A la veille d’une nouvelle crise financière…

Incroyable ! Sept ans après les subprimes, des bulles sont en train de se reformer. Et elles pourraient bien exploser ! Il suffit d’une étincelle, par exemple en Grèce avec sa sortie de l’Euro.

Le monde de la finance est vraiment incorrigible. Sept ans seulement après la crise des subprimes, qui a failli faire exploser le système bancaire international, voilà que resurgit la crainte d’un nouveau krach. «On est assis sur un baril de poudre, la question est simplement de savoir quel sera le détonateur», transpire l’économiste Marc Touati. «Nous nous trouvons dans une zone de risque proche de celle de 2008», confirme Christophe Nijdam, du centre d’expertise Finance Watch. En d’autres termes, la sortie de la Grèce de la zone euro ou la remontée un peu trop brutale des taux d’intérêt ou la simple défaillance d’une banque pourrait tous nous entraîner dans une terrible crise financière et dans une récession planétaire.

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La Crise nous fait un vrai festival…

par Philippe Béchade

Je ne sais pas si le palmarès du Festival de Cannes peut constituer aux yeux du monde entier un « avis de grand frais » sur la désintégration sociale qui affecte la France mais également beaucoup de pays aux alentours… il n’empêche que le couronnement de films qui traitent de « la crise » (chômage, déclassement, déracinement) et d’acteurs qui incarnent des victimes de « la crise » télescope le discours officiel qui ne cesse de marteler « le pire est derrière nous, la croissance repart », alors que c’est tout l’inverse qui est perçu par 70% de la population, et bon nombre de réalisateurs présents sur la Croisette.

La nuit tombe sur le festival de Cannes…

La nette percée de Podemos (gauche antilibérale) aux municipales le weekend dernier témoigne de cette même incrédulité populaire en Espagne face aux discours triomphalistes de l’équipe dirigeante qui revendique la paternité d’un pseudo renouveau économique, lequel tient essentiellement au franc succès des mesures d’incitation à l’achat d’un nouveau véhicule.

Les effets positifs sur les immatriculations sont spectaculaires, mais comme pour tout cadeau fiscal, le principe reste: c’est « l’état qui paye ».

Et l’état, c’est au bout du compte chaque espagnol -y compris ceux qui n’achètent pas de voiture- qui pourrait à terme supporter le coût de l’opération… à moins bien sûr que les futures recettes fiscales ne viennent compenser le déficit budgétaire qui se creuse aujourd’hui.

Pour en revenir à Cannes, jamais depuis sa création en 1939 (et son premier déroulement « normal » en 1946), le palmarès n’avait été aussi marqué par « la crise », alors que jamais les festivaliers n’ont été aussi riches (il n’y avait qu’à compter les yachts de plus de 30 mètre amarrés au large de la croisette ou à Monaco: plus aucun « anneau » disponible dans un rayon de 50Km autour du « Rocher »)… et rarement les fêtes n’ont été aussi somptueusement démesurées.

Voilà un nouvel exemple saisissant de télescopage de l’ultra richesse et du vaste monde exclu du miracle des « quantitative easing ».

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Vous avez aimé la crise financière de 2008, vous allez adorer la prochaine

Surabondance de liquidités, écrasement des taux d’intérêt, sophistication des outils financiers, garde-fous illusoires. Autant d’éléments qui poussent, à nouveau, “au crime”.

C’est un signe révélateur. Jusqu’au bout, les marchés n’ont pas voulu intégrer le risque d’un défaut de paiement de la Grèce. Grisés par les liquidités, ils font preuve d’un optimisme inébranlable. Rien ne vient entamer ce dernier, pas même les mauvaises nouvelles qui ne manquent pourtant pas. Déstabilisation de la péninsule arabique, signes de ralentissement de l’économie mondiale, etc., peu importe, l’indice VIX qui mesure la volatilité des marchés, autrement dit leur degré de stress et de peur, reste à son étiage. Très loin de ses sommets atteints pendant la crise de 2007 et 2008.

“L’idée même du risque semble avoir disparu de la tête des investisseurs. Comme s’ils avaient souscrit une assurance tous risques auprès des banques centrales”, observe Christopher Dembik, analyse chez Saxo Bank. Pourtant, quelque chose ne va pas. 

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L’hypertrophie monétaire conduira-t-elle à un effondrement économique?

En dépit des réserves de l’Allemagne et contre toutes les bonnes pratiques des banques centrales, la Banque centrale européenne (BCE) a finalement décidé d’appliquer un programme massif de rachat de dettes souveraines. Abandonnons un peu les chiffres et intéressons-nous aux principes et aux conséquences de long terme de cette décision.

Il n’y a aucune raison de penser que les pays, qui pour la grande majorité ne parviennent déjà pas à contrôler l’expansion de leur dette, y parviendront davantage demain. La question est maintenant la suivante : que se passera-t-il lorsque ces États seront en défaut de paiement ?

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L’euro sombre face au franc suisse

Le cours du franc suisse a fortement grimpé jeudi face à l’euro, atteignant un sommet historique, après des annonces monétaires surprise de la Banque nationale suisse (BNS).

BNS a aboli jeudi le cours plancher du franc suisse face à l’euro, l’axe principal de sa politique monétaire depuis plus de trois ans, et a abaissé son taux d’intérêt à -0,75%.

Vers 9h50 GMT (10h50 à Paris), la monnaie suisse a atteint 0,8517 franc suisse pour un euro, un sommet historique face à la monnaie unique européenne et

franchissant pour la première fois le seuil de parité avec l’euro

(depuis l’introduction de la monnaie unique en 1999), avant d’effacer une partie de ses gains pour retrouver le seuil de 1 franc pour un euro. La devise suisse valait 1,2010 franc pour un euro mercredi à 22h GMT.

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Comment les banques centrales provoquent les crises financières

Nous disons et écrivons très souvent que l’économie est largement financiarisée depuis plus de 15 ans. Nous vivons dans une économie de bulles d’actifs financiers. En fait, lorsqu’une bulle éclate sur un actif, on assiste généralement à la naissance d’une nouvelle bulle sur un autre actif car l’argent abondamment créé par les banques centrales ne peut, en général, être repris sous peine de provoquer d’énormes pertes en patrimoine chez les investisseurs privés ou de créer une crise bancaire.

Nous sommes donc en plein aléa moral puisque certains acteurs financiers ne sont pas assez rigoureux dans l’analyse du risque de leurs investissements ; ils se reposent sur le fait qu’ils ont une capacité de nuisance systémique et qu’en conséquence il y aura toujours un prêteur/sauveur en dernier ressort (en l’occurrence la banque centrale de sa zone monétaire).

C’est l’une des principales origines des crises financières que nous connaissons depuis les années 2000 : des politiques monétaires trop accommodantes pour ne pas dire laxistes avec un environnement de taux “anormalement” bas et donc de coûts de financement très avantageux (taux emprunts d’Etat de plus en plus ridicules, écarts de taux vis-à-vis des taux de swap ne rémunérant que très peu ou même pas du tout le risque bancaire ou d’entreprise).

