Susan George : « Le pouvoir des transnationales, illégitime et non élu, veut en finir avec la démocratie »

« Nous sommes cernés. » Ainsi débute le nouvel ouvrage de Susan George, les Usurpateurs. Comment les entreprises transnationales prennent le pouvoir. Fidèle à la méthode du dévoilement qu’elle éprouve depuis son premier livre, Comment meurt l’autre moitié du monde, ce 17e opus pose la question de la légitimité des détenteurs du pouvoir dans la mondialisation, en montrant les rouages de l’émergence d’une « autorité illégitime » qui s’ingère dans les affaires internationales grâce à des moyens impressionnants.

Présidente d’honneur d’ATTAC France et présidente du conseil du Transnational Institute, poursuivant son combat contre la mondialisation capitaliste, elle met au jour la cohorte d’individus et d’entreprises mus par leurs seuls intérêts, et qui, s’immisçant dans les traités de libre-échange, se substituent à l’autorité issue du fonctionnement démocratique. Entretien.

Dans votre ouvrage Les Usurpateurs, vous vous qualifiez de « chercheur militant », quel sens cela a-t-il pour vous ?
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Fabrice Epelboin : “La liberté d’expression n’existe pas en France !”

Spécialiste du web social, investigateur pour le site Reflets, Fabrice Epelboin donne également des cours à l’Institut d’études politiques de Paris.

Spécialisé dans l’impact des technologies de surveillance sur les gouvernances mondiales et dans la guerre informationnelle, nous avons souhaité lui demander son avis sur différents sujets d’actualité.

Entre autres, l’affaire Snowden, l’affaire Bluetouff, la récente déclaration du ministre de l’Intérieur concernant un recrutement de hackers, la volonté des pays du BRIC à s’affranchir des connexions Internet nord-américaines et d’autres sujets encore…

Partie 1/2 :

Partie 2/2 :
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Brésil : Des manifestants détruisent des agences bancaires à Sao Paulo

Des manifestants ont détruit au moins cinq agences bancaires au coeur de Sao Paulo, en solidarité avec une manifestation à Rio de Janeiro contre le gouverneur local en marge d’une cérémonie avec le pape, selon la presse locale.

Les manifestants ont bloqué la circulation sur l’avenue Paulista, centre névralgique de la mégapole, et exigent la démission du gouverneur de Rio, Sergio Cabral.

La police est intervenue avec des gaz lacrymogènes pour disperser ce groupe de quelque 300 manifestants. Les télévisions ont diffusé des images montrant des jeunes au visage camouflé détruisant les vitrines d’agences bancaires et de commerces avec des barrières métalliques, s’en prenant à des feux de signalisation et des poubelles.

Ces protestataires radicaux ont également brûlé un véhicule de la chaîne de télévision Record et ont détruit un concessionnaire automobile.

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L’industrie française au régime grec

Les chiffres sont cruels, l’activité des entreprises n’est guère brillante dans le monde, mais c’est en Europe et en France que l’on touche le fond. Eurostat a confirmé ses estimations: au premier trimestre, le PIB de la zone a encore reculé, de 0,2%, et celui de la France a suivi exactement le même chemin. Et les chiffres du deuxième trimestre s’annoncent encore médiocre, si l’on en croit les réponses faites par les entreprises aux enquêtes de conjoncture.

Les économistes de la société d’investissement Aurel BGC ont eu l’idée de de rassembler les différentes enquêtes PMI (pour Purchasing Managers Index, indices des directeurs des achats) réalisées dans l’industrie de 28 pays au mois de mai. Cette rapide étude comporte deux enseignements majeurs: une confirmation et une information particulièrement désagréable pour nous.

La confirmation, c’est que l’économie mondiale est en petite forme. Dans ces enquêtes menées par différents organismes (ISM pour les États-Unis, Markit pour l’Europe, etc.), les différentes informations recueillies sur la production, l’emploi, les carnets de commandes et les prix sont synthétisées par un indicateur unique selon la même méthodologie: à 50, l’indicateur signale une stabilité de l’activité, au-dessus de 50 une activité en expansion et en dessous de 50 une activité en repli.

Pour ces 28 pays, on constate au mois de mai un indice global de 50,6, ce qui indique une expansion très modérée. Les grands pays émergents ne tirent pas beaucoup la croissance mondiale: 51 pour l’Inde, 50,8 pour la Chine, 50,4 pour le Brésil et la Russie. Ce mois de mai a apporté de surcroît une petite déception, avec le recul de l’indice ISM manufacturier aux États-Unis à seulement 49.

Et l’Europe?
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2013 : L’année de la guerre économique

Stagnation européenne, essoufflement chinois, incertitude américaine… Alors que l’horizon de croissance s’assombrit, les tensions s’exacerbent tous azimuts. “L’Expansion” dessine les contours de cet affrontement mondialisé.

