Heureux avec 800 euros par mois

Comment vivre volontairement avec moins que le smic ? La leçon d’Hervé Henri-Martin, qui a fait le choix d’une vie dépourvue de tout superflu.

« C’est devenu presque un jeu : comment m’y prendre pour dépenser moins encore » : Hervé René Martin s’amuse de ce défi tout en sirotant son café. Devant ses fenêtres, des forêts denses de châtaigniers et conifères typiques du paysage de Saint-Étienne-de-Serre (Ardèche). L’intérieur de sa maison dégage une senteur de bois et de foins fraîchement coupés, offrande des murs construits en terre et paille.

Il y a seize ans, Hervé, fort du succès de son essai La Mondialisation racontée à ceux qui la subissent (Climat, 1999), court les conférences et pérore sur la décroissance économique. Mais que sait-il, au fond, de cette réalité qu’il préconise ? À 55 ans, celui qui a emprunté avec appétit toutes les autoroutes de la société de consommation, exercé plus de vingt métiers, couru la gueuse, roulé en BMW, publié des romans érotiques, décide de changer de vie.

L’aboutissement d’un long cheminement. Déjà, à 40 ans, alors à la tête d’un cabinet d’assurances, il s’était senti pris au piège des crédits qui rognaient sa liberté. Il avait vendu et remboursé. Commence alors une vie sans revenus fixes avec une visibilité économique à six mois.
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Heureux à tout prix : Pourquoi les Français ne sont-ils pas dans le coup ?

Économiste et professeur à l’université Paris-Sorbonne et à l’École d’économie de Paris, Claudia Senik est spécialisée dans le domaine du bien-être et de l’économie comportementale. 

Son ouvrage “L’Économie du bonheur” est paru aux éditions du Seuil en octobre 2014. Nous l’avons interrogée sur l’aptitude des Français au bonheur car malgré des niveaux de vie élevés, la France montre une certaine inaptitude au bonheur. Bien-être et croissance sont-ils liés ?

Le bonheur est subjectif, on le ressent ou pas. Comment peut-il devenir un indicateur économique ?

La méthode consiste à mettre en relation du subjectif et de l’objectif ; on demande aux gens d’évaluer par une note leur bonheur, leur satisfaction dans la vie, vis-à-vis de leurs institutions, etc. On récolte aussi des données objectives sur le revenu, la profession, la situation maritale ou le niveau d’éducation.

L’originalité de ce type d’enquête, c’est que les individus eux-mêmes quantifient ; à aucun moment on ne présuppose ce que le bonheur devrait être, chacun en ayant sa propre conception. Loin d’être prescriptive, cette approche est très libre. De là, les économistes cherchent à savoir s’il existe des fondements économiques au bonheur, des leviers pour que les gens se sentent plus heureux.
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Le bonheur au travail

La crise économique touche le monde entier, mais dans ce magma de déprime, il existe cependant des entreprises où règne le bonheur. Dans ce film-enquête, nous suivons les salariés pour comprendre les recettes du bonheur dans les secteurs d’activités les plus divers et découvrir des solutions innovantes qui permettent de recréer la confiance, la liberté et la créativité dans le monde du travail.

Aujourd’hui, le niveau d’éducation de plus en plus élevé et la révolution numérique changent la donne. Les salariés, formés et informés, ressentent vivement la frustration d’être considérés comme des pions au sein d’organisations qui peinent à s’adapter à une concurrence mondialisée ou dans un service public dont l’orthodoxie budgétaire impose sans cesse de nouvelles réductions d’effectifs.

Qu’y a-t-il de commun entre le Ministère de la Sécurité sociale belge, le géant indien HCL et Chronoflex à Nantes, leader en France du dépannage de flexibles hydrauliques? Toutes sont des entreprises « libérées », des entreprises dans lesquelles les employés ont la complète responsabilité de décider ce qu’ils jugent pertinent pour effectuer leur travail.