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Ça fait rire les spéculateurs, ça ruine les salariés

Par Myret Zaki

Il existe un facteur qui permet aux investisseurs de voir s’apprécier exagérément la valeur de leur portefeuille par rapport aux fondamentaux économiques. Et qui, en même temps, cause une perte du pouvoir d’achat des salariés et, à terme, une dégringolade durable des conditions économiques et des finances étatiques.

Il s’agit de l’inflation, celle invisible aujourd’hui dans les statistiques, mais visible aux yeux des consommateurs, et évidente dans les prix des actions, de l’immobilier, et de l’art.

Cette inflation qui ne dit pas son nom sert d’unique politique monétaire depuis plus d’une décennie. Les indices officiels de prix à la consommation la sous-estiment grossièrement. Mais surtout, ces statistiques ne tiennent aucun compte de l’inflation la plus dangereuse, celle boursière et immobilière. Cette même bulle des prix qui avait causé le krach de 2008, et qui sera la cause inévitable du prochain krach.

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Pour sauver l’économie, faut-il brûler les billets de banque ?

Les billets de banque sont-ils un héritage encombrant du passé? Non seulement ils facilitent tous les trafics, mais en plus, selon certains économistes, ils seraient un obstacle à la politique monétaire des banques centrales. Il serait temps de les abandonner pour passer à la monnaie électronique.

Le premier argument n’est pas neuf, mais ne concerne pas tous les billets. Régulièrement, les banques centrales sont accusées de mettre sur le marché des grosses coupures dont la principale utilité serait de pouvoir circuler facilement dans des mallettes et de permettre le financement de toutes sortes d’activités illégales.

A la naissance de la monnaie unique, la création du billet mauve de 500 euros a fait l’objet de vives controverses; il a été expliqué à l’époque qu’il était nécessaire de prévoir une aussi grosse coupure pour faire oublier aux Allemands la perte du billet de 1.000 marks. Plus récemment encore, les députés européens ont remis en cause l’existence de ce  billet de 500 euros –parfois surnommé billet Ben Laden– et celle du billet jaune de 200 euros, les deux étant censés faciliter la fraude.

291 milliards en coupures de 500 euros
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La crise de croissance des pays émergents

Déconfiture monétaire, asthénie boursière, fuite des capitaux… En Chine comme en Argentine, en Afrique du Sud ou en Turquie, les économies toussent. Et c’est la planète entière qui s’enrhume.

Par Alain Faujas

Qui eût cru que les pays émergents seraient à leur tour touchés de plein fouet par la crise ? Il y a un an, ils caracolaient en tête de tous les palmarès de croissance. En 2008, ils avaient assuré 98 % de la création mondiale de richesse, selon le cabinet Euler Hermes. Les capitaux du monde entier affluaient pour profiter de leurs brillantes perspectives de développement.

Aujourd’hui, les nuages s’amoncellent sur leurs économies. Leurs populations grondent, et leurs monnaies s’affaissent les unes après les autres. Entre le 1er mai 2013 et le 30 janvier 2014, le peso argentin a perdu 35 % de sa valeur par rapport au dollar. Et les autres ne font guère mieux : – 21 % pour la livre turque ; – 20 % pour la roupie indonésienne ; – 19 % pour le rand sud-africain ; – 17 % pour le réal brésilien ; – 14 % pour la roupie indienne… Quant au rouble russe, il a perdu 11 % de sa valeur et, le 3 février, il a atteint le plus bas de son histoire face à l’euro.

“Pas de panique”, a conseillé le FMI, mais les financiers ne l’écoutent guère et fuient massivement les pays émergents

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Probabilité et mode de gestion d’une prochaine crise financière

Une prochaine crise financière peut connaitre son épicentre en dehors de la zone euro, mais sa force dévastatrice aura pour théâtre principal la zone euro. La raison en est qu’il s’agit de la zone la plus fragile du globe. Ses conséquences seront évidemment planétaires.

Face à la crise potentielle, des outils insuffisants ou improbables.

Les instruments mis en place pour protéger la zone euro aggravent la situation (politiques budgétaires)[1], ou ne permettent pas le réaménagement institutionnel, par ailleurs souhaité (MES, LTRO, OMT, Union bancaire, etc..).

Les transformations imaginées sont elles-mêmes irréalistes (émission de titres publics à l’échelle de la zone) ou fondées sur des hypothèses insuffisamment robustes.

Parmi ces dernières, on pourra citer celle imaginée par des proches des milieux bancaires[2] lesquels proposent des transferts vers le sud par des fonds d’épargne souscrits par des investisseurs du nord, essentiellement allemands, avec garantie du gouvernement allemand. Il s’agit d’un moyen d’échapper à des transferts directement publics et donc inacceptables du point de vue allemand[3].

Ce schéma est peu convaincant. Il suppose qu’effectivement les dettes soient converties en capital productif permettant l’alignement progressif de la productivité du sud sur celle du nord (privatisations dans de meilleures conditions que celles prévues par les structures de cantonnement).

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Contre la culture du mensonge, la culture de la France !

Par Aymeric Chauprade

Une nouvelle fois, après l’Irak, la Yougoslavie et la Libye, l’Occident a recours au mensonge le plus grossier qui puisse être : l’accusation d’usage d’armes de destruction massive.

La vérité est que le régime syrien est en train de gagner la bataille contre les terroristes islamistes et qu’il n’a pas besoin d’armes chimiques pour cela. Fort du soutien de l’Iran, du Hezbollah libanais et de la Russie (soutien politique sans failles), il est en train d’écraser son opposition islamiste, minoritaire dans le pays (bien que les sunnites soient majoritaires) et cela face à une rébellion islamiste internationale qui n’a plus d’autre issue que de tenter d’impliquer la France, le Royaume-Uni et les États-Unis dans la guerre.

Il faut dénoncer avec la plus grande fermeté ce mensonge de la rébellion islamiste et son soutien par le gouvernement français, soutien qui s’apparente autant à une trahison des intérêts de la France qu’à un crime contre la paix internationale.

Plus que jamais, il devient urgent de libérer la France des forces hostiles qui se sont installées au sommet de l’État, alors même que l’immense majorité de ceux qui servent cet État, dans les échelons subalternes, sont restés loyaux à la France et au Bien commun des Français.

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Philippe Béchade: Les taux échappent au contrôle des banques

L’absence de volume sur les marchés et les taux qui se tendent malgré les actions des banques centrales a été le thème abordé par Philippe Béchade, analyste, cerclefinance.com interviewé par Cédric Decoeur, dans Intégrale Bourse, sur BFM Business.

Jean Claude Werrebrouck sur Radio Ici et Maintenant

Jean Claude Werrebrouck était l’invité de Lisandre sur la radio Ici et Maintenant afin d’évoquer son livre Banques Centrales : Independance Ou Soumission ? A l’occasion de cet entretien Jean-Claude Werrebrouck s’exprime sur la monnaie, la dette publique, les banques centrales, sur le pourquoi et comment la dette publique est volontairement maintenue et non pas combattue, sur pourquoi les banques centrales financent le système bancaire et pas directement les états, sur la planche à billets (et singulièrement sur le cas à part de la planche à billets américaine) et sur le cas du Japon.

