L’incroyable détournement du trésor des P-V

Censée retourner au bénéfice des conducteurs et de leur sécurité, la manne des amendes alimente bien d’autres circuits, parfois obscurs.

C’est un joli pavé dans la mare que vient de jeter la Ligue de défense des conducteurs (LDC) avec son enquête, plutôt décapante, sur l’utilisation de l’argent des P-V et autres amendes issu de la répression routière. L’association a mis sur la table des documents parfaitement officiels mais dont la physionomie peu avenante ne permet pas de tirer aisément des conclusions.

Au terme d’un patient travail de décryptage digne de Champollion, les enquêteurs de la LDC ont pourtant débusqué quelques énormités dont l’étrange affectation du produit des amendes n’est pas la moindre surprise.

Dire qu’il y a détournement de fonds au sens géographique du terme n’est pas usurpé. Dans le grand aiguillage des ressources de l’État provenant de la route, il est permis de dire que les usagers sont manifestement spoliés. On le soupçonnait déjà, en voici la confirmation : sur les 1,7 milliard d’euros tirés des 24 millions de contraventions dressées en 2012, bien peu sont revenus en 2013 à des investissements concernant la route et sa sécurité.
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Autoroutes : Vers une scandaleuse prolongation des concessions ?

En lieu et place de l’écotaxe, Ségolène Royal veut s’attaquer au “profit des autoroutes”. Voilà un objectif louable. Hélas, les contrats qui lient l’Etat et les autoroutiers sont ainsi ficelés qu’il sera difficile d’y arriver. Peut-être va-t-on vers une autre solution : une prolongation des concessions en l’échange de quelques investissements…

« La privatisation des autoroutes engagée en 2005 a été une mauvaise affaire pour l’Etat ». Cette fois-ci, ce n’est pas Marianne qui dénonce ce scandale — comme nous l’avons encore fait récemment en couverture  — mais Emmanuel Macron. Le ministre de l’Economie et de l’Industrie a fait état d’un manque à gagner de plusieurs milliards sans le chiffrer. Sans doute une grosse dizaine de milliards. Rien que ça. Mais il y a du neuf : la « nouvelle star » du gouvernement a assuré son auditoire de la volonté de Bercy de faire enfin quelque chose, comme l’y invitait d’ailleurs l’Autorité de la concurrence dans son dernier rapport. Oui mais quoi ? Et comment ? Ségolène Royal, dans la foulée de la « suspension » de l’écotaxe, a expliqué que sa « priorité » était « le prélèvement du profit des autoroutes » arguant que « sur 100 euros de péage payés par l’usager, 22 sont du profit net pour les sociétés d’autoroute » et que cela a « permis la redistribution de 15 milliards de dividendes depuis la privatisation »

S’attaquer à la rente qui prive l’Etat de recettes et dévalise les automobilistes mais remplis grassement les poches des actionnaires des autoroutes à raison de 20 % de marges nettes, est un objectif louable. Hélas, la tâche est extrêmement compliquée. L’équation est d’autant plus complexe que, non content d’avoir brader les bijoux de familles, l’Etat s’est mis dans une telle position qu’il apparaît pieds et poings liés : les contrats avec les concessionnaires sont en effet si bien verrouillés que la marge de manœuvre juridique est étroite.

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La Chine a ses villes fantômes, le Portugal, ses autoroutes fantômes

La Chine a ses villes fantômes, et le Portugal, ses autoroutes fantômes. Le Financial Times rapporte qu’au Portugal, de très longues portions d’autoroutes sont désertées par les automobilistes.

Depuis les deux dernières années, le trafic routier s’est effondré, en raison des coûts trop élevés des péages des autoroutes, que les automobilistes ne peuvent se permettre. Selon Inrix, une société d’information sur la circulation au Portugal, le trafic global des routes portugaises a chuté de 50% en 2012, et de 68% au cours du premier trimestre de cette année. En 2012, les ventes de voitures avaient baissé de 27%.

Pour respecter les conditions du plan de sauvetage du pays, le gouvernement a dû rendre payants plus de 900 km de routes qui étaient auparavant gratuits. Le trajet Lisbonne/Porto coûte 22 euros de péage, et 36 euros de carburant ; celui de Lisbonne à l’Algarve coûte le même montant de péage, pour 34 euros de carburant. Les sociétés de transport routier, qui payent le double, sont particulièrement pénalisées par ces tarifs de péage.

