«Les Français ruinés par l’immigration» de Gérard Pince

Gérard Pince est docteur en économie et spécialiste de l’économie du développement : il a publié en 2013 un petit livre intitulé Les Français ruinés par l’immigration (éditions Godefroy de Bouillon). Dans cet ouvrage assez aride Gérard Pince a résumé ses analyses de la comptabilité nationale destinées à évaluer l’impact des populations immigrées sur notre économie. Les sources de toutes les données chiffrées utilisées par l’auteur sont disponibles dans les annexes ; ce rapport est vérifiable par tous les amateurs d’arithmétique.

Les bases du calcul

A la différence d’autres rapports, celui de Gérard Pince ne prend pas en compte tous les étrangers et leurs descendants de la première génération mais seulement les étrangers d’origine extra-européenne parce que, selon lui, l’impact positif des étrangers d’origine européenne sur nos comptes nationaux masque l’impact négatif des étrangers originaires des pays tiers.

Par ailleurs et à la différence de rapports qui ont conclu au faible impact de l’immigration sur notre économie, celui-ci prend en compte la part des dépenses régaliennes qui sont imputables à ces étrangers (les premiers n’intègrent que les recettes).
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La crise en 2011 ou le scénario de l’inextricabilité

Par Jean Claude Werrebrouck

Notre texte concernant le scénario pour 2010, publié le 1er janvier de ladite année, se penchait longuement sur la question du retour à la souveraineté monétaire. Il était assez optimiste, en ce qu’il annonçait la difficulté croissante à faire admettre par le contribuable qu’il devrait payer pour une dette publique dont la responsabilité reposait au moins partiellement sur la rente financière.

La réalité 2010 de la crise, est qu’un certain nombre de pays ont malgré d’extrêmes difficultés, ouvertement choisi de satisfaire la rente au détriment des Etats-providences et des contribuables : Grèce, Irlande, mais aussi à des degrés moindres, la quasi-totalité des Etats européens.

Les propos de la Chancelière de la République Fédérale, consacrés au partage du fardeau de la dette avec les créanciers, étant, était-il espéré, vite étouffés par de prétendus rédempteurs resserrements budgétaires. Prétendus, car on sait depuis peu (Patrick Artus), que le multiplicateur budgétaire sur la Grèce et l’Irlande est élevé, ce qui signifie – en principe – effondrement de la croissance, suite à une faible variation du déficit budgétaire.

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« Les États-Unis traversent une crise plus grave que l’Europe »

INTERVIEW – L’économiste américain Jeffrey Sachs soutient une réforme du système monétaire mondial avec un euro aussi important que le dollar.

William Smith Jewett (1812–1873), La terre promise - La famille Grayson

L’économiste américain Jeffrey Sachs, conseiller spécial du secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon et professeur à l’université de Columbia, intervient aujourd’hui [jeudi 06 janvier 2011] au colloque « Nouveau monde, nouveau capitalisme », organisé à Paris par le ministre de l’Industrie Éric Besson, en présence de François Fillon et du premier ministre grec Georges Papandréou.

Père de la thérapie de choc libérale dans la Russie d’Eltsine, Sachs, qui a conseillé de nombreux gouvernements, s’est mué au fil des ans en croisé interventionniste de la lutte contre la pauvreté.

LE FIGARO. – L’Union européenne va-t-elle devoir sauver d’autres États membres cette année ?

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Emmanuel Todd : « Je serais très étonné que l’euro survive à 2011 »

Que nous est-il permis d’espérer et que doit-on craindre en 2011 ? Le politologue, démographe et essayiste français Emmanuel Todd a accepté de se livrer, pour nous, à un « bilan et perspectives » étayé, plus spécifiquement centré sur la crise économique et financière qui secoue l’Europe.

Que retiendrez-vous de l’année 2010, qui vient de s’achever ?

Je dirais que ce fut une année charnière. C’est l’année où les croyances, économiques et politiques dominantes de l’Occident sont arrivées au bout de quelque chose.

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L’euro peut-il survivre à la crise ?

Par Jacques Sapir

Peut-on encore sauver l’euro ? La question hante désormais les responsables, en dépit des déclarations fracassantes et des rodomontades des uns et des autres. Le sommet européen, que l’on a officiellement salué pour la mise en place d’un dispositif de solidarité après 2013, a été incapable de prévoir des mécanismes permettant de lutter contre la spéculation et la crise de l’euro en 2011 et 2012. Les gouvernements vont partout répétant que les mesures déjà prises suffiront. Il est évident que c’est faux.

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Le FMI prédit une croissance faible aux pays riches

Dans une interview publiée jeudi 30 décembre par le magazine en ligne de l’institution, le Bulletin du FMI, l’économiste en chef du Fonds monétaire international (FMI) prédit une reprise mondiale à deux vitesses en 2011, les pays développés affichant une croissance modeste alors que les marchés émergents feront figure de moteur de la croissance mondiale.

Olivier Blanchard explique qu’il est nécessaire que les pays rééquilibrent leur économie en laissant les taux de change évoluer plus librement. Il souligne également qu’il est vital pour les Etats de prendre des mesures visant à maîtriser leur dette. « Sans un rééquilibrage mondial, il n’y aura pas de reprise robuste », prévient-il.

Le FMI a exhorté certains pays, comme les Etats-Unis, qui fondent leur croissance sur la consommation, à épargner et investir davantage. Les pays qui dépendent des exportations, comme la Chine, sont en revanche invités à encourager la consommation.

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Comment les Allemands deviennent eurosceptiques

La question de l’euro et de sa survie est clairement posée en Allemagne. Hans-Olaf Henkel, ancien patron des patrons, et europhile convaincu, prêche désormais pour l’éclatement de la zone euro et l’émergence de deux euros, un pour le Nord, un pour le Sud. Ce sentiment grandit outre-Rhin et explique nombre de choix de la chancelière.

« L’ultime bataille. Comment l’Europe ruine sa monnaie »

Quand, en France, on évoque Henkel, c’est plutôt au géant Allemand de la chimie et à ses produits ménagers « vus à la TV » comme Décapfour ou Minidoux, que l’on pense. De l’autre côté du Rhin, et davantage encore dans les milieux économiques, on pense Hans-Olaf, le prénom de l’ancien patron des patrons allemands. Lequel Hans-Olaf Henkel s’est dernièrement illustré par ses propos décapants sur la monnaie unique.

Dans son dernier livre, « Sauver notre argent, l’Allemagne est bradée » – tout un programme -, il ne propose rien moins que de liquider l’euro.

Sa thèse ? La solution à la crise européenne passe par la fin de la monnaie unique. Du moins sous sa forme actuelle, puisque y est prônée la séparation la zone euro en deux devises : une pour les pays du Nord, incluant l’Allemagne, l’Autriche, les Pays-bas, et la Finlande et une autre pour les pays du Sud, dont la France.

Et Hans-Olaf Henkel, à l’instar du patronat allemand, de décliner ce qui ne convient pas à l’hyper puissance continentale. Cette nouvelle Zollverein, pourrait s’étendre à ses autres voisins germaniques : non membres de l’euro, il est persuadé que le Danemark, comme la Suède adhéreraient à l’euro du Nord.

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Union européenne : pas de base communautaire pour le mécanisme de crise

La révision du traité européen qui sera proposée mi-décembre fera reposer le futur mécanisme permanent de gestion des crises dans l’UE sur une base légale intergouvernementale et non communautaire, a indiqué vendredi une source européenne.

Giovanni Battista Piranesi, Prison imaginaire XIV (1761)

Cette solution, réclamée par l’Allemagne, ne va pas dans le sens des appels à union plus étroite en matière budgétaire et fiscale au sein des Vingt-Sept et, au contraire, renforce le pouvoir des Etats au détriment de la Commission, qui n’y jouerait qu’un rôle totalement secondaire.

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Vers une crise terminale de la zone euro ?

Par Jacques Sapir

Après l’annonce du plan d’aide à l’Irlande, la situation continue à se dégrader dans la zone euro. Cette dégradation annonce la crise terminale de cette zone, qui devrait survenir d’ici à l’hiver 2011/2012, et peut-être avant. Fondamentalement, ce plan n’a pas rassuré les marchés. D’ores et déjà, les inquiétudes montent sur le Portugal, mais aussi sur l’Espagne, qualifiée « d’éléphant malade » par certains analystes.


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Qui a endetté la France ?

Addendum du 20/10/2010 à cet article paru le 09/10/2010

Dans la version intégrale de son intervention, lisible ici, Jean-Yves Le Gallou a bel et bien évoqué la loi de 1973 :

Reconnaissons qu’il y a un autre service rendu à l’oligarchie qui remonte, lui, à 1973. Et il s’agit cette fois de l’oligarchie bancaire : en 1973, la Banque de France s’est vu interdire de prendre en pension des emprunts d’Etat : ainsi fut créé un revenu supplémentaire et sans risques pour les banques qui créent la monnaie qu’elles prêtent à l’Etat ; prêt qu’elles facturent 2% à 3% l’an, ce qui contribue ainsi à augmenter le profit des banques en creusant le déficit de l’Etat, à hauteur de 40 milliards d’euros par an de charge des intérêts.

(Merci à Boreas)

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Note de Fortune : dans la mesure où le texte qui suit n’évoque pas la loi du 3 janvier 1973, ni l’article 104 du Traité de Maastricht transposé dans la loi française du 4 août 1993, qui, pourtant, nous paraissent constituer une source fondamentale (même si elle n’est certes pas la seule) de l’endettement public, nous renvoyons, en complément, à ces articles :

- La dette publique une affaire rentable

- La dette publique française

- De Socrate à nos jours, la ploutocratie toujours…

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Par Jean-Yves Le Gallou

Qui a endetté la France ?

La réponse est simple : la dynastie des Endettors qui gouverne la France depuis 1981.

La dynastie des Endettors arrive au pouvoir en 1981 : elle ne l’a pas quitté depuis.

Lorsque François Mitterrand, Endettor-Ier, arrive au pouvoir, la dette de la France est de moins de 300 milliards (en équivalent euros actuels) ; il la porte à 650 milliards. Jacques Chirac, Endettor-II, double lui aussi la dette qui atteint à son départ de l’Elysée près de 1.200 milliards. Endettor-III, Nicolas Sarkozy, va faire encore mieux : en trois ans seulement il porte la dette à 1.600 milliards. Tous les premiers ministres successifs ont pris activement part à cette politique.

Tous ces hommes ont eu une logique courtermiste. Leur horizon s’est souvent borné à la prochaine élection : « Plaire aujourd’hui… et facturer le plus tard possible », telle a été leur devise.

La logique clientéliste des Endettors-Distributors

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« La France aurait pu s’épargner l’austérité budgétaire actuelle »

Pour Daniel Cohen, professeur à l’Ecole d’économie de Paris, une meilleure gestion de la crise grecque aurait permis de nous épargner l’austérité budgétaire actuelle. Il estime que la situation est inquiétante car, en cas de rechute de l’activité, les pays européens n’ont aujourd’hui plus les moyens de venir au secours de la croissance. Et l’économiste de prévenir : les Français n’échapperont pas à de nouvelles hausses d’impôts.

USA : recettes fiscales et dépenses n’augurent pas d’une consolidation des finances publiques…

Dans la déclaration finale de la dernière réunion du G-20 de juin, les Etats participants se sont fixé des objectifs ambitieux : réduire de moitié le déficit budgétaire d’ici à 2013, plus de nouvelles dettes à partir de 2016, et en même temps réduire le ratio dettes/PIB. Mais cela semble bien n’avoir été qu’un exercice de pure forme, tant les promesses et la réalité sont, à ce jour, éloignées l’une de l’autre, et cela est particulièrement vrai aux Etats-Unis.

Là-bas, le président Obama a décidé d’augmenter les impôts sur les hauts revenus (plus de 250 000 dollars par an, ce qui concerne 1% des salariés, alors que 43,569 millions de citoyens américains se retrouvent en dessous du « seuil de pauvreté », niveau le plus élevé depuis le début de ces statistiques, il y a 51 ans), mais simultanément, il décide d’injecter 50 milliards de dollars pour développer les infrastructures du pays.

Recettes (en bleu) et dépenses (en rouge) de l'Etat fédéral US, en milliers de milliards de dollars, de 1950 à 2010

Comme on le voit sur le graphique, les rentrées fiscales et les dépenses augmentent depuis 1950. Récemment, en raison de la dernière récession, les recettes ont diminué, alors que les dépenses ont atteint un nouveau sommet. Le budget fédéral américain est en déficit depuis 23 mois consécutifs. Depuis le milieu des années 70, les dépenses augmentent plus rapidement que les revenus.

Au cours de la présidence de Clinton, les deux lignes se sont une fois brièvement croisées (voir graphique), après quoi le déficit budgétaire s’est creusé de plus en plus. En 2009, la dette s’est accrue de [1.610 milliards] de dollars (11,2% du PIB) et, du 1er septembre 2009 au 31 août 2010, de [1.640 milliards] de dollars.

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L’influence atlantiste en Allemagne et en Russie

Par Michel Drac

Par commodité, nous réputerons ici que l’ensemble USA/Grande-Bretagne/Israël constitue une entité capable d’agir de façon coordonnée sur le plan géopolitique. Nous appellerons cette entité : l’Empire.

Cet Empire est confronté à son déclin. Sa réaction est maintenant visible. Confronté à un défi géostratégique qu’il ne parvient pas à relever, celui de la Chine ; confronté encore à la volonté manifeste de la Russie de se poser en acteur géostratégique de premier plan, à nouveau ; confronté, enfin, au risque de voir l’Europe échapper à son assujettissement, l’Empire a choisi de combattre, pour l’instant, en usant de stratégies d’influence. L’attaque sur l’Iran, pour l’instant toujours, n’a pas eu lieu. La guerre ouverte n’est pas, à ce stade, l’option choisie par les dirigeants de l’Anglosphère (et de son annexe israélienne).

Cela peut changer du jour au lendemain, bien sûr.

Mais jusqu’ici, l’influence semble bel et bien la stratégie privilégiée. Elle prend la forme d’une entreprise de cooptation sélective des élites des puissances que l’Empire doit ou conserver en sujétion (l’Allemagne et la France, pour faire court), ou tenir en respect (la Russie).

Le point sur la question.

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Mesures d’austérité : «Les Etats feront face à la résistance sociale»

Philippe Bacchetta, professeur d’économie à l’Université de Lausanne, affirme que la crise de la dette des pays de l’OCDE n’est pas soutenable.

Emeutes en Grèce, décembre 2008

Le Temps : L’endettement des Etats de l’OCDE est-il alarmant ?

Philippe Bacchetta : Il n’est pas dramatique. Dans le passé, nous avons déjà vu des niveaux comparables. Par contre, il est insoutenable, ce qui veut dire qu’on ne peut pas continuer sur la même voie. Les Etats ne peuvent pas vivre éternellement au-dessus de leurs moyens. Le service de la dette peut peser lourd dans le budget national.

– Quel est le vrai problème ?
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La dette publique française

La question de la dette publique est redevenue d’actualité avec la privatisation des dettes du secteur bancaire. Nos politiques, qui n’ont pas voulu agir réellement contre les intérêts financiers, ont tout simplement transvasé les dettes bancaires vers la dette publique.

