Sérum fœtal bovin dans les vaccins et de médicaments : La France doit-elle se faire du mauvais sang ?

Des entrepreneurs peu scrupuleux, une tromperie sur l’origine de la marchandise, un enjeu de santé publique… Après la viande de cheval, l’affaire du sérum fœtal bovin a tous les ingrédients du scandale sanitaire.

Quatre personnes, dont l’ex-PDG d’une entreprise choletaise, ont été renvoyées, le 24 mars, devant le tribunal correctionnel, a-t-on appris mercredi 1er avril. Ils sont poursuivis pour un vaste trafic international autour de ce produit utilisé, notamment, dans la fabrication de vaccins et de médicaments.

Il aura fallu huit ans d’enquête et cinq juges d’instruction pour venir à bout de ce dossier tentaculaire, instruit par le pôle santé de Paris et révélé par Le Courrier de l’Ouest en décembre 2014. Il s’en est fallu de peu que l’affaire soit prescrite. Le procureur de la République de Paris a rendu son réquisitoire définitif quelques mois avant le délai de prescription, fixé en juin 2015.

L’affaire démarre en 1987, quand Henner B., aujourd’hui âgé de 61 ans, crée la société Biowest à Nuaillé (Maine-et-Loire). Né en Allemagne, ce charpentier de formation s’est reconverti dans le marché porteur du sérum fœtal bovin, apparu dans les années 1980 avec l’essor des biotechnologies. Extraite du sang d’un veau en gestation, cette “fleur de vie“, comme la décrit un spécialiste, est utilisée pour la mise en culture des cellules dans les laboratoires.
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Europe : « La fin du travail »

L’agence européenne de statistiques Eurostat a publié lundi les chiffres du chômage pour janvier. Même s’ils n’ont jamais été aussi bons depuis le début de la crise financière en 2007, ils indiquent tout de même que près de 24 millions de personnes sont sans travail au sein des 28 États-membres de l’UE. Dans la zone euro, on recense 18 millions de chômeurs.

Les plus faibles taux de chômage dans la zone euro sont enregistrés en Allemagne (4,7%) et en Autriche (4,8%); les plus élevés sont en Grèce (25,8%) et en Espagne (23,4%).

Par rapport à l’année dernière, les chiffres du chômage ont diminué dans 24 États membres. L’Espagne, l’Estonie et l’Irlande ont enregistré les plus fortes baisses. En Belgique, c’est le statu quo, tandis que Chypre, la Finlande et la France ont enregistré une hausse du chômage.

Dans la zone euro, en moyenne, on compte actuellement 11,2% de chômeurs parmi la population active. La moyenne au sein des 28 membres de l’UE s’établit à 9,8%.
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La permaculture peut-elle nourrir les Français?

De plus en plus de paysans, y compris en ville, s’inspirent de la nature pour aménager des exploitations agricoles différentes et à taille humaine. Ils produisent en quantité plantes, fruits et légumes sans engrais, sans tracteur, sans énergie fossile. Et propagent, ainsi, l’idée de l’autosuffisance alimentaire.

La micro-ferme est adossée au château de La Bourdaisière, en Indre-et-Loire. Elle se situe à deux pas d’un potager conservatoire de la tomate, regroupant 650 variétés du fruit sur un peu moins d’un hectare. L’exploitation pilotée par Maxime de Rostolan, 33 ans, s’étend, quant à elle, sur 1,4 hectare.

Mais elle n’a rien de comparable, puisque le président de la plateforme de crowdfunding Blue Bees, s’adressant aux projets de développement durable et d’agro-écologie, y cultive, depuis un an, une cinquantaine de produits.

On trouve de tout chez cet ex-Parisien: des légumes, des plantes vivaces et comestibles, des arbres fruitiers. Des poules, des serres, du compost, aussi, ainsi que du feuillage posé sur le sol, entre des plants. D’où cette curieuse impression que la nature domine en ces lieux. Mais rien ne pousse par hasard, ici.
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Janez Potočnik : « Les subventions à l’eau et l’énergie entravent l’économie circulaire »

Janez Potocnik, le commissaire européen Slovène en charge de l’environnement, affirme que le modèle de l’économie circulaire va inévitablement s’imposer. Un des enjeux centraux sera le découplage de la croissance économique et de la consommation, pour ne pas épuiser les ressources de la planète.

L’économie circulaire est-elle juste une idée séduisante ou une évolution véritable de l’économie européenne ?

C’est en fait inévitable. Premièrement, car nous sommes dans un continent densément peuplé et nous consommons énormément de ressources. 16 tonnes de ressources par personne et par an. Dont trois tonnes terminent dans des décharges à ciel ouvert. Nous sommes enfermés dans de vieux modèles de production et de consommation industrielles.

Deuxièmement, parce que nos ressources et nos sources d’énergie deviennent de plus en plus chères. Après un siècle marqué par un recul des prix, les prix des ressources ont commencé à exploser au tournant du siècle. Le prix réel des ressources a progressé de 300 % entre 1998 et 2011. 87 % des sociétés européennes anticipent une poursuite de cette tendance ces cinq prochaines années.

Troisièmement, déjà aujourd’hui, les ressources représentent la première dépense structurelle. Par exemple, dans l’industrie allemande, 43 % du total des coûts peuvent être attribués à l’exploitation de ressources. Seulement 18 % incombent à la masse salariale.

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Italie : Drogue, prostitution et contrebande vont doper la croissance

Les revenus estimés provenant du trafic de drogue et de la prostitution seront intégrés l’an prochain, en vertu de nouvelles règles européennes, dans le calcul du PIB en Italie, ce qui pourrait singulièrement doper celui-ci, selon l’institut statistique italien Istat.

Seront intégrés également dans ce calcul, selon ces mêmes règles européennes, la contrebande de tabac et d’alcool, a indiqué jeudi 22 mai l’Istat, qui relève toutefois que la procédure sera “très difficile pour la raison évidente que ces activités illégales ne sont pas déclarées”.

Le concept d’activité illégale est également sujet à différentes interprétations“, relève l’Istat dans un communiqué. En 2012, la Banque d’Italie a évalué la valeur de l’économie criminelle à 10,9% du PIB. Théoriquement, cela signifie que le PIB italien pourrait être largement supérieur au taux de croissance de 1,3% prévu par le gouvernement.

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Autriche : Le vin de Vénus

Cycle de rencontres avec des paysans vivant aux quatre coins de l’Europe.

Birgit Wiederstein, viticultrice à Göttlesbrunn, près de Vienne, a une ambition : produire un vin unique et de grande qualité. La jeune femme relève quotidiennement le défi de s’imposer dans un domaine encore largement dominé par les hommes.

Réalisé par Louis Saul (Allemagne, 2006)

Frédéric Lordon : « Pourquoi faut-il sortir de l’euro »

L’économiste Frédéric Lordon publie le 26 mars prochain “La Malfaçon“, réflexion sur la manière dont la monnaie unique européenne a détruit les souverainetés populaires. Le livre le plus important avant les élections européennes.

Fut un temps où il était impossible d’émettre la moindre critique sur l’euro. La pensée économique était aussi unique que la monnaie et endormait les 324 millions de citoyens peuplant ladite zone euro. La crise de 2008, la plus longue et profonde depuis 1930, il balayé les certitudes au point que l’euro bashing serait presque devenu tendance.

Raison de plus pour être sélectif dans la critique. Celle que nous propose aujourd’hui sort justement du commun. Plutôt que de nous démontrer par a + b qu’on peut sortir de la monnaie unique, que cela ne nous coûtera pas trop cher, que les problèmes économiques du pays en seraient magiquement résolus et que cela ne tirerait pas à conséquences, il affirme au contraire, à raison, Qu’il ne s’agira pas d’un dîner de gala.

« Il faut en finir avec ces imprécations mi-débiles, mi-hallucinées qui nous promettent renfermement façon forteresse en cas d’abandon de l’euro. »

Absence de démocratie
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L’Autriche minée par ses banques

La crise non réglée de la banque en faillite Hypo Alpe Adria et les évènements ukrainiens pèsent sur le secteur bancaire autrichien qui représente près de trois fois le PIB du pays.

Le siège de Hypo Alpe Adria, à Klagenfurt am Wörthersee, en Autriche

L’Autriche tremble. Le secteur bancaire de la république alpine, qui pèse près de 3 fois son PIB, semble en effet vaciller. Le premier domino du château de cartes viennois, c’est la banque Hypo Alpe Adria (HAA) qui occupe ces derniers jours la une des médias autrichiens et l’emploi du temps des politiques locaux.

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Roumanie : Le bel avenir de l’agriculture bio

Avec l’essor de l’agriculture bio, les paysans roumains ont décidé de mettre à profit leur retard technologique. Des fermes bio sont de plus en plus nombreuses mais le manque de traçabilité reste toutefois le principal obstacle à un développement à grande échelle.

Nicoleta et Dan Florea ne voient que du rose depuis un mois. C’est la saison des récoltes et ce couple d’agriculteurs trentenaires du village d’Ucea de Sus, au centre du pays, passe ses journées dans sa petite parcelle de 2.000 m2 à ramasser avec soin les pétales de roses écologiques qu’il y cultive depuis trois ans. « Cette année, nous allons faire environ 10.000 pots de confiture mais aussi du sirop et du vinaigre », lâche Nicoleta, petite femme souriante aux cheveux noirs.

Au cœur des collines vertes de la Transylvanie, les petites fermes bio comme celle-ci sont de plus en plus nombreuses. L’intérêt pour la culture écologique a connu en effet un véritable boom dans le rang des petits agriculteurs roumains ces dernières années.

« Les paysans qui pratiquent une agriculture traditionnelle font déjà du bio car ils ne cherchent pas à cultiver de manière intensive », explique le président de l’association Bio România, Marian Cioceanu. Selon lui, plus de 50 % des exploitations agricoles de Roumanie pratiquent déjà de l’agriculture biologique sans être certifiées.
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Cinéma : Paradis – Amour

Sur les plages du Kenya, on les appelle les « sugar mamas », ces Européennes grâce auxquelles, contre un peu d‘amour, les jeunes Africains assurent leur subsistance. Teresa, une Autrichienne quinquagénaire et mère d’une fille pubère, passe ses vacances dans ce paradis exotique.

Elle recherche l’amour mais, passant d’un « beachboy » à l’autre et allant ainsi de déception en déception, elle doit bientôt se rendre à l’évidence : l’amour est un produit qui se vend. – Film d’Ulrich Seidl présenté au festival de Cannes en 2012 et interdit aux moins de 16 ans.

Extrait 1:

Extrait 2:
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Nos poubelles passent à table

La moitié de la nourriture part dans les poubelles. Que ce soit chez les producteurs, au sein des réseaux de distribution ou directement chez le consommateur, les déchets de nourriture représentent aujourd’hui des enjeux environnementaux, économiques et de solidarité majeurs.

Pourquoi les boulangers produisent-ils systématiquement 10 à 20 % de plus que ce qu’ils vont vendre ? Pourquoi une orange fait-elle 2000 km pour atterrir à la poubelle ? Pourquoi les poubelles créent-elles de la faim dans le monde ?

Face à toutes ces questions dérangeantes, des individus, dans le monde entier, expérimentent des solutions variées, de New York au Cameroun, en passant par l’Autriche, l’Allemagne ou la France.

Europe : Les jeunes générations sont-elles perdues ?

A chaque crise sérieuse, on se lamente sur le sort des jeunes qui ne trouvent pas de travail et que l’on qualifie de “génération perdue”. Mais de telles générations, il y en a eu d’autres dans l’histoire et à chaque fois, elles s’en sont sorties, écrit , un chroniqueur polonais.

Ils devaient être notre espérance, mais ils sont devenus un fardeau. Plus de 400.000 jeunes Polonais sont sans emploi. Et peu en parlent autrement que sous le terme de “génération perdue”. Le fléau concerne l’ensemble du continent européen, mais demeure particulièrement grave dans le Sud.

Selon les données d’Eurostat, publiées en octobre, le taux de chômage des moins de 25 ans atteint 27,8 % en Pologne, contre 55,9% en Espagne, 57% en Grèce et 36,5% en Italie. Même dans un pays aussi riche que la France, un jeune sur quatre est sans emploi.

Des statistiques biaisées

De telles statistiques impressionnent, mais elles prêtent aussi à confusion. Elles ne prennent en compte que ceux qui travaillent ou ne travaillent pas, laissant ainsi de côté tous ceux qui étudient, font des stages professionnels, voyagent, ou ne travaillent pas par choix. De ce point de vue, le concept NEET, mis en place par l’Organisation mondiale du travail, paraît mieux adapté pour mesurer le phénomène du chômage de jeunes.

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Autriche : Une ville exemplaire pour les énergies renouvelables

La ville de Güssing, dans la province du Burgenland (est de l’Autriche), se veut la championne européenne des énergies renouvelables. Ces énergies, contrairement aux énergies fossiles (pétrole, gaz, charbon), utilisent des flux inépuisables d’origine naturelle (soleil, vent, eau, croissance végétale).

«Il y a une quinzaine d’années, la région de Gussing était la plus pauvre d’Autriche, et la population, confrontée à des difficultés économiques, était obligée de partir chercher du travail ailleurs. Il fallait faire quelque chose», indique le patron de ce centre de compétence pour les énergies renouvelables.

Les élus locaux ont alors décidé de mettre en place un nouveau plan énergétique, mettant à profit la grande quantité de biomasse (les matières organiques produites par les végétaux et les animaux) disponible dans la région, afin de remplacer les énergies fossiles par des énergies renouvelables.

L’application de ce plan, piloté par le Centre européen des énergies renouvelables, un organisme sans but lucratif, a ainsi permis la création progressive de 35 installations de production d’énergie, sous forme de sociétés d’économie mixte avec la participation des agriculteurs locaux pour l’approvisionnement des matières organiques.
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L’or nazi

A leur apogée en 1939, les États-Unis détiennent la moitié de tout l’or jamais exploité dans l’histoire, soit pratiquement 22.000 tonnes. Alors que le monde s’extirpe difficilement de la grande dépression, une nouvelle crise s’avance à grands pas. Celle-ci menace la civilisation toute entière. Adolf Hitler prend le pouvoir alors que l’Allemagne est encore chancelante de sa défaite dans la première Guerre mondiale.

Un lingot issu de l or volé aux pays envahis par les nazis

Ses réserves d’or sont vides et sa monnaie sans valeur. Ayant promis de rendre au pays sa gloire initiale, Hitler entreprend de reconstruire l’empire germanique. Pour ce faire, il lui faut de l’or.

Il est essentiel de comprendre que les réserves d’or de l’Allemagne en 1939 ne sont pas énormes, environ 200 millions de dollars et qu’elles ont été déjà largement engagées notamment dans la construction de la machine de guerre allemande. Par ailleurs, le pays ne peut plus acheter de produits manufacturés à l’étranger ni de matières premières de base avec son Reichsmark trop faible. Sa seule alternative reste l’or.

Aussi, au fur et à mesure qu’elle marche sur l’Europe, l’armée allemande pille au passage les réserves d’or des nations. En 1938, la Tchécoslovaquie avec ses 30 millions de dollars en or, en 1939 la Pologne avec 85 millions de dollars en or. En réalité, ça a commencé en 1938 avec l’Anschluss en Autriche. Ils ont d’abord pris l’or des Autrichiens, puis en 1939, ils se sont emparés des réserves tchèques en finissant d’occuper la Tchécoslovaquie, et au début de la guerre, chaque fois qu’ils se rendaient maîtres d’un pays, ils en pillaient l’or.
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La Finlande et l’Autriche se préparent à une Grexit ou à une débâcle de l’Euro

Alors que les tensions au sein de la zone euro s’accroissent, la Finlande se prépare à une crise monétaire. Selon le Daily Telegraph, Helsinski ne tolérera ni un autre renflouage insidieux ni une union fiscale déguisée.

Le quotidien cite une interview du ministre des Affaires étrangères Erkki Tuomioja, dans laquelle il a déclaré :

Il y a un consensus sur l’idée qu’une scission de la zone euro coûterait plus cher à court terme ou à moyen terme qu’une simple gestion de la crise. Il n’existe pas de règles sur la façon de quitter l’euro, mais c’est seulement une question de temps. Au final, le sud ou bien le nord décideront d’en partir en raison du carcan de cette monnaie commune qui est à l’origine de la misère de millions de personnes et qui détruit le futur de l’Europe. C’est une vraie catastrophe.

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Autriche : Une utopie concrète de l’après-pétrole

Comment sortir de l’urbanisme fossile, qui, à grand renfort d’énergie pétrolière, est à l’origine du phénomène désormais universel de l’étalement urbain ? L’ASPO (Association pour l’étude du pic pétrolier et gazier) a tracé les pistes de l’autonomie énergétique, dont un Land en Autriche est pionnier.

A l’occasion de sa dixième conférence, l’ASPO, réunie à Vienne jusqu’au 1er juin, a tracé les pistes de l’après-pétrole. Le professeur de technologie à l’Université d’Innsbruck, Wolfgang Streicher, y a présenté un scénario d’autarcie énergétique pour l’Autriche d’ici à 2050, destiné au ministère de l’environnement autrichien.

D’étymologie grecque, le mot autarcie signifie la capacité pour un système ou une communauté de se sustenter par soi-même, en utilisant des ressources produites d’origine locale. Un système autarcique peut être un foyer, une commune, une région ou un pays qui n’utilisent que des biens et services produits par eux-mêmes, sans recourir à des importations.

En matière d’énergie, les secteurs concernés par l’autarcie sont le bâtiment, l’industrie et la mobilité. Pour qu’ils ne soient alimentés qu’en sources d’énergies domestiques, deux conditions sont requises : une stricte limitation des besoins, et un système de stockage local et saisonnier d’énergie pour compenser l’intermittence des renouvelables et éviter les importations. Mais, pointe Wolfgang Streicher, la société est-elle prête à se passer de vacances aux Maldives, de vêtements fabriqués en Chine, de pommes produites en Espagne ? En matière d’alimentation, est-elle prête à manger moins de viande ? Et, du côté de l’habitat, les citoyens seront-ils disposés à jouer le jeu de la densification, alors que le logement individuel est primé par les ménages, malgré les inconvénients qu’il induit en terme de rallonge des temps de transport ? Tout le système est organisé de manière non autarcique.
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Italie : “L’euro a mis fin à l’état de grâce”

Francesco Saraceno, économiste à l’OFCE et spécialiste de l’Italie, estime qu’un plan européen est nécessaire pour relancer la demande et sortir le pays de la récession.

Avec une contraction de son produit intérieur brut de 0,8 % au premier trimestre, l’Italie s’enfonce un peu plus dans la récession. De quoi souffre-t-elle ?

L’économie italienne souffre de deux maux à la fois. D’une part, elle est touchée par la crise européenne – qu’elle a également contribué à créer -, d’autre part, elle est plombée par son manque chronique d’innovation, sur fond de système politique inefficace.

Pendant les trente années qui ont précédé l’euro, une grande partie des ressources du pays ont été gaspillées, particulièrement par les entreprises, qui se sont protégées derrière les dévaluations de la lire pour ne pas réduire leurs coûts et améliorer leur compétitivité. Or, l’arrivée de l’euro a mis fin à cet état de grâce, faisant remonter à la surface tous ces problèmes structurels.

C’est pourquoi cela fait quinze ans déjà que la croissance italienne est inférieure à celle de la zone euro. La politique d’austérité n’a fait qu’aggraver les choses, en enrayant la capacité du pays à soutenir les dépenses d’avenir, que ce soit dans les secteurs public ou privé. Preuve en est, les investissements ont baissé de 3,6 % au premier trimestre.

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Zone euro: record historique du taux de chômage à 10,7% en janvier

Le chômage a atteint un nouveau niveau record en janvier dans la zone euro, au moment même où les dirigeants européens se réunissent à Bruxelles pour se pencher sur la croissance et l’emploi, deux thèmes qui ont longtemps été négligés au profit de l’austérité.

Le taux de chômage de la zone euro s’est établi à 10,7% de la population active en janvier. Quelque 16,92 millions de personnes étaient au chômage dans la zone euro, soit 185.000 de plus que le mois précédent, selon les données publiées jeudi par l’office européen des statistiques Eurostat.

Ce niveau jamais atteint depuis la création de la zone euro dépasse nettement les prévisions des analystes interrogés par l’agence Dow Jones Newswires qui tablaient sur un taux de chômage de 10,4% en janvier.

Le taux de chômage a déjà atteint ce niveau en octobre 1997 pour les pays faisant partie de la zone euro, mais l’Union monétaire n’était pas encore née officiellement. Il a même atteint 10,8% en juin 1997, a fait savoir Eurostat.

Autre mauvaise nouvelle: les données des quatre mois précédents ont été révisées à la hausse: en décembre par exemple, le taux de chômage s’est élevé à 10,6% et non à 10,4% comme annoncé au départ.

Le ralentissement économique et les mesures d’austérité budgétaire ont frappé le marché de l’emploi plus que prévu“, a commenté Klaus Baader, analyste pour la Société Générale.

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La grande braderie européenne

Dans toute l’Europe, les Etats cherchent des moyens rapides de trouver des fonds. Apparemment, tous ont eu la même idée : vendre le patrimoine national.

Qu’ont en commun le mardi gras portugais, le soleil grec, les pur-sang irlandais et la loterie nationale espagnole ? Réponse : ils sont tous soit mis en vente, soit supprimés par des gouvernements européens qui ne savent plus quoi inventer pour ressusciter leurs finances après avoir vécu pendant dix ans au-dessus de leurs moyens. Les Etats du continent sont de plus en plus nombreux à vendre leur argenterie, braderie du patrimoine européen sans aucun précédent.

La Grèce est sans doute celle qui a mis le plus aux enchères, pour près de 50 milliards d’euros de trésors nationaux, mais d’autres ont eu la même idée. Sous des cieux plus cléments, ces solutions désespérées paraîtraient au mieux ambitieuses. Sauf que les cieux en question n’ont en ce moment rien de clément.

Et, si tout le monde débarque sur le marché en même temps, les prix ne vont pas manquer de dégringoler. La Grèce, par exemple, n’a pour l’heure récolté que 180 millions d’euros sur son objectif annoncé de 50 milliards.

Logiquement, les acheteurs ne devraient pas manquer. La Chine veut investir ses richesses dans les moindres coins et recoins de la planète, tandis que les pays du Moyen-Orient sont toujours prêts à dépenser l’argent que leur rapporte le pétrole.

Il est difficile de savoir s’il faut s’en réjouir ou non. D’un côté, tout ce qui peut nous permettre d’échapper à la dette est bienvenu. De l’autre, une fois vendue, l’argenterie de la famille n’est plus à nous. Alors que nos économies sont de plus en plus dépassées par la Chine et l’Inde, on court le risque grave de voir la situation ne jamais redevenir ce qu’elle était.

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Moody’s menace le AAA de la France

Addendum vidéo

L’agence d’évaluation financière Moody’s a annoncé lundi 13 février au soir qu’elle envisageait d’abaisser à moyen terme la note de solvabilité maximale (Aaa) qu’elle attribue à la France, à la Grande-Bretagne et à l’Autriche, et a abaissé celle de six autres pays européens. Moody’s a publié un communiqué sanctionnant neuf pays de l’Union européenne susceptibles, selon elle, d’être affectés “par les risques financiers et macroéconomiques grandissants émanant de la crise de la zone euro”.

Un mois jour pour jour après que sa concurrente Standard and Poor’s a privé la France et l’Autriche de leur triple A, l’agence américaine a annoncé qu’elle donnait désormais une perspective “négative” au “Aaa” qu’elle-même attribue à la France, à la Grande-Bretagne et à l’Autriche. L’annonce de Moody’s intervient également au lendemain du vote en Grèce du programme d’austérité exigé par les créanciers du pays, qui devrait aboutir à l’adoption par la zone euro d’un plan de sauvetage d’une ampleur sans précédent dans le monde.

Moody’s a aussi annoncé l’abaissement des perspectives des dispositifs publics de soutien aux banques françaises. “Moody’s a modifié à négative les perspectives de la note AAA attribuée à la SFEF et à la SPPE, conformément à la modification de la perspective de la note de crédit française”, souligne l’agence de notation américaine dans un communiqué. Après la faillite de la banque d’affaires américaine Lehman Brothers en 2008, le gouvernement français avait mobilisé une enveloppe globale de 360 milliards d’euros, dont 320 milliards d’aide à la liquidité via la Société de financement de l’économie française (SFEF) et 40 milliards pour le renforcement des fonds propres via la Société de prises de participation de l’Etat (SPPE).

PARIS ET LONDRES PRENNENT ACTE

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Plaidoyer pour un protectionnisme européen

« L’UE, avec ses 495 millions d’habitants, reste à ce jour le plus vaste et le plus riche marché du monde. Face à la menace de rétorsions commerciales, elle a des arguments à faire valoir pour négocier les conditions auxquelles elle consent à acheter les produits et services du monde. » affirme Gaël Giraud, chercheur au CNRS.

Sans attendre que les circonstances nous l’imposent, il nous serait possible de développer un « protectionnisme européen raisonné ». De quoi s’agirait-il ? D’imposer des barrières douanières autour de l’Union européenne (UE), qui pénalisent les biens, services et capitaux importés des pays : qui ne respectent pas les conditions de travail « décentes » préconisées par l’Organisation internationale du travail ; qui ne respectent pas les accords internationaux de Kyoto ; qui tolèrent les sociétés écrans et permettent de contourner l’impôt dû ailleurs (non pas les paradis fiscaux au sens de la liste « grise » de l’OCDE, vidée de toute substance, mais au sens, par exemple, de l’indice d’opacité financière établi par le Tax Justice Network.

Ces conditions peuvent paraître insuffisantes : elles laissent de côté, notamment, les accords multilatéraux sur l’environnement, ainsi que tout ce qui pourrait concerner la lutte contre le dumping salarial. Elles n’en constitueraient pas moins une première étape. Quant à établir une taxe sur les biens produits dans des conditions salariales « déloyales », elle suppose une révision intellectuelle en profondeur du concept même de concurrence, qui n’est guère à la portée, aujourd’hui, de la Commission européenne ou encore de l’Organisation mondiale du commerce (OMC).

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Le “Système D” représente la seconde économie mondiale

Un  récent article  note que les 10 trillions de dollars du marché noir mondial représentent désormais la croissance économique la plus rapide au monde.

En 2009, l’OCDE a conclu que la moitié des travailleurs (soit près de 1,8 milliards de personnes) était employée dans l’économie souterraine. Pour 2020, l’OCDE prédit que l’économie souterraine emploiera les deux tiers des travailleurs du monde entier. Cette nouvelle économie a même un nom: “Système D”.

Selon une étude du FMI, le marché noir, aussi appelé “ombre, souterrain , informel ou économie parallèle,” comprend non seulement des activités illégales, mais aussi des revenus non déclarés de la production de biens et de services légaux. Ainsi , l’économie souterraine comprend toutes les activités économiques qui seraient généralement imposables.

L’étude du FMI a également souligné les conséquences potentiellement graves de cette économie en rapide croissance qui pourrait déclencher un cycle destructeur.
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L’euro peut-il survivre à la crise ?

Par Jacques Sapir

Peut-on encore sauver l’euro ? La question hante désormais les responsables, en dépit des déclarations fracassantes et des rodomontades des uns et des autres. Le sommet européen, que l’on a officiellement salué pour la mise en place d’un dispositif de solidarité après 2013, a été incapable de prévoir des mécanismes permettant de lutter contre la spéculation et la crise de l’euro en 2011 et 2012. Les gouvernements vont partout répétant que les mesures déjà prises suffiront. Il est évident que c’est faux.

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Les États-Unis définissent des « représailles » sur la France et l’UE pour imposer leurs cultures OGM

Sur le site de Wikileaks on peut lire ce document, dénommé 07PARIS4723 datant de décembre 2007 et émanant de l’ambassade américaine. Le câble en question a été cité par GreenPeace, ils ont bien indiqué que la sources des USA semblait être ni plus ni moins que la FNSEA par l’intermédiaire de son président, mais ils ont (par hasard ?) oublié que le mémo insistait lourdement sur des représailles, notamment sur les « pires coupables » et, plus généralement, sur l’UE.


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Comment les Allemands deviennent eurosceptiques

La question de l’euro et de sa survie est clairement posée en Allemagne. Hans-Olaf Henkel, ancien patron des patrons, et europhile convaincu, prêche désormais pour l’éclatement de la zone euro et l’émergence de deux euros, un pour le Nord, un pour le Sud. Ce sentiment grandit outre-Rhin et explique nombre de choix de la chancelière.

« L’ultime bataille. Comment l’Europe ruine sa monnaie »

Quand, en France, on évoque Henkel, c’est plutôt au géant Allemand de la chimie et à ses produits ménagers « vus à la TV » comme Décapfour ou Minidoux, que l’on pense. De l’autre côté du Rhin, et davantage encore dans les milieux économiques, on pense Hans-Olaf, le prénom de l’ancien patron des patrons allemands. Lequel Hans-Olaf Henkel s’est dernièrement illustré par ses propos décapants sur la monnaie unique.

Dans son dernier livre, « Sauver notre argent, l’Allemagne est bradée » – tout un programme -, il ne propose rien moins que de liquider l’euro.

Sa thèse ? La solution à la crise européenne passe par la fin de la monnaie unique. Du moins sous sa forme actuelle, puisque y est prônée la séparation la zone euro en deux devises : une pour les pays du Nord, incluant l’Allemagne, l’Autriche, les Pays-bas, et la Finlande et une autre pour les pays du Sud, dont la France.

Et Hans-Olaf Henkel, à l’instar du patronat allemand, de décliner ce qui ne convient pas à l’hyper puissance continentale. Cette nouvelle Zollverein, pourrait s’étendre à ses autres voisins germaniques : non membres de l’euro, il est persuadé que le Danemark, comme la Suède adhéreraient à l’euro du Nord.

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L’Allemagne, un problème pour l’Europe

Par Jacques Sapir

Le problème de la stratégie allemande au sein de l’Union Européenne est aujourd’hui posé. Cette stratégie est aujourd’hui en train de déséquilibrer durablement les pays du « cœur historique » de l’Union et correspond à l’application d’une véritable stratégie d’exploitation de ses voisins (appelée en langage économique « stratégie du passager clandestin »).

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Partir plus tôt en retraite peut nuire à la santé

Une étude publiée récemment montre que les ouvriers profitant de mesures de retraite anticipée ont plus de chance de mourir avant 67 ans.

Partir plus tôt en retraite ne permet pas forcément aux ouvriers d’en profiter plus longtemps. Au contraire, un rapport publié par l’Institut allemand pour l’étude du travail, montre que cela augmente les chances de mourir prématurément.

Les auteurs, Andreas Kuhn, Jean-Philippe Wuellrich et Josef Zweimüller, tous trois issus de l’Université de Zurich, se sont servis d’un changement de politique de départ à la retraite en Autriche pour analyser les effets d’un départ anticipé sur la santé.

A la fin des années 1980, la crise de l’acier a contraint le gouvernement autrichien à mettre en place un dispositif permettant aux ouvriers, dans certaines régions, de partir à la retraite à 55 ans au lieu de 58 pour les hommes, et à 50 ans au lieu de 55 pour les femmes.

En comparant la mortalité dans les régions concernées par cette réforme et celle qui ne l’étaient pas, les chercheurs ont conclu que pour les hommes, partir à la retraite un an plus tôt augmente de 13,4% les chances de mourir avant 67 ans. Un pourcentage qui, pour les auteurs de l’étude, est « non seulement statistiquement significatifs, mais aussi quantitativement important ». Pour les femmes, en revanche, un départ à la retraite anticipé n’a aucun effet sur l’âge du décès.

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Crise financière et renouvellement de l’offre politique

Par Jean-Claude Werrebrouck

La présente réflexion s’inscrit dans l’idée selon laquelle une conjonction entre temps propre de la crise et temps propre à la sphère politique, risque d’aboutir, avant le printemps 2012, à un changement radical de paradigme dans le fonctionnement de l’Europe et, en particulier, de sa zone euro. Et un changement possiblement impulsé par la France.

Inutile d’insister ici sur l’aggravation de l’actuelle grande crise. Les lecteurs avertis en connaissent maintenant le mécanisme et savent que, si l’empilement de la dette globale mondiale n’est pas l’essence de la crise, il en est le facteur de déclenchement.

Même sans revenir sur la globalisation, le retour à la croissance suppose, au moins, l’arrêt de l’accroissement de l’économie de dettes. Circonstance non empiriquement constatée, puisque les États continuent d’accroître leurs stocks de dettes… pour aider les banques… qui aident les États.

Il faut sauver les Trésors irlandais ou grecs, pour sauver les banques françaises ou allemandes – largement exposées sur les dettes publiques correspondantes – et qui financent les Trésors français ou allemand. Le cercle est bouclé.

Sur un plan purement comptable, aucun pays de la « zone euro à risques » – Allemagne, Pays Bas et Autriche exclus – n’obéit à l’équation de stabilisation de la dette publique. Les soldes primaires sont très au-delà de ce qui permettrait la simple stabilisation : dette cumulée déjà trop élevée, taux de croissance beaucoup trop faible, et taux de l’intérêt sans doute encore faible pour certains pays (France) mais instable, et devenant usuraire pour les plus faibles (Irlande, Portugal, Grèce).

Cela signifie que, malgré les plans de contraction des dépenses publiques et d’augmentation parallèle des prélèvements, l’endettement continue d’augmenter avec, notamment, les risques qui s’y rattachent, en termes de classement par les agences de notation.

Pour les plus menacés – Irlande, Portugal, Grèce et sans doute Espagne – et aussi les plus menaçants pour l’ensemble de la zone euro, la situation est désespérée, puisqu’en 2010 les taux de croissance seront négatifs ou, au mieux, inférieurs à 1%, alors que le taux moyen de la dette sera proche de 3%, le taux marginal pouvant dépasser les 10% (très exactement 10,898% au 27 septembre 2010 pour les bons grecs à 10 ans, selon Bloomberg).

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Projet pour une rupture décisive

En avant-première, voilà la conclusion du livre «La Déglobalisation» (titre provisoire) de Jacques Sapir, à paraître prochainement aux Éditions du Seuil.

La France a tout misé depuis près de trente ans, sur des solutions coordonnées. Qu’il s’agisse de l’euro ou des règles du marché international, elle a délibérément abandonné tout moyen d’agir et renoncé à une politique nationale. Sans chercher à juger sur le fond, remarquons qu’une telle attitude fait de nous le dindon de la farce, car elle n’a de sens que s’il existe au niveau international une volonté commune pour faire triompher des solutions collectives. Or, cette dernière volonté est absente, à l’évidence. Ce sont bien des politiques nationales que suivent les autres pays, n’en déplaise à nos dirigeants présents et passés.

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Les paradis fiscaux, pierre angulaire du système

[L'auteur de cet article nous demande de préciser qu'il ne désire pas que ses textes soient repris par un parti politique. Nous prions donc les blogueurs de tenir compte de son souhait. - La rédaction de Fortune]

Grâce aux paradis fiscaux, le CAC 40 paie deux fois moins d’impôts que les PME. Bizarrement, alors que Sarkozy a joué le cow boy tout l’hiver pour terrasser lesdits paradis fiscaux, ceux-ci se portent très bien. Normal, leur poids dans l’activité commerciale internationale est bien plus important qu’on ne le pense.

Les coûts en Europe, les bénefs’ au paradis !

Enfin, bref. C’est le Conseil des prélèvements obligatoires qui l’a dit dans un rapport publié fin 2009 : pour 100 euros d’impôts sur les bénéfices payés par une PME, une entreprise du CAC 40 n’en paiera que 43. Ça fait 2,3 fois d’impôts en moins. Si le CAC 40 payait comme les autres, l’État pourrait encaisser 15 milliards d’euros par an au lieu de 6,5 actuellement.

Donc, quand on entend justement les PDG du CAC 40 et le Medef dire que les “prélèvement obligatoires“, autrefois appelés “cotisations sociales” sont écrasants, il convient de relativiser largement.

Mais par quel miracle le CAC 40 est-il épargné (ce qui ne l’empêche pas de gémir pour obtenir des réductions d’impôts et des subventions diverses et variées) ? La réponse est simple : les paradis fiscaux et les transferts des bénéfices [1] !

On sait par exemple que BNP Paribas –dont l’État est le 1er actionnaire, avec 17% du capital depuis avril 2009 [2] – détient 189 filiales offshore [3] dans des paradis fiscaux, les Banques Populaires en ont 90, le Crédit Agricole en a 115, LVMH en a 140 (dont 33 à Guernesey, allez savoir pourquoi…) le groupe PPR en a 97, Schneider 131… Parmi les paradis les plus prisés, on a les Pays-Bas, (17% des filiales du CAC 40) le Royaume-Uni (30 % des filiales), le Luxembourg, sans oublier Hong Kong, la Suisse…

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Les Européens craignent de plus en plus de devenir pauvres

C’est en Grèce, l’un des pays les plus touchés par la crise et les plans d’austérité gouvernementaux, que l’on trouve, avec 85%, la plus forte proportion de personnes estimant que la pauvreté a augmenté dans la zone où ils vivent. La France avec 83% et la Bulgarie avec 82% arrivent directement derrière.

Le clochard – Peinture à l’huile (1904) – John Singer Sargent

Les citoyens de l’UE sont de plus en plus inquiets face aux conséquences sociales de la crise, malgré de fortes différences entre les pays et entre les catégories sociales, révèle un sondage rendu public mardi.

Selon cet “Eurobaromètre” consacré à la pauvreté, un Européen sur trois craint pour son emploi, trois Européens sur quatre craignent pour leur retraite et des contrastes existent entre habitants d’Europe de l’Ouest et des nouveaux États membres de l’Union européenne.

“Les résultats de l’enquête confirment que (…) la crise économique et financière actuelle aggrave encore la situation” en matière de pauvreté, a déclaré le commissaire européen à l’Emploi, aux Affaires sociales et à l’Inclusion, Laszlo Andor.”Une proportion significative d’Européens a aujourd’hui du mal à joindre les deux bouts”, a-t-il ajouté.

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L’euro et ses prochaines aventures

Par Jean-Claude Werrebrouck

Note au lecteur : la bonne compréhension de ce texte suppose la lecture des articles du 28/01/2010 (L’euro : implosion ou sursaut ?) et du 16/02/2010 (Pour mieux comprendre la crise : déchiffrer l’essence de l’Etat).

La crise grecque et ses prolongements confirment que ce prêt à porter qu’est la monnaie unique est porteur de méfiance chez les passagers clandestins du bateau euro.

Tous veulent conserver les avantages qu’ils se sont progressivement créés dans le bateau : faibles taux d’intérêt, « monnaie de réserve à l’américaine », terrain de jeu plus vaste au profit des entrepreneurs politiques pour certains, exportations « à la chinoise » pour d’autres.

Aucun ne voulant en payer le prix, c’est-à-dire le coût de l’entretien du bateau pour le maintenir à flots : création d’une zone monétaire optimale par vaste édification d’un Etat européen à l’instar de l’Etat fédéral américain, politique de change, contrôle de la banque centrale, etc.

La grande crise des années 2010 devant inéluctablement connaître des développements monétaires, il était logique qu’elle développe d’abord une métastase dans le bateau le plus sensible : l’euro zone.

La solution toute temporaire à la crise grecque et à ses prolongements immédiats, confirme le refus de payer le prix d’une bonne maintenance du bateau.

Avec le temps, il se confirmera que les entrepreneurs politiques français ont préféré une nouvelle fuite en avant, plutôt que d’affronter leurs collègues allemands et d’exiger des solutions plus radicales : quel entrepreneur politique français au pouvoir pourrait aujourd’hui, sans risque, oser vendre sur le marché des idées, outre le « quantitative easing » semble-t-il acquis de haute lutte, la fin de l’indépendance de la BCE, ou la fin de la libre circulation des capitaux ?

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Le spectre d’un nouveau choc bancaire

La déroute financière de la Grèce, et les premiers signes de contagion au Portugal et à l’Espagne, pourraient-ils entraîner une nouvelle crise grave du système bancaire européen ?

Échaudées, voire aguerries, par le choc des subprimes de 2007 et la crise mondiale qui s’en est suivie, les autorités de régulation des États européens s’emploient à rassurer sur l’exposition de leurs banques à la dette grecque, afin de ne pas laisser la peur se diffuser sur les marchés financiers. Le poids de ces titres de dette dans les comptes des établissements financiers resterait, dans la plupart des pays, contenu. Un défaut de paiement de la Grèce aurait un effet limité.

C’est le cas du gouverneur de la Banque de France, Christian Noyer, rapidement monté au créneau sur le sujet : “L’exposition des banques françaises à la crise grecque ne suscite pas d’inquiétude particulière,” a affirmé M. Noyer le 9 avril, en admettant cependant “surveiller de près” la situation.” Selon la Banque des règlements internationaux (BRI), les banques françaises seraient exposées à hauteur d’une cinquantaine de milliards d’euros en Grèce, un montant important, en tant que propriétaires d’obligations émises par l’État grec et créancières au secteur privé.

De bonne source, le Crédit agricole, l’un des principaux concernés, est exposé à hauteur de 300 millions d’euros à la dette grecque, via sa filiale Emporiki, un chiffre relativement mesuré comparé aux dizaines de milliards d’euros de dette détenues par les autres grandes banques helléniques.

Officieusement toutefois, l’inquiétude est bien de mise alors qu’il est très difficile, voire impossible, à ce jour, de connaître précisément, et de manière incontestable, l’exposition des banques européennes à la Grèce – et de la même façon au Portugal et en Espagne, dont les notes de crédit vient d’être dégradées par l’agence Standard & Poor’s – par pays et a fortiori par établissement.

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La réconciliation russo-polonaise

Par Xavier Moreau

La rencontre à Katyn du premier ministre russe, Vladimir Poutine et du premier ministre polonais Donald Tusk, est un événement chargé de symboles.

Du point de vue purement historique, cet événement n’a rien de surprenant et s’inscrit dans un processus initié dès la mort de Staline. Les crimes de Staline ont été dénoncés une première fois en 1956, durant le XXème congrès du parti communiste d’Union Soviétique. Katyn n’en fait pas partie. En 1992, le Président Boris Eltsine transmet au gouvernement polonais des copies des archives, prouvant notamment que le crime avait été commandité par Staline en personne. Ce sont d’ailleurs ces documents qui sont contestés aujourd’hui encore, par certains historiens russes et par le parti communiste.

Pour Vladimir Poutine, il n’y a plus de doute, Katyn est bien l’œuvre de Staline. Rien de surprenant à cela non plus. Dès son investiture, le Président Poutine a démontré qu’il fera le tri dans l’héritage soviétique. Sa rencontre avec Alexandre Soljenitsyne en 2002, le tchékiste et le dissident, est le symbole de la réconciliation de la Russie avec son histoire.

