Fossiles : dix raisons de sevrer la planète

La dépendance au pétrole, au charbon et au gaz a atteint des niveaux inégalés, menaçant l’environnement et l’économie mondiale. Pourtant, les alternatives existent et sont désormais rentables.

Nous sommes tous junkies. Dépendants au charbon, au pétrole et au gaz. Produits de la décomposition de forêts et micro-organismes voilà des millions d’années, les combustibles fossiles ont dormi sous terre jusqu’à ce qu’Homo Sapiens se mette à les extraire à marche forcée à partir du milieu du XIXe siècle. Grâce à ce shoot énergétique, tout est devenu possible : le drapeau sur la Lune, les fraises en hiver, la pâte à prout fluo. Plus que jamais, les hydrocarbures irriguent nos vies.

Et nos dealers sont bichonnés. Le Fonds monétaire international (FMI) estimait en 2013 que les gouvernements de 176 pays ont subventionné – allégements fiscaux, incitations ou financements directs – à hauteur de 1 900 milliards de dollars le secteur des énergies fossiles en 2011, soit 2,5% du PIB mondial.

Accros ou pas, il va falloir trouver notre bonheur ailleurs. La baisse du prix du pétrole pendant quelques mois nous a maintenus dans l’illusion de la défonce, mais il est déjà remonté. Les gisements facilement accessibles et peu chers à exploiter se tarissent. Surtout, si nous voulons avoir une chance de vivre dans un monde à peu près stable ces prochaines décennies, nous ne pourrons pas extraire jusqu’au dernier atome de carbone du sous-sol.

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La Crise nous fait un vrai festival…

par Philippe Béchade

Je ne sais pas si le palmarès du Festival de Cannes peut constituer aux yeux du monde entier un « avis de grand frais » sur la désintégration sociale qui affecte la France mais également beaucoup de pays aux alentours… il n’empêche que le couronnement de films qui traitent de « la crise » (chômage, déclassement, déracinement) et d’acteurs qui incarnent des victimes de « la crise » télescope le discours officiel qui ne cesse de marteler « le pire est derrière nous, la croissance repart », alors que c’est tout l’inverse qui est perçu par 70% de la population, et bon nombre de réalisateurs présents sur la Croisette.

La nuit tombe sur le festival de Cannes…

La nette percée de Podemos (gauche antilibérale) aux municipales le weekend dernier témoigne de cette même incrédulité populaire en Espagne face aux discours triomphalistes de l’équipe dirigeante qui revendique la paternité d’un pseudo renouveau économique, lequel tient essentiellement au franc succès des mesures d’incitation à l’achat d’un nouveau véhicule.

Les effets positifs sur les immatriculations sont spectaculaires, mais comme pour tout cadeau fiscal, le principe reste: c’est « l’état qui paye ».

Et l’état, c’est au bout du compte chaque espagnol -y compris ceux qui n’achètent pas de voiture- qui pourrait à terme supporter le coût de l’opération… à moins bien sûr que les futures recettes fiscales ne viennent compenser le déficit budgétaire qui se creuse aujourd’hui.

Pour en revenir à Cannes, jamais depuis sa création en 1939 (et son premier déroulement « normal » en 1946), le palmarès n’avait été aussi marqué par « la crise », alors que jamais les festivaliers n’ont été aussi riches (il n’y avait qu’à compter les yachts de plus de 30 mètre amarrés au large de la croisette ou à Monaco: plus aucun « anneau » disponible dans un rayon de 50Km autour du « Rocher »)… et rarement les fêtes n’ont été aussi somptueusement démesurées.

Voilà un nouvel exemple saisissant de télescopage de l’ultra richesse et du vaste monde exclu du miracle des « quantitative easing ».

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Europe : La fin de la prodigalité

Par

L’euro a créé une crise de la balance des paiements en Europe, comme l’a fait le système monétaire des années 1920 fondé sur l’étalon-or. En fait, une seule chose distingue ces deux épisodes : les pays actuellement en crise peuvent faire appel à de vastes programmes internationaux de renflouement.

Ces programmes ont soulagé les tensions financières dans la zone, mais à quel prix? Non seulement ils ont permis aux investisseurs de ne pas avoir à payer le coût de leurs mauvaises décisions ; ils ont également donné l’occasion aux pays du sud de l’Europe dont les prix sont trop élevés de retarder ce qui revient à une dévaluation sous la forme d’une réduction des prix relatifs des marchandises. Cette dévaluation de la monnaie est généralement nécessaire pour restaurer la compétitivité érodée par les débuts de l’euro, qui avait gonflé l’inflation.

