Le Nouveau Grand Jeu (docu)

Après des siècles de domination navale des eaux du golfe persique, les grandes puissances occidentales font désormais face à la compétition de la Chine et de l’Inde qui arrivent dans la région affamées de ressources et dotées de portefeuilles bien garnis.

Réalisé par Alexandre Trudeau (2012)

Revoir également : La Corne d’Afrique et la malédiction du pétrole

«Une triple crise couve dans les pays du Golfe»

Après les pays occidentaux, le Golfe piquerait-il sa crise ? C’est ce que semblent montrer plusieurs indicateurs économiques alarmants. Un rapport du Fonds monétaire international publié en début d’été dresse de bien mornes perspectives pour les pays du Conseil de coopération du Golfe (CCG).

En 2011, leur croissance affichait un insolent 7,5%. La projection pour cette année annonce, elle, 3,7%. Un fort ralentissement dû à une crise multifactorielle, frappant tout à la fois l’emploi et le puissant secteur de l’énergie. «Pour ces pays, le défi à moyen terme est celui de la diversification et de l’intégration d’une population jeune en croissance rapide», souligne le FMI. Spécialiste du Moyen-Orient, diplômé du King’s College de Londres et de Sciences-Po Aix-en-Provence, Hugo Micheron livre son analyse.

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Libération : Vu de France, les économies des pays du Golfe semblent florissantes. Or selon vous, ils commencent à connaître de sérieuses difficultés à travers une triple crise…

Hugo Micheron : Une précision, tout d’abord : les pays du Golfe – Arabie Saoudite, Bahreïn, Emirats arabes unis (EAU), Koweït, Qatar et Oman – regroupés au sein du Conseil de coopération du Golfe sont souvent perçus à travers le prisme uniformisant du Qatar. Or ces pays sont très hétérogènes d’un point de vue démographique, des richesses, et des réserves d’hydrocarbures. Ils disposent toutefois de nombreuses spécificités communes : structure économique rentière – les hydrocarbures représentent de 60% des revenus au Qatar à 90% en Arabie Saoudite -, dépendance aux travailleurs expatriés (plus de la moitié de la population régionale), autoritarisme politique et conservatisme religieux.

Et depuis quelque temps, en effet, une triple crise couve dans ces pays. Une crise énergétique, d’abord : les pays du Golfe sont devenus en moins de dix ans les plus grands consommateurs d’énergie par habitant au monde, et sont aujourd’hui incapables de répondre à la croissance de la demande. Crise de l’emploi, ensuite : les pays du CCG ne créent pas assez de postes pour absorber les nouveaux entrants sur le marché du travail. Crise budgétaire, enfin : Bahreïn et Oman doivent déjà puiser dans leurs réserves financières pour payer une partie de leurs dépenses structurelles, tandis qu’en Arabie Saoudite, au rythme où croissent les dépenses publiques, le royaume pourrait avoir écoulé ses réserves placées à l’étranger à la fin de la décennie.

Comment ces pays font-ils face à l’explosion de leur consommation d’énergie ?
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Moyen-Orientaux, Russes, Chinois… Ils s’offrent un morceau de France

Ils sont nombreux à être attirés par nos palaces, nos ­vignobles, nos griffes de luxe. Quand la France n’a plus les moyens d’entretenir et de développer ses ­richesses, ce sont les pays émergents, du Moyen-Orient à l’Asie, qui prennent le relais. Un processus inéluctable.

[...] On peut jouer les Cassandre et s’effrayer de voir filer nos labels entre des mains étrangères. On peut aussi y voir, comme Arnaud Montebourg, ministre du Redressement productif, « une opportunité pour l’économie du pays », au même titre que les investissements venus des quatre coins du monde. En pleine crise, comment refuser ces mannes financières qui dopent la croissance ?

Décidé par Bercy, un clip publicitaire « Say oui to France » est diffusé actuellement dans le monde pour attirer les investisseurs dans notre pays. Seulement voilà, il y a des symboles de notre patrimoine auxquels il ne faut pas toucher.

