Quand l’Afrique se réveillera : La France se relèvera

Par Michel Lhomme

Dans une tribune du quotidien britannique Financial Times, le gouverneur de la Banque centrale du Nigeria, Lamido Sanusi, s’en est pris le mois dernier, « aux méthodes impérialistes de la Chine sur le continent. Il est temps pour nous d’ôter les lunettes teintées de rose à travers lesