Chambord (41) : Les chasses bien gardées de la République

Politiques, grands patrons et hauts fonctionnaires continuent de se presser aux battues du château de Chambord. Une survivance monarchique encore largement financée par l’État. Dans cette forêt grande comme Paris intra-muros, un demi-millier de sangliers et quelques dizaines de cervidés doivent être éliminés chaque année pour éviter la surpopulation.

Un jour de juin, fêtant son demi-siècle à la mairie de Villermain, à 20 kilomètres au nord de Chambord, Gérard Plessis a contemplé ses cadeaux. Une veste de chasse, la médaille d’or du Sénat et celle du conseil général. Devant le préfet et la sénatrice du Loir-et-Cher, l’ancien maire s’est lancé, un peu tremblant : « Maintenant, peut-être pourrai-je être invité à la chasse du château ? »

La question s’est perdue dans le cliquetis des verres de crémant de Loire. Ne pénètre pas qui veut dans l’ancien fief de François Ier, placé sous la haute protection du chef de l’État. Les chasses de Chambord ont survécu à deux révolutions et cinq Républiques. On y a connu des rois descendant de Paris avec leurs courtisans, et des présidents, Pompidou ou Giscard, accueillant les têtes couronnées.

Les privilèges féodaux ont été abolis en 1789 et les chasses présidentielles définitivement supprimées par Nicolas Sarkozy, en 2010. François Hollande s’est longtemps gardé d’y mettre le pied. En décembre, lors d’une visite surprise, il a insisté sur la vocation touristique du château. Sans un mot pour les chasseurs, qui n’ont guère changé leurs habitudes depuis des années.
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