Crime organisé : géopolitique d’un phénomène criminel

Du 4 au 7 avril se tient à Grenoble le 5e Festival de géopolitique et de géoéconomie consacré à “la face obscure de la mondialisation”. L’occasion pour CLES d’interroger l’un des meilleurs spécialistes français des mafias et du crime organisé, le commissaire divisionnaire Jean-François Gayraud, qui voit dans la géopolitique la meilleure grille d’analyse pour appréhender correctement les phénomènes criminels. Plongée dans un monde cynique, impitoyable, qui s’étend à travers toute la planète et monte en puissance.

Par Jean-François FIORINA, Jean-François GAYRAUD

Jean-François Gayraud est commissaire divisionnaire de la police nationale, actuellement auditeur du Centre des hautes études du ministère de l’Intérieur (CHEMI). Jean-François Fiorina est Directeur de l’ESC Grenoble.

Que représentent les mafias au sein du crime organisé ?

 

(…) Le crime organisé dans sa globalité a dans notre monde moderne une importance nouvelle. En effet, la fin de la guerre froide lui a donné une dimension gigantesque, avec un authentique saut qualitatif. Longtemps, ces organisations criminelles ont joué un rôle marginal dans la vie des sociétés.

Aujourd’hui, elles s’invitent au cœur du fonctionnement de la plupart des pays. Elles influencent et transforment mezzo voce, de manière invisible mais puissamment, la vie politique, économique et sociale des pays.

 

Nombre de ces organisations criminelles présentent des particularités qui les rendent redoutables. D’abord, elles sont toutes polycriminelles. Contrairement à une idée véhiculée par la médiasphère, les organisations criminelles s’investissent dans des activités en fonction non pas de leurs préférences, mais d’opportunités et d’incitations, au sens économique du terme, selon un ratio coût/bénéfice.

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Courtes considérations sur le fil du temps historique…

… des dis-simulations et impostures policières de la marchandise
et sur ce qui a conduit à l’étrange renonciation spectaculaire de Benoit XVI.

Par Francis Cousin

Priez pour moi, afin que je ne me dérobe pas, par peur, devant les loups.
Première homélie dominicale de Benoit XVI

« La dépréciation du monde des hommes augmente en raison directe de la mise en valeur du monde des choses. »
K.Marx, Manuscrits de 1844

Ce n’est certes pas un hasard si Marx écrivit sa célèbre Question juive en 1843 comme une sorte de préambule nécessaire à toute la Critique de l’économie politique qui allait suivre puisqu’il lui fallait éclaircir pour quelles raisons le prêt à intérêt de l’Ancien Testament a été si longtemps interdit dans l’Occident intimement agrarien de la chrétienté catholique et pour quel motif cela n’a pu changer qu’avec le mouvement historique de la Réforme urbaine qui a tout à la fois édulcoré le caractère propre des indisciplines du Nouveau testament et porté ce principe que l’argent doit circuler au profit de l’ensemble des hommes puisque le gain est la besogne et le bon-heur de l’homme dépouillé de lui-même…

Les êtres humains qui craignent la dynamite subversive de la vraie pensée communarde ne redoutent finalement que peu de textes aujourd’hui en circulation puisque la foire éditoriale courtisane n’offre décidément en son infinité quantitative nul risque d’interrogation dérangeante sur le marché des librairies normalisées.

Aujourd’hui, c’est exclusivement dans les espaces désobéissants qui échappent aux pollutions courantes de l’abrutissement universitaire et médiatique de la marchandise que les esprits de lucidité trouvent ce qu’ils cherchent en recherchant ce qu’ils dé-chiffrent.

Le développement modernisateur de la dictature spectaculaire de la marchandise, éclairé par le jansénisme de la comptabilité et par les lumières maçonniques des architectures du profit, n’a pas seulement produit la révolution judéo-protestante qui a conduit aux novations théologiques de Vatican II, il a surtout marqué que le règne autocratique de l’argent qui avait désormais atteint un seuil d’omnipotence absolu faisait aussi de la banque vaticane un lieu majeur de l’outrance financière mondiale, de ses manoeuvres, ténèbres et étrangetés.

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Constat d’échec pour la défense du monde sauvage

Faudra-t-il, demain, autoriser une reprise partielle du commerce international de l’ivoire pour éloigner la menace pesant sur l’éléphant d’Afrique ? Doit-on dès aujourd’hui, comme viennent de le suggérer quatre experts internationaux dans la revue Science, légaliser celui des cornes de rhinocéros dans un dernier effort pour sauver l’espèce de l’extinction ?

Seule certitude : la lutte contre le trafic illégal des espèces sauvages est un échec.

Et les moyens d’y remédier seront au coeur des débats de la seizième Conférence des parties (CoP16) de la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (Cites), qui se tient à Bangkok du dimanche 3 au jeudi 14 mars.

“CORRUPTION”
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Banques et blanchiment, dernières nouvelles de la piraterie financière

Il ne s’agit pas d’une dérive solitaire et de pratiques extravagantes de HSBC, nombre des méga-banques mondiales étant convaincues d’activités tout aussi illicites.

Dans les grands aéroports du monde, les passerelles d’accès aux avions affichent, sous forme de publicités gentillettes, le roman-photo de la mondialisation heureuse. Issues (bien sûr) “de la diversité”, les demoiselles des affiches sont les souriantes vestales de ce temple de l’imminent bonheur.

L’avenir globalisé ? tonique, positif – que du bon. Sauf que. Passons outre le décor. Outre le conte de fées des lendemains (mondialisés) qui chantent. Là, on dégringole sec de Mary Poppins au Cartel du Golfe et autres machines à tuer ravageant divers continents.

Car le promoteur du radieux roman-photo mondial, c’est la super-banque HSBC dont voici, preuves à l’appui, les crimes les plus récents. Précision : ci-après, nulle minime filouterie ou entourloupe mais de graves crimes, passibles pour le vulgum pecus d’années en prison. Loin du vague tuyau ou de l’info douteuse, nos preuves proviennent d’institutions renommées : Sénat des États-Unis, agences majeures de régulation et de contrôle, etc.

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La City et les banksters de la honte

Blanchiment d’argent, manipulation de taux, détournement de fonds, paris risqués, les condamnations de banksters se sont multipliées cette année. Retour sur les affaires qui entachent la City.

En Grande-Bretagne, le nombre de condamnations prononcées par la Financial Service Authority, régulateur du secteur, est passé, entre 2007 et 2012, de 22 cas et d’un montant total d’amendes de 5 millions de livres sterling à 53 cas et des amendes dépassant un total de 312 millions de livres. Et il ne s’agit là que des condamnations prononcées par la FSA. D’autres instances comme le Serious Fraud Office ou la police, notamment celle de la City, sont également actives dans le domaine et ont entamé des poursuites de leur côté.

Selon le porte-parole de l’organisation, cette augmentation s’expliquerait par la hausse des moyens humains et légaux is à disposition de la FSA, une hausse décidée peu avant le début de la crise. La médiatisation des cas de fraudes et la colère citoyenne semblent cependant aussi jouer un rôle, comme le laisse suggérer la recrudescence des dénonciations anonymes.

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L’Islande ou le vertige de la décroissance

Confrontée pour la première fois au chômage, à des baisses importantes de salaires et à une dévaluation de la couronne de plus de 100 %, la population islandaise tente de garder la tête haute. Mais la colère gronde et le dossier Icesave empoisonne la vie politique et menace le redressement du pays.

Non loin de la petite maison crépie en blanc qui abrite les bureaux du Premier ministre, symbole d’un pays modeste et sans ostentation, se dresse le vaste chantier du futur hall de concerts et de conférences de Reykjavik, immense bloc de béton triste qui rappelle les rêves de grandeur de l’Islande avant la crise financière d’octobre 2008. Un projet architectural démesuré (23.000 mètres carrés) dessiné par les meilleurs architectes danois et islandais, qui devait s’inscrire dans une rénovation ambitieuse du port. Le chantier, trop avancé pour être arrêté, est doucement maintenu en vie, quand tout autour s’est figé : le mini-Manhattan imaginé par les « Vikings » de la finance se résume à quelques immeubles vides ou inachevés.

Depuis la faillite de 85 % de leur système bancaire et leur mise sous tutelle par le FMI, les Islandais, pourtant l’un des peuples les plus cultivés au monde, n’ont plus le coeur à rêver de concerts ou de sorties. Depuis un an, toute la population islandaise ne vit plus qu’au rythme d’un feuilleton : l’affaire Icesave, dont elle a le sentiment que dépendra sa survie.

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L’intrusion des banques dans la vie privée inquiète

A 53 ans, dont vingt-deux comme cliente de sa Caisse d’épargne de Rouvroy, une petite commune de 9 000 habitants du Pas-de-Calais, Janine M. n’en revient pas. Elle vient de recevoir, avec son relevé de compte, un courrier comminatoire par lequel son banquier lui enjoint de fournir, d’ici au 15 avril, la preuve de son identité, des détails sur sa profession et ses revenus, ses dernières fiches de paie, son avis d’imposition.

Quand même, réagit-elle, choquée, ils me connaissent ! J’ai mon compte à la Caisse d’épargne depuis 1988, un Livret A depuis ma naissance. Et mon mari et moi, on est des bons clients. On n’a jamais été fichés. On a toujours payé la maison. C’est indiscret. Surtout qu’on n’a pas fait de demande de prêt, rien. Je n’ai pas l’intention de répondre.” Comme Janine M., des dizaines de milliers de clients de banques françaises reçoivent actuellement de bien étranges courriers, qu’ils accueillent avec les mêmes sentiments mêlés de vexation et d’indignation.

En fait, confrontés à des règles et des lois renforcées en matière de lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme et à l’obligation de connaître leurs clients, les établissements financiers (Caisses d’épargne, Crédit agricole, BNP Paribas, etc.) ont lancé, depuis plusieurs semaines, une vaste opération de collecte de données personnelles.

Cette démarche, inédite, serait restée confidentielle si les banques avaient limité leur champ d’investigation à leurs nouveaux clients, pour lesquels les vérifications d’identité n’auraient pas été réalisées ou seraient incomplètes. Et si, surtout, elles n’avaient employé des méthodes aussi différentes d’un établissement à l’autre pour satisfaire à des obligations réglementaires pourtant strictement identiques.

Certaines banques s’en tiennent à la demande de pièces d’identité, de justificatifs de domicile et d’activité économique, ce qui est légal si elles ne disposent pas de ces documents. Mais d’autres exigent des informations très précises sur le patrimoine des clients, leur famille, sans les informer de ce qui est réellement obligatoire, ni s’ils encourent des sanctions s’ils ne fournissent pas les renseignements demandés,” observe Isabelle Faujour, directrice juridique adjointe à l’UFC-Que choisir.

Démarche “illégale”
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