Le business de la peur

La menace terroriste est devenue une réalité qui inquiète de nombreux Français. Ce climat de peur fait les affaires du secteur de la sécurité, qui pèse aujourd’hui dix milliards d’euros. Révélations sur les dessous de ce business qui a le vent en poupe.

Certains industriels sont par exemple prêts à manipuler les statistiques pour faire gonfler leur bénéfices. L’enquête montre également les failles de la biométrie, présentée comme la solution miracle. Gros plan également sur les caméras de surveillance, qui ont envahi le paysage urbain.

Plus de 40.000 objectifs surveillent les villes de France et, depuis peu, les petites communes rurales. Mais ces caméras sont-elles vraiment efficace?

Fenêtre Sur Corps (Docu)

« Police, vos papiers ! ». Cette injonction risque d’être bientôt totalement dépassée. Avec les techniques biométriques qui permettent d’observer, de mesurer, de recueillir, de capter, d’analyser et de comparer, c’est le corps humain qui devient notre pièce d’identité.

Quelles informations livrons-nous parfois à notre insu ? Quelles techniques permettent de les capter ? Sont-elles vraiment fiables ? Notre corps «transparent» ainsi repéré à tout instant est-il toujours celui d’un homme libre ? Est-ce qu’on ne va pas finir par gérer les flux de corps humains comme des marchandises codes-barres ? Entre fiction et réalité, ce film fait le point sur cette numérisation corporelle, de plus en plus sophistiquée.

Réalisé par Patrice Desenne et Bernard Jourdain (2012)

2013 : Comment l’Union européenne espionnera ses citoyens

Biométrie, vidéosurveillance, drones, détection des comportements anormaux, modèles mathématiques pour identifier des suspects… L’Union européenne finance plus de 190 programmes de recherche sur la sécurité et la surveillance. Au grand bénéfice des industriels, qui recyclent les technologies militaires pour surveiller les populations. Alors qu’un nouveau programme de recherche est en cours de discussion à Bruxelles, l’Europe continuera-t-elle à céder aux lobbys industriels et à investir des milliards dans le marché de la sécurité ?

Ils portent des noms étranges : Tiramisu, Pandora, Lotus, Emphasis, Fidelity, Virtuoso… En apparence, ce sont d’inoffensifs acronymes. En réalité, ils cachent 195 projets européens de recherche dans le domaine de la sécurité et de la surveillance. Des projets relativement inquiétants pour nos libertés. Et financés par l’Europe dans le cadre de partenariats public-privé.

Tout est bon pour combattre « le terrorisme et d’autres activités criminelles comme le trafic d’êtres humains ou la pornographie pédophile ». Et assurer la sécurité des citoyens… Sauf qu’il s’agit aussi avec Indect de détecter « automatiquement » (sic) les comportements suspects, à partir d’images de vidéosurveillance, de données audio ou échangées sur le net. Bienvenue dans Minority Report !

Exemple le plus emblématique : le projet Indect (« Système d’information intelligent soutenant l’observation, la recherche et la détection pour la sécurité des citoyens en milieu urbain »), lancé il y a quatre ans, dénoncé fin octobre par des manifestations dans toute l’Europe. Indect vise à permettre une « détection automatique » des menaces et des situations dangereuses – comme les cambriolages – ou « l’usage d’objets dangereux » – couteaux ou armes à feu.

Détecter les comportements « anormaux »
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Tape sur ton clavier, je te dirai qui tu es

Déterminer qui est devant l’écran devrait bientôt être possible. Cela permettrait alors de sécuriser l’accès à certains sites Internet sensibles.

Aussi appelée «frappologie», cette technique de biométrie comportementale permet de reconnaître un individu à sa façon de taper sur un clavier d’ordinateur. Elle s’appuie sur l’enregistrement du temps d’appui sur une touche, sur celui de pression et de relâchement et enfin sur celui de vol entre les touches. Chaque individu a sa propre façon d’utiliser un clavier. Les toutes premières études sur le sujet ont été réalisées aux États-Unis dans les années 1980.

(…) Christophe Rosenberger, responsable de la spécialité informatique à l’Ensi Caen et directeur de l’équipe de recherches «monétique & biométrie» du laboratoire Greyc:

«La dynamique de frappe au clavier peut conduire à déterminer de nombreuses informations sur une personne, comme sa tranche d’âge ou son sexe. C’est une technique qui tend à se développer et dans cinq ans je pense que nous serons capables d’apprécier l’état émotionnel d’une personne, voire sa personnalité, à sa seule façon de taper sur un clavier.»

En entreprise, le contrôle par biométrie comportementale pourrait remplacer les traditionnels codes d’accès, souvent oubliés sur un Post-it ou communs à tout un service. La dynamique de frappe au clavier pourrait même être utilisée dans le domaine des ressources humaines:

«Si des recruteurs s’y intéressent et impulsent son développement, la dynamique de frappe pourrait tout à fait être utilisée lors de recrutements d’ici à cinq ans», s’enthousiasme Christophe Rosenberger.

(…) la Commission nationale de l’informatique et des libertés (Cnil) a autorisé la «frappologie» comme système de biométrie comportementale fiable en juin 2011.

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