Ces différentes histoires, positives et réjouissantes, mettent en avant certaines constantes : arrêt du système pyramidal, pratiques égalitaires, suppression des contrôles et des chefs, partage de l’information. Puissent-elles en inspirer d’autres.

Et si l’argent n’avait pas d’importance…

L’auteur et philosophe Alan Wilson Watts (6 janvier 1915 – 16 novembre 1973) est l’un des pères de la contre-culture en Amérique. Conférencier et expert en religion comparée, il est l’auteur de vingt-cinq ouvrages et de nombreux articles. Il nous donne un petit conseil sur la manière de faire notre vie et de trouver le bonheur : « Oubliez l’argent ».

Le bonheur au travail

La crise économique touche le monde entier, mais dans ce magma de déprime, il existe cependant des entreprises où règne le bonheur.

Qu’y a-t-il de commun entre le Ministère de la Sécurité sociale belge, le géant indien HCL et Chronoflex à Nantes, leader en France du dépannage de flexibles hydrauliques ? Toutes sont des entreprises « libérées », des entreprises dans lesquelles les employés ont la complète responsabilité de décider ce qu’ils jugent pertinent pour effectuer leur travail.

Est-ce un rêve ou une réalité ? Dans ce film-enquête, nous suivons les salariés pour comprendre les recettes du bonheur dans les secteurs d’activités les plus divers et découvrir des solutions innovantes qui permettent de recréer la confiance, la liberté et la créativité dans le monde du travail.

Documentaire de Martin Meissonnier (France, 2014, 90mn)

Le bonheur : Nouveau moteur de la croissance européenne ?

Les indicateurs traditionnels – PIB en tête -, s’ils sont efficaces pour évaluer les hauts et les bas de l‘économie à court terme, peinent en revanche à mesurer le degré de bonheur d’une société. Le moment semble donc venu de diversifier les instruments de mesure.

En plus des indices objectifs, comme le revenu disponible, un nombre croissant d‘économistes préconise l’utilisation d’indices subjectifs comme notre niveau de satisfaction dans la vie, notre espérance de vie en bonne santé, le lien social ou encore notre faculté à pouvoir choisir librement.

Selon l’économiste Jean-Paul Fitoussi, le bonheur est vendeur, il suffit d’y croire. Prenez par exemple, l‘économie verte. Si vous investissez dans les nouvelles technologies liées à l’environnement et à l‘énergie, vous allez générer des revenus, explique-t-il. Et dans la mesure où ces revenus sont redistribués équitablement, la preuve est faite que la recherche de la croissance et les besoins du plus grand nombre ne sont pas nécessairement contradictoires.

Claudia Senik : « La croissance harmonise le bonheur de tous »

A rebours des théories décroissantes, la chercheuse Claudia Senik affirme que le bien-être est aussi affaire de développement économique. Une thèse qu’elle défend avec chiffres et enquêtes de satisfaction.

Pourcentage de la population notant entre 7 et 10 sa satisfaction de vivre (sur une échelle de 0 à 10), par pays, en 2014 – Source : The Economist

La croissance rend-elle les gens plus heureux ? Question hautement polémique au moment où la France s’enlise dans la récession, où la menace écologique est une urgence et où une partie des citoyens et des chercheurs militent pour un modèle décroissant.

En interrogeant les ressorts de la croissance au regard du bien-être dans son nouveau livre “l’Économie du bonheur”, Claudia Senik, professeure à l’université Paris-Sorbonne et à l’École d’économie de Paris, relance le débat. Cette chercheuse travaille sur un matériau assez nouveau, le bonheur, qui aussi subjectif et insaisissable soit-il, affine la compréhension des comportements humains dans une économie de marché. Ainsi se développe une approche psychologique de la crise, basée sur de grandes enquêtes de satisfaction auprès de la population.