États-Unis : La nouvelle bulle immobilière

L’immobilier aux Etats-Unis s’emballe. Sur un an, le glissement des prix est supérieur à 10%. C’est la meilleure «performance» depuis 7 ans. 47 Etats sur 50 bénéficient de l’envolée. La palme revient au Nevada en hausse de 20% suivie de l’Arizona en hausse de 19% puis la Californie en hausse de 15%.

Depuis 2008, la politique monétaire vise à reflater. Pour cela, on a soufflé une bulle des emprunts d’Etat, celle-ci semble avoir atteint ses limites. On a soufflé une bulle des marchés d’actions; malgré des records marginaux récents, les bourses ont du mal à aller plus loin. Une troisième bulle est en train d’être soufflée, c’est celle de l’immobilier. On notera que les bulles ne se succèdent plus, elles sont maintenant simultanées.

Notre analyse est que le phénomène auquel on assiste est délibérément voulu. Bernanke et le système financier tentent une nouvelle expérience.

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Le jour où la banque centrale américaine cassera sa planche à billets

Beaucoup en Europe rêvent de voir la BCE emboîter le pas à la Fed. Mais le déversement de dollars sur l’économie américaine est pour le moins risqué.

La Banque centrale européenne (BCE) est restée fidèle à elle-même. Malgré une croissance négative de 0,6 % au quatrième trimestre 2012, l’institution de Francfort a une nouvelle fois repoussé, l’abaissement de son principal taux directeur fixé à 0,75 %. Une attitude qui ne devrait pas plaire à Arnaud Montebourg : le ministre français du Redressement productif avait dénoncé dimanche une BCE “remarquablement inactive” pour lutter contre la récession et l’envolée du chômage.

Il est vrai que la politique monétaire européenne contraste fortement avec celle de la Banque centrale américaine. Depuis le début de la crise financière, la Fed n’a pas hésité à faire marcher la planche à billets, via les désormais célèbres programmes de “quantitative easing”. Non contente de ramener ses taux d’intérêt à zéro, elle a massivement financé la dette du pays en absorbant dans son bilan plus de 1 700 milliards d’obligations du Trésor, soit l’équivalent de la quasi-totalité de la dette française !

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La «Grande récession», temps de crise et crises du temps

Claudio Borio est l’un des économistes monétaires les plus provocateurs et intéressants qui soient. Basé à la Banque des règlements internationaux (BRI) à Bâle, Borio fait partie de cette poignée de personnes qui signalèrent la fragilité du système financier dès 2003, en tirant la sonnette d’alarme sur certains des développements préparant la crise qui éclata à l’été 2007. Il a publié un document de travail intitulé “The financial cycle and macroeconomics: What have we learnt?”.

Les opérateurs de marchés, les médias et les hommes politiques ont un point commun : leur horizon de temps est borné. De quelques minutes à quelques heures ou quelques mois. La prochaine transaction, la prochaine une, la prochaine élection. D’où une certaine difficulté, voire une difficulté certaine, à penser les temps de crise, qui sont aussi des crises du temps. D’où aussi la recherche éperdue de raccourcis, d’échappatoires, du « truc » qui fera qu’enfin, on en finisse, on en sorte. Alors que cette crise là, ni accidentelle, ni occasionnelle, ni conjoncturelle, prend son temps, s’éternise, se hâte lentement vers un dénouement incertain.

À ce jeu, on risque le contre-pied : la zone euro qui ne devait pas passer l’année 2011 puis l’été 2012 est toujours bien là. La crise n’a jamais été celle de la monnaie unique. Dernier refrain à la mode : Mario Monti a « échoué », et toutes les politiques « d’austérité » avec lui. C’est, voyez-vous, qu’en un an de « pouvoir » accordé chichement par une classe politique italienne aux aguets, « Il Professore » n’a pas révolutionné l’Italie ni mis fin à une décennie de stagnation économique ou rectifié vingt années d’illusionnisme politique. De quoi « s’indigner » en effet.

Relevons au passage que les politiques budgétaires et monétaires réclamées à grands cris par nos impatients ont été mises en œuvre au Japon, premier pays avancé confronté à cette « crise de bilan », depuis vingt ans. Sans résultats. Vingt ans !

À qui voudrait échapper à cet horizon bouché comme un ciel d’hiver parisien, on ne saurait trop recommander (avec retard) le texte que Claudio Borio a publié sur le site de la Banque des règlements internationaux (BRI), « la banque des banques centrales », sous le titre « On time, stocks and flows: Understanding the global macroeconomic challenges » (Du temps, des stocks et des flux : comprendre les défis macroéconomiques globaux).
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On joue avec le feu !

par Nouriel Roubini

Depuis juillet les marchés financiers espèrent que la situation économique et les perspectives géopolitiques mondiales ne vont pas s’aggraver, ou bien que dans ce cas les banques centrales soutiendront l’économie et les marchés en injectant à nouveau des liquidités et en procédant à une phase de relâchement de la politique monétaire supplémentaire.

Les bonnes nouvelles (ou meilleures que celles que l’on attendait) ont donc redynamisé les marchés. Cependant les mauvaises nouvelles ont joué le même rôle, parce qu’elles augmentent la probabilité que les responsables des banques centrales qui servent de pompiers – tels Ben Bernanke, le responsable de la Réserve fédérale américaine, et Mario Draghi, le président de la Banque centrale européenne – inondent les marchés de flots de liquidités.

Mais les marchés qui se redressent qu’elles que soient les nouvelles, sont instables. Si la situation économique s’aggrave et si la confiance à l’égard de l’efficacité des responsables politiques chute, des phases durant lesquelles les investisseurs inquiets ne prennent aucun risque vont probablement réapparaître.

Dans la zone euro, la décision de la BCE d’aider les pays en difficulté en achetant potentiellement sans limite leurs obligations a suscité l’euphorie. Pourtant cela n’a pas changé la règle du jeu, mais simplement permis aux dirigeants politiques de gagner du temps pour appliquer les mesures difficiles indispensables pour résoudre la crise. Or les défis politiques sont impressionnants : la récession de la zone euro s’aggrave, alors que les mesures de consolidation budgétaires supposées résoudre la crise continuent à s’appliquer et que le crédit reste toujours sévèrement rationné. Les banques de la zone euro et le marché des dettes publiques se balkanisent de plus en plus, il va donc être extrêmement difficile de parvenir à une union bancaire, budgétaire et économique, tout en poursuivant une politique macroéconomique destinée à restaurer la croissance, la balance extérieure et la compétitivité.

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Les 2 guerres mondiales et la guerre de la mondialisation

Rapprochement surprenant tant les faits correspondants sont incomparables aussi bien du point de vue de leur nature que de celui de l’ampleur en termes de drames humains. Pour autant il est des aspects qui rassemblent ces deux types d’événements.

La Chute de Babylone, Marie-Hélène Fournier

Le premier est celui des déficits publics, de la dette correspondante devenue abyssale dans l’un et l’autre cas, et de sa gestion au terme d’un moment que l’on peut appeler effondrement.

Le second lui est lié , il s’agit de la plus ou moins grande conscience du fait monétaire lui-même : quel degré de liberté, quel recul, ces événements introduisent-ils dans l’aliénante loi d’airain de la monnaie ?

Au-delà, la légitimité d’un rapprochement suppose  celle de l’expression de guerre de la mondialisation. Comment parler de guerre si ces organisateurs traditionnels des conflits que sont les Etats se dissolvent dans un marché mondial? La réponse est évidemment très simple et nous savons que la mondialisation n’est qu’une phase spécifique de l’aventure étatique : il n’existe pas de dissolution mais une simple déformation de structures qui non seulement restent granitiques (Chine, USA, etc.) mais au surplus se multiplient par fragmentation ou recomposition (URSS, Yougoslavie, Tchécoslovaquie, Soudan, etc.).

La guerre de la mondialisation est ainsi une guerre économique dans laquelle les Etats sont pleinement impliqués dans des fonctions logistiques  organisationnelles ou d’ intendance, et fonctions qui ne sont pas complètement étrangères à celles validées dans les  guerres classiques.

Enfin le rapprochement est intéressant en ce que les dettes publiques susvisées, dans l’un et l’autre cas, disparaissent souvent – totalement ou partiellement – soit de façon involontaire (inflation) soit de façon négociée (« Hair-cut »  apparaissant sous la forme d’un traité : Allemagne 1953, Grèce 2012, etc.)

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Olivier Delamarche : « Une minute de plus Monsieur le bourreau »

Olivier Delamarche, du groupe Platinium Gestion, le 04 septembre 2012 sur BFM Radio, met les points sur les i, dans l’émission “Intégrale Bourse.

« On attend du dieu Bernanke qu’il prêche la bonne parole, qu’il indique ce qu’il va faire pour sauver le monde et en fait on est toujours déçu – Il échoue lamentablement à réduire le chômage depuis 3 ans avec les quantitative easing – Monsieur Draghi est un disciple de Monsieur Bernanke – L’Espagne qui appelle à l’aide cela signifie pour nous tous des dettes insoutenables et une réduction de la croissance. »

Faut-il s’inquiéter de l’explosion des bilans des banques centrales ?

Les plans d’assouplissement quantitatif se multiplient en Europe et aux Etats-Unis. De fait, les bilans des banques centrales ont explosé depuis 2007. Richard Barley, du Wall Street Journal, expose les raisons de s’alarmer.

Face à ces cinq années de crise financière mondiale, les banques centrales ont tenté de relancer l’économie de leur pays. Et ce, en recourant à des politiques monétaires exceptionnelles, se traduisant par des baisses historiques du niveau des taux directeurs, ainsi que des plans d’assouplissement quantitatif. Mais, malgré ces efforts, Richard Barley explique dans son éditorial du Wall Street Journal que la sortie de la crise ne se profile toujours pas à l’horizon.

(…)

Les bilans des banques centrales atteignent des records

De fait, les bilans des banques centrales ont explosé les compteurs en cinq ans. En tête, le bilan de la Banque d’Angleterre a presque quintuplé entre mai 2007 et aujourd’hui, pour un montant de 385 milliards de livres sterling (485 milliards d’euros).
La Banque Nationale Suisse n’arrive pas très loin derrière : avec 435 milliards de francs suisses (362 milliards d’euros) au compte d’actifs, son bilan s’est multiplié par 4,1. De l’autre côté de l’Atlantique, les actifs de la réserve fédérale s’évaluent à présent à 2,8 trillions de dollars (2,2 trillions d’euros), près du triple par rapport au printemps 2007. La BCE prend la dernière place de ce palmarès… Elle compte dans son bilan 3,1 trillions d’euros en actifs, soit 2,6 fois plus qu’en 2007. Le rachat des dettes espagnole et italienne, du moins en partie, pourrait certainement changer la donne.

La multiplication des plans d’assouplissement quantitatif

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Banques : L’effroyable risque systémique dissimulé dans les bilans

Seconde partie (la première est ici) de notre série consacrée aux raisons de la crise et aux réformes nécessaires au pays, mais aussi à l’Europe, pour y faire face.

Pour comprendre la crise financière de 2008, il faut partir de cette prérogative donnée à la finance de créer de la monnaie à partir de rien – quasiment sans encadrement réel des pouvoirs publics avec abandon progressif des réglementations mises en place et la possibilité, en outre, de diluer le risque financier dans le marché, de le faire donc porter à la société (voir cette précédente série d’articles). (…)

Si on ne veut pas s’attaquer à la titrisation et aux produits dérivés, en demandant par exemple qu’au moins 50% des prêts restent sous la responsabilité des banques et en limitant les produits dérivés aux professionnels qui en ont besoin pour des raisons de sécurité, nous tomberons de crise financière en crise financière. Et la ponction de la finance sur l’économie réelle et sur la société sera de plus en plus insupportable : si bien qu’elle pourrait conduire à une révolte totale de la société. Qui le dit ? Où sont les responsables politiques qui abordent cette question en expliquant la situation ?

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Ce que cachent les soldes de comptes Target2

Cet article est la traduction de la tribune de Jean Weidemann, le gouverneur de la Banque centrale allemande, parue le 12 mars 2012 dans le Frankfurter Allgemeine Zeitung, traduite par Marina pour www-les-crises.fr.

Le président de la banque fédérale allemande Weidmann prend la parole au milieu du débat à propos du Target. La clé pour solutionner la crise de la dette ne résiderait pas entre les mains des banques centrales, affirme-t-il dans une tribune de la F.A.Z. (Frankfurter Allgemeine Zeitung).

Le nouveau Target 2 devient actuellement le symbole de la violente remise en question de la contribution de l’Eurosystème à la limitation de la crise. Que se cache t-il réellement derrière cette notion, qui est pour beaucoup synonyme de risques supplémentaires pour le contribuable?

En bref, Target 2 est le moyen de transfert des liquidités circulant au sein de la Zone euro. Par ce système de paiement, l´argent de la Banque Centrale Européenne est distribué aux banques émettrices nationales de la zone Euro. Ces liquidités se concentrent dans certains pays, en particulier du fait des mesures de refinancement des banques nationales par les banques d´investissement. La transaction est accomplie lorsque l´argent de la banque centrale d´un pays est transféré à un autre pays. À ce moment précis, naissent les créances et obligations contre la BCE, qui sert de chambre de compensation. D’un côté la banque d´émission transférante crée une obligation (un solde de compte Target2 négatif), tandis que de l’autre côté la banque d´émission réceptrice obtient une créance (un solde compte Target2 positif).

