La contestation de la croissance s’amplifie

Par Jean Gadrey

Avant-propos de la troisième édition augmentée du livre « Adieu à la croissance », qui sort dans quelques jours en librairie.

Pour la deuxième édition de ce livre, j’avais rédigé, fin 2011, un avant-propos en forme de « questions à nos élu(e)s actuels et futurs ». Trois ans ont passé. Le culte de la croissance reste largement pratiqué et, en apparence, surtout du côté des acteurs économiques et politiques dominants, tout se passe comme si les idées de ce livre n’avaient pas avancé d’un pouce, comme si la panne de croissance, qui dure depuis 2008, avait encore ravivé l’expression d’un manque. Comme si des fumeurs invétérés privés de tabac pendant des années continuaient à attendre fébrilement le moment d’une première bouffée après sevrage.

Qu’on en juge. Au sommet de l’Etat, le Président de la République ne cesse de déclarer sa flamme à une croissance qui l’a abandonné. Au cours de la campagne présidentielle du printemps 2012, il déclarait déjà : « Sans croissance, pas de redressement économique, pas de création d’emploi… Ensuite, deuxième temps du quinquennat, quand nous aurons retrouvé la croissance, redressé notre pays, redressé ses finances, redressé son industrie, alors nous pourrons aller plus loin dans la redistribution ».

En octobre 2013, son gouvernement transmettait à prévision des prévisions de croissance de 0,1 % pour 2013, 0,9 % en 2014, 1,7 % en 2015 et 2 % à partir de 2016. Or l’année 2014 devrait se terminer avec un maigre 0,4 % et ce ne sera probablement guère mieux en 2015, à moins que ce soit pire.

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Susan George : « Le pouvoir des transnationales, illégitime et non élu, veut en finir avec la démocratie »

« Nous sommes cernés. » Ainsi débute le nouvel ouvrage de Susan George, les Usurpateurs. Comment les entreprises transnationales prennent le pouvoir. Fidèle à la méthode du dévoilement qu’elle éprouve depuis son premier livre, Comment meurt l’autre moitié du monde, ce 17e opus pose la question de la légitimité des détenteurs du pouvoir dans la mondialisation, en montrant les rouages de l’émergence d’une « autorité illégitime » qui s’ingère dans les affaires internationales grâce à des moyens impressionnants.

Présidente d’honneur d’ATTAC France et présidente du conseil du Transnational Institute, poursuivant son combat contre la mondialisation capitaliste, elle met au jour la cohorte d’individus et d’entreprises mus par leurs seuls intérêts, et qui, s’immisçant dans les traités de libre-échange, se substituent à l’autorité issue du fonctionnement démocratique. Entretien.

Dans votre ouvrage Les Usurpateurs, vous vous qualifiez de « chercheur militant », quel sens cela a-t-il pour vous ?
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Traité transatlantique : Conférence de Susan George

Conférence de Susan George, fondatrice et présidente d’honneur de l’association ATTAC (Association pour la taxation des transactions financières et pour l’action citoyenne) à propos de l’accord de libre-échange transatlantique, entre les États-Unis et l’Europe, qui doit entrer en vigueur en 2015.

En quoi ce traité, préparé dans le secret le plus absolu, va t-il nous impacter et pourquoi nous devons tous être informés de ses dangers ?

Antifas vs Étienne Chouard

Pour un antifa, ce qui compte, ce sont les apparences. Ainsi, quand Étienne Chouard a été invité par Pierre Rabbhi pour le lancement de la révolution des colibris, selon le principe de contagion, c’est Pierre Rabbhi lui-même et tout son mouvement qui ont été entachés d’une réputation nauséabonde.

Il y a une autre constante dans le comportement de l’antifa moyen : il ne remet jamais en doute son algorithme.