A côté du taux de chômage ou du PIB, le bonheur peut-il devenir un nouvel indicateur économique fiable au point de dessiner l’avenir d’un pays ? Si la croissance n’assure pas le bien-être à long terme, elle a au moins, l’avantage, affirme Claudia Senik, de réduire les inégalités dans ce domaine. Un plaidoyer pour une «valeur d’avenir» qui devrait susciter la controverse.
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Frédéric Lenoir : « Guérir le monde »

Pour le philosophe Frédéric Lenoir, les crises sociales, politiques, environnementales et les crises de valeurs des dernières décennies sont toutes reliées entre elles. La vision cartésienne du monde et l’ultralibéralisme adopté par l’élite mondiale a mené à une vision dénaturalisée de l’être humain.

Nos sociétés semblent avoir oublié que nous pouvons ressentir au fond de nous même le sentiment de bonheur autrement que par la consommation, apportant un plaisir immédiat, mais qui nous envahit guère longtemps.

Pour acquérir ce sentiment de bonheur, l’être humain doit être solidaire envers autrui, mais il est bien difficile d’agir ainsi dans un monde aussi individualiste que le nôtre. Les problèmes qui nous paraissaient autrefois bien éloignés sont maintenant près de notre réalité due à l’accélération du temps et au rétrécissement de l’espace.

Les médias nous bombardent d’évènements négatifs se déroulant partout sur le globe et nous y assistons de manière passive, apportant un grand sentiment d’insatisfaction. Il devient donc plus difficile de cultiver notre bonheur personnel.
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Hyperconsommation

Chaque année les français dépensent plus de 600 euros pour s’habiller. Et sur cette masse acquise, 12 kg termine à la poubelle!

Michel Lepesant, un philosophe décroissant jeté au beau milieu du Temple de la consommation des grands magasins parisiens, affirme le devoir, et le plaisir, de consommer moins.

71 % des français pensent que la consommation contribue directement au bonheur (selon l’Observatoire société consommation). La crise vient à point pour questionner notre manière de consommer: si le bonheur est proportionnel à la consommation, comment consommer toujours autant avec moins ?

Un extra-terrestre au micro de John Paul Lepers, qui invite sur son Point Rouge les (hyper-)consommateurs passant par là, les sacs remplis d’emplettes réjouissantes…

Quand l’argent fait sécession

Après avoir connu une phase de repli entre la fin de la Première Guerre mondiale et les années 1960, les inégalités sont de nouveau en hausse. Jusqu’où les plus riches peuvent-ils creuser l’écart? Est-on condamné à revivre une fin de 19e siècle où les 10 % les plus riches détenaient 90 % des richesses? Quels sont les instruments de cohésion sociale à notre portée?

Dialogue entre Thomas Piketty, économiste et Thierry Pech, journaliste, dans le cadre du cycle de films “L’argent ne fait pas le bonheur (!)” au Forum des images, le 23 janvier 2014 à Paris.

Happiness, une vie meilleure (Docu)

En 1999, le roi du Bhoutan Jigme Singye Wangchuk annonce à ses sujets sa décision d’autoriser l’arrivée de la télévision et d’Internet dans le petit pays himalayen. Plus de dix ans après, Laya, un village situé à 4000 mètres d’altitude et à deux jours de marche de la route la plus proche, attend son raccordement imminent à l’électricité. Avec elle, Piyangke le sait, arrivera aussi la télévision.

A 8 ans, ce petit garçon vif et rêveur n’a jamais quitté Laya. Mais faute de pouvoir subvenir à ses besoins, sa mère vient de le confier au monastère du village, où il ne goûte guère la discipline de fer et la solitude. «Croyez-vous que la télévision va vous apporter le bonheur ?», interroge le lama. «Oui !», répondent avec ferveur les moinillons.

Réalisé par Thomas Balmès (2013)

Y a-t-il une limite à la croissance économique ?

A l’heure où la croissance est quasiment à l’arrêt en France et où certains appellent de leurs vœux une décroissance maîtrisée, des économistes essaient d’imaginer l’avenir en tentant de préserver les intérêts des générations futures…

Film présenté dans l’exposition L’économie, krach, Boom, Mue ? à la Cité des sciences jusqu’au 5 janvier 2014.