Si la politique monétaire dans la zone Euro était centralisée entre les mains de la BCE, il n´y aurait certes plus de compte Target2, mais cela ne provoquerait en soi aucun changement au niveau des risques de la mise à disposition des liquidités.

Avant la crise, les soldes de compte étaient très largement équilibrés. Les liquidités mises à disposition par les banques d’émission nationales pour le refinancement des banques d’investissement étaient essentiellement ponctionnées sur les réserves obligatoires ainsi que sur la monnaie en circulation. La nécessité de refinancer des banques à l’échelle internationale a trouvé théoriquement comme solution un afflux de capitaux privés, entre autres par le truchement de crédits interbancaires. Depuis l’éruption de la crise financière, et principalement de la crise des dettes souveraines, la confiance placée dans certains pays et dans leurs systèmes bancaires respectifs s’est considérablement affaiblie. Les sources de refinancement privées, marchés interbancaires inclus, sont devenues de moins en moins abondantes, se révèlent beaucoup trop chères et se sont de toute façon presque taries. Pour alimenter ce besoin en liquidités, et ainsi couvrir par exemple l´achat de valeurs ou les flux de capitaux, des mesures renforcées ont été prises par l’Eurosystème. Cela c’est révélé possible, puisque l´Eurosystème, depuis le début de la crise financière, avait progressivement augmenté son provisionnement de liquidités, celles-ci étant mises à disposition en contrepartie de garanties de crédits d’une étendue infinie, à bas taux et sur des durées sensiblement plus longues. De plus les exigences de garanties, entre autres les seuils de cotation, ont été largement revues à la baisse.

Le rôle du provisionnement de liquidités a donc radicalement changé: elle ne sert plus seulement à mettre à disposition le minimum d’argent nécessaire à la banque centrale, mais l´Eurosystème remplace désormais à large échelle le marché interbancaire et autres flux de capitaux internationaux.

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Une crise qui nous vient de si loin…..

On a souvent tendance à penser que l’actuelle grande crise remonte à l’été 2007, avec le début de l’effondrement du marché des crédits hypothécaires américains. Et ce dernier viendrait – est-il souvent assuré- mettre un terme à trente années d’une formidable croissance mondiale qui aurait arraché de la misère plus d’un milliard d’individus. Cette façon de voir les choses n’est sans doute pas inexacte, mais ne permet pas de repérer la dynamique du long terme qui seule nous amène à nous situer clairement  dans le présent.

Nous chercherons ici à expliquer, que la présente situation est le résultat de la déformation progressive d’un régime de croissance, qui a abouti à une dislocation planétaire, laquelle s’évalue en termes de soldes extérieurs nationaux de plus en plus déséquilibrés, et probablement non durables, car socialement beaucoup trop douloureux. Ce régime de croissance s’appelle régime Fordien ou régime d’accumulation intensive, et les toutes premières manifestations de son dérèglement remontent au beau milieu des années 60, et ce dans la plupart des pays développés.

La cohérence Fordienne, version particulière d’un « ordre organisé »

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Monnaie financière: une nouvelle monnaie?

Lorsqu’une banque s’endette auprès du système bancaire pour mener des opérations financières pour son propre compte, il y a lieu de s’interroger sur la création d’une monnaie financière.

Pris de quelque crise de mysticisme aigu, les passionnés d’économie devraient se promener en procession, portant une image de billet de banque et une pièce d’or en avant du cortège et marmonnant « fiduciaire, fiduciaire, fiduciaire ». Ils nous diraient par ce mouvement étrange de la part de gens dont on pense qu’ils sont profondément ancrés dans la réalité que la monnaie n’est que croyance, conviction et confiance et cela, depuis la nuit des temps. On n’ira pas se plonger dans ces temps-là, c’est le job des ethnologues.

La monnaie sans cesse inventée.

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La dépression des années 20 provient d’une erreur d’application de l’étalon-or

Par Antal E. Fekete, professeur de mathématiques et de statistiques, Université de Newfoundland (Canada) - Gold University. Conférence donnée le 6 octobre 2010 au Munich Economic Talks.

L'Allemagne au poteau de torture – Carte postale, 1920

D’après une information récente, très peu relayée par les médias, le 3 octobre 2010 dernier, l’Allemagne a effectué son ultime paiement des réparations issues de la première guerre mondiale, mettant ainsi un terme à plus de 90 années d’esclavage. Cet événement est hautement symbolique. Il me donne l’occasion d’être l’un des premiers à vous adresser mes félicitations, et ce, littéralement quelques heures après la libération du peuple allemand de cet esclavage.

J’ai étudié la monnaie et le crédit depuis plus de cinquante ans. Je pourrais faire la synthèse de mes études comme suit : la plupart, si ce n’est la totalité de grands événements de l’histoire de l’humanité depuis l’avènement de la monnaie, ont une explication causale. Les causes peuvent être trouvées dans l’utilisation ou l’abus d’utilisation de la monnaie et du crédit — on arrive à ce résultat, à condition de s’enfoncer suffisamment profondément dans l’historiographie.

Mon discours se veut sans passion aucune, bien ancré dans la pensée économique et certainement libre de toute tonalité nationaliste. Ce soir, je voudrais illustrer ma thèse au travers de l’exemple suivant :

La Grande Dépression de 1930, et en particulier le chômage sans précédent, a été causée par la décision des puissances victorieuses de l’Entente de revenir à l’étalon-or d’avant guerre, mais sans permettre à une institution de compensation issue de l’étalon-or, le marché international des effets, de reprendre du service.

Cette décision a été prise en secret, elle n’a jamais été rendue publique. Or, il n’y a aucun doute sur le fait qu’en 1920 tout le monde, y compris Keynes lui-même, admettait la désirabilité d’un retour expéditif à l’étalon-or. S’il n’y avait pas eu la décision de l’abolir, le commerce des effets aurait repris spontanément.

Le but de cette décision était d’accomplir par la force pure un blocage multilatéral du commerce mondial. Il fallait le remplacer par un commerce bilatéral ou bien, pour nommer les choses par leur nom, un système de troc. Pourquoi les puissances de l’Entente ont-elles pris une décision si sotte, qui allait heurter leurs propres producteurs et consommateurs et empêcher la reconstruction ? Elles le firent parce qu’elles voulaient punir l’Allemagne au-delà du Traité de Versailles.

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Attali : « Les financiers ont raison de ne pas se gêner »

Les puissances publiques des pays développés sont prêtes à se ruiner plutôt que de laisser s’effondrer des banques ou des institutions financières. Qui en profitent largement.

Rien n’est plus stupéfiant, en apparence, que l’euphorie qui s’empare de tous les marchés boursiers en cette fin d’année. La plupart des analystes sont d’accord pour dire que la crise financière est terminée, que les marchés financiers sont sous-évalués, que les indices boursiers ne peuvent que monter massivement en 2011, même en Europe : le consensus est de plus de 10% pour le seul CAC 40.

Et pourtant, au fond, rien n’a changé : les dettes publiques et le chômage continuent d’augmenter dans presque tous les pays occidentaux, tandis que l’euro et le dollar se disputent le prix de la monnaie la plus fragile. En Europe, comme au Japon, la récession est bien là. Aux États-Unis, 17% de la population active est au chômage.

Cette contradiction apparente est facile à expliquer. Les prêteurs et les investisseurs ont fini par admettre que leurs rêves les plus fous étaient en train de se réaliser : banques centrales et gouvernements des pays développés sont prêts à se ruiner, en s’endettant, en émettant de la monnaie ou en achetant des titres sans valeur, plutôt que de laisser s’effondrer des banques ou des institutions financières.
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La zone euro en pleine autodestruction ?

En quelques mois, l’impensable a été mis en chantier : un dispositif de renégociation des dettes pour les pays de la zone euro. Sous la pression de la chancelière allemande Angela Merkel, les ministres des Finances des pays de l’Eurogroupe ont en effet confirmé, le 28 novembre à Bruxelles, la création d’un nouveau système, l’European Stability Mechanism (ESM).

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Un mécanisme de concordat, en quelque sorte, qui entrera en fonction en 2013.

Un été pour étudier

Les négociateurs du traité de Maastricht (1992), qui avaient donné naissance à l’euro, n’ont pas pensé à cette hypothèse lorsqu’ils ont rêvé à la monnaie unique dans les années 1980. «Des mécanismes organisant la résolution des problèmes de solvabilité des États existent ou ont été discutés, au FMI notamment, mais ils ne visent que les pays émergents», précise André Sapir, professeur d’économie à l’ULB et membre du think tank européen Bruegel.

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La crise financière mondiale de 2011 a-t-elle commencé ?

Par Georges Ugeux

Où que l’on regarde, les feux avant-coureurs d’une prochaine crise financière s’allument. Elle commencera sur l’Atlantique, mais cette fois, elle devrait être contagieuse dans le Pacifique. Elle pourrait être pire que celle de 2007-2008.

Je ne pose pas cette question à la légère. L’Occident a vécu au-dessus de ses moyens et le tsunami commence à prendre de l’ampleur aux États-Unis et en Europe. Cette fois, il touchera au coeur les finances publiques. Tandis que les étudiants britanniques manifestent pour leur minerval, les Français manifestent pour leur retraite, et les Irlandais et les Portugais sont dans la rue contre l’austérité, ce n’est pas moins qu’une course contre la montre qui est engagée.

Il n’y aura pas moyen d’éviter une crise : il faut à tout prix cependant mettre sous contrôle le risque d’emballement et tenter de la maîtriser. Le drame est que des deux côtés de l’Atlantique, la crise fait apparaître une réalité difficile à maîtriser : le dysfonctionnement politique.

Les États-Unis ont un système politique qui est enrayé depuis des années, et les élections de novembre mettent autant les démocrates que les républicains au pied du mur. Il n’y a plus moyen de prendre quelque mesure que ce soit sans qu’elle fasse l’objet d’un bras de fer où les républicains forcent leur chemin à la Chambre et les démocrates verrouillent le Sénat.

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« L’Euro n’est qu’une sous lire italienne »

Ceux qui ont cru que l’euro serait un super deutschemark doivent se rendre à l’évidence que ce n’est qu’une sous lire italienne, évidemment inadaptée à l’ensemble des États-membres de la zone euro…

Au delà de la réunion du G20 que nous interprétons comme un véritable G2 entre les États-Unis et la Chine (tous les autres pays, en particulier européens, n’ayant fait que de la simple figuration) c’est-à-dire comme l’amorce d’une inévitable coopération américano-chinoise monétaire et commerciale pour leur cogestion du dollar US devenu de facto monnaie commune américaine et chinoise, qui ne pourra se conclure qu’après une période plus ou moins longue de bras de fer entre les deux États – sujet sur lequel nous reviendrons dans un prochain message -, la zone euro n’en finit pas de payer son incapacité structurelle à renouveler les mécanismes qui règlent son fonctionnement comme sa mauvaise gestion de la crise financière de 2007-2008-2009 puis de la crise grecque et de leurs suites.

Alors que la plupart des banques zombies ne présentant pas de risque systémique auraient dû être mises en faillites, les États et banques centrales se sont ruinés à les recapitaliser ou à reprendre leurs actifs toxiques, sans que lesdites banques remises plus ou moins à flot recommencent à prêter à l’économie réelle.

Alors que la Grèce aurait dû abandonner l’euro pour sortir de sa stagnation économique, redevenir internationalement compétitive et ne pas s’endetter toujours plus à des taux d’intérêts prohibitifs -sans aucune capacité de rembourser un jour tous ces montants empruntés- en restructurant sa dette souveraine à la suite d’un défaut organisé avec ses créditeurs sur cette dernière, c’est maintenant au tour de l’Irlande et du Portugal (et bientôt de l’Espagne) de se retrouver sous pression.

Le Quantitative Easing de la Banque centrale européenne ne suffira pas à éponger toutes leurs dettes étatiques et bancaires comme à leur apporter de l’argent frais. Et le Fonds européen prévu pour les financer n’est ni opérationnel ni capitalisé. Tous ces États vont nécessairement sortir de l’euro dans les prochaines semaines ou mois, en plein krach obligataire européen d’une taille sans précédent, ce qui entraînera sa chute additionnelle contre le dollar US et la plupart des autres monnaies.

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La guerre des monnaies aura lieu

Lors de sa réunion des 2 et 3 novembre, la FED a confirmé son opération QE2. De quoi s’agit-il ?

A l’issue de sa réunion de septembre, la FED avait déjà annoncé que la faiblesse de la conjoncture économique aux États-Unis pourrait l’amener, à partir de novembre, à mettre de nouveau en œuvre des mesures « non conventionnelles », c’est-à-dire des mesures quantitatives d’injection de monnaie centrale (« quantitative easing »), puisque les taux d’intérêt sont à zéro et que la politique conventionnelle ne peut donc aller plus loin.

La FED voulait ainsi rééditer sa campagne de 2009, et les analystes ont immédiatement trouvé un nom à son projet : QE2 (quantitative easing 2). L’annonce du 3 novembre confirme l’injection de 75 milliards de dollars par mois pendant 8 mois, soit au total 600 milliards de dollars.

Mais un examen attentif du compte-rendu des débats et des commentaires qui ont suivi la réunion de septembre montre que les motivations sont aujourd’hui très différentes de ce qu’elles étaient en 2008-2009. A cette époque, la FED était préoccupée par une chute de la demande. Aujourd’hui, les responsables semblent plutôt inquiets du risque de déflation.

De fait, malgré les montagnes de liquidités déversées par la FED en 2009, l’inflation sous-jacente pour les États-Unis (1) a continué de baisser pour être aujourd’hui en dessous de 1%, exactement comme cela s’est passé au Japon dans les premières années de la décennie 1990.

Ben Bernanke, le patron de la FED, est un spécialiste de ces questions et il fera certainement tout ce qui est en son pouvoir pour éviter que son pays ne tombe dans la même spirale funeste.

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On n’est pas sortis de l’auberge !