« Le Qatar rachète la France » ont titré récemment les journaux télévisés. Dans « Le Journal du dimanche », Jaham Al-Kuwari, l’ambassadeur du Qatar en France, s’est aussitôt fendu d’une tribune intitulée « Pourquoi ce “Qatar bashing” ? ». L’émotion est forte, les mots sont durs : « Le conspirationnisme bat son plein, assorti d’une xénophobie à peine voilée. Qu’on le veuille ou non, cela a des airs de “délit de faciès”. »
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Bahreïn : la Révolution dont on ne parle pas

C’est le 14 février 2011 qu’a commencé l’appel à la révolution sur la place de la Perle à Manama. Contrairement aux autres pays ayant connu le Printemps Arabe, les médias occidentaux, et même arabes ne veulent pas en parler. Al Jazeera qui se présente comme la chaîne neutre et qui a joué un rôle clé dans les révolutions libyenne, égyptienne et tunisienne, occulte les évènements se passant au Bahreïn depuis un an.

De même, en France, alors que les évènements liés au Printemps arabe sont constamment rappelés et suivis dans tous les médias, le Printemps de la Perle est passé sous silence.

Il faut savoir que Bahreïn est composé de 70% de chiites alors que le gouvernement est sunnite voire même wahhabite. Ainsi, les chiites sont fortement discriminés au sein du territoire particulièrement par la dictature du premier ministre Al Khalifa qui détient le pouvoir depuis 50 ans. Ils ont donc décidés de se soulever pour mettre fin à cette monarchie et se battre pour leurs droits civiques. Malheureusement, alors qu’ils étaient à deux doigts de la révolution, celle-ci a échoué. Cela fait maintenant un an qu’elle est passée sous silence par les médias français.

Le gouvernement bahreïni est fortement soutenu par l’Arabie Saoudite et le Qatar qui n’ont pas hésité à répondre à la demande de la famille royale et envoyer des troupes armées étouffer la moindre contestation. Le 14 mars 2011, 1 000 soldats saoudiens et 500 Émiratis sont expédiés dans le royaume, sous l’égide du Conseil de coopération du Golfe. La répression est sévère. Trente-cinq manifestants sont tués. Des centaines ont été arrêtés. Selon Amnesty International, le bilan s’élèverait au moins à 55 morts en un seul jour.

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Quand les fonds émergents s’invitent dans le CAC 40

L’irruption du Qatar dans le capital de Lagardère n’est pas un cas isolé. Au cours des derniers mois, de nombreux investisseurs moyen-orientaux et chinois ont profité du repli des fonds anglo-saxons pour acheter des actions de grands groupes français.

Le PSG, le sponsoring du Grand Prix de l’Arc de triomphe, l’hôtel Lambert sur l’île Saint-Louis, à Paris, et accessoirement la reprise du maroquinier Le Tanneur… Longtemps, les incursions du Qatar en France ont semblé se cantonner aux domaines du sport, de l’immobilier ou du luxe. Mais quelque chose a changé, fin 2011, lorsque le fonds souverain Qatar Investment Authority (QIA) a franchi à la hausse le seuil des 10 % du capital de Lagardère, devenant au passage son premier actionnaire. L’événement n’a rien d’anecdotique. Il illustre au contraire un mouvement de fond, car le petit Etat gazier n’est pas le seul à s’intéresser aux entreprises françaises. Depuis quelques mois, le plus souvent de façon très discrète, d’autres investisseurs moyen-orientaux, mais aussi chinois, sont apparus au tour de table de grands groupes tricolores. Outre QIA - également présent au capital de Vinci via sa filiale Qatari Diar -, le fonds chinois Safe (State Administration of Foreign Exchange) a été l’un des premiers à passer à l’offensive : il est aujourd’hui actionnaire de Total et de GDF Suez. Plus récemment, le conglomérat chinois Fosun est devenu le premier actionnaire de Club Méditerranée, et, l’été dernier, le fonds CIC (China Investment Corp.) a réussi un coup de maître en prenant 30 % de la filiale d’exploration-production de GDF Suez…

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La troisième guerre mondiale a-t-elle déjà commencé?

par Myret Zaki

Les provocations se multiplient de part et d’autre. Faire tomber le régime syrien permettrait à Israël d’attaquer l’Iran. Mais cette fois, Chine et Russie se posent en défenseurs de Damas et Téhéran. Israël tente à tout prix d’entraîner dans le conflit Washington, qui résiste.

