Olivier Rey : « Une question de taille »

Seul l’imaginaire est peuplé d’êtres monstrueux, c’est-à-dire hors proportions. Car dans la nature, chaque organisme n’est viable qu’à son échelle adéquate: une araignée géante s’asphyxierait, une gazelle de la taille d’une girafe se casserait les pattes… Idem pour les sociétés et les cultures, affirme Olivier Rey.

Le philosophe et mathématicien met cette « question de taille » au centre de sa critique de la modernité technicienne et libérale en exhumant la thèse de Leopold Kohr (1909-1994) : « partout où quelque chose ne va pas, quelque chose est trop gros ».

Il y a quelques jours, les dirigeants des 20 plus grandes puissances mondiales ont décidé de «doper la croissance mondiale de 2000 milliards d’euros», soit une «progression de 1,8% du PIB mondial». 2000 milliards d’euros. Combien de baguettes de pain? Ce chiffre titanesque est inconcevable pour nos esprits. Il ne renvoie à rien de concrètement saisissable. Il est proprement inhumain.

Un exemple parmi tant d’autres. Barres d’immeubles, places boursières, autoroutes embouteillées, mégalopoles surpeuplés: les dinosaures sont morts, mais les mastodontes administratifs et financiers, les titans numériques et commerciaux, les ogres économiques et urbains n’ont jamais été si nombreux. Au milieu d’eux, l’homme, réduit à la condition de fourmi.

C’est à cette inhumanité du gigantisme qu’Olivier Rey s’attaque dans son livre Une question de taille. Il y reprend la thèse de Leopold Kohr, avocat du «small is beautiful» qui écrit dans The breakdown of nations, «partout où quelque chose ne va pas, quelque chose est trop gros».

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