Lobby de l’eau : Histoire d’une mainmise inique

L’école française de l’eau, apparue à l’orée des années 1960, incarne un modèle de gestion aujourd’hui exporté dans le monde entier. Il a peu à peu été dévoyé par des groupes d’intérêts qui ont fait main basse sur un marché qui génère près de 25 milliards d’euros en France chaque année.

C’est après la seconde guerre mondiale qu’émergent les caractéristiques qui structurent encore aujourd’hui la gestion de l’eau en France. Des ingénieurs et administrateurs coloniaux ont mesuré en Afrique noire, au Maghreb, comme aux États-Unis, la complexité de la gestion de cette ressource précieuse.

Ils vont, dans le grand élan de la planification gaullienne, inventer un modèle de gestion des ressources en eau qui fera école. Il s’agit, dans une période marquée par une urbanisation rapide s’accompagnant d’une pollution croissante, de rationaliser les différents usages de l’eau, pour l’énergie, l’industrie et l’agriculture, et donc le développement économique, mais aussi de développer l’adduction d’eau dans les campagnes, où seuls 30 % des foyers disposaient de l’eau au robinet en 1953, puis de doter le pays d’infrastructures de traitement des eaux usées.

Un chantier colossal alors que le développement de l’industrie et la modernisation de l’agriculture provoquent un important mouvement de population des zones rurales vers les villes. « Avec pour conséquence un développement rapide des besoins en eau et des rejets polluants mal traités. Les ressources ont été ainsi étranglées des deux côtés, par des consommations accrues et des pollutions insupportables », souligne M. Ivan Chéret, l’inventeur des agences de l’eau [1].
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Salsigne (11) : Un siècle d’extraction d’or, dix millénaires de pollution ?

Salsigne, dans l’Aude, fut la principale mine d’or de France et la première mine d’arsenic du monde. Un siècle d’exploitation intense qui a bouleversé les paysages et affecté la santé des ouvriers et des habitants. Aujourd’hui, malgré la mise en sécurité réalisée par l’État, la pollution est toujours présente. Il y en aurait même pour plusieurs milliers d’années. Une histoire minière qui n’est peut être pas révolue: les dernières richesses du sous-sol attirent la convoitise de nouveaux industriels.
Des collines escarpées, des châteaux cathares, des bois et des vignes, une rivière qui s’écoule dans la vallée : un paysage presque idyllique, situé à quelques kilomètres au nord de Carcassonne, dans l’Aude. A première vue, dans cette partie de la Montagne noire, on ne remarque pas l’ancien chevalement qui servait autrefois à transporter les mineurs vers les galeries.

Encore moins que les immenses collines qui nous entourent sont en fait artificielles. On n’imagine pas non plus que se cachent, sous les arbustes qui les recouvrent, des milliers de tonnes de résidus de la mine qui contiennent des particules d’arsenic et d’autres produits chimiques.

Le passé de Salsigne est tapi dans son sous-sol, sous ses collines, au bord de la rivière qui serpente la vallée. La région a longtemps été un gigantesque terrain de jeux pour les entreprises minières. On y a extrait de l’or, de l’arsenic, du plomb. Salsigne fut la première mine d’or d’Europe occidentale et la dernière mine d’or de France. C’était un autre monde, achevé en 2004. Il ne reste aujourd’hui qu’une ou deux cheminées, des trous béants, une mémoire commune… et un cimetière de déchets polluants.

De l’or…et de l’arsenic
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Le Mans/Angers : A la rencontre de chercheurs d’or

Cu, Zn, Pb, Au, Ag…. cuivre, zinc, plomb, or, argent… Nos sous-sols en seraient gorgés mais personne pour toucher le pactole. L’ex-ministre du Redressement productif Arnaud Montebourg avait dit vouloir “donner une nouvelle ambition à la France, celle de redevenir un pays dans lequel on peut exploiter des mines“. Dont acte.

En juillet dernier, quelques sociétés dont Variscan, obtiennent des permis de recherches sur 17 communes de la Sarthe, de la Mayenne et du Maine-et-Loire. Mais des associations invoquent un leurre façon gaz de schiste, avec les mêmes promesses d’emplois sur le dos de l’écologie.


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Grandes manoeuvres autour des métaux rares

A quelques kilomètres de la frontière du Nevada, le long de la route I-15 qui traverse le désert californien du Mojave, le panneau est balayé par le vent : “Mountain Pass, 30 habitants”. Au-delà des quelques baraques refroidies par la tempête qui secoue la Californie en cette fin janvier, un chemin goudronné conduit au site minier de Molycorp. Là se joue une bataille industrielle de portée mondiale.

Cette jeune entreprise américaine y relance la production d’un gisement de terres rares. Ces métaux stratégiques sont indispensables au développement de nombreux produits de haute technologie, comme les aimants pour les véhicules hybrides ou les éoliennes, et les alliages à destination de l’aéronautique ou des industries de la défense : pas de technologies vertes sans ces matériaux rares.

A l’image de Molycorp, les projets d’extraction de terres rares se multiplient à travers le monde. “C’est comme un remake mondial de la ruée vers l’or, avec tout ce que cela peut avoir de romantique et d’effet de mode dans certains milieux financiers”, raconte Jack Lifton, consultant américain et spécialiste de ces minerais.

La croissance de la demande pour ces métaux stratégiques et le poids écrasant de la Chine sur ce marché expliquent cette recherche de nouveaux gisements, notamment en Australie ou au Canada. Mais échapper à la mainmise chinoise n’est pas chose simple. Au-delà de l’extraction des terres rares, le savoir-faire industriel de la transformation des minerais est aussi indispensable.
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