Consommation et Surconsommation

L’accès à la consommation nous est présenté comme la source du bonheur, alors que paradoxalement, être consommateur rend vaine toute tentative d’accéder au bonheur. La publicité est là pour nous rappeler à l’ordre, pour créer l’insatisfaction, le manque et une dépendance par rapport à des produits qui jusque-là n’étaient pas indispensables à l’épanouissement, et qui s’ajoutent à nos besoins.

Il serait plus sage de ne pas tenter d’avoir tout ce que l’on nous propose, mais de savoir apprécier ce que l’on a. Il faudrait d’ailleurs faire en sorte de se libérer de la surabondance (également surabondance de pollution, d’uniformisation, de stress … etc !) plutôt que de convoiter avec obsession ce qui nous fait défaut (le pouvoir d’achat, l’emploi, l’innovation, les parts de marché, la croissance, etc), pour plus de simplicité et moins d’illusionnisme. Posséder le dernier « iphone » est-il indispensable à la vie ?

Comment les hommes faisaient-ils avant toutes ces technologies high-tech qui se régénèrent indéfiniment ? Comment vivaient-ils, étaient-ils épanouis, étaient-ils en manque? En manque de quoi, de bien matériel ? Mais combien de ces choses sont vraiment utiles à notre épanouissement ? Ne servent-elles pas plutôt à cacher notre frustration devant ce monde que nous avons de plus en plus de mal à comprendre et à appréhender ?

L’expansion du développement transforme sur son passage l’autarcie des peuples en misère, et partout sur terre, goûter à « l’économie de marché » devient une addiction qui se substitue à tout mode de vie alternatif (gratuit) et indépendant (libre). Ce système économique arrivera à son apogée quand la mondialisation aura transformé toutes les cultures et toutes les ressources naturelles en marchandises identiques.
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La face cachée du bonheur

Il n’y a pas que le malheur dans la vie… Le Bonheur, ça existe aussi! Mais, envahis de clichés, nous ne sommes pas très bons lorsqu’il s’agit d’imaginer ce qui va nous rendre heureux. D’autant que les scientifiques ont découvert que la moitié de notre bonheur est déterminé par nos gènes. Il reste donc 50 % sur lesquels on peut agir…

Comment? SPECIMEN explore la face cachée du bonheur grâce à l’éclairage de spécialistes, à des expériences filmées sur le vif et à des témoignages étonnants comme celui d’un millionnaire autrichien qui a décidé de donner toute sa fortune pour être plus heureux !

Qu’est-ce qui rend heureux ? Quête universelle et existentielle qui conditionne la plupart de nos comportements, le bonheur n’en finit pas d’être questionné par les philosophes et ausculté – de plus en plus près ! – par les scientifiques. Ces derniers ont trouvé le moyen de le mesurer, tordant le cou à certaines idées reçues.

Un constat : trop de choix nuit au bonheur. Pour l’attester, Specimen a reproduit une expérience américaine auprès d’étudiants de l’EPFL. Les résultants sont surprenants. Étonnant également le comportement de ce millionnaire qui a boudé calme, luxe et volupté pour se consacrer entièrement à son association humanitaire. Faire le bonheur d’autrui l’a rendu heureux.

Parmi les nombreux spécialistes témoignant dans cette émission figure le psychiatre Christophe André. Auteur de nombreux ouvrages sur le thème, celui-ci nous explique pourquoi nous ne sommes pas égaux face au bonheur. Auteur de « Le secret de l’ optimiste », Laurence Shorter s’exprime également.

Quelque chose de pourri au royaume de l’abondance

La société de consommation, c’est le choix, donc la liberté, donc le bonheur ? En réalité, estime une sociologue slovène dans un livre récent, ce sentiment d’être parfaitement maître de nos décisions et de nos vies a un revers angoissant. Et tue l’action collective.