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Les autoroutes rattrapées par la crise

Le trafic des poids lourds est en nette baisse. Celui des véhicules légers recule aussi, mais dans une moindre mesure…

Image d’illustration : ancienne Route 66, Illinois, Etats-Unis

Le recul inédit enregistré en 2008 du trafic autoroutier, une première depuis 1980, devrait se reproduire cette année. Les chiffres dévoilés par les différents opérateurs ces derniers jours font état d’une baisse qui va de 1,6% à 3,6% en moyenne sur les grands axes de l’Hexagone.

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Le prodigieux magot des autoroutes

Plusieurs articles sur ce sujet, dans ce dossier.

La Cour des Comptes, dans son rapport du 04 février 2009 (p. 202, note 91), relevait que la privatisation du réseau autoroutier français, en 2005, avait entraîné une perte de près de 10 milliards d’euros pour l’Etat.

Dans son rapport du 06 février 2008, elle décrivait les tarifs des péages comme opaques et excessifs.

Le tout, alors que les coûts de construction du réseau sont amortis depuis longtemps, et dans un contexte de diminution des budgets d’entretien et de sécurité. Grandes gagnantes : les sociétés privées concessionnaires. Grands perdants : les contribuables et usagers.

(dessin de Deligne)

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CAC 40 : les actionnaires d’abord

Malgré la crise, les entreprises du CAC 40 ont réalisé des profits élevés en 2009. Et elles distribuent beaucoup de dividendes.

Alors que la hausse du chômage se poursuit, les entreprises du CAC 40 ont publié, ces dernières semaines, des résultats relativement bons pour l’année 2009. Elles ont, en effet, engrangé quelque 47 milliards d’euros de profits cumulés, en recul tout de même de 20% par rapport à 2008. Quant à leur chiffre d’affaires, il a baissé de 10% en moyenne.

Comment expliquer cette relative résistance ? En grande partie, par la nature de l’activité des champions français. Parmi les entreprises les plus profitables en 2009, on trouve en effet, en premier lieu, les banques, à l’exception notable de la Société Générale, qui n’en finit pas de payer le prix de la priorité qu’elle a accordée aux activités de marché, et des actifs toxiques, qu’elle avait inconsidérément accumulés jusqu’à la crise financière.

Les banques commerciales récoltent le fruit de l’aide des Etats et des banques centrales. Ces dernières ont en effet abaissé les taux d’intérêt à court terme quasiment à zéro, pour inciter les banques commerciales à prêter aux particuliers et aux entreprises à des taux attractifs. Ce qu’elles n’ont fait que de façon très limitée. Elles ont, en revanche, profité de cette aubaine pour gonfler leurs marges.

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Ombres chinoises

Trois articles – il y en a d’autres, mais nous avons trouvé ceux-ci particulièrement significatifs – sur l’Empire du Milieu.

Pour ceux qui pensent que la Chine dominera prochainement la planète, et pour les autres.

I – Chine et Etats-Unis butent sur leurs différends économiques

Les présidents américain et chinois ont soigneusement évité les sujets qui fâchent.

En visite en Chine cette semaine, Barack Obama et Hu-Jintao ont une nouvelle fois affiché leur volonté « d’adopter une stratégie de long terme et de développer les échanges et la coopération ».

En dépit de ces déclarations, les dirigeants n’ont pas avancé vers la résolution de leur principal contentieux économique : la sous-évaluation du yuan. Après s’être appréciée de près de 20 % en trois ans, la monnaie chinoise n’a pas bougé depuis l’été 2008. Elle reste fixée à 6,83 yuans contre 1 dollar, au grand dam des partenaires économiques de la Chine, au premier rang desquels figurent les Américains.

Barack Obama s’est contenté d’évoquer le sujet des changes, de façon très diplomatique, dans le communiqué publié à la fin de la rencontre. Le président dit avoir « noté l’engagement chinois, lors de précédentes déclarations, d’avancer progressivement vers un taux de change plus orienté vers le marché ». Et d’ajouter que « le faire sur la base des fondamentaux économiques serait une contribution essentielle à l’effort de rééquilibrage mondial ».

Derrière ces formulations prudentes, l’idée est toujours la même. Les Américains font pression pour que Pékin laisse s’apprécier le yuan, en soutenant que cela permettrait à la Chine d’être moins dépendante des exportations et de faire de sa demande intérieure, toujours très faible, un véritable moteur de croissance. Lire la suite