Par Franck Dedieu et Béatrice Mathieu – lexpansion.lexpress.fr

Dans cette course sans fin et suicidaire au moins-disant fiscal et social, et sur fond de disette budgétaire, les mécanismes assurant la Solidarité nationale, les fondations de nos vieilles nations, sont Menacés.

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La débâcle de l’austérité

Alors que la sortie de récession des économies développées dans le courant de l’année 2009 paraissait marquer la fin de la crise, la rechute de l’activité depuis la mi-2011 a anéanti les espoirs d’une sortie sans douleur de la dégradation des finances publiques causée par l’épisode précédent. Les stabilisateurs automatiques, les plans de relance et les dispositifs de sauvetage des agents privés menacés par la crise financière de 2008/09 ont évité un engrenage récessif, mais au prix d’un creusement des déficits et d’une montée de l’endettement public.

Prévision du 18 octobre 2012, Sous la direction de Xavier Timbeau – L’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE).

OFCE

Le pic des terres agricoles a été atteint, selon des experts américains

Selon des experts, la croissance des rendements et le ralentissement de la démographie permettraient de réduire la surface occupée par l’agriculture dans les années à venir…

par Audrey Chauvet

C’est environ 2,5 fois la surface de la France qui pourrait revenir à la nature d’ici à 2060.

D’après un groupe d’experts, la planète atteint actuellement son pic de terres agricoles, c’est-à-dire que les surfaces réservées à l’agriculture n’ont jamais été aussi importantes et ne le seront plus jamais.

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Dommage collatéral : la crise de la zone euro va-t-elle couler le Royaume-Uni ?

La société d’analyse britannique Maplecroft a publié une carte du monde pour représenter les pays les plus exposés à la crise européenne. Attention, surprises…

Cliquez sur la carte pour l’agrandir

Évoquer la crise de la zone euro conduit inévitablement à parler de l’Espagne, de la Grèce, de l’Italie. Mais d’autres pays sont très exposés à cette crise, et bien plus vulnérables qu’on ne pourrait l’imaginer comme le révèle une étude publiée fin juillet.

La société d’analyse britannique Maplecroft, qui a réalisé l’étude sur ce sujet, publie également une carte du monde qui montre quels sont les pays exposés à la crise qui agite l’Europe.

En numéro un des 169 pays étudiés, on trouve le Royaume-Uni.

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Agrocarburants : le bio qui affame l’Afrique

Afin de respecter les normes sur le développement des agrocarburants, les Européens se disputent des millions d’hectares de terres africaines pour y faire pousser des plantes destinées à les produire. Au détriment des cultures vivrières, dénoncent les ONG.

Par Stefano Valentino

Imaginez la surface de la Suisse –  4 millions d’hectares – entièrement recouverte de plantations destinées à approvisionner des voitures et des centrales électriques. C’est la somme des terres exploitées aujourd’hui en Afrique par les Occidentaux pour la production des agrocarburants.

Les Britanniques sont en tête, avec un record de 1,6 millions hectares de terres cultivées, suivis par les Italiens, les Allemands, les Français et les Américains.

Ils ont parié sur les prévisions annoncées en 2004 par le Copernicus Institute d’Amsterdam : si le marché de la bioénergie doit se développer, le continent qui possède la plus grande quantité de terres cultivables à un prix modique en deviendra le premier producteur mondial. Les 807 millions d’hectares de terres vierges du sol africain sont quinze fois plus importants que nécessaire pour satisfaire les besoins en biocarburants des vingt prochaines années.

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Achetez du yuan, vendez le dollar

Par Myret Zaki

«Fin 2013, le dollar aura perdu son statut de devise dominante des transactions commerciales»

Depuis la sortie de “La fin du dollar” en avril 2011, les événements se sont précipités. L’utilisation du dollar dans le commerce mondial baisse brutalement. La part du dollar dans les échanges mondiaux, indicateur plus fiable et plus dynamique que celui de la part du billet vert dans les réserves des banques centrales, se réduit à toute vitesse au profit des monnaies des BRIC (Chine, Brésil, Inde, Russie, Afrique du Sud). «Dès la fin 2013, le dollar aura perdu son statut de devise dominante des transactions commerciales internationales et, au plus tard en 2016, le commerce mondial s’organisera de manière équilibrée autour des trois devises que sont le dollar (qui ne représentera plus que 35-40% des transactions mondiales), l’euro (30-35%) et le yuan (10%)», prédit une analyse récente du Laboratoire européen d’anticipation politique (LEAP). A l’heure actuelle, environ 50% des exportations mondiales sont libellées en dollars, 30% en euros et le reste principalement en yens.