Pour Vladimir Poutine, ce crime n’est pas un crime de la Russie contre la Pologne. C’est un crime des bolchéviques contre l’élite polonaise. Il est une purge parmi toutes celles que subiront les peuples qui auront eu le malheur d’être soumis à cette idéologie inhumaine.

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La dette de l’Europe de l’Est ne sera pas remboursée

« La dette publique en Grèce n’est que la première d’une série de bombes européennes de la dette qui vont exploser, » avertit l’économiste Michael Hudson. Nombre de pays de l’Europe de l’est, à commencer par la Lettonie, très durement touchée par la crise, seront incapables de rembourser les prêts libellés en euros qui ont été accordés durant la période d’euphorie financière, prévient-il.

Les gouvernements devront bientôt choisir entre ruiner leurs économies et saigner à quatre veines leurs peuples pour rembourser ou bien renégocier la dette et la convertir en devises locales, provoquant ainsi des pertes dans le système bancaire européen. Le combat entre créanciers et débiteurs promet d’être acharné, à l’image de celui qui se déroule aujourd’hui entre la Grande Bretagne et l’Islande, mais l’issue ne faire guère de doute, selon lui. Entre la défense des intérêts de leurs mandants promis au servage de la dette, et ceux des banques étrangères, les gouvernements devront se déterminer et vont choisir, comme l’ont fait les islandais qui refusent de régler les dettes des banques privées. — L’accent mis aujourd’hui sur l’endettement « insoutenable » des États et la « rigueur draconienne » qui devrait s’en suivre fait l’impasse sur le fond du problème : l’accumulation folle de dette privée – et ce, dans tout l’occident, bien au-delà du cas spécifique de l’immobilier subprime américain. Sans dépenses et interventions publiques vigoureuses, nos sociétés menaçaient de sombrer. Aujourd’hui où le privé s’est un peu rasséréné, et que les banques savent qu’elles seront absoutes, quelle qu’ait été leur irresponsabilité, le poids écrasant de la dette privée entassée au-delà de toute possibilité vraisemblable de remboursement n’en a pas fini pour autant de peser sur le réel. Dans des sociétés fragilisées, où les perspectives d’activité peinent à reprendre des couleurs, le service de ces dettes – anciennes, du privé, et nouvelles, des États – va exercer une pression de plus en plus débilitante sur les revenus et les dépenses, sur l’activité, l’emploi et les conditions de vie. Le remboursement au prix fort d’emprunts sur des biens aujourd’hui dévalués ou en voie de l’être, la ponction sur la richesse nationale exigée des États, sont les formes d’un « esclavage moderne, » au seul bénéfice de créanciers dont le pouvoir, la superbe et l’arrogance n’ont d’autre origine qu’une dangereuse irresponsabilité, permise par la complaisance d’autorités et d’experts ayant abdiqué devant l’apparente toute puissance de l’argent. Mais aujourd’hui, lorsque la BRI évoque dans sa dernière étude un service de la dette qui pourrait dépasser les 10% du PIB, il convient de tirer les conclusions.

Le papier des contrats, la finance prédatrice, les dettes odieuses, seraient-elles donc plus sacrées que les vies, la santé des économies et le bien être des sociétés ? Faute d’un allègement de la dette sous forme de réduction des créances, du recours à la monétisation et à l’inflation, à des impositions exceptionnelles sur les actifs spéculatifs, accompagnés par une réduction de la mobilité des capitaux et un contrôle renforcé sur le secteur bancaire, nombre de pays occidentaux risquent de s’enfoncer dans le marasme et la misère sociale – et pour longtemps – au moment même où les émergents accélèrent leur course.

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Les nouveaux Temps Modernes

Un emploi stable, un solide contrat de travail et des horaires fixes font peu à peu partie du passé. C’est une époque nettement plus mouvementée qui s’annonce aujourd’hui. Ouverte au champ des possibles, elle est aussi empreinte de grandes incertitudes, estime l’hebdomadaire tchèque Respekt.

Au cours de ces vingt dernières années, le monde du travail en Europe et aux États-Unis a connu de profondes mutations. Pour qualifier ce phénomène, les sociologues parlent de “croissance du travail atypique.” Ce travail est dit “atypique”, parce qu’il n’a presque plus rien de commun dans sa forme avec ce qu’ont pu connaître la plupart des Américains et des Européens de l’Ouest jusque dans les années 1980.

Cette époque de l’emploi “normal” – salarié avec un contrat indéterminé et avec une solide retraite à la clé – est aujourd’hui révolue. Depuis 1985, la proportion des individus ayant un contrat à plein temps à durée indéterminée est en baisse constante dans l’ensemble de l’Europe occidentale. Selon une étude du Centre berlinois de Recherche sociale (WZB), il apparaît aujourd’hui que presque un citoyen sur quatre vivant dans l’Union européenne a un contrat à durée déterminée, travaille à temps partiel, ou exerce son activité en tant que “free-lance.

Moins d’argent, mais plus de temps libre

Tout porte à croire que dans le futur de plus en plus de gens gagneront moins d’argent, mais disposeront en contrepartie de davantage de temps libre. Ce monde du travail qui est en train de naître constitue – et cela on s’en rendra compte bien assez tôt – une véritable menace pour ceux qui ne parviennent pas à y trouver leur place, mais il représente également un espoir dans le sens où il peut rendre les gens plus libres.

En Europe occidentale, la plupart des nouveaux emplois créés au cours des dix dernières années sont “atypiques.” C’est aux Pays-Bas, où la proportion des “travailleurs atypiques” a atteint près de 43% en 2008, que cette évolution est la plus marquée. En Allemagne, la part de ces travailleurs a augmenté de 20% en 1990 et de 37% en 2007. En Suède, en Espagne, au Danemark, au Portugal, en Grande-Bretagne et en Autriche, ils représentent un quart, voire jusqu’à un tiers, de tous les salariés. Leur poids n’est pas encore très important parmi les nouveaux États membres de l’UE. Mais la part qu’ils représentent en Slovénie et en République tchèque, soit respectivement 16% et de 13%, tend à montrer que ce n’est plus qu’une question de temps avant que les transformations profondes que connaît le monde du travail ne gagnent également les pays postcommunistes.
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