Bruits de bottes américaines aux portes de la Syrie et de l’Iran; sanctions occidentales contre l’Iran; menaces iraniennes de blocus du détroit d’Ormuz; flambée du pétrole à 125 dollars le brent; embargo occidental contre la Syrie; soutien ouvert des Russes et Chinois à Damas et à Téhéran. Pas de doute, les conditions sont réunies pour une troisième guerre mondiale, dans une région abritant 54% des réserves de pétrole. Et le conflit a, peut-être, déjà commencé. Le survol de la Syrie et de l’Iran par des drones américains (lire l’encadré p.38), le refus iranien d’une inspection de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) le 22 février, l’attentat manqué prêté à l’Iran contre l’Ambassade israélienne à Bangkok, la détermination de Tel-Aviv à bombarder les installations iraniennes (dès juillet, selon des médias israéliens) pour maintenir son exception nucléaire dans la région, les menaces iraniennes, le 21 février, d’une attaque préventive contre Israël, sont autant d’actes potentiels de guerre.

Dans le camp occidental, il s’agit d’abord d’intervenir contre Damas, puis dans un second temps contre Téhéran. Cette fois cependant, Washington peine à mobiliser l’opinion publique mondiale: les conditions ne sont pas réunies pour un «Irak II». D’une part, les mensonges américains concernant l’existence d’armes de destruction massive en Irak sont encore présents dans les mémoires. Les médias sont-ils aussi manipulés sur la question du nucléaire iranien? Il convient d’entendre au moins les différents sons de cloche. Comme celui de Clinton Bastin, ancien responsable des programmes de production nucléaire américains, qui a tenté en vain d’alerter les autorités et les médias: «Les allégations américaines sont fausses, déclare-t-il au magazine 21st Century Science & Technology fin 2011. L’Iran a une centrale nucléaire, mais n’a pas l’arme nucléaire. Il lui faudrait dix à quinze ans pour l’acquérir. Et même alors, Israël dispose de 400 armes nucléaires, testées et prêtes à l’emploi. Téhéran serait idiot de poursuivre cette voie.» Selon cet expert, le réacteur iranien utilise 20% d’uranium enrichi. Pour devenir une arme, il faudrait qu’il en utilise 90%, ce qui sera très difficile à réaliser; ensuite, il faudrait encore convertir le gaz en métal, technologie complexe et à très haut risque, dont l’Iran ne dispose pas aujourd’hui, et dont l’activité serait immédiatement détectée par l’AIEA. «Les inspecteurs de cette agence, estime Clinton Bastin, sont incompétents en matière de production d’armes nucléaires. Les plans qu’ils ont vus en Iran ne sont pas authentiques, ils ont été entièrement fabriqués par des dissidents iraniens», estime-t-il.

Intimidations russes

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Guerre des monnaies – Dollar contre Yuan – deuxième round

Par André Serra

Il y a incontestablement une “guerre des monnaies” dans le monde depuis le début de la crise, je qualifierais ce qui s’est passé jusqu’ici de premier round, pendant lequel des initiatives ont été lancées par différents pays pour démontrer, sous plusieurs motifs, la nécessité de remplacer le dollar dans son rôle actuel de monnaie internationale de paiement et de réserve, par une monnaie planétaire nouvelle qui serait, celle-ci, indépendante de tout État national particulier.

Après un rappel de ces initiatives en cours, je décrirai le second round, qui vient à peine de commencer.

1er round :

Le lundi 19 novembre 2007, à Singapour, le premier ministre chinois, Wen Jiabao, a montré qu’il était de plus en plus difficile de gérer les 1430 milliards de dollars (970 milliards d’euros) de réserves de change de la Chine, à cause de la devise américaine (réserves se montant à 2600 milliards de dollars en avril 2010). “Nous n’avons jamais connu une pression aussi forte”, a-t-il déclaré, selon l’agence Reuters. “Nous sommes inquiets sur la manière de préserver la valeur de nos réserves”, a-t-il ajouté. La devise étasunienne avait perdu 5% contre le yuan depuis janvier 2007, et malgré toutes les promesses de Washington, il continuait, jour après jour, de perdre des plumes. C’était alors le tout début de la crise des subprimes, qui devait exploser quelques mois plus tard.

Dès cette époque, la Chine se mit à plaider dans chaque forum qu’il était grand temps de remplacer le dollar comme monnaie de paiement et de réserve. Rapidement, cette information fit le tour du monde et tous les ministres des Finances de la planète commencèrent à plancher sur le sujet.

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