LES BRIC SE PASSENT DU DOLLAR

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L’assaut des multinationales émergentes

Les pays émergents concentrent aujourd’hui la majorité de la production industrielle mondiale. Les émergents, c’est surtout les BRIC : le Brésil, la Russie, l’Inde et la Chine. Ces BRIC sont le symbole du basculement en cours depuis les pays développés vers l’ensemble des pays émergents.

http://www.dailymotion.com/video/xp5hxd

Le Brésil, puissance mondiale : vers un atlantisme du Sud ?

En tant que puissance régionale, le Brésil dispose d’un potentiel économique qui devrait lui permettre de renforcer dans les prochaines années son influence sur la politique mondiale. Alors que les relations transatlantiques ont connu un essoufflement durant les dix dernières années, le Brésil n’a-t-il pas une carte à jouer pour affirmer un atlantisme passant par le Sud ?

Durant les dix dernières années, plus de 20% de la population brésilienne est sortie du seuil de pauvreté. Sous la présidence de Lula, plus de 30 millions de Brésiliens ont rejoint la classe moyenne. Véritable levier de croissance et de modernisation économiques pour le Brésil, cette classe moyenne vient briser la tradition inégalitaire de l’ancienne colonie portugaise et donne au Brésil une image renouvelée qui dynamise les entreprises et renforce l’attractivité du pays pour les investisseurs étrangers.

À l’horizon 2025, la Banque mondiale estime d’ailleurs que le Brésil sera la 5e puissance économique mondiale en s’appuyant sur des secteurs qui forment l’ossature de l’économie brésilienne.

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Un épouvantail nommé Europe

Paradis de l’euthanasie, patrie du socialisme, berceau de la crise de la dette… Dans la campagne pour les primaires républicaines américains, l’Europe apparaît comme le contre-modèle absolu pour effrayer les électeurs américains.

En Europe, on élimine les vieux décrépits, les capitaines sont les premiers à quitter le paquebot en train de couler, l’euro chancelant demeure un foyer d’infection dangereux pour le reste du monde, des Etats-providence pesants et prohibitifs asphyxient le dynamisme économique et les jeunes paient la facture de la crise.

Malgré 65 ans de plus ou moins bons et loyaux services, les anciens alliés européens en prennent plein la figure lors de ces élections primaires américaines : ils font office de tête de Turc sur laquelle les candidats républicains à la présidence prennent plaisir à cogner.

Que les politiciens s’insurgent les uns contre les autres lors des campagnes électorales fait partie du jeu. Rick Santorum n’est pas le premier conservateur qui clame, avec peu de respect pour la réalité, qu’aucun vieillard n’est plus en sécurité aux Pays-Bas depuis la légalisation de l’euthanasie. Mais dans la campagne actuelle, les choses prennent une ampleur inédite. S’y ajoute quelque chose d’encore beaucoup plus pénible pour les Européens : une certaine pitié. Comme si l’Europe n’avait plus aucune importance.

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L’Afrique du Sud rejoint les pays émergents du groupe BRIC


L’Afrique du Sud a été formellement invitée à rejoindre le groupe BRIC des grands pays émergents (Brésil, Russie, Inde et Chine), a annoncé vendredi 24 décembre la ministre sud-africaine des affaires étrangères, Maite Nkoana-Mashabane.

« La Chine, qui assure la présidence tournante du groupe BRIC, conformément à un accord des Etats membres, invite l’Afrique du Sud à devenir membre à part entière de ce groupe qui s’appellera à l’avenir les BRICS », a déclaré Mme Nkoana-Mashabane à la presse à Pretoria. Le nouveau sigle correspond à l’orthographe anglaise de l’Afrique du Sud (South Africa). Ce pays a la plus forte économie du continent africain, équivalent à un quart du PIB de l’Inde.

Brésil, Russie, Inde et Chine, groupe informel qui tient des sommets réguliers, devraient représenter 61 % de la croissance mondiale en 2014, selon le Fonds monétaire international (FMI). Ils ont pris des mesures pour renforcer leur coopération financière et les investissements mutuels.

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Quelques prévisions économiques, financières et monétaires

A notre avis, le déclin accéléré de l’Occident – Union européenne (à l’exception de l’Allemagne et de quelques petits États), Grande Bretagne mais aussi USA – vis-à-vis des pays émergents (BRIC) se poursuivra en 2011. Tant aux plans de leur influence géopolitique (ils ne sont plus en mesure de contrôler la plupart des institutions internationales, leurs cultures ne sont plus dominantes et leur modèle de développement à l’heure de la mondialisation généralisée est devenu obsolète) qu’économique (étant de moins en moins compétitifs, ils accumulent des déficits croissants de commerce extérieur ce qui diminue le pouvoir d’achat de leurs consommateurs atteints, en outre, par un chômage de masse et la diminution des prestations sociales du fait du démantèlement de l’État-providence) que financière et monétaire.