En réalité, pour des pays comme la Grèce, le Portugal ou l’Espagne, il faudrait pour qu’ils redeviennent concurrentiels qu’ils baissent les prix d’environ 30 % de leurs propres produits par rapport à ceux du reste de la zone euro au début de la crise. L’Italie a probablement besoin de réduire ses prix relatifs de 10 à 15 %. Mais le Portugal et l’Italie n’ont pu jusqu’ici effectuer une telle « dépréciation effective », tandis que les prix relatifs en Grèce et en Espagne n’ont diminué que de 8 % et 6 %, respectivement.

Fait plutôt révélateur, de tous les pays en crise, seule l’Irlande est parvenue à passer le point critique. La raison en est évidente : la bulle spéculative avait déjà éclaté en Irlande dès la fin de 2006, à l’époque où les fonds de sauvetage n’existaient pas.
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Les biotechs : La nouvelle bulle spéculative ?

La bourse et les investisseurs sont-ils en train de surévaluer les perspectives du secteur de la santé ? Les opérations dans ce domaine se multiplient ces derniers mois, et la valorisation de certaines sociétés commence à inquiéter sérieusement certains observateurs.

475 milliards de dollars en 15 mois ! Le montant total des opérations de fusion-acquisitions dans les secteurs de la santé (biotech/medtech) laisse un peu songeur, d’autant que tout s’est fait avec une rapidité foudroyante, témoignant d’une véritable frénésie.

Et la tendance n’est pas au ralentissement, vu que ce sont 70 milliards de dollars d’opération qui ont été d’ores et déjà annoncées depuis le début de l’année.

La dernière d’entre elles est particulièrement parlante, il s’agit du rachat de la biotech américaine Pharmacyclics par le laboratoire Abbvie pour 21 milliards de dollars. Rachat qui est intervenu au prix d’une bataille boursière assez tendue avec Johnson & Johnson, qui proposait 17 milliards, et un acquéreur non-identifié, sans doute pour un montant comparable.
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Pétrole: surproduction, chute des prix, bulle de schiste…

L’expert américain Arthur Berman explique la chute des prix du pétrole par la conjonction d’un surplus de production et de l’arrêt à partir de juillet dernier des injections de liquidités dans l’économie américaine par la Réserve fédérale (Fed), ce qui a provoqué la hausse du dollar. A moins de 50 $ le baril, de nombreuses catégories de pétrole ont des soucis de rentabilité, notamment les hydrocarbures de schiste américains dont le boom de ces dernières années aurait résulté selon Richard Heinberg, autre expert, de la combinaison d’un prix élevé du pétrole et d’un financement facilité par la politique de la Fed. La bulle des schistes est prête à faire boum.

Choc de l’offre, choc de la demande, concurrence, machinations géopolitiques… Les spéculations vont bon train sur la chute des cours du pétrole, ce dernier ayant perdu plus de la moitié de sa valeur depuis le mois de juin, passant de plus de 100 $ le baril à moins de 50 $.

Evolution du prix du pétrole entre début 2008 et octobre 2014 en comparaison des surplus et des déficits de production (moins de 50 $ le baril mi-janvier 2015). Doc. IEA/Arthur Berman

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Faut-il craindre l’effondrement du système bancaire mondial ?

Depuis la crise des subprimes en 2008 et le renflouement des larges banques par la réserve fédérale (FED), rien ne permet d’affirmer que la situation économique mondiale a été assainie. Tout au contraire, un ensemble d’indicateurs laissent penser que le monde bancaire est au bord de l’abîme, « the edge of chaos» selon l’expression du spécialiste des systèmes Christopher Langton[1].

Certains se veulent rassurants, cependant que la chute des cours du brut fait craindre un choc pétrolier à l’envers qui mettrait en faillite une section importante du secteur énergétique, celle du « fracking » ainsi que les états américains dépendant de ses revenus[2]. D’autres, Steve Forbes et Elizabeth Ames en tête, mettent en garde contre l’effondrement du système économique mondial et suggèrent un retour au Gold Standard[3]. Y’a-t-il des raisons de faire confiance aux uns plutôt qu’aux autres ?