Salon de l’Abondance – Peinture du plafond du Grand Appartement du Roi au Château de Versailles représentant l’Abondance et la Libéralité, une œuvre de René-Antoine Houasse (1683)

Aux noix ? Aux pommes ? Aux baies des bois ? Croquant ? Allégé ? Au sucre ou au miel ? Avec ou sans gluten ? On peut dire que la multiplication des offres variées présentées à notre choix provoque en nous cette douce euphorie de l’abondance qui rappelle la joie de l’enfant devant le sapin de Noël. Le problème, c’est que le plaisir vire facilement à l’inconfort, voire à la franche angoisse. Car nous sommes en permanence confrontés à des choix, ainsi qu’à une variété toujours plus grande d’options possibles.

Vous avez besoin d’un téléphone portable ? D’accord, mais de quelle marque et quel modèle, avec quel opérateur et quel type d’abonnement ? Vous êtes libre de choisir, mais aussi en grave danger de faire le mauvais choix.

Le psychologue américain Barry Schwartz s’est amusé à compter, dans un seul magasin d’électronique, le nombre d’installations stéréo différentes compatibles avec les appareils présents. Résultat : 6 millions et demi.

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Indigné ! Et après ?

Nous vivons dans un système qui pense pouvoir agrandir ses richesses sans fin en niant les limites matérielles et humaines. Devons-nous continuer à croître indéfiniment ou rechercher une stabilité ? Nous voilà dans l’impasse: une dette impossible à combler, le mur des ressources qui approche, des politiques dont l’unique objectif est de relancer la croissance et la compétitivité. Alors que faire ?

(Merci à alex1737)

La génération de l’échec

Par Michel Geoffroy

La génération au pouvoir dans les pays européens depuis la fin du XXe siècle restera devant l’histoire comme la génération de l’échec. C’est la génération de mai 1968, fille spirituelle des lanceurs de pavés, des fumeurs de joints et des idolâtres de Mao et de Che Guevara.

Car elle a tout raté, sauf précisément parvenir à cumuler les pouvoirs médiatiques, culturels, politiques et économiques en Occident et en profiter. Mais quel usage a-t-elle fait de son pouvoir sans précédent ?

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Vivez, prospérez, consommez…

Une analyse grinçante de l’évolution du comportement des consommateurs. Dans la société de consommation moderne, le neuf et le beau ne suffisent plus : il faut posséder (parfois en plusieurs exemplaires) les produits dernier cri les plus performants. Les achats ne sont plus destinés à répondre à des besoins fondamentaux, mais à satisfaire nos désirs, à être enviés, à épater.

Conséquence : le bonheur que procure l’acquisition d’un nouvel objet est toujours plus éphémère ; nous sommes en proie à un sentiment d’insatisfaction permanente. De plus, la durée de vie des produits ne cesse de diminuer, conduisant à l’épuisement des ressources et à l’accumulation des déchets. Derrière l’attitude de ces acheteurs boulimiques se profile un véritable scénario catastrophe. Est-il trop tard pour arrêter la machine que nous avons lancée ? Sociologues, psychologues, philosophes, spécialistes du marketing et de la publicité reviennent sur les limites du consumérisme et notre recherche effrénée du bonheur.

Via le blog de Blueman

L’Occident comme déclin

(extraits)

Par Guillaume Faye

N.B. : ce texte date de 1985.

Phénix renaissant de ses cendres (enluminure du Bestiaire d'Aberdeen, XIIème siècle)

En apparence, l’erreur d’Oswald Spengler fut immense : il annonçait pour le XXème siècle le déclin de l’Occident, alors que nous assistons tout au contraire à l’assomption de la civilisation occidentale, à l’occidentalisation de la Terre, à la généralisation de cet « Occident » auto-instauré comme culture du genre humain, dont, suprême paradoxe, les nations néo-industrielles de l’Orient constitueront peut-être d’ici peu l’avant-garde. En apparence toujours, c’est au déclin de l’Europe que nous sommes conviés. Montée en puissance de l’Occident et perte de substance de l’Europe : les deux phénomènes sont sans doute liés, l’un entraînant l’autre. Tout se passe comme si, après avoir accouché de l’Occident, répandu aujourd’hui sur toute la planète, l’Europe épuisée entrait dans un nouvel âge sombre.