Leurs dettes étatiques et privées, déjà à leur plus haut niveau historique, continuent de s’accroître de façon exponentielle sans que leurs programmes de monétisation – dits de Quantitative Easing – et la dévaluation compétitive de leurs monnaies apportent de solution à moyen et long termes puisqu’ils ne créent que des bulles artificielles des marchés d’actions ou d’autres actifs destinées à exploser, tout en repoussant à plus tard l’ajustement drastique auquel ils devront finir par se résoudre).

Quant à pratiquer au pire moment de vraies politiques de rigueur en Occident, pour autant que cela ne déclenche pas une révolte sociale et politique des populations, cela ne pourra qu’accroître sa récession (à l’exemple de la Grèce, de l’Irlande, de l’Espagne, du Portugal, etc.). On va vers une diminution globale de la croissance économique qui devrait progressivement se transformer en dépression.

De leur côté, les pays émergents ne sont pas encore en mesure de substituer rapidement la croissance de leur consommation intérieure à leur modèle économique basé sur l’exportation qui va s’épuiser du fait de la moindre consommation dans les pays occidentaux, d’autant que la richesse étant très inégalement répartie dans lesdits pays il n’y aura pas à court terme chez eux le “boom” de leur économie domestique que beaucoup d’analystes anticipent à tort.

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LEAP : 2010-2014, plongée dans la phase de dislocation géopolitique mondiale

Communiqué public du Laboratoire Européen d’Anticipation Politique (LEAP), du 15 octobre 2010

(…) notre équipe présente la mise à jour annuelle des « risques-pays » face à la crise. Fondée sur une analyse intégrant cette année onze critères, cet outil d’aide à la décision a déjà fait preuve de sa pertinence en anticipant fidèlement les évolutions des douze mois passés.

L’identification, début 2009, d’une nouvelle phase de la crise (la phase de dislocation géopolitique mondiale) avait imposé de prendre en compte de nouveaux paramètres (neuf indicateurs avaient été retenus en 2009) pour intégrer efficacement les tendances qui refaçonnent le système global (1). En cette fin 2010, [le] LEAP estime désormais que les différents pays de la planète sont entraînés dans une plongée collective au sein de cette phase de dislocation géopolitique aux aspects socio-économiques et stratégiques (2).

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« La déferlante est pour tous »

Par Philippe Grasset

(…) pour représenter la grande crise, (…) la houle n’a pas le caractère haché, brisé, infiniment brutal et puissant des grandes déferlantes que lève une tempête. S’il n’était galvaudé, le terme de tsunami, par la puissance, la vitesse et l’autonomie qu’il suggère, pourrait faire l’affaire. Certes, ce qui compte est bien cette autonomie de l’ampleur des océans, pour rendre l’universalité de la crise. La vague déferlante couvre toute l’étendue du monde.

On parle ici, vous l’avez compris, de la vraie grande crise, qui est, à notre avis, la crise eschatologique, – crise de l’environnement ou crise climatique (on ne dit pas global warming [réchauffement global] pour ne pas voir déferler en houles multiples les vagues contestataires). C’est la crise de notre univers, qui va des matières premières au climat, des cadres de nos vies à notre survie même, et qui touche absolument tous les domaines. Il nous restait à mesurer la charge psychologique, symbolique, métaphysique de cette idée d’une “crise de notre univers”, – et nous y sommes.

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Quand les BRIC doubleront les marchés développés

Peu importe quand — dans un, trois, cinq, sept ou dix ans — les marchés émergents battront à plate couture leurs homologues des pays développés.

« On a beaucoup écrit sur le sujet des marchés émergents contre les marchés submergés, a noté Joel Bowman,  et à raison ». Selon le stratégiste de Goldman Sachs, Timothy Moe, la valeur de marché des actions des marchés émergents va quintupler au cours des deux prochaines décennies, pour atteindre les 80 000 milliards de dollars d’ici 2030. La Chine aura d’ici là pris la place des États-Unis sur la première marche du podium, et sera devenu le marché le plus puissant du monde.

« Comment les marchés émergents peuvent-ils atteindre des taux de croissance aussi solides ? » s’est demandé Joel à voix haute. « Ils travaillent. Qui plus est, ils font dans le productif — ils fabriquent des automobiles, des brosses à dents et des ponceuses à courroie — contrairement à ce que les pays occidentaux considèrent comme de la productivité — compter les gens, rédiger des lois et fouiller les grands-mères dans les aéroports ».Une telle divergence de productivité fait bien évidemment la joie de M. le Marché.