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Japon : Le vieillissement démographique étouffe l’entrepreneuriat

Le Japon connaissait une croissance particulièrement rapide au cours des années soixante-dix et quatre-vingt, mais il connaissait sur la même période le gonflement de bulles spéculatives. Lorsque celles-ci éclatèrent, l’économie nippone bascula dans une longue stagnation. Plusieurs raisons ont été avancées pour expliquer ce ralentissement de la croissance japonaise.

L’une d’entre elles est que le Japon manque d’entrepreneurs et que, contrairement aux États-Unis, il a échoué à développer un secteur des nouvelles technologies dynamique. Le Japon se caractérise en effet par la plus faible propension d’entrepreneurs parmi les pays développés. Selon les théories dominantes, l’entrepreneuriat joue pourtant un rôle essentiel dans la croissance économique.

Sans création de nouvelles entreprises, il est difficile d’imaginer comment les technologies radicales pourraient se diffuser et bouleverser l’environnement économique. Les entreprises en place peuvent certes moderniser leurs produits et techniques de production, mais les innovations radicales tendent à être associées avec l’entrepreneuriat et l’émergence de nouvelles entreprises.

Pourtant, le manque d’entrepreneurs dont souffre le Japon ne semble pas s’expliquer par un manque d’investissement technologique. En effet, ses dépenses en recherche-développement représentent à 3 % de son PIB, soit à un niveau supérieur à celui des autres pays développés.
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La prochaine bulle Internet se rapproche, et ce sont les capital-risqueurs qui le disent

Quand la bien-nommée société Yo, une appli mobile dont le service consiste uniquement à envoyer la notification «Yo» sur votre téléphone, a levé son premier million de dollars en juin 2014, tout le monde a éclaté de rire. Ce petit million n’est pourtant qu’une goutte d’eau dans l’océan de capitaux qui afflue vers les start-ups du secteur numérique.

Le magazine Wired relaie les inquiétudes des spécialistes qui redoutent une bulle du numérique comparable à celle de 1999. Dans le Wall Street Journal, l’investisseur Bill Gurley a affirmé que l’argent se déversait dans les start-ups à un niveau préoccupant.

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Tulipomanie : la première bulle spéculative de l’histoire

La tulipomanie est le nom donné à l’augmentation démesurée puis à l’effondrement des cours de l’oignon de tulipe dans le nord des Provinces-Unies (Pays-Bas) au milieu du XVIIe siècle.

Au plus fort de la tulipomanie, en février 1637, des promesses de vente pour un bulbe se négociaient pour un montant égal à dix fois le salaire annuel d’un artisan spécialisé. Certains historiens ont qualifié cette crise de « première bulle spéculative » de l’histoire.

Indice des prix standards des contrats de bulbes de tulipe, établi par Earl Thompson en 2007

Pays-Bas : L’État n’a plus aucun contrôle sur sa politique monétaire

« La Hollande offre une leçon salutaire de ce qui peut arriver à une économie riche et sophistiquée victime d’une baisse de l’offre de crédit à la suite d’une bulle après qu’elle a perdu le contrôle de sa devise, de la banque centrale et des leviers monétaires », affirme Ambrose Evans-Pritchard du Telegraph.

Beaucoup de gens assimilent les Pays Bas aux autres économies cotées triple A de la zone euro, mais le pays est en récession depuis 2011. Le chômage augmente aussi rapidement qu’à Chypre ; il a doublé sur les deux dernières années, et il est passé de 7 ,7% à 8,1% sur le seul mois de mars.

Pourtant, sur le fond, l’économie est saine. Le compte courant est excédentaire de 8,3% du PIB et le taux de l’épargne est de 26%. Mais le Japon pouvait aussi se targuer d’une situation de ce type lorsqu’il a été piégé par les suites de l’éclatement de sa bulle immobilière.

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Chine : Entre accident de croissance et visée hégémonique

Vont-ils y arriver ? C’est la question qui devrait aujourd’hui obséder les grands dirigeants internationaux au sujet du nouveau président chinois Xi Jinping et de son équipe. Car le paquebot dont ils ont récemment pris la tête semble se diriger vers des eaux de plus en plus troubles, que ce soient en termes économiques, sociétaux, environnementaux mais aussi, chose nouvelle, géopolitiques.

Dans La Chine, une bombe à retardement (Eyrolles, 2012), nous décrivions les mécanismes à l’œuvre poussant l’Empire du Milieu vers un accident de croissance inévitable dans les trois ans à venir.

Notre dernier voyage au cœur du pays n’a fait que renforcer le constat dressé l’année dernière. La Chine semble avoir délaissé sa base industrielle, inspirée du modèle allemand, au profit du modèle espagnol, reposant quasi exclusivement sur la dette, l’immobilier et le secteur de la construction.

Mais à cette donnée purement économique traduisant la grande cyclicité du modèle de développement chinois est venue s’ajouter une dimension jusque-là difficilement palpable : une croyance quasi religieuse dans leur supériorité intrinsèque, une arrogance nouvelle traduisant une visée hégémonique à peine dissimulée.

Au regard de ces nouveaux éléments, la France et l’Europe en général doivent perdre de toute urgence leur angélisme dans leur vision des relations internationales et adopter des comportements adaptés à un monde dans lequel les tensions ne cessent de croître.

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États-Unis : La nouvelle bulle immobilière

L’immobilier aux Etats-Unis s’emballe. Sur un an, le glissement des prix est supérieur à 10%. C’est la meilleure «performance» depuis 7 ans. 47 Etats sur 50 bénéficient de l’envolée. La palme revient au Nevada en hausse de 20% suivie de l’Arizona en hausse de 19% puis la Californie en hausse de 15%.

Depuis 2008, la politique monétaire vise à reflater. Pour cela, on a soufflé une bulle des emprunts d’Etat, celle-ci semble avoir atteint ses limites. On a soufflé une bulle des marchés d’actions; malgré des records marginaux récents, les bourses ont du mal à aller plus loin. Une troisième bulle est en train d’être soufflée, c’est celle de l’immobilier. On notera que les bulles ne se succèdent plus, elles sont maintenant simultanées.

Notre analyse est que le phénomène auquel on assiste est délibérément voulu. Bernanke et le système financier tentent une nouvelle expérience.

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Gaz de schiste : Bulle spéculative ou solution miracle ?

Par Alfredo Jalife-Rahme, professeur de Sciences politiques et sociales à l’Université nationale autonome du Mexique (UNAM)

Il n’y a pas de débat sur le gaz de schiste ; s’agit-il d’un miracle de la technologie US, comme nous le crient sur tous les toits les médias anglo-saxons, ce qui relèverait d’un exploit prométhéen, ou bien d’une vulgaire bulle spéculative gonflée par les tenants de la gouvernance financière, thèse défendue par le centre de réflexion géostratégique DeDefensa.org, qui a son siège à Bruxelles ? [1]

Or ce débat a tout lieu d’être, puisque c’est de sa conclusion que dépend la nouvelle place imprenable à laquelle aspirent les USA : puissance énergétique globale capable de rivaliser avec la Russie et l’OPEP, si la manne gazière se confirme, ou tentative publicitaire piteuse pour retarder la décadence de la jadis superpuissance unipolaire ?

Un ami banquier haut placé qui demande à garder l’anonymat est d’avis que le fracking (la fracturation de la roche à 4.000 m de profondeur, grâce à une énorme quantité d’eau) est une autre opération d’intox, car ce n’est absolument pas viable. Il ajoute que les investissements en fracking sont un gouffre, et que les liquidités générées par la vente de pétrole ne suffisent pas à financer la croissance nécessaire à cette nouvelle industrie.

En effet, les puits ouverts par fracking s’épuisent très vite ; pour une production soutenue à un certain niveau, il faut ouvrir constamment de nouveaux puits. C’est indispensable et ne suffira guère qu’à maintenir un niveau de production donné.

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Le jour où la banque centrale américaine cassera sa planche à billets

Beaucoup en Europe rêvent de voir la BCE emboîter le pas à la Fed. Mais le déversement de dollars sur l’économie américaine est pour le moins risqué.

La Banque centrale européenne (BCE) est restée fidèle à elle-même. Malgré une croissance négative de 0,6 % au quatrième trimestre 2012, l’institution de Francfort a une nouvelle fois repoussé, l’abaissement de son principal taux directeur fixé à 0,75 %. Une attitude qui ne devrait pas plaire à Arnaud Montebourg : le ministre français du Redressement productif avait dénoncé dimanche une BCE “remarquablement inactive” pour lutter contre la récession et l’envolée du chômage.

Il est vrai que la politique monétaire européenne contraste fortement avec celle de la Banque centrale américaine. Depuis le début de la crise financière, la Fed n’a pas hésité à faire marcher la planche à billets, via les désormais célèbres programmes de “quantitative easing”. Non contente de ramener ses taux d’intérêt à zéro, elle a massivement financé la dette du pays en absorbant dans son bilan plus de 1 700 milliards d’obligations du Trésor, soit l’équivalent de la quasi-totalité de la dette française !

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Chute des cours de l’or et de l’argent du 28/11/12, quelles explications ?

Les cours de l’or et de l’argent ont chuté sévèrement le mercredi 28 novembre 2012.

L’or a chuté de 26,60 dollars en 1 minute entre 14h20 et 14h21 pour atteindre un point bas de 1705 dollars l’once avant de remonter légèrement.

Un ordre de vente massif d’or correspondant à 7800 contrats (24 tonnes d’or “papier“) a été enregistré à 14h20. En moins de 60 secondes 35% du volume quotidien a été échangé.

L’argent a touché un plus bas du jour à 32,83 dollars l’once avant de récupérer rapidement pour clôturer à 34,30 dollars l’once.

Une chute d’une telle ampleur en moins d’une minute, un jour après l’expiration des options, est difficilement explicable sur un marché prétendument libre de toute intervention.

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Austérité : Qui doit payer ?

par Myret Zaki

Les tensions viennent d’un sentiment de détournement des richesses: les populations paient à la place des spéculateurs

Ces dernières semaines, nous avons vu les populations se soulever contre les méfaits de l’austérité, que ce soit en Grèce, en Espagne ou au Portugal, sur fond de montée de l’europhobie. Dans l’esprit de tout-un-chacun, le coupable est «l’austérité».

Mais le vrai problème, ce n’est pas l’austérité. C’est qui paie la facture de cette austérité. Les sacrifiés, ce sont la masse des petits et moyens salariés de la zone euro, ceux qui forment le tissu de l’économie réelle. Or il y a tragique méprise: ceux qui passent à la caisse ne sont pas les principaux responsables de la crise. Jamais auparavant les peuples n’avaient dû s’appauvrir alors que le monde était si riche, et que leur propre prodigalité avait si peu à voir avec la crise. C’est à ce titre que cette austérité est illégitime. D’où le profond malaise. Cette crise a pour origine les dégâts colossaux de la spéculation financière sur l’économie réelle et sur les budgets des Etats.

Ces derniers ont dû encaisser les chocs récessionnistes et fiscaux majeurs de la bulle boursière et immobilière venue des Etats-Unis, qui avait entraîné, par voie de mimétisme monétaire, des bulles de même nature en Espagne, en Angleterre et en Irlande. Les mêmes techniques spéculatives importées ont permis à Goldman Sachs de s’enrichir en vendant à la Grèce une solution pour masquer son endettement. Les tensions actuelles viennent d’un sentiment de détournement des richesses, les populations ayant d’abord supporté les sauvetages bancaires, et devant, avec l’austérité, supporter le sauvetage des Etats… qui avaient sauvé la finance privée. Quand les Portugais marchent contre le «vol des salaires et des pensions», ils se doutent bien qu’il y a tromperie.

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Quand la bulle chinoise éclatera… On regrettera les subprimes et les dettes souveraines

Jeudi dernier, la Banque centrale européenne (BCE) et la banque centrale chinoise annonçaient une baisse de leurs taux directeurs. Dans le même temps, la Banque d’Angleterre diminuait également ses taux d’intérêt, engageant un troisième cycle d’assouplissement de sa politique monétaire. Pure coïncidence, ont assuré les établissements concernés sans convaincre les marchés, si l’on en juge par leurs réactions.

En fait, loin de rassurer les marchés qui attendaient pourtant une réponse au ralentissement de l’économie mondiale depuis des semaines, ces mesures ont jeté le trouble chez les investisseurs. Une injection de liquidités aussi large et massive sans aucun événement particulier pour la justifier fait craindre une anticipation des mauvaises nouvelles à venir par les banques centrales. De quelles mauvaises nouvelles s’agit-il ? D’où viendra la prochaine torpille ? Habitués aux déceptions sur les deux rives de l’Atlantique, les investisseurs tournent leurs regards inquiets vers la Chine. Or, si la machine chinoise faiblit à son tour, l’économie mondiale perdra sa locomotive alors qu’elle tente péniblement de remonter la pente. (…)