L’actualité des marchés sera probablement orientée vers le secteur bancaire en début de semaine prochaine, une fois révélée les décisions finales de Bâle III, sur la notion de solvabilité des banques européennes. Malgré une légère montée d’inquiétude, la semaine s’achève par une hausse relative des indices.

Mais au-delà des mouvements erratiques à court terme, il est d’autres évidences de long terme, largement combattues par les banques centrales, qui régissent les marchés.

Secteur bancaire : exit la toute puissance anglo-saxonne

Parmi celles-ci figurent plusieurs réalités actées, chiffrées et globales, que la création monétaire ex nihilo n’est pas en mesure de neutraliser. Puisque nous évoquons le secteur bancaire, le premier tableau ci dessous, extrait du dernier article de Gordon T Long, comme l’ensemble des graphiques de cette rubrique, est particulièrement clair.

L’implosion du système bancaire US et ses conséquences sur l’ensemble des institutions financières occidentales, a relégué le système bancaire anglo-saxon derrière le secteur bancaire chinois en une décennie à peine. Qui plus est, en 1999, seule deux institutions helvètes parvenaient à se glisser dans un Top 20 quasiment exclusivement anglo-saxon, alors qu’en 2009, la globalisation financière est devenu un fait établi, avec une belle diversification géographique du Top 20 financier, les anglo-saxons ne représentant plus qu’un cinquième du tableau !

Ce tableau préfigure en soi les changements en cours dans l’ordre financier global, y compris au sein du FMI, par exemple.

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Pas d’emplois, pas de relance de la consommation !

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« Vive l’inflation ! » Le FMI ose toucher à un tabou économique

Enfin, un débat sur l’inflation ! Et porté par qui ? Par le gardien de l’othodoxie financière, le FMI lui même. Son économiste en chef, Olivier Blanchard, a osé briser un tabou il y a quelques jours en écrivant qu’après tout, viser 4% d’inflation serait plus favorable à l’économie (actuellement, les banques centrales s’efforcent de ne pas dépasser 2%). Se fixer un objectif un peu plus lâche, à lire l’article publié sous son autorité (disponible en français), permettrait aux banques centrales de se décrisper un peu. L’objectif de 2% les paralyse en effet : si elles pouvaient baisser plus rapidement leurs taux d’intérêt, elles donneraient un peu plus d’oxygène à l’économie quand celle-ci en a besoin.

Hyperinflation en Allemagne dans les années 30

On a droit, depuis la publication de cet article, à un concert de protestations en provenance des grands argentiers de la planète. « Le FMI joue avec le feu » a déclaré le patron de la Bundesbank, Axel Weber, dans une tribune au Financial Times Deutschland publiée jeudi. Ce qui est menacé, selon, lui, c’est pas moins que « la crédibilité acquise depuis des décennies par la politique monétaire » !

Ben Bernanke, le grand manitou de la Réserve fédérale, s’est lui aussi étranglé devant le congrès américain : « 4%, pourquoi pas 5%, 6%, 7% ? »

Dès qu’il s’agit de l’inflation, on touche à une vache sacrée Lire la suite

La crise des années 2010, en dix épisodes

Par Olivier Demeulenaere

Une nouvelle décennie vient de s’ouvrir, avec son lot d’incertitudes et de menaces. J’en ai retenu dix, un choix évidemment subjectif et restrictif, tant nous nous avançons aujourd’hui en terre inconnue.

La « crise des années 2010″ (Jean-Claude Werrebrouck) nous frappe déjà de plein fouet, mais bien malin qui pourrait dire ce que l’avenir nous réserve. Ce qui suit est donc une fiction, un simple exercice d’anticipation. Chacun des épisodes successifs évoqués ci-dessous n’est qu’une projection poussée à l’extrême. La probabilité que l’ensemble du scénario se réalise dépend d’une multitude de paramètres et d’un enchaînement – ou emballement – des faits a priori peu vraisemblable. Comme dit le vieil adage, le pire n’est jamais sûr. Ce qui ne dispense pas de s’y préparer. Lire la suite

L’étalon-or crée et protège les emplois

gold standardCertains lecteurs pourraient se demander : «Qu’est-ce que l’or a à voir avec les emplois ? Les personnes qui thésaurisent de l’or ne sont certainement pas des créateurs d’emplois et épargner toujours davantage d’or n’arrange rien du tout. »

L’or est bien lié aux pertes d’emplois aux USA et il est bien aussi lié à la création d’emplois dans l’économie américaine. Revenons aux années 1960. Pendant ces années les USA et le monde étaient dans un système d’étalon or et dollar.

Dans les années 60, les pays prenaient soin de maintenir une balance monétaire constante entre leurs importations et leurs exportations. Ils voulaient tous être dans la situation où ils exporteraient davantage qu’ils n’importeraient, de sorte que leurs balances d’or ou de dollars augmenteraient dans leurs Trésors respectifs.

Pour être plus précis, ils souhaitaient tous exporter plus qu’ils n’importaient, à l’exception des États-Unis.

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Repenser les banques centrales

Par Thomas Piketty

Les banques centrales peuvent-elles nous sauver ? Non, pas complètement. Mais elles détiennent une partie de la solution à la crise actuelle. Reprenons par le commencement. Depuis toujours, il existe deux façons pour l’État de se procurer de l’argent : faire payer des impôts, ou fabriquer de la monnaie.

De façon générale, il est infiniment préférable de faire payer des impôts. La planche à billets se paie par de l’inflation, dont on maîtrise mal les conséquences distributives (ceux dont le revenu est moins revalorisé que les autres paient le prix fort), et qui désorganise les échanges et la production. Une fois lancé, le processus inflationniste est en outre difficile à arrêter, et n’apporte plus aucun bénéfice.

Dans les années 1970, l’inflation atteignait 10 % à 15 % par an, et cela n’a pas empêché la stagnation économique et la montée du chômage. Cet épisode durable de «stagflation» a convaincu les gouvernants et les opinions que les banques centrales devaient être «indépendantes» du pouvoir politique, dans le sens où elles devaient se contenter de faire progresser lentement et régulièrement la masse monétaire afin de cibler une inflation faible (1% ou 2%). Personne n’a été jusqu’à proposer que les banques centrales soient privatisées (jusqu’en 1936, la Banque de France était la propriété d’actionnaires privés).

En Europe comme aux États-Unis, les banques centrales demeurent intégralement possédées par les États, qui fixent leurs statuts, nomment leurs dirigeants, et empochent leurs éventuels bénéfices. Simplement, les États leur ont donné un mandat se réduisant à une cible d’inflation faible. L’ère des prêts massifs aux États comme au secteur privé était censée être révolue. Les banques centrales ne devaient plus jamais tenter d’intervenir dans le fonctionnement de l’économie réelle.

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George Soros : « Les banques sont plus puissantes que jamais »

Atteint par des rumeurs de complot contre l’euro, l’homme d’affaires antilibéral retourne l’accusation vers les « banques centrales du monde entier ». Au sortir d’une réunion avec la Fed et le FMI, George Soros explique la crise économique. Analyse d’un ex-spéculateur.