Au cours de la dernière décennie, l’indice MSCI des marchés émergents a plus que doublé. Au cours de la même période, l’indice MSCI des pays développés a chuté de presque 21%.

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Automne 2010 : la course à la ruine généralisée

Par Jean-Claude Werrebrouck

Ce que nous appelions fordisme boiteux dans l’article du 19 juillet dernier correspondait à la construction – depuis la fin des Trente Glorieuses – d’un désajustement macroéconomique entre offre globale et demande globale. La mondialisation (étape 2) permet d’échapper au partage classique des gains de productivité. Mais la demande globale se maintient par « artificialisation de la plus value relative » (étape 3), mais aussi par la magie financière au profit des ménages (étape 4) et la magie financière au profit des vieux Etats-providence (étape 5). La crise elle-même apparaissant comme le dépassement des limites autorisées par la fuite en avant par la dette et donc, la dislocation de la magie financière.

Nous disions aussi qu’il n’y aurait pas de rétablissement du paradigme perdu.

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Le déclin précipité de l’hégémonie américaine

Les prédictions sur un probable déclin de l’hégémonie américaine sont récurrentes. La CIA elle-même s’était récemment livrée à cet exercice, prévoyant qu’à l’horizon 2025, le statut des USA serait révisé à la baisse et leur latitude d’action diminuée d’autant.

Mais la crise économique a dramatiquement accéléré la marche de l’histoire. Lors de son audition par les sénateurs américains au printemps dernier, l’économiste Martin Wolf avait annoncé que la crise allait « porter un coup dévastateur à la crédibilité et la légitimité des États-Unis à travers le monde. »

Aujourd’hui, les indices de cet affaiblissement sont déjà sensibles sur tous les fronts. Michael T. Klare (professeur de peace and world security studies – études sur la paix et la sécurité mondiale – au Hampshire College, dans le New Hampshire, spécialiste des questions d’énergie, historien et auteur respecté) en recense six, parmi lesquels le remplacement du G7 par le G20, la remise en cause du dollar, le rôle accru du groupe BRIC, le renforcement des liens entre l’Iran et la Chine, et le refus des alliés d’envoyer des renforts en Afghanistan. A ce catalogue, il conviendrait d’ajouter le récent refroidissement des relations avec le Japon, sans oublier la nouvelle orientation de la Turquie, qui elle aussi resserre ses liens avec l’Iran et s’éloigne d’Israël.

Bienvenue donc, dès aujourd’hui, dans ce nouveau monde des années 2025.

Note à l’attention de la CIA : vous n’êtes peut-être pas préparés à voyager dans le temps, mais bienvenue quand même en 2025 ! Vos bureaux sont peut-être un peu exigus, vos droits à exiger de meilleurs locaux se sont sans doute évaporés, et les avantages annexes ne seront peut-être pas à votre goût, mais il faudra vous y habituer. Car telle sera désormais la réalité. Lire la suite

La Chine va-t-elle nous bouffer ?

Philippe Cohen et Luc Richard livrent dans ” Le Vampire du Milieu “, une enquête saisissante sur l’envers du décor du modèle chinois. Non seulement l’économie de marché n’a pas converti la deuxième puissance mondiale à la démocratie, mais elle n’a pas amélioré la vie des Chinois…

La naïveté vis-à-vis de la Chine est-elle une tradition des élites françaises ?

Il y a quelques décennies, la fine fleur de l’intelligence revenait émerveillée de voyages très organisés dans quelques villages Potemkine du paradis maoïste. Depuis quelques années, le gratin des patrons français croyait avoir trouvé le paradis du capitalisme dans quelques mégalopoles côtières chinoises.

Alors que brille l’Exposition universelle de Shanghai et que la plupart des médias continuent de s’émerveiller de la réussite chinoise, l’enthousiasme retombe dans les milieux économiques français. Mais, comme chez nos ex-maos, le pressentiment de s’être fait piéger ne pousse pas nos entrepreneurs déçus à l’analyse publique.

Le passionnant et terrifiant livre écrit par (…) Philippe Cohen et Luc Richard, longtemps correspondant de Marianne en Chine, permet de comprendre ce qui s’est passé.

Ils nous avaient prévenus, il y a cinq ans, avec un premier ouvrage, ” La Chine sera-t-elle notre cauchemar ? ” (Mille et Une Nuits), et ont, depuis, poursuivi leur enquête sur l’envers du décor de ce ” modèle chinois “, un système sans précédent : une dictature qui a misé sur la mondialisation sauvage, avec, comme atout décisif, un immense prolétariat esclave dressé par un demi-siècle de communisme.

Car là résidait le principal intérêt de la Chine aux yeux des financiers d’Europe et d’ailleurs : une main-d’oeuvre de 20 à 30 fois moins chère, leur permettant de s’affranchir d’un salariat occidental protégé.