L’acte trois de la crise – après la crise des subprimes et les dettes souveraines – pourrait donc bel et bien être chinois. A Pékin, on en est conscient et les autorités surveillent le secteur immobilier comme le lait sur le feu. Ainsi, les dernières mesures d’assouplissement monétaire se sont accompagnées d’un avertissement : l’argent bon marché doit servir à investir et pas à spéculer, deux activités pas toujours faciles à distinguer…

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La crise des années 2010, en dix épisodes

Par Olivier Demeulenaere

Une nouvelle décennie vient de s’ouvrir, avec son lot d’incertitudes et de menaces. J’en ai retenu dix, un choix évidemment subjectif et restrictif, tant nous nous avançons aujourd’hui en terre inconnue.

La « crise des années 2010″ (Jean-Claude Werrebrouck) nous frappe déjà de plein fouet, mais bien malin qui pourrait dire ce que l’avenir nous réserve. Ce qui suit est donc une fiction, un simple exercice d’anticipation. Chacun des épisodes successifs évoqués ci-dessous n’est qu’une projection poussée à l’extrême. La probabilité que l’ensemble du scénario se réalise dépend d’une multitude de paramètres et d’un enchaînement – ou emballement – des faits a priori peu vraisemblable. Comme dit le vieil adage, le pire n’est jamais sûr. Ce qui ne dispense pas de s’y préparer. Lire la suite

A Cannes, le cinéma plonge dans les eaux troubles de la finance

La Croisette a présenté ce week-end quatre films qui s’inspirent de la crise financière, dont une oeuvre remarquable «Cleveland vs Wall Street» de Jean-Stéphane Bron. Un documentaire qui met en scène un procès intenté contre Wall Street par de vraies victimes des dérives de la finance, avec de vrais avocats et un vrai juge.

Ce que Cannes peut être cocasse parfois. Quoi de plus croquignolet, en effet, que d’entendre une star comme Michael Douglas, qui a touché jusqu’à 20 millions de dollars par film dans les années 90 et qui trône sur une fortune estimée à 200 millions de dollars, répondre, parcouru par des sueurs froides, à des questions sur le plan de sauvetage de la Grèce ou la possibilité, ou non, de moraliser les marchés financiers? Rien de plus croquignolet, sinon, peut-être le film qu’il est venu défendre hors compétition: Wall Street – l’argent ne dort jamais d’Oliver Stone, enfonceur de portes ouvertes qui signe là une comédie amusante sur le monde de la finance, un peu comme si Tex Avery avait illustré l’expression «Un éléphant dans un magasin de porcelaine.» Stone n’hésite par exemple pas à appuyer un dialogue sur l’explosion de la bulle spéculative en filmant des enfants qui s’amusent à souffler des bulles de savon.

D’une certaine manière, c’est un tournant dans l’histoire du cinéma dont on a toujours dit qu’il était incompatible avec les plongées dans les arcanes de l’économie. Il est vrai que, hormis quelques films de l’ère yuppie (Wall Street, Working Girl, Le Bûcher des vanités), peu de tentatives ont laissé des traces. Qui se souvient vraiment d’Executive Suite (Robert Wise, 1954), de Rollover (Alan J. Pakula, 1981)?

Le cinéma cherche toujours des publics potentiels, autrement dit des soucis qui touchent un large éventail de la population. Surtout aux États-Unis, depuis que la fin du Far West, puis la fin de la Guerre froide ont bloqué le levier qui permettait d’exprimer le monde en noir et blanc. Où sont passés les grands méchants? Il y a bien l’avenir écologique de la planète, mais hormis James Cameron avec son Avatar, personne ne voit vraiment comment, à moins d’imaginer une révolte des ibiscus et des poissons-clowns, retrouver un manichéisme rentable à partir de la cause verte.

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Le sucre (extraits du film de Jacques Rouffio)

Quand les courtiers font n’importe quoi, les banques qui ne savent pas s’arrêter plongent. Et quand les banques plongent, il faut faire payer quelqu’un. Mais qui?

D’après le livre de Georges Conchon, le film  “Le sucre” de 1978 relate une affaire d’escroquerie, sur la base de bulle spéculative en 1974 sur le prix du sucre. Jean Carmet y incarne un petit épargnant (Adrien Courtois) qui y perd tout l’héritage de sa femme. Gérard Depardieu est lui un courtier fantasque et sans scrupules nommé Renaud D’Homécourt de la Vibraye (vicomte de…). Entre les deux hommes, si différents, va naître une amitié et une complicité.

Autour de ce couple gravitent des personnages tout aussi savoureux : Karbaoui (Roger Hanin), l’homme d’affaires pied-noir exubérant et magouilleur ; Grézillo (Michel Piccoli), haut magnat de la finance complètement mégalomane. Il faut aussi remarquer la métamorphose de la pharmacienne de province, madame Courtois, au départ austère et introvertie qui « explose » littéralement avec l’arrivée de la fortune.

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Prochaine crise financière mondiale : alerte des politiciens allemands

Dans les hautes sphères du milieu politique allemand, la crainte d’un second krach financier international, dépassant en intensité et en impact celui de l’automne 2008, augmente de jour en jour.

La chancelière Angela Merkel et le ministre des Finances, Wolfgang Schäuble, (tous deux de l’Union chrétienne-démocrate, CDU) ont mis en garde : la crise économique est loin d’être terminée. « Nous avons tout d’abord réussi à limiter les effets de la crise sur les gens, mais le plus dur est à venir, » a dit Merkel au cours d’une réunion du CDU.

L’énorme bulle spéculative qui s’est formée sur les marchés d’actions au cours de ces huit derniers mois, est considérée être le plus gros facteur de risque d’un nouveau krach. Les indices boursiers les plus importants, le Dow Jones, le Nikkei japonais et le DAX allemand, ont grimpé de 50 à 60 pour cent depuis mars. Les cours du pétrole brut, du cuivre et d’autres matières premières, ont plus que doublé. Ces énormes augmentations ne sont fondées sur aucune croissance économique correspondante. Au contraire : l’activité économique a chuté dans de nombreux pays et de nombreuses entreprises affichent encore des pertes.

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La bulle spéculative de l’art

Après la bulle financière, la bulle de l’art contemporain. Explosera, explosera pas ? Ben Lewis a filmé cette aventure comme un polar. Le 15 septembre 2008, le jour où Lehman Brothers faisait faillite, les oeuvres de Damien Hirst se vendaient pour plus de 70 millions de livres chez Sotheby’s.

Depuis la fin de 2007, tandis que le reste de l’économie s’asphyxiait, la bulle de l’art n’avait cessé d’enfler. Mais un mois après la vente Hirst, le marché entamait sa dégringolade. Moralité? Les mêmes personnes font les mêmes erreurs quel que soit le domaine dans lequel elles évoluent.

http://www.dailymotion.com/video/xbc5g1
(Merci à Gilles Bates)

Le grand retour de la bulle spéculative

En voulant sauver l’économie mondiale, a-t-on fait naître une nouvelle bulle qui sera à l’origine de la prochaine crise ?

Après les injections massives de centaines de milliards de dollars par les Etats et les banques centrales, dans le but d’éviter le naufrage des établissements bancaires et des constructeurs automobiles et pour soulager les ménages, de nombreux économistes mettent maintenant en évidence l’existence d’un accès de spéculation.

A l’appui de cette thèse, ils soulignent la flambée concomitante et quasi inédite des marchés boursiers, en particulier en Asie, des marchés obligataires, notamment sur les emprunts d’Etat, et du prix des matières premières, l’or et le pétrole en vedettes.

Depuis six mois, “tout monte !”, constate Patrick Artus, responsable de la recherche économique chez Natixis. Selon lui, il s’agit de spéculation car ces hausses, souvent spectaculaires – la Bourse de Shanghaï a progressé de 63 % depuis le 1er janvier -, sont déconnectées de la réalité économique. “A la Bourse de Taïwan, les valeurs des actions représentent 100 fois les bénéfices des sociétés, 90 fois en Australie, contre 13 fois à la Bourse de Paris”, souligne l’économiste.

Pour M. Artus, cette bulle serait le fruit de l’abondance de liquidités issues notamment des plans de relance et de soutien lancés en 2008.

Pour endiguer la crise, les banques centrales ont d’une certaine manière “fait marcher la planche à billets”, explique-t-il, en ouvrant les vannes du crédit via des politiques monétaires accommodantes avec des taux d’intérêt proches de zéro et en achetant des titres, parfois toxiques, afin de soulager les établissements financiers. Lire la suite