La thèse ici présentée sera simple : l’Occident n’est pas « en » déclin – il est au contraire en expansion – mais il est le déclin. Et il l’est depuis ses fondements, depuis son décollage idéologique au XVIIIème siècle. L’Europe, quant à elle, n’est qu’en décadence.

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L’Addictature : la tyrannie de la dépendance

«L’addictature», c’est la dictature du système marchand, mondialiste et médiatique à travers l’addiction : l’addiction aux images, l’addiction à la consommation ; notamment par la prise du contrôle des esprits par les publicitaires et la décérébration scientifique, une addiction à la consommation, à la publicité et au commerce, qui est la principale cause du politiquement correct. C’est le chef d’entreprise, le publicitaire et l’éditorialiste qui cherchent à éviter tout ce qui peut nuire à un « bon climat », ce qui les conduit à privilégier le conformisme et à craindre la liberté de l’esprit.

1/ Consommer c’est détruire

Londres, été 2000, à proximité du célébrissime Hyde Park, une réunion se tient dans les locaux d’une agence de publicité regroupant une vingtaine de «marketeurs» du monde entier… Face à l’agence, un panneau publicitaire de 4 mètres sur 3 attire l’attention du passant, dérange la bonne société londonienne et émerveille nos jeunes cadres un brin efféminés, grands prêtres de l’impact pour l’impact, adeptes des idées décalées qui «feraient bouger le monde», ennemis jurés de la normalité d’emblée jugée réactionnaire ou simplement emmerdante.

Sur l’affiche géante : une femme septuagénaire ridée comme une pomme, le visage révulsé et bestial, un corps misérable au deux tiers dénudé, simplement sanglé dans une combinaison sado-maso de latex noir clouté ; dans sa main droite un fouet hérissé d’épines de métal, dans sa main gauche une boîte de pastilles à la menthe et un « claim », une signature, un message : «Draw the pleasure from the pain» (tirez votre plaisir de la souffrance).

Un clin d’œil bien british à la gloire du menthol contenu dans ces anodines pastillettes, mais qui pourrait en dire long sur la dégradation de notre rapport au monde, ô combien tourmenté.

Et si consommer, c’était consumer et se consumer, altérer l’objet et s’altérer soi-même… et si consommer, c’était avant tout détruire ?

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Critique de l’idéologie libérale

Par Michel Drac

Note sur le libéralisme économique, tel qu’analysé par Alain de Benoist.

Le Marchand de Venise, de William Shakespeare (gravure du XVIIIème siècle)

Qu’est-ce que l’idéologie libérale ?

Alain de Benoist (AdB) commence par préciser que ce n’est pas un corpus unitaire. C’est une école, organisée autour d’une doctrine économique (le marché autorégulateur), dont découle une vision politique adaptée au déploiement de ladite doctrine – et c’est, aussi, une anthropologie de type individualiste.

De quoi l’idéologie libérale est-elle l’adversaire obligé ?

Marché et individu ont en commun leur incompatibilité avec toute forme d’identité collective : le Marché a besoin des individus pour imposer la monnaie comme seul support de l’échange, et seule l’abolition au moins partielle de l’identité collective fabrique l’individu.

Comment cet antagonisme s’est-il constitué historiquement ?

A l’origine est, pour AdB, le christianisme. Il introduit, contre les représentations holistes de l’Antiquité, l’idée du Salut individuel. Au départ, l’homme intérieur chrétien se retire du monde. Mais progressivement, il va le réinvestir, et une représentation ultra-mondaine finira par contaminer les représentations sociales : l’individu est né. Pour reprendre une distinction célèbre : la communauté s’efface devant la société.

