Qui veut la peau de l’Euro ?

Moody’s vient de dégrader violemment la note de l’Irlande. Motif : c’est un pays malade, la cure qu’il a entreprise va le tuer. Il faut se rendre à l’évidence : l’Europe gêne. Il y a de l’acharnement dans ces notes, dans ce jeu contre l’Euro. L’Euro n’est-il pas « l’homme à abattre » ?

Qui veut la peau de l’Euro ? Quand on regarde le champ de bataille alentour, il y a bien une méthode de combat, une sorte de battue à l’Euro. Une stratégie mise en œuvre contre l’Euro. On peut hésiter entre Cantona et Staline.

L’échec de Cantona à secouer les colonnes du temple des banques Euro malgré les craintes de la Commission Européenne, malgré les craintes de Christine Lagarde, malgré toutes les craintes de tous les gens raisonnables, laisse penser que ce n’est pas lui, ni même ses amis, qui veulent la peau de l’Euro le plus ardemment.

Reste la stratégie « Staline ». On a dit de la stratégie déployée par Staline et Joukov à partir de 1943 que c’était une stratégie « en tiroir ». Idéalement, il faut commencer par la partie du front la plus faible, puis monter progressivement jusqu’à ce que l’ensemble du front se soit embrasé. Dans le cas de Staline, le résultat a été probant.

Les agences de notation dans une stratégie stalinienne

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Y-a-t-il une place pour des banques différentes ?

Jacky Blanc, président du directoire de la NEF, présente sa coopérative de finance solidaire.

Il défend un système où la relation entre épargnants et emprunteurs a lieu dans “une transparence totale.” La NEF est adossée à un groupe bancaire classique, BPCE, mais investit dans des projets à visée sociale et environnementale. “On est dans le système bancaire, explique Jacky Blanc, mais on veut y poser un germe de salubrité.” L’initiative d’Eric Cantona ? Elle a “le mérite de faire bouger les consciences.”

Jovanovic et Sarfati font trembler le microcosme

Extrait de l’émission “Ce soir ou jamais” du 7 décembre 2010. Yann Sarfati est l’homme qui a déclenché la vague de soutient à Cantona sur internet. Lui et Pierre Jovanovic vont nous faire vivre un vrai moment de vérité télévisée face à des interlocuteurs trop habitués à côtoyer les salons parisiens…

Partie 1:

Partie 2 :

(Merci à GDE)

Ne pas détruire les banques : les saisir !

Par Frédéric Lordon

Il faut peut-être prendre un ou deux pas de recul pour admirer l’édifice dans toute sa splendeur : non seulement les marchés de capitaux libéralisés, quoique les fabricateurs de la crise dite des dettes souveraines (voir « Crise : la croisée des chemins »), demeurent le principe directeur de toutes les politiques publiques, mais les institutions bancaires qui en sont le plus bel ornement sont devenues l’unique objet des attentions gouvernementales.

Albrecht Dürer – Némésis ou La grande fortune (1501)

Les amis du « oui » au Traité constitutionnel de 2005 trouvaient à l’époque trop peu déliées à leur goût les dénonciations de « L’Europe de la finance » mais si le slogan ne sonne en effet pas très raffiné, c’est que la réalité elle-même est grossière à ce point.

L’entêtement à soumettre les politiques économiques aux injonctions folles des créanciers internationaux, telles qu’elles s’apprêtent à nous jeter dans la récession, trouve ainsi son parfait écho dans la décision, qui ne prend même plus la peine de se voiler, de mobiliser le surplus d’emprunt européen de l’EFSF (1)… pour le sauvetage des banques irlandaises bien méritantes d’avoir savamment ruiné les finances publiques du pays (2).

Le cas de l’Irlande a ceci d’intéressant que la connexion entre finances bancaires privées et finances publiques y est plus directe et plus visible qu’ailleurs, mais il ne faut pas s’y tromper : pour la Grèce déjà, et pour tous les autres candidats au sauvetage qui suivront, il s’agit toujours in fine moins de sauver des États que d’éviter un nouvel effondrement de la finance – et l’on attend plus que le barde européen de service qui viendra célébrer l’Europe en marche d’après ses plus hautes valeurs : solidarité et humanisme, car après tout c’est vrai : nous voilà, contribuables citoyens européens (3), solidaires des banques de tous les pays, et les banquiers sont des hommes comme les autres.

Il y a pourtant quelque part un point de réalité où les fables déraillent et les voiles se déchirent. Manifestement nous nous en approchons. Et, Némésis incompréhensible de tous ceux qui, l’ayant voulue ainsi, l’ont défendue envers et contre tout, l’Europe commise à la finance contre ces citoyens mêmes est sur le point de périr par la finance.

La croyance financière à la dérive

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Débat Cantona et les banques

Addendum du 04/12/2010

La gauche de la gauche embarrassée par l’appel d’Éric Cantona contre les banques

Jean-Luc Mélenchon (Parti de gauche) et Nathalie Arthaud (Lutte ouvrière) se sont démarqués vendredi de l’appel de Cantona à retirer massivement l’argent des banques le 7 décembre, estimant que provoquer la faillite du système bancaire n’était pas la bonne solution.

Libération

Émission “Ce soir ou jamais” du 2 décembre 2010 avec Catherine Lubochinsky, Percy Kemp et Paul Jorion .