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Mettre fin au déclin de l’Europe prendra une génération

Pour comprendre que la prospérité ne viendra pas des plans de relance de l’État mais des entrepreneurs et de leur prise de risque, cela prendra une génération

L’Union européenne dit sauver la Grèce, ou plutôt l’État grec, mais chacun comprend qu’elle sauve ses propres banques. Un mensonge de plus qui renforce la perte de confiance envers les autorités. L’Europe poursuivra son déclin si elle ne change pas complètement d’état d’esprit. «Aujourd’hui, si l’on réinventait l’automobile, elle serait interdite par les autorités parce que quelqu’un montrerait que la voiture peut tuer,» déclarait récemment Jürgen Hambrecht, président du conseil d’administration de BASF, lors de l’ISC Symposium de Saint-Gall. La prise de risque semble interdite en Europe. Pourtant la prospérité ne viendra pas des plans de relance d’États tous plus ou moins gravement endettés ni d’une politique monétaire créatrice de fausses incitations. Mieux vaut replacer l’entrepreneur dans le rôle de pilote, même si cela prendra une génération.

L’OCDE vient en effet de publier une étude fort intéressante * sur les impôts sur les salaires. Ceux-ci englobent les charges patronales et salariales de sécurité sociale et ce que l’on nomme le coin fiscal (tax wedge), c’est-à-dire l’écart entre le coût total de la main-d’œuvre pour l’employeur et ce que le salarié reçoit.

Pourquoi un entrepreneur aurait-il intérêt à investir en Europe si la moitié du coût du travail part en cotisations sociales?

Le pire coin fiscal se trouve en Belgique (55,2%), Hongrie (53,4%), Allemagne (49,2%) et France (49,2%).
La Grèce n’est pas loin (41,5%). Les bons élèves, ceux qui tentent d’attirer l’initiative privée, sont la Nouvelle-Zélande (0,6%), l’Islande (8,6%), le Luxembourg (11,2%), l’Irlande (11,7%).

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Yuan sous-évalué : quand les BRIC se fissurent

Dans leur croisade contre un yuan chinois sous-évalué, les Etats-Unis se sont découverts de nouveaux alliés : l’Inde et le Brésil. Deux puissances émergentes qui s’agacent de plus en plus ouvertement de l’avantage concurrentiel dont profite l’”atelier du monde” sur les marchés mondiaux grâce à la faiblesse de sa devise. “Si la Chine réévalue le yuan, cela aura un impact positif sur notre commerce extérieur“, a ainsi estimé le gouverneur de la Reserve Bank of India, Duvvuri Subbarao, mercredi 21 avril.

Manmohan Singh, Dimitri Medvedev, Hu Jintao et Luiz Inacio Lula da Silva

Le responsable semble peu apprécier les méthodes des autorités monétaires chinoises qui ont lié le renminbi (yuan) au dollar par une parité fixe depuis l’été 2008 : “Si certains pays dirigent leur taux de change et le maintiennent artificiellement bas, ce sont d’autres pays qui se retrouvent à supporter le fardeau des ajustements“, a-t-il critiqué. Manifestement, son homologue de la banque centrale du Brésil n’en pense pas moins. Un yuan plus fort est “absolument fondamental pour l’équilibre de l’économie mondiale“, a affirmé mardi 20 avril Henrique Meirelles.

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Prévisions alarmantes sur la dette des États

Le vieillissement de la population et le déséquilibre entre actifs et retraités vont creuser les déficits.

Obama portant des seaux aux noms évocateurs (banques, AIG, constructeurs automobiles, crédits immobiliers...) et allant traire la vache à lait du Trésor public : "Bon-jour, Rayon de Soleil !" (titre d'une chanson)

Le diagnostic est connu. La crise est historique ; les finances publiques en chute libre. Déficits et dettes ont augmenté de façon exponentielle sous le coup des plans de relance, des sauvetages de banques et de la baisse d’activité. L’OCDE prévoit en 2011 une dette des pays industrialisés à plus de 100 % du PIB. Un niveau difficilement soutenable. Mais si ces dettes s’envolaient à 200, 300, voire 400 %… Ce scénario catastrophe n’est pas tiré d’un livre de science-fiction mais d’une étude de la très sérieuse Banque des règlements internationaux (BRI).

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La bataille derrière le désordre du monde

Par Philippe Grasset

Il existe aujourd’hui une convergence remarquable de points de désaccords, de tensions et de crises dans divers domaines politiques et autres, et dans diverses zones géographiques, qui mesurent un niveau important d’augmentation du désordre dans les relations internationales. Une appréciation générale n’est pas inutile, après avoir cité les divers points de désordre.