Bien sûr, on trouve beaucoup d’antifas dans le parti de gauche, chez les décroissants et écolos radicaux. Mais c’est là aussi qu’on trouve le plus de clients de Chouard, de Rabbhi, et d’autres étiquetés “fascistes” (genre Hervé Kempf, dernièrement et le site Reporterre et puis aussi François Ruffin de Fakir voire même Attac) selon la théorie de la contagion.

La polémique enfle dans les réseaux alters, libertaires et Front de Gauche dans le Gard, département où le FN et ses amis se gargarisent d’être en tête. Des membres et responsables du Parti de Gauche, co-fondateurs du café repaire d’Aimargues (30), ont décidé de dérouler le tapis rouge à Étienne Chouard, dont on ne compte plus les va-et-vient entre réseaux néofascistes, négationnistes et mouvements de gauche peu scrupuleux. [...]

Pour en savoir plus sur les relations qu’entretient Étienne Chouard avec diverses personnalités d’extrême droite, nous vous conseillons le schéma ci-dessous (cliquez sur l’image pour l’agrandir) :

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Traité transatlantique : Les multinationales à la manoeuvre

Susan George, présidente d’honneur d’Attac, était à l’Université d’été de l’association à Nîmes fin juillet 2013. Elle explique comment les multinationales se mobilisent pour imposer un traité transatlantique sur mesure pour leurs intérêts.

Islande : Comment jeter les banquiers voyous en prison, en 10 leçons

Par Agnès Rousseaux

Faire condamner les responsables de la crise financière : telle est l’ambition de l’Islande depuis quatre ans. Nomination d’un procureur spécial, investigations sur les crimes économiques, levée du secret bancaire… Si tout n’est pas rose sur l’île, une chose est sûre: face à la pire crise bancaire de l’histoire, l’Islande fait passer les intérêts des citoyens avant ceux des banquiers. Et a décidé de mettre fin à l’impunité des délinquants de la finance. Mode d’emploi d’une sortie de crise pas comme les autres.

Imaginez en France 20.000 agents de l’État chargés d’enquêter sur les crimes économiques, cherchant des preuves, interrogeant des témoins, fouillant dans les moindres recoins des archives des banques, plaçant en détention provisoire PDG, dirigeants ou traders. Plus de secret bancaire, accès illimité à toutes les informations. Un seul objectif: faire condamner les responsables de la crise financière. Science-fiction ?

C’est pourtant la voie choisie depuis quatre ans par l’Islande, avec des moyens à la mesure de ce petit pays de 320.000 habitants.

Octobre 2008. L’onde de choc de la crise des subprimes qui secoue les États-Unis arrive en Islande. Le tsunami financier submerge l’île. En 48 heures, les trois principales banques du pays (Glitnir, Kaupthing et Landsbanki) se déclarent en faillite. Elles détiennent des actifs d’un montant dix fois supérieur au PIB islandais ! Et sont incapables de faire face.
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Ces économistes qui monopolisent (toujours) les débats

Malgré les crises économiques, les mêmes économistes squattent toujours les médias. Et leurs erreurs accumulées n’y ont rien changé. Quelques petits comptages s’imposent…

Ainsi que nous l’avions déjà développé ici-même, depuis de nombreuses années, les sujets « économiques » inondent les médias. Régulièrement confrontés à la complexité de ces thèmes, les journalistes préfèrent déléguer leurs traitements à des experts (toujours les mêmes), universitaires pour la plupart – mais pas toujours les plus compétents –, dont les engagements extra-scientifiques sont méconnus ou dissimulés. Pour les journalistes, l’expert appelé à la rescousse doit répondre à plusieurs critères  : efficacité (il doit être bref et concis), disponibilité (il doit habiter en Île-de-France) et orthodoxie (il doit être partisan de l’économie de marché). Les trois critères sont essentiels… et presque toujours vérifiés. Le talent ne semble pas toujours nécessaire pour devenir un « bon client ».