Comme nous allons le voir, ce n’est pas la première fois qu’une crise financière produit une montée des dettes publiques ; c’est même devenu une tradition en Europe et en France depuis les années 70. Mais il est probable que le système arrive désormais à ses limites, tout du moins en Europe, continent qui n’a pas la planche à billet universelle du dollar.

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André Jacques Holbecq vient de mettre en ligne un graphique représentant l’évolution du solde budgétaire français depuis 1973, c’est-à-dire depuis que l’émission monétaire a été privatisée.

Ce graphique différencie les dépenses globales du budget de l’Etat et le coût des intérêts que nous payons chaque année à cause de l’emprunt sur les marchés financiers. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que ce graphique résume toute l’hypocrisie ou l’ignorance qui tourne autour de cette question.

Car, contrairement à ce qui est asséné constamment dans les médias mainstream, la dette publique de notre pays n’est pas le fruit d’une dépense excessive liée à une gabegie de l’Etat, mais elle est plutôt le résultat d’un surendettement volontairement provoqué.

En effet, comment ne pas penser que ce surendettement n’a pas été le fruit d’une stratégie volontaire de la part d’une partie du personnel politique français ? Ne pouvant imposer leur dogme quasi théocratique de la malveillance naturelle de l’Etat providence, les néolibéraux ont usé de la stratégie de l’usure sur le long terme.

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La France restera marquée par la crise

L’INSEE dévoile ses hypothèses de croissance pour la France à horizon 2018. L’institut estime que le pays ne rattrapera pas l’intégralité du «terrain perdu» pendant la crise. La veille, le Fonds monétaire international ne s’était pas montré plus optimiste

L’économie française pourrait être structurellement affectée par la crise. C’est en tout cas ce que croit l’INSEE qui détaille (…) son scénario de croissance à moyen terme dans l’Hexagone.

L’institut français de statistiques avance que le produit intérieur brut (PIB) de la France ne devrait pas rattraper le retard pris au moment de la crise. L’INSEE estime en effet que la France retrouvera son rythme de croissance antérieur à la crise mais qu’une partie du «terrain perdu» ne sera jamais rattrapé.

L’INSEE explique que la crise «constitue un choc macroéconomique majeur» et peut «avoir un impact négatif durable sur l’emploi, le capital et la productivité globale des facteurs. Elle tend à déprimer simultanément la demande et l’offre».

Et selon l’institut, la perte de recettes au moment de la crise et la hausse des intérêts de la dette vont peser sur l’endettement public et la croissance. Plusieurs scénarios sont étudiés par le spécialiste des statistiques en France. Le ratio dette sur PIB serait accru de 40 points de PIB à l’horizon 2018, en l’absence de réduction de la dette.

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Comment va-t-on recréer le franc ?

Par Gérard Lafay, professeur émérite à l’université Paris-II

Contrairement aux espoirs annoncés, l’euro a manifestement échoué. A l’intérieur de la zone concernée, il n’a engendré qu’une faible croissance économique, une délocalisation des activités industrielles et la persistance du chômage, tout en accentuant les divergences entre les pays membres.

La politique de la Banque centrale européenne a en effet suscité une surévaluation chronique de la monnaie unique européenne, et elle a permis un endettement accentué des nombreux agents économiques, tant publics que privés. Au lieu de jouer un rôle d’entraînement, l’Allemagne a mené une politique salariale inutilement restrictive, accentuant le déficit de certains pays de la zone, au point de les conduire au bord du gouffre.

Sur le plan économique, l’euro ne pourrait être poursuivi qu’en menant un fédéralisme budgétaire, solution préconisée par Messieurs Jean-Claude Trichet et Dominique Strauss-Kahn. Cohérente sur le plan économique, cette solution est inapplicable politiquement dans un régime démocratique. Elle impliquerait le même type de transferts budgétaires que celui qui existe, à l’intérieur de chacune des nations, entre les régions riches et les régions pauvres.

Or l’Europe n’est pas une nation, qui a l’habitude d’accepter cette forme naturelle de solidarité. Le pays le plus riche, l’Allemagne, exclut même formellement une telle formule, ayant déjà suffisamment payé pour mettre à niveau les länder de l’ex-RDA.

A plus ou moins brève échéance, l’euro est donc condamné. La question n’est donc pas de savoir s’il faut recréer le franc : une telle issue est inéluctable. La seule question pertinente est de connaître les conditions dans lesquelles ce processus va se dérouler.

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Le gouvernement des banques

L’insolence des spéculateurs suscite une vive opposition populaire et contraint les gouvernements à prendre quelques distances avec la finance. Le 20 mai, le président Barack Obama a qualifié de « hordes de lobbyistes » les banquiers qui s’opposaient à son projet de réglementation de Wall Street. Ceux qui signent les chèques vont-ils continuer à écrire les lois ?

Le 10 mai 2010, rassurés par une nouvelle injection de 750 milliards d’euros dans la fournaise de la spéculation, les détenteurs de titres de la Société générale gagnèrent 23,89 %. Ce même jour, le président français Nicolas Sarkozy annonça que, par souci de rigueur budgétaire, une aide exceptionnelle de 150 euros aux familles en difficulté ne serait pas reconduite. Ainsi, crise financière après crise financière, chemine la conviction que le pouvoir politique aligne sa conduite sur les volontés des actionnaires.