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Célébrité, pouvoir et fortune obligent, des costauds montent la garde à l’entrée de sa suite dans un grand hôtel de Washington. A bientôt 80 ans, George Soros, multimilliardaire progressiste, reste la bête noire des excités de la droite dure américaine. Mais, aujourd’hui, c’est avant tout l’homme d’affaires qui semble souffrir et se protéger, blessé par les rumeurs sur sa prétendue participation à un complot contre l’euro, qui ravivent la sombre mythologie du “casse de la Banque d’Angleterre”, ce milliard de dollards qu’il engrangea en 1992 en spéculant contre la livre sterling.

Le financier antilibéral, ennemi de tous les “grands déséquilibres” depuis son épopée d’enfant juif hongrois rescapé du nazisme, s’insurge pourtant encore contre les dogmes, y compris celui du marché financier, objet de son dernier livre, Quelques leçons tirées de la crise (Denoël). Ce recueil de ses conférences à la Central European University de Budapest, fondée par ce philanthrope insatiable, est l’une des raisons de son prochain passage en Europe.

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Le virus mutant de la crise

Entretien avec Jacques Sapir

1.- Vous affirmez que l’on ne doit pas confondre le capitalisme et le marché. Quelle est la différence entre l’économie capitaliste et l’économie de marché ?

On a en effet souvent tendance à confondre ces deux notions. Or elles ne sont pas synonymes. Le marché, pris au sens théorique du terme, est un mode de coordination, mais il n’est pas le seul. On constate que, partout où l’on trouve des marchés, on trouve aussi d’autres modes de coordination, comme les réseaux et les hiérarchies, et surtout des institutions sans lesquelles les marchés ne sauraient fonctionner.

Au sens strict du terme, une économie de marché utiliserait uniquement le « marché » comme mode de coordination. Les entreprises n’y existeraient pas. Dans un sens moins strict, on utilise souvent le terme en opposition à « économie mixte » ou encore à « économie planifiée » en oubliant que, dans ces économies, les marchés sont aussi présents. Le problème, avec ceux qui parlent d’économie de marché, est qu’ils ne savent pas à quels marchés ils font référence, et qu’ils ignorent, ou feignent d’ignorer, que certains marchés sont des institutions et parfois même, comme dans le cas des Bourses du monde entier, des entreprises. L’économie de marché, au sens d’une économie entièrement régie par le principe du marché, me semble une impossibilité théorique. Elle relève d’une utopie libérale, au même titre que la société sans classes et sans État.

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Les trois krachs qui mènent à la réforme monétaire

Nous vivons actuellement trois krachs : un krach monétaire avec la chute de l’euro et accessoirement de la livre sterling, un krach obligataire avec la chute des obligations d’État des pays du sud de l’Euroland, un krach boursier avec la chute des actions partout dans le monde.

explosion krach origineLa cause principale de ces krachs tient à l’orgueil démesuré des hommes de l’Etat (politiciens, technocrates et banquiers centraux) qui se sont arrogé en 1971 le droit de casser ce qui restait de stabilité au Système monétaire international, basé sur la convertibilité du dollar en or et les taux de change fixes.

Leur but était de pouvoir mettre en place une gigantesque pyramide de crédit, dont ils attendaient – selon les préceptes interventionnistes keynésiens – qu’elle apporte à l’Occident la prospérité perpétuelle. Ou, à défaut, leur permette de contrôler les mécanismes politiques, économiques et financiers que leur intelligence supérieure – croyaient-ils à tort – organiserait bien mieux que ne pouvait le faire le marché libre !

Depuis lors, une économie d’endettement et de spéculation abominablement instable s’est développée aux USA, en Europe et au Japon pour atteindre l’inimaginable sommet actuel caractérisé par la faillite virtuelle et bientôt réelle des États et des banques centrales – sans parler des grandes banques «privées» passées sous le contrôle étatique – dans un contexte de croissance économique proche de zéro et de chômage de masse.

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Crise : gagner du temps n’est pas suffisant (2)

Suite et fin de la Tribune de l’économiste Jacques Sapir à propos des mesures de sortie de crise adoptées par nos dirigeants. L’économiste esquisse une alternative à un système monétaire international durablement en crise.

Il convient donc, et ce très rapidement, de s’atteler à la réforme de la zone Euro, mais aussi de se préparer au pire. Le fait que le tabou d’un engagement des Banques Centrales (et de la BCE au premier chef) ait été partiellement levé, est une bonne chose. Mais, soit on s’oriente vers une monétisation d’une partie des déficits (et il est peu probable que l’Allemagne l’acceptera), soit on se rendra rapidement compte que les facteurs de blocage que l’on connaissait avant cette crise perdurent. De même, la question de la compétitivité au sein de la zone Euro reste entièrement posée.

Il faut redonner de la souplesse au système

Tel était le principe d’un Euro monnaie non unique mais simplement commune, venant chapeauter les monnaies nationales, dans un cadre où les parités seraient fixes mais régulièrement révisables. Ceci correspond à la seule solution permettant de gérer l’hétérogénéité des dynamiques économiques, hors d’un budget européen réellement conséquent qui est aujourd’hui une impossibilité politique.

Enfin, il convient de le protéger contre de nouvelles attaques spéculatives et, pour cela, d’introduire à l’extérieur de la zone des mécanismes de contrôle sur les mouvements de capitaux à court terme.

Il est donc nécessaire de maintenir le rythme des changements, tel qu’il s’est manifesté ce dimanche [9 mai 2010]. Mais, ceci se heurte directement à la temporalité des politiques qui comptent en mois, quand ce n’est en années, problème que vient renforcer la crise politique larvée que vit l’Allemagne.

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“Au bord du gouffre, les Européens ont mis de côté les égoïsmes nationaux”

L’économiste Michel Aglietta revient (…) sur les enjeux et conséquences du plan de secours historique de 750 milliards d’euros, qui vient d’être adopté pour sauver la zone euro.

En quelques semaines, on est passé d’une aide de 45 milliards d’euros à la Grèce à un gigantesque plan de secours de 750 milliards d’euros pour la zone euro. Que s’est-il passé ?

On est passé d’une crise de la dette d’un pays à la crainte d’une déstabilisation de l’ensemble des marchés financiers. C’est le grand retour du risque systémique que l’on a connu au plus fort de la crise financière en octobre 2008. Le montant est forcément gigantesque car il renvoie à l’ensemble des dettes publiques de la zone euro. L’idée est d’avoir une force de frappe suffisamment importante pour empêcher la spéculation de détruire la zone euro.

La zone euro était-elle réellement menacée d’explosion ?

Oui, la situation était plus que périlleuse ; tous les signes d’un risque systémique étaient réunis : la hausse des taux obligataires, la chute des indices boursiers et les difficultés de financement sur le marché interbancaire. Il était urgent pour l’Europe de réagir.

Est-ce la fin de la crise que traverse la zone euro ?

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