Acrimed, et avec elle Le Plan B et quelques autres critiquent depuis longtemps la proximité de certains économistes avec le pouvoir financier, leurs relations incestueuses avec le pouvoir politique, et leur omniprésence médiatique. Mais vint la crise. Ou plutôt les crises  : celle des subprimes aux États-Unis, et celle de « la zone euro », que ces experts n’avaient pas su anticiper. Cette fois, un film (Les Nouveaux Chiens de garde), un mensuel (Le Monde diplomatique), des économistes (atterrés) et même – dans une moindre mesure – des médias plus main stream (Alternatives économiques ou Mediapart), ont prolongé les investigations, focalisant surtout leur critique sur l’appartenance de ces quelques économistes au monde de la finance. « Comment peut-on être objectif en étant juge et partie  ? » Les critiques semblant fuser de toutes parts, on pouvait penser que la cause était entendue, et qu’on allait enfin en être rapidement débarrassé.

Las  ! Malgré ces nombreux travaux, ces mises en garde répétées, ces évidences enfin révélées, rien ne semble avoir entamé leur aura dans les médias dominants  : à la radio, comme à la télévision, les économistes qui trempent leurs mains dans le cambouis de la finance ne sont jamais présentés comme tels et sont toujours partout.

À la télévision

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Cuba : Quand la dette devient odieuse

Depuis la découverte de l’île par Christophe Colomb en 1492, Cuba est sous domination espagnole. Son armée, sa police, son or, ses cultures de canne à sucre et de tabac, ses esclaves et ses dettes sont administrés par Madrid. Or, dès le milieu du XIXe siècle, la révolte gronde. Les États-Unis se tiennent en retrait, armant plus ou moins en secret les insurgés cubains.

Mais, le 15 février 1898, le cuirassé USS Maine explose dans la baie de La Havane. Il sombre avec 266 membres d’équipage à bord. Le navire de guerre venait à Cuba protéger les intérêts américains. Les combats qui opposent l’Espagne aux indépendantistes sont une menace pour les plantations sucrières, dont une grande partie des récoltes est destinée au marché américain.

Le naufrage du cuirassé servira de prétexte à une intervention américaine. Galvanisés par la presse et une partie de l’opinion, les États-Unis haussent le ton : reconnaissance d’un État cubain indépendant et libre, ultimatum contre l’armée espagnole, blocus de l’île. Le 24 avril, l’Espagne déclare la guerre. Surnommée la “Splendid Little War” par les Américains, celle-ci ne durera que quatre mois. Acculée par ses adversaires, l’Espagne capitule et, le 12 août 1898, un traité de paix préliminaire met fin aux hostilités.

La bannière étoilée en profite pour annexer Porto Rico et l’île de Guam et acquérir les Philippines contre 20 millions de dollars. Si les États-Unis réfutent toute volonté expansionniste à Cuba, la “Destinée manifeste”, idéologie empreinte d’une mission divine qui conduisit à la conquête de l’Ouest, pointe vers le sud.

Officiellement, les Américains sont venus aider les Cubains épris d’indépendance. En réalité, l’intervention marque un tournant historique pour les États-Unis. Elle consacre pour nouvelle politique extérieure la doctrine Monroe, énoncée par le président du même nom en 1823 et qui fait de l’hémisphère américain – Nord et Sud – la sphère d’influence exclusive des États-Unis.

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Allemagne : Interdiction de contester le Pacte budgétaire ?

Un an après le mouvement du 15M, lancé par les indignés espagnols, c’est au tour des mouvements sociaux allemands d’appeler à l’occupation du quartier des banques et de la Banque centrale européenne (BCE), qui a son siège à Francfort, du 17 au 19 mai (lire l’appel).

 

Objectif : s’opposer à l’austérité et à la ratification du « Pacte budgétaire » voulu par Angela Merkel, qui impose une règle d’équilibre permanent des finances publiques, avec un déficit « structurel » qui ne pourra plus jamais dépasser 0,5 % du PIB, interdisant tout investissement et politique de relance.