Périodiquement, démocratie oblige, les élus convoquent la population à privilégier des partis que les « marchés » ont présélectionnés en raison de leur innocuité.

Le soupçon de prévarication sape peu à peu le crédit de l’invocation du bien public. Quand M. Barack Obama fustige la banque Goldman Sachs afin de mieux justifier ses mesures de réglementation financière, les républicains diffusent séance tenante un spot (1) qui récapitule la liste des donations que le président et ses amis politiques ont reçues de « La Firme » lors des élections de 2008 : « Démocrates : 4,5 millions de dollars. Républicains : 1,5 million de dollars. Des politiciens s’attaquent à l’industrie financière, mais acceptent les millions que leur verse Wall Street. »

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Comme prévu

Une tribune libre de Michel Drac

Le déroulement de la Deuxième Grande Dépression, jusqu’ici, correspond exactement à ce que l’on pouvait attendre. La seule surprise est qu’il n’y a pas de surprises. L’Occident implose, l’Empire américain se disloque, les économies émergentes souffrent mais s’en sortent correctement, et l’oligarchie financière, pour se sauver elle-même, dévore la substance de l’économie réelle.

Comme prévu, quoi.

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La crise ? Quand c’est fini, ça recommence !

Par Frédéric Lordon

Il y aurait matière à faire un sort à tous les ahuris qui, depuis l’été 2007, ne loupent pas une occasion de se féliciter que « le pire est derrière nous le plus dur est passé la crise est terminée ». On rappellera qu’ils n’en sont jamais qu’à leur troisième tour de piste (automne 2007, printemps 2008, fin 2009) et que, vaillants comme on les connaît, on peut être tout à fait certain, le point chaud grec viendrait-il à relaxer, qu’ils ne nous décevraient pas pour une petite quatrième. Stupéfiante comme elle devient, la situation ne laisse cependant pas trop le loisir de s’appesantir sur ce genre de chose – et puis le compte-rendu de la cécité réjouie est devenu une entreprise sans espoir.

Caspar David Friedrich, Naufrage, 1822 (cliquez sur l'image pour l'agrandir)

Stupéfiante, la situation l’est, sans l’être tout à fait. Car la mutation de la crise de finances privées en crises de finances publiques, et leurs métamorphoses subséquentes en crises monétaires et en crises politiques, étaient prévisibles dès la fin 2007.

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“Au bord du gouffre, les Européens ont mis de côté les égoïsmes nationaux”

L’économiste Michel Aglietta revient (…) sur les enjeux et conséquences du plan de secours historique de 750 milliards d’euros, qui vient d’être adopté pour sauver la zone euro.

En quelques semaines, on est passé d’une aide de 45 milliards d’euros à la Grèce à un gigantesque plan de secours de 750 milliards d’euros pour la zone euro. Que s’est-il passé ?

On est passé d’une crise de la dette d’un pays à la crainte d’une déstabilisation de l’ensemble des marchés financiers. C’est le grand retour du risque systémique que l’on a connu au plus fort de la crise financière en octobre 2008. Le montant est forcément gigantesque car il renvoie à l’ensemble des dettes publiques de la zone euro. L’idée est d’avoir une force de frappe suffisamment importante pour empêcher la spéculation de détruire la zone euro.

La zone euro était-elle réellement menacée d’explosion ?

Oui, la situation était plus que périlleuse ; tous les signes d’un risque systémique étaient réunis : la hausse des taux obligataires, la chute des indices boursiers et les difficultés de financement sur le marché interbancaire. Il était urgent pour l’Europe de réagir.

Est-ce la fin de la crise que traverse la zone euro ?

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La dette publique des Etats-Unis est pire que celle de la Grèce

En 2009, aux Etats-Unis, le déficit primaire structurel atteint 7,3% du PIB et, au Royaume-Uni, 6,8% du PIB. Cela paraît incroyable, mais il est pire que les 6% de la Grèce.

Quiconque aimerait savoir qui créera des emplois ces prochaines années peut exclure le secteur public. La dette des Etats est telle que les dépenses publiques devront baisser. Certains crieront au diktat des marchés, mais les Etats ne pourront se soustraire à l’arithmétique la plus élémentaire. Même la France, qui depuis 1974 n’a pas connu un seul budget en équilibre. Les décisions de ce week-end n’y changeront rien. Elles ne permettent que de gagner du temps.

D’une façon générale, la situation a tendance à empirer. Dans cinq ans, il n’y aura plus aucun pays muni d’un rating de AAA, selon une admirable étude de Willem Buiter, chef économiste de Citigroup. Cet ancien membre du comité de politique monétaire de la Banque d’Angleterre est une personnalité réputée et s’exprimait aussi mardi lors de la conférence de la BNS et du FMI, à Zurich.

Nous sommes presque au point où il n’existe plus d’obligation sans risque, selon Willem Buiter. Le kilo d’or n’est pas par hasard à 42 000 francs [suisses]. Même les Etats-Unis et l’Allemagne ne sont plus sûrs : le CDS spread (mesure du coût de la protection) de l’Etat américain s’élève à 40 points de base. En clair, cela signifie que la probabilité des Etats-Unis d’être en défaut sur leur dette atteint 3,5% à 5 ans. Pour l’Allemagne, la probabilité est de 2,8%.

