Le business de la peur

La menace terroriste est devenue une réalité qui inquiète de nombreux Français. Ce climat de peur fait les affaires du secteur de la sécurité, qui pèse aujourd’hui dix milliards d’euros. Révélations sur les dessous de ce business qui a le vent en poupe.

Certains industriels sont par exemple prêts à manipuler les statistiques pour faire gonfler leur bénéfices. L’enquête montre également les failles de la biométrie, présentée comme la solution miracle. Gros plan également sur les caméras de surveillance, qui ont envahi le paysage urbain.

Plus de 40.000 objectifs surveillent les villes de France et, depuis peu, les petites communes rurales. Mais ces caméras sont-elles vraiment efficace?

Caméras embarquées : Roulez, vous êtes filmés

Des caméras envahissent les voitures françaises. Les dashcams (contraction de l’anglais dashboard camera, caméra sur tableau de bord) sont embarquées et tournent en permanence quand le véhicule roule.

Leurs images peuvent servir de preuve en cas d’accident ou immortaliser les événements extraordinaires qui se produisent à portée de pare-brise. Des vidéos du crash d’un avion ou d’une météorite dans le ciel de l’Oural ont déjà fait le tour du monde.

Selon l’UFC-Que Choisir, les ventes de ces sortes de boîtes noires de l’automobile ont explosé ces trois dernières années, de 28.000 à 370.000 caméras vendues. On est encore loin des chiffres russes, avec plus de 4,6 millions ces trois dernières années. En Angleterre, des citoyens munis de dashcam traquent les conducteurs en infraction, avant de livrer leurs vidéos à la police.

Des automobilistes ont déjà perdu leur travail à cause de ces justiciers d’un nouveau genre. Un tel scénario est-il possible en France? Ces images peuvent-elles être prises en compte par un juge ? Ne risquent-elles pas, parfois, de se retourner contre leur propriétaire ?

Le mirage du flair électronique

C’est un peu la version post-moderne des « avions renifleurs », une belle arnaque qui a ridiculisé Elf dans les années 70. Cachées derrière le vocale « intelligent — smart —, les vulgaires caméras qui scannent l’espace public deviennent des machines à flairer les intentions coupables, douées d’une capacité infaillible pour détecter des situations dangereuses ou autres « comportements suspects ».

La stratégie on la connait, héritée de l’antiterrorisme, se placer dans une posture « proactive », voire « prédictive ». Mais derrière la posture, c’est l’ère du vide.

Le maire de Nice, Super Estrosi, en a fait des tonnes, comme l’a rappelé Le Canard cet été (13/08), en présentant à la presse ébahi son nouveau central de surveillance vidéo en 2010. La propagande municipale niçoise vante les capacités d’un mystérieux logiciel la capacité de « détecter automatiquement et en temps réel, à partir des flux vidéo issus des caméras de vidéoprotection, tout comportement “anormal” qui aura été défini et programmé au préalable ». Impossible ensuite de vérifier la pertinence des alertes — « environ une vingtaine d’alertes par jour pour des intrusions, maraudages ou attroupements » —, face à la réalité du terrain. La mairie ne fournit que le nombre d’interpellations qu’auraient permises les caméras (soit un peu plus de 1 300 depuis ses débuts en 2010, dont 610 en 2012). Sans préciser en quoi un « attroupement » peut être désigné comme « suspect » a priori.

Dans le même papier, on apprend au passage qu’un produit dérivé est utilisé à Paris, mais pas dans les rues criminogènes de la capitale. Dans les piscines! Ben oui, c’est bien connu, les bassins de baignade sont un repaire de malfaisants. Des caméras au plafond, mais aussi sous l’eau, scannent les formes humaines pour tenter de repérer des noyades… Ce merveilleux engin, le système Poséidon, — « le 3ème œil du maitre-nageur » (sic) — a déjà coûté plus d’un million d’euros aux finances parisiennes.

Les appels d’offres se sont noyées dans la paperasse quotidienne, si bien que les élus n’ont jamais réellement pu débattre de l’opportunité de décharger les maitres-nageurs de la « prévention des noyades » grâce à une machine bien improbable. Le premier marché remporté par la cette société de savants fous, à l’époque Vision-IQ, date de la frénésie sécuritaire de 2001 (en décembre). En 2013, après zéro preuves, il parait que la mairie veut arrêter les frais. 9 piscines sont équipées.

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Action contre les écrans publicitaires espions de la RATP

Des caméras qui vous filment à votre insu et analysent votre comportement, pour choisir en temps réel quelle publicité vous proposer… Ce monde orwellien, c’est le métro parisien. Des écrans publicitaires « espions », installés par la régie Métrobus, sont la cible des activistes anti-publicité. Le 24 novembre, ils ont mené une action coup de poing pour alerter sur les menaces de ces nouveaux supports publicitaires.

Les Parisiens les ont sûrement remarqués : 400 nouveaux écrans publicitaires observent les usagers du métro. Deux caméras intégrées‭, officiellement dédiées à la ‬mesure d’audience‭, peuvent analyser les usagers, et déterminer par exemple leur sexe et leur âge. Suivi du regard‭ (logiciel conçu par l’entreprise « Majority Report » !), ‬analyse du comportement‭ (‬procédé‭ « ‬face track‭ ») ‬ou reconnaissance-type des personnes, tout est possible avec ces écrans Numeriflash… et cela à des fins de marketing. Ou comment adapter en temps réel les publicités aux personnes qui tombent sous le champ de la caméra.

Basta Mag

Prête-moi ta caméra, mon usine ferme

Il y a tout juste un an, entre le 10 et le 20 mars 2009, Stéphanie Hammou a confié une caméra aux ouvrières de la Confection de l’Alloeu, usine textile située à la Gorgue, dans le Nord, qui allait fermer.

Ces femmes ont capté les images de ces derniers jours, entre conflit, émotion et peur des lendemains. Au final, 25 heures de rushes sur cette fermeture en train de se faire, complétés par des entretiens filmés et montés par la réalisatrice.

Partie 1:


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