minerals. En janvier toujours, le fonds américain Paine & Partners avait acquis 56,5% du spécialiste des équipements d’irrigation Eurodrip auprès de la société de capital-investissement grecque Global Finance.

Des valorisations qui demeurent attrayantes

Pourquoi les fonds de private equity étrangers ont-ils les yeux de Chimène pour un pays en récession depuis cinq ans, et dont le Produit intérieur brut (PIB) devrait encore se contracter de 4,5% en 2013 ?
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Richard Heinberg : “2012, la fin de la croissance”

Sous-titré « s’adapter à notre nouvelle réalité économique », ce livre est paru aux USA en 2011. Il commence par cette citation qui résume notre réalité actuelle : « Quand le dernier arbre aura été abattu, la dernière rivière empoisonnée, le dernier poisson pêché, alors vous découvrirez que l’argent ne se mange pas » (proverbe du peuple amérindien Cri).

L’idée générale du livre est que la croissance réelle, cumulée et moyenne est derrière nous, même si nous verrons encore des taux de croissance positifs ponctuels dans quelques régions du monde. Pas plus que n’importe quel autre pays, la Chine n’est en mesure de soutenir une  croissance illimitée. La seule incertitude concerne le moment où l’économie se contractera. Mais quand la Chine régressera, l’inexorabilité de la décroissance globale commencera à devenir évidente pour tout un chacun. Voici quelques extraits du livre de Richard Heinberg…

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Le spectacle du fétichisme marchand ou le triomphe universel de la vie inversée…

Par Francis Cousin

« Les enfants sont là transformés en simples articles de commerce… »

Marx en 1847, rédacteur de l’« Adresse inaugurale » de l’Association internationale des travailleurs pour l’abolition de l’argent et de l’État.

« Le facteur déterminant, en dernier ressort, dans l’histoire, c’est la production et la reproduction de la vie immédiate… »

Engels en 1884, L’origine de la famille, de la propriété privée et de l’État.

« Nous ne pouvons pas faire de distinction dans les droits, que ce soit la P.M.A., la G.P.A. ou l’adoption… Moi je suis pour toutes les libertés. Louer son ventre pour faire un enfant ou louer ses bras pour travailler à l’usine, quelle différence ? C’est faire un distinguo qui est choquant… »

Pierre Bergé en 2013, entrepreneur en confection de luxe, homme d’affaires et mécène de toutes les impostures du marché narcissique du faux triomphant.

Il y a bientôt près de deux siècles, les groupes maximalistes de la critique radicale qui défendaient une conception ontologique et émancipée de la famille humaine eurent l’intelligence et la profondeur de démontrer que la famille policée, progressivement domestiquée par la civilisation du profit ne pouvait déboucher, par la nécessité historique implacable des affaires, que sur la prostitution universelle dans l’artificiel illimité.

Des vieilles insurrections paysannes de jadis aux soulèvements ouvriers qui ne cessèrent de s’ensuivre contre la modernité capitaliste de l’oppression, les solidarités vivantes de la filiation familiale ont toujours constitué des axes dynamiques et expressifs autour desquels l’indiscipline, la mutinerie et le soulèvement communautaire pouvaient durablement s’installer contre le travail d’atomisation des spéculations du négoce.

Le Chouan de 1793, le Communard de 1871 et le Sidérurgiste de 1979 avaient la force et la volonté de se battre parce que leur lutte de classe contre l’ignominie économique et politique se charpentait d’emblée sur la détermination enracinée des relations affectives qui faisaient la solidité de la maisonnée et de la parentèle. Et ce parentage historique, vivace par delà les pesanteurs obscurantistes limitées de l’Ancien Régime qui avait dû composer avec la puissance établie des communaux ancestraux, conservait fondamentalement le sens de la tradition primordiale de la longue durée millénaire, là où la communauté organique, ignorant la loi de l’argent et de l’État, produisait pour le seul bien vivre humain.

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Les Pays-Bas nationalisent le groupe financier SNS Reaal

Les Pays-Bas ont annoncé vendredi la nationalisation du groupe de banque et d’assurances SNS Reaal, incapable de trouver des capitaux privés, une opération de sauvetage en urgence dont le coût global pour l’Etat sera proche de 10 milliards d’euros.

Cette nationalisation aura pour conséquence d’alourdir le déficit budgétaire néerlandais 2013, déjà attendu au-dessus du seuil de 3% fixé par l’Union européenne, et devrait raviver dans l’opinion publique locale les critiques récurrentes sur les milliards d’euros apportés aux banques alors que les ménages continuent de subir l’austérité.

La Commission européenne a déjà pris contact avec le gouvernement pour obtenir des précisions sur le dossier, a déclaré un porte-parole de l’exécutif communautaire à Bruxelles. Le plan de sauvetage devra être soumis aux autorités européennes, qui veilleront à ce qu’elle ne se traduise pas par une distorsion de concurrence.

L’Etat néerlandais a déjà déboursé près de 40 milliards d’euros pour sauver son secteur financier en 2008, en apportant des capitaux frais à ING, Aegon et SNS Reaal tout en [nationalisant] ABN Amro.

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