Dans la foulée, la vision portée sur le monde évolue : de l’abolition des cadres holistes découle l’émergence d’une conception nominaliste potentiellement négatrice du réalisme aristotélicien, et l’individu cartésien proclame sa capacité à poser le sens sur un monde constitué d’êtres singuliers. Le cartésianisme marque le triomphe de l’individualisme jusque dans la conception de l’esprit humain.

Dès lors, l’homme individuel se construit, théoriquement, sans référence à un héritage ou une dynamique collective. L’homme individualiste se pense humain indépendamment de tout processus d’hominisation social. Il en découle mécaniquement que l’individu précédant le social, les droits (de chaque individu) sont censés précéder les devoirs (à l’égard des autres individus).

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Crise et mutation (suite et fin)

Il y a quelques jours, nous avons publié deux extraits d’un livre-dialogue, insolite et inclassable, qui vient de paraître, « Crise et mutation » (Editions Charles Antoni – L’Originel, janvier 2010).

En voici un troisième et dernier passage, dû à Jean-Pierre Crépin, ex-associé du groupe de marketing HighCo, spécialiste de la mutation consommateur citoyen, auteur du blog Nécronomie, sur lequel il chronique la crise après l’avoir annoncée dès 2005.

« L’individu ayant abandonné sa liberté au profit du social, peut, en cas de retournement, se déchaîner contre ce qu’il adulait jusque-là. » (Charles Antoni)

Certes, mais depuis la chute des idéologies, Charles, je pense que les insurrections auxquelles nous aurons droit seront d’un autre ordre ou plutôt le prolongement de celui-ci.

Nous sommes devenus les sous-produits d’un mode de vie érigé en tant que culture : le consumérisme et la culture des Marques devenus philosophie de vie.

Les émeutes de la Gare du Nord avaient donné lieu à des commentaires, où il s’agissait de déterminer si nous étions en présence d’une révolte sociale, ou d’actes de délinquance. Un syndicat de police nous certifiant que nous étions en présence de délinquants, puisqu’il y avait eu pillage d’un magasin de chaussures.
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Comment la France a changé en trente ans

C’est une question que Claude Fournié, 78 ans, se pose souvent : “Et si les vieux revenaient ?” Si sa grand-mère revenait, croirait-elle ce qu’elle verrait ? Quand l’adduction d’eau avait été installée, juste après-guerre, elle n’en voulait pas, la citerne d’eau de pluie suffisait bien.

Un demi-siècle plus tard, il y a au moins cinq piscines rien que dans le vieux village, une vingtaine en tout à Douelle, 750 habitants.

Adolescente, Christine Sabrié allait une fois par semaine choisir un livre chez les voisins, des Parisiens. En ce temps-là, au milieu des années 1970, il n’y avait pas de bibliothèque au village. Mme Fourastié la conseillait puis lui offrait un cassis à l’eau. Monsieur écrivait, avant de partir à vélo faire le tour du village, écouter les cigales, discuter avec les paysans. Christine Sabrié a maintenant 48 ans. Elle est documentaliste à mi-temps au Conseil Général du Lot et gestionnaire d’une compagnie de spectacles. M. et Mme Fourastié reposent au cimetière, de l’autre côté du fleuve. Mais ils font partie de l’histoire de ce village où Jean Fourastié (1907-1990) a passé une partie de son enfance avant d’y revenir tous les étés.

De ses 48 livres, Les Trente Glorieuses est le plus connu, ne serait-ce que pour son titre qui, chose rare, a fini par désigner une période de l’Histoire. Pour illustrer La Révolution invisible – sous-titre de l’ouvrage – des trois décennies de l’après-guerre, l’auteur compare avec une précision d’entomologiste le Douelle de 1946, village sous-développé où presque tous les actifs sont agriculteurs, où tout le monde est baptisé, au Douelle de 1975, entré dans une économie industrielle et tertiaire, où l’église n’est plus remplie que les jours de fête. Lire la suite