Les autorités allemandes et les financiers de Francfort ont-ils pris peur devant la mobilisation ? Arguant de possibles « violences », le chef de la police de Francfort a interdit toute manifestation. Les autorités locales – la ville est depuis peu gouvernée par les sociaux-démocrates du SPD – redoutent en particulier l’action de blocage de la BCE et du quartier des banques prévue le 18 mai.

Pour les organisateurs, « cette interdiction est une violation manifeste du droit constitutionnel à manifester » (voir la pétition).

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A propos de l’initiative « Bankrun » du 7 décembre

Le footballeur connu Éric Cantona a popularisé en France un mouvement pour retirer son argent des banques le 7 décembre prochain (Bankrun 2010) [initiative lancée par Géraldine Feuillien et Yann Sarfati, voir lien - NDR].

Pour connaître les effets possibles de cette initiative, nous avons interviewé Juan Torres López, professeur d’économie, membre du comité scientifique d’ATTAC – Espagne, et auteur des livres Desiguales (Inégaux), Mujeres y hombres en la crisis financiera (Femmes et hommes dans la crise financière), avec Lina Gálvez, et La crisis de las hipotecas basura. ¿Por qué se cayó todo y no se ha hundido nada ? (La crise des hypothèques poubelle. Pourquoi tout tombe dedans et rien n’y sombre ?), avec la collaboration d’Alberto Garzón .

Alberto Montero Soler : Quels effets auraient une mesure comme celle que propose Cantona ?

Juan Torres López : Logiquement, cela dépend de la manière dont elle est suivie. Si c’est massivement, les banques n’auraient pas assez de liquide pour rembourser les dépôts de leurs clients, parce que la banque en occident travaille avec un système appelé réserves fractionnées.”

Ce qui signifie que de tout l’argent versé par un client, elle ne conserve qu’une partie (2% actuellement, plus quelques pourcentages additionnels qui dépendent des règles établies par chaque pays). Le reste est utilisé pour donner des crédits. C’est pourquoi l’argent de ceux qui le déposent “n’est pas” à la banque sinon seulement sous formes d’écritures, si bien qu’il ne pourrait pas être retiré dans sa totalité.

Cela veut dire que les banques ne “conservent” pas l’argent de leurs clients mais l’utilisent pour faire encore plus d’argent ?

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Souveraineté alimentaire, que fait l’Europe ?

Ouvrage collectif soutenu entre autres par le réseau ATTAC : « Souveraineté alimentaire, que fait l’Europe ? ».

Bonne question.

L’Union Européenne est un pôle important lors de toutes les négociations internationales sur les questions agricoles et alimentaires. En 2013, le gel de la Politique Agricole Commune arrive à terme. La réforme de la PAC sera donc, à nouveau, à l’ordre du jour. Qu’attendre de Bruxelles dans ce cadre ?

Précision d’entrée de jeu : nous avons bien dit « attendre de Bruxelles », et non de Strasbourg, car, en ce qui concerne la PAC (40 % du budget de l’UE), le Parlement (élu démocratiquement) n’a sur l’essentiel qu’un pouvoir consultatif, tandis que la Commission (non élue) est seule habilitée à proposer des directives au Conseil des Ministres de l’Agriculture (c’est ce qu’on appelle la « démocratie européenne »). C’est à peu près la relation entre le Bureau Politique du Parti Communiste et le Soviet Suprême dans la défunte URSS, soit dit en passant.

Pour la bonne bouche, signalons encore que l’objectivité de la Commission ne paraît pas tout à fait indiscutable (on va dire ça comme ça). Exemple : la Commission s’est récemment félicitée publiquement des « bonnes relations » qu’elle entretient avec la Confédération des Industries Alimentaires et des Boissons (CIAA), soulignant le « traitement 5 étoiles » (sic) accordé à ce lobby. Pas triste.

Bref, donc : qu’attendre de Bruxelles ?

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