Le pire se trouve-t-il d’ailleurs à Athènes ? Si l’attention se porte avec raison sur le sud de l’Europe, les finances publiques britanniques et américaines sont dans une position aussi catastrophique.

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«La Grèce est victime d’une guerre menée par les Anglo-Saxons»

Evidemment, tous les pessimistes finissent un jour par avoir raison : une catastrophe survient qui fait triompher leur mauvais augure. Mais Franck Biancheri a annoncé la crise déclenchée par les subprimes plus de deux ans avant qu’elle n’arrive, les désordres sociaux qui en sont nés (manifestations telles qu’on en voit en Grèce, Bossnapping [séquestration de patrons]) plusieurs mois avant qu’ils ne se réalisent.

Ambrose Evans-Pritchard, dans le «Daily Telegraph» du 13 décembre 2009

On accorde donc de plus en plus de crédit à ses analyses, et on le taxe de moins en moins de paranoïa. Aujourd’hui, son LEAP (Laboratoire européen d’anticipation politique) met en garde contre les bombes à retardement que sont l’Angleterre et les USA.

La Grèce est au plus mal et vous, vous vous focalisez sur le Royaume-Uni…

La Grèce ne pouvait plus continuer ainsi, c’est évident, et ce qui lui arrive maintenant sera à terme salutaire pour le pays. Mais tout le monde le savait depuis longtemps, et ses chiffres ne sont pas si désastreux. Il faut donc se demander «pourquoi maintenant» ? Tout a, en fait, commencé par une série d’articles en début d’année, publiée dans le Financial Times, la voix de la City, qui soulignait les problèmes du pays, laminait et laminait en parlant du danger que représentait sa situation économique. Il y a eu un travail de sape de longue haleine, qui a évidemment poussé les autres médias à couvrir ce thème. La crise de la Grèce est avant tout née d’une guerre psychologique : c’est une crise de confiance, une prophétie auto-accomplie.

Pourquoi le Royaume-Uni s’amuserait-il à faire cela ?

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Europe/USA : le « miracle » japonais ne se répétera sans doute pas

Un scénario alternatif à un retour à une situation de forte récession, pouvait être envisagé avant les récents problèmes de dette souveraine de la Grèce : qu’il y ait une période longue (10 à 20 ans) de déflation douce et de stagnation économique, associée à une hausse régulière des dettes publiques, jusqu’à atteindre par exemple le niveau japonais (plus de 200% du PIB d’endettement public brut *), sans que cela ne pose de problème au marché obligataire (maintien de taux bas).

* Ce chiffre doit être fortement relativisé, puisque la dette gouvernementale japonaise détenue par le secteur privé ne s’élève en fait qu’à 52% du PIB (voir cet article sur la dette japonaise).

Les récents développements intervenus en Europe, avec des hausses importantes sur les taux à 10 ans de la Grèce, du Portugal, de l’Irlande, et dans une moindre mesure de l’Espagne, sont un signal très clair envoyé par le marché : ce scénario à très peu de chances de se réaliser chez nous, puisque plusieurs pays commencent déjà à inquiéter le marché (la Grèce ayant largement franchi la ligne rouge).

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La livre sterling, nouvelle cible des marchés

On dit l’euro sous pression, vulnérable, attaqué… A écouter le gérant star Jim Rogers, il y a plus fragile encore : la livre sterling. Une monnaie “au bord de l’effondrement”, selon l’ancien associé du financier américain George Soros, avec lequel il avait fondé le célèbre hedge fund Quantum dans les années 1970.

“La livre est déjà dévaluée par rapport à presque toutes les devises sauf le dollar zimbabwéen”, a aimablement fait remarquer M. Rogers, jeudi 25 février. “Elle sera particulièrement exposée d’ici les élections au Royaume-Uni.”

De fait, la livre est tombée vendredi à 1,5167 dollar, son cours le plus bas depuis mai 2009. Depuis le début de l’année, la devise britannique s’est dépréciée de 5,5 % par rapport au billet vert. Et la chute n’est pas finie, si l’on en croit les prévisions de George Magnus, le très respecté chef économiste d’UBS à Londres.

En cas de victoire des conservateurs aux élections législatives, prévues d’ici à juin 2010, la livre sterling pourrait dégringoler à 1,05 dollar, affirme M. Magnus. A un cheveu du niveau tabou de parité de 1 pour 1 avec le billet vert.

Les tories ont promis des mesures d’austérité pour réduire le lourd déficit budgétaire du pays. Mais faut-il tailler en urgence dans les dépenses publiques ? Le Fonds monétaire international (FMI) recommande au contraire d’y aller prudemment. Tout comme les travaillistes de Gordon Brown, qui disent ne vouloir prendre aucun risque sur la croissance.

Selon les chiffres publiés vendredi, le Royaume-Uni est sorti de la récession plus vigoureusement que prévu au quatrième trimestre 2009, avec un produit intérieur brut (PIB) en hausse de 0,3 %. Mais les experts s’accordent à pronostiquer un premier trimestre 2010 calamiteux.

Pour le futur gouvernement, le choix est cornélien. Soit il applique une politique restrictive, au risque d’hypothéquer la reprise. Soit il choisit d’attendre, en espérant garder la confiance des marchés, malgré la dérive des comptes publics. En 2009, le déficit budgétaire du Royaume-Uni représentait 11,8 % du PIB et devrait atteindre – comme la Grèce – 12,5 % en 2010.

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Crise grecque : le faux alibi de la dette

Certains accusent la Grèce d’être responsable de la crise qui la frappe de par ses dépenses budgétaires incontrôlées. Mais pour Gabriel Colletis, c’est bien la folie des marchés financiers qui est coupable. Dans cette première partie, l’économiste examine les maux de l’économie grecque ainsi que les hypocrisies des spéculateurs.

Après avoir dépensé des centaines de milliards d’euros ou de dollars dans différents plans dits de « relance » de l’activité économique ainsi que, surtout, dans le soutien du système financier, tous les gouvernements, et pas seulement le gouvernement grec, semblent avoir désormais choisi la voie de la « sortie budgétaire ». Ce choix est estimé nécessaire afin de maîtriser les déficits, alors même que le risque existe de produire un impact négatif sur une croissance restant très fragile.

Prenant quelque distance avec l’unanimisme ambiant, nous voulons donner suite aux observations et interrogations exprimées par Paul Krugman aux Etats-Unis ou Paul Jorion en France. Le premier n’hésite pas, en effet, à dénoncer « l’hystérie des déficits » (New York Times, 5 février), alors que le second s’interroge « la dette est-elle un boulet ou un prétexte ? » (Le Monde, 9 février), penchant plutôt pour la deuxième hypothèse.

En nous centrant sur le cas de la Grèce, nous évoquerons d’abord les maux dont souffre ce pays (1.), puis nous commenterons la nature des « doutes » que l’on prête aux marchés, lorsque ceux-ci semblent s’effaroucher du niveau des déséquilibres des comptes publics de certains Etats (2.). Enfin, nous examinerons les issues actuellement privilégiées, en Grèce comme ailleurs, pour réduire les déficits et restaurer la « confiance des marchés » (3.).

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Les marchés financiers américains attaquent l’euro

Par Jean Quatremer

Jour après jour, il apparaît de plus en plus clair que des banques et des fonds spéculatifs américains jouent l’éclatement de la zone euro : d’abord la Grèce avant le Portugal, l’Espagne, etc.

Pas par idéologie, mais pour empocher un maximum de bénéfices, à l’image d’un George Soros qui, en 1992-93, a eu la peau de la lire italienne et de la livre britannique et a failli avoir celle du franc français… Devenu immensément riche, le banquier américain prêche désormais la moralisation du capitalisme.

Le problème est qu’il ne sert plus à rien d’expliquer que la faillite de la Grèce est totalement improbable. Les marchés sont entrés dans une zone où la rationalité n’est plus de mise. Les rumeurs les plus folles circulent, les banques calculent déjà leurs pertes en cas de défaut de la Grèce, la panique s’étend d’heure en heure, alimentée par des déclarations boutefeu, telle celle du gérant obligataire américain, Pimco, qui recommande « de se tenir à l’écart de la zone euro »

Résultat : l’euro et les bourses plongent et la Grèce et ses citoyens payent le prix fort.

Preuve que l’on est dans l’irrationnel le plus total : l’écart de taux d’intérêt (« spread ») entre la Grèce et l’Allemagne, la signature la plus sûre de l’Union, sur les emprunts à deux ans, a atteint 550 points de base, et 370 sur les emprunts à dix ans, du jamais vu ! Les marchés exigent désormais d’Athènes des taux d’intérêt deux fois supérieurs à la moyenne des pays émergents…

De même, le taux des CDS sur la Grèce s’envolent. De quoi s’agit-il ? Il faut savoir que le marché des « credit default swaps », c’est-à-dire l’assurance qu’un prêteur contracte, pour se prémunir contre un défaut d’un État à qui il a prêté de l’argent, s’est autonomisé : on peut acheter et vendre des CDS sans acheter le titre d’emprunt qui va avec et, en fonction de la demande et de l’offre, le taux d’intérêt appliqué au CDS varie à la hausse ou à la baisse.

Ce taux permet de savoir si le marché pense qu’un État va faire défaut. Or, vendredi, le CDS grec était à 428 points de base, un niveau là aussi sans précédent, alors que celui du Liban n’était qu’à 255, celui de l’Égypte, à 263 ou celui du Maroc à 113, des économies dont la solidité n’est plus à démonter… Plus inquiétant, le spread sur les emprunts et les CDS portugais et espagnol suivent aussi une pente ascendante.

Que se passe-t-il réellement ?
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La France dit viser l’équilibre budgétaire en 2020

La France vise l’équilibre budgétaire en 2020, a déclaré le Premier ministre François Fillon.

Le chef du gouvernement s’exprimait sur Europe 1 après la transmission à la Commission européenne de la trajectoire actualisée des finances publiques, qui prévoit un retour à un déficit public à 3% du produit intérieur brut en 2013.

“On s’est fixé un objectif : repasser en dessous de 3% en 2013 et atteindre l’équilibre à l’horizon 2020″, a-t-il déclaré.

“On s’est calé d’ailleurs à peu près sur ce que fait l’Allemagne”, a-t-il ajouté.

Pour réduire le déficit public, “on va ralentir l’augmentation”, a poursuivi François Fillon. “Il ne s’agit pas d’une politique d’austérité. Une politique d’austérité c’est quand on augmente les impôts et qu’on réduit les prestations.”

Cette année, le déficit public est prévu à 8,2% du PIB. Pour arriver à 3% en 2013, il faudrait le réduire d’environ 100 milliards d’euros, soit plus de 5 points de PIB, ce qui constituerait une première depuis au moins un demi-siècle.

Pour cela, le gouvernement veut que les dépenses de l’Etat et des collectivités locales progressent de moins de 1% par an à partir de 2011 et que les dépenses de Sécurité sociale augmentent de moins de 3%, a ajouté François Fillon.

“Ça ne s’est jamais vu mais c’est quand même encore une augmentation des dépenses. C’est une politique sérieuse de gestion que nous pouvons encore conduire parce que nous avons les marges pour le faire”, a-t-il poursuivi.
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Fitch : les USA sont “exceptionnellement solvables”

"Tu écris ce qu'on te dit ! Merci, Infos Institutionnelles ! Sans vous, nous ne pourrions contrôler le peuple"

Doux délire ? ou intox planétaire serait-on tenté de dire…

Alors que début octobre, Ben Bernanke lui-même semblait s’inquiéter de l’impact du colossal déficit budgétaire des Etats-Unis sur le maintien du statut du dollar en tant que monnaie de réserve , l’agence de notation financière Fitch Ratings a indiqué lundi estimer que l’Etat fédéral américain “reste exceptionnellement” solvable. Mieux encore, selon elle, les choses ne devraient pas évoluer avant une dizaine d’années.

Et pourtant… rappelons qu’en octobre dernier, une étude d’un économiste de la banque centrale américaine révèlait que la part de marché des nouveaux prêts immobiliers US accordés à des ménages au profil financier risqué était revenue à son pic de 2006

Fin septembre, alors que la banque centrale américaine venait d’estimer que l’activité économique américaine s’était “redressée, concédant toutefois qu’elle devrait rester encore “faible” pendant un certain temps, le secrétaire adjoint par intérim pour les Marchés financiers avait révelé pour sa part que les Etats-Unis auront émis 7.000 milliards de dollars (4.700 milliards d’euros) d’emprunts obligataires sur l’exercice budgétaire clos à cette date.

Mais tout ceci ne semble que broutille pour Fitch… l’agence estimant que “malgré une dégradation sans précédent de ses finances publiques, l’Etat américain bénéficie du soutien que lui apportent son rôle clef dans le système financier mondial et la flexibilité de son économie affluente et diversifiée, qui lui fournissent la base de ses revenus“. Sous-entendu : je vous remercie de bien vouloir passer le message, voire de l’appuyer, les Etats-Unis ayant une telle place dans l’économie mondiale, qu’ils pourraient entraîner la planète entière dans leur chute… le cas échéant, bien sûr…
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Après le spectre de 1929, celui de 1937

La mode est à l’équitable. Le café, le cacao, le tourisme, le sucre, la chemise de lin, le budget, le sac en chanvre, les plans de relance. La chronique économique ne peut faire exception. Après avoir évoqué, dans ces colonnes [celles du Monde], le meilleur, c’est-à-dire un scénario conjoncturel rose où la reprise se révélerait bien plus forte que prévu, il faut aujourd’hui, pour être juste et impartial, envisager le pire. A savoir une rechute.

Cette fameuse théorie du “W”, Dominique Strauss-Kahn a dit cette semaine qu’il n’y croyait pas, et seuls 7 % des économistes américains interrogés par le Wall Street Journal l’envisagent. Cela fait au moins deux bonnes raisons pour s’y intéresser de plus près.

Dans les six mois qui suivirent la faillite de Lehman Brothers, on avait beaucoup craint que se reproduise l’enchaînement fatal de 1929, marqué par quatre années ininterrompues de descente aux enfers des indices économiques. Avec la sortie officielle de récession des nations industrialisées et le rebond de la croissance dans les grands pays émergents, ce risque s’est éloigné, le pire a été évité.

Ce n’est pas pour autant que les économistes ont rangé les ouvrages consacrés à la Grande Dépression. Après y avoir trouvé des enseignements utiles pour éteindre l’incendie des subprimes, ils y cherchent désormais des pistes pour piloter au mieux la sortie de crise.

Et notamment pour faire en sorte que la levée des dispositifs budgétaire et monétaire d’exception mis en place à l’automne 2008 ne casse pas la reprise en cours, comme ce fut le cas aux Etats-Unis au milieu des années 1930.

Après le spectre de 1929, c’est maintenant celui de 1937 et de la récession Roosevelt qui hante les économistes, de Nouriel Roubini à Christina Romer, la conseillère économique du président Obama, en passant par le gouverneur de la Banque d’Angleterre, Mervyn King. Lire la suite