Nous ne citons même pas ici les crises endémiques, en cours depuis plusieurs années et dont la résolution n’est nulle part envisageable. Il s’agit de points tel que l’Afghanistan, la crise iranienne, voire l’Irak lui-même où le “triomphe de la démocratie” pourrait aboutir à une situation qui constituerait l’exacte antithèse d’une victoire pour l’ordre que voudrait imposer le système américaniste et occidentaliste. Tous les éditoriaux du monde n’y changeront rien.

La bataille de Zama (qui a vu la défaite des Carthaginois, malgré leurs éléphants de guerre, contre les Romains, en 202 av. J.C.)

Passons en revue quelques-uns de ces points particulièrement actifs en ce moment.

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Le nouveau monde

Les grands équilibres économiques et géopolitiques se modifient à un rythme stupéfiant ; la Chine, l’Inde et le Brésil contestent l’hégémonie américaine.

«Aux habitants des pays pauvres, nous promettons de travailler à vos côtés pour faire en sorte que vos fermes prospèrent et que l’eau potable coule, de nourrir les corps affamés et les esprits voraces. Et à ces pays qui comme le nôtre bénéficient d’une relative abondance, nous disons que nous ne pouvons plus nous permettre d’être indifférents aux souffrances à l’extérieur de nos frontières, ni consommer les ressources planétaires sans nous soucier des conséquences. En effet, le monde a changé et nous devons évoluer avec lui.»

Dans son discours d’investiture, le 20 janvier 2009, Barack Obama résume à grands traits son ambition et les nouvelles réalités qu’il s’apprête à affronter. Le monde, en effet, a beaucoup changé et bascule vers un nouvel équilibre. On le devinait, les indices s’accumulaient.

Les grands chiffres économiques le confirment : en 2009, la Chine est devenue la première puissance exportatrice devant l’Allemagne. En 2010, cette même Chine détrônera le Japon et deviendra la seconde économie du monde. L’Inde, dont on a sous-estimé les réformes et le parcours, retrouve peu à peu la place qui fut la sienne durant des siècles (voir infographie) par le seul fait de sa population. Le Brésil, le pays du président Luiz Inácio Lula, a trouvé la fierté et l’assurance qui lui manquaient. Pour la première fois de son histoire, le géant vert du continent sud-américain a réduit sa dette et prêté au FMI les milliards qu’il redoutait, il y a peu encore, de devoir emprunter.

Si la monnaie est bien le reflet de la richesse d’une nation, ainsi que l’affirme la théorie économique, le cours du dollar témoigne de la fin d’une hégémonie qu’on accorde à un empire tout-puissant, sans rival à sa taille. Lire la suite

Le trou noir de la finance n’engloutira pas les Etats

Le point de vue de Jean-Claude Werrebrouck, économiste, ancien professeur et directeur de L’Institut de Management de la Distribution de l’Université de Lille 2, se situe, pour le moins, à contre-courant du discours dominant qui vante les mérites d’un règlement supranational de la crise.

Si la gestion de ce que nous appelions «la grande crise des années 2010» apparaissait comme le grand retour des Etats, il semble que le présent discours de la fin de la crise consacrerait plutôt le grand retour du marché.

Pour autant, nous verrons dans les développements ci-dessous, que l’apparent retour du marché, est moins à l’ordre du jour, que celui – plus souterrain – des nations souveraines.

Les apparences

Les conclusions du G-20 de Pittsburgh ne sont pas – dit-on – à la hauteur de ce qui avait été ambitionné au G-20 de Londres. A l’ardeur interventionniste semble succéder le retour des délices du marché et, dans un milieu apaisé, on sait que les boucs émissaires s’évaporent : les traders ne seront pas sacrifiés. Les nouveaux sommets atteints à Wall Street en matière de rémunérations sont là pour en témoigner.

La régulation financière ne proviendra pas de la « hard law » [la loi] mais d’instances plus accommodantes, car consanguines, et juridiquement indépendantes des Etats. Il semble même que les banques centrales, indépendantes, seront en charge d’une part de la supervision financière. Mieux : pourquoi ne pas envisager le transfert de l’aléa moral vers les banques centrales et ainsi, soulager les Etats en cas de difficulté, idée suggérée par le gouverneur de la Banque de France ?

Les banques elles-mêmes se libèrent de l’emprise publique – tout en conservant sa garantie – en remboursant les Etats à peu de frais.

Ainsi, l’actionnaire public français a reçu 226 millions d’euros pour services rendus à BNP PARIBAS, soit un manque à gagner de 5,574 milliards d’euros, par rapport à l’actionnaire de droit commun qu’il aurait pu être, en entrant directement dans le capital en octobre 2008.