Partie 1 :

Partie 2 :

(Merci à Quentin)

L’idée de Cantona fait son chemin

Addendum du 02/12/2010

C’est le «buzz» du moment. Ils sont plus de 18.000 «Facebookers» à vouloir participer à la «révolution pacifique» soufflée par Eric Cantona, qui consister à retirer l’intégralité de son argent sur ses comptes bancaires, précisément le vendredi 7 décembre prochain.

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«S’il y a 20 millions de gens qui retirent leur argent, le système s’écroule (…). La révolution se fait par les banques», a lancé l’ancienne star du football dans une vidéo datant du 8 octobre, visionnée par plusieurs centaines de milliers d’internautes. Engagé politiquement dans la lutte contre la pauvreté, théorise en moins de deux minutes la destruction du système actuel. «Pas d’armes, pas de sang, une révolution à la Spaggiari !».

En Belgique, la fédération belge du secteur financier s’inquiète

La désormais appelée «révolution Cantona» est sortie des frontières de l’hexagone. En Belgique, la réalisatrice Géraldine Feuillien, a notamment relayé l’idée. Même date. Elle a créé un site Internet, baptisé Bankrun2010.com, traduit en six autres langues. Selon elle, environ 15.000 belges videront leurs comptes.

Mais dans ce petit pays, la démarche est prise au sérieux. La fédération belge du secteur financier, Febelfin, est venue réagir dans les colonnes des journaux Het Nieuwsblad et De Standaard . «Cette action peut déstabiliser notre fragile système financier !», a averti Michel Vermaerke, administrateur délégué de Febelfin. Et d’ajouter, «certaines institutions bancaires en Belgique ont dû être sauvées par le gouvernement en raison des conséquences de la crise du crédit. Un tel sauvetage ne doit pas être réitéré car il est très coûteux.»

À la question de savoir s’ils sont conscients des conséquences économiques qu’entraînerait le succès de cette action,  Géraldine Feuillien répond :

«Nous sommes surtout conscients des conséquences que le système financier mondialisé dérégulé et incontrôlable ont sur nos emplois, nos santés, notre éducation, nos pensions, nos industries, notre environnement, notre avenir, notre dignité, la dignité des citoyens des pays que ce système a asservis par des dettes qu’ils ne pourront jamais rembourser pour mieux s’approprier leurs ressources. C’est le sort qui attend les citoyens occidentaux si nous ne nous prenons pas en main.»

Le Figaro

Déclaration du directeur général de BNP Paribas, Baudoin Prot :

“La recommandation de retirer les dépôts est totalement insécuritaire” tout en étant “complètement contraire à ce qui peut assurer le fonctionnement de l’économie”.

Boursorama

Le porte-parole du Nouveau parti anticapitaliste, Olivier Besancenot, a déclaré mercredi sur Europe 1 qu’il n’irait pas retirer son argent à la banque le 7 décembre, comme y appelle notamment l’ancien footballeur Eric Cantona.

“Eric Cantona, j’ai beaucoup d’estime pour lui. Il me plaît bien quand il a des idées comme ça, un peu anticapitalistes. L’idée de faire écrouler le système financier et de le faire ensemble, c’est une idée qui me branche.”

Toutefois, il a aussi constaté: “Ca s’est déjà produit dans l’histoire. En Argentine, il y a des tas d’épargnants qui ont été tout de suite à la banque. Les banques ont fermé, ils ont dit ‘de toute façon, vous n’aurez même pas accès à vos compte’. On a même envoyé les forces de l’ordre pour taper sur les épargnants.

Le JDD

(Merci à Pakc)

http://www.bankrun2010.com/

http://stopbanque.blogspot.com/

La révolution c’est très simple

Eric Cantona a livré un conseil très simple pour faire la révolution. « Tout le système est bâti sur les banques. » Il suffit, dit-il, que 3 millions, 10 millions de personnes aillent retirer leur argent à la banque. « Et là, on va nous écouter. »

Il a raison

Il y a un peu plus de deux ans, quand la banque d’affaire Lehman Brothers disparut en un week-end, les gouvernants du monde occidental, Sarkozy compris, eurent la trouille de leur vie. L’ampleur de la bulle spéculative était telle que personne, pas même les banques entre elles, n’avaient plus confiance dans la solvabilité des établissements de crédit.

Sans surprise, les États, c’est-à-dire les contribuables, jouèrent les prêteurs de dernier ressort. Garantie par ci, renflouage par là, il a fallu remédier à l’inconstance et l’incompétence de la finance. On nous a expliqué plus tard que ces prêts, surtout en France, avaient « rapporté » aux contribuables. La République française paye chaque année environ 50 milliards d’agios et intérêts à ses créanciers.

A cette époque, tous les médias se concertèrent, inconsciemment ou pas, pour faire flipper les ménages sur l’éventuelle disparition de leurs économies.

La proposition d’Eric Cantona a ceci d’évident qu’il suggère d’agir « à froid ». Un retrait massif d’argent dans toutes les banques du pays, sans la pression d’un krach boursier, serait détonnant. Une vraie révolution, simple, sans mort, et par là où le système a pêché : l’argent.

Sarkofrance

(Merci à UltimaThom)