Ainsi, la finance se propose de continuer à absorber une masse croissante de richesses, avec des chiffres qui continueront d’impressionner : 22% du PIB américain , 12% du PIB Britannique, etc. Lire la suite

Notes sur la vertu ultime de la nation

Philippe Grasset nous explique pourquoi, en ce temps de crise, la nation est incontournable.

Voici un sujet par essence intemporel malgré l’apparence, ou bien, jugeront certains, un peu trop durable dans le temporel. Il s’agit du thème de “la nation”, qui est un sujet toujours d’actualité, qui l’est toujours aujourd’hui.

L’idée même de “nation” semble toujours susciter une sorte de passion constante, une rage, un désespoir, une fureur et une haine, un amour jusqu’au sacrifice. (Il m’arrive parfois d’en juger dans mes pérégrinations de chroniqueur, devant telle ou telle réaction, où la chose, “la nation”, est parfois encombrée d’épithètes définitifs et d’une polémique si excessive – et je m’ébahis, devant l’obsolescence de ces critiques d’un autre temps, comme si l’on débattait de la question du sexe du Diable avec les barbares déjà là, si pressants qu’ils sont déjà en nous.)

S’interroger sur “la nation” aujourd’hui revient à s’interroger sur la situation de notre civilisation, c’est-à-dire sur la crise que subit cette civilisation plus que sur le concept de nation. La question de la nation est un biais pour aborder les problèmes qui nous hantent et nous assaillent à la fois. Prenons garde à ces deux verbes, précisément choisis parce qu’ensemble, ils relient notre mémoire historique à notre situation contemporaine.

Le problème de la nation “nous hante” parce qu’il s’agit d’une question historique fondamentale; il “nous assaille” parce qu’il se manifeste chaque jour dans notre esprit, comme facteur organisateur de la réflexion sur la situation en cours. Les deux – l’Histoire et la “situation en cours” – sont ainsi étrangement liés.

Nous disons et redisons que le caractère exceptionnel de notre temps historique, dû à la pression des événements telle que nous la répercute le phénomène fondamental de la communication, est bien de simultanément disposer d’un regard immédiatement “historique” sur “la situation en cours”.

Nous suivons une actualité colossale au jour le jour et sommes en position, pour qui y pense et le veut et grâce à la communication, d’en distinguer aussitôt les caractères historiques qui les relient à ce que nous savons de notre passé. Nous regardons et voyons sous nos yeux l’Histoire se faire, et sommes à même d’en tirer grand profit si nous faisons appel à ce que nous savons de l’Histoire.

Là-dedans, la nation, qui hante notre histoire, est si présente dans notre “situation présente” que sa problématique ne cesse de nous assaillir. Lire la suite

L’agonie du dollar et le besoin d’une nouvelle unité d’échange (Archives)

Tribune Libre de Boreas – En contrepoint de cette tribune, FDS vous propose une vidéo récente de Pierre Hillard

Lors du dernier G8 du 08 au 10 juillet 2009 à L’Aquila (Italie), le Président russe Medvedev a fait sensation en présentant, pour souligner le fait que le sujet était d’actualité, une monnaie mondiale fictive.

Cette monnaie, dont un échantillon a été remis à chaque représentant d’un pays participant au G8, s’inscrit dans le cadre d’un projet élaboré par une Fondation italienne, créée par le Dr Sandro Sassoli en 1996, qui fait du lobbying en ce sens. Cette fondation prétend vouloir développer, à travers la création d’une monnaie mondiale ayant pour devise «Unity in diversity» («L’unité dans la diversité» ), un esprit de fraternité et de paix, tout en préservant les particularismes et les droits nationaux. A chacun de se faire son idée, à la lecture de la charte de cette organisation et de ses autres publications.

Quoi qu’il en soit, on pourrait être tenté de penser que le Président Medvedev et, à travers lui, les autres participants au G8, ont voulu promouvoir une fois de plus ce «Nouvel Ordre Mondial» dont Nicolas Sarkozy et, avant lui, plusieurs membres de la classe politique et de l’intelligentsia mondialistes, font leur idéal.

«Nouvel Ordre Mondial» qui se traduirait, dans l’esprit de ses promoteurs, par un gouvernement mondial supranational, facteur de paix et de prospérité, et serait en fait, aux yeux de ses détracteurs, une dictature technocratique bénéficiant à ce que Jacques Attali a appelé «l’hyperclasse», constituée de quelques dizaines de millions de personnes détenant et/ou contrôlant toutes les richesses de la planète, au détriment du reste de la population, réduite pour l’essentiel à l’état de sous-consommateur métissé, sans identité et sans autre liberté que la soumission à un matérialisme tout-puissant.

En réalité, la nécessité d’une valeur ou d’une monnaie internationale n’est pas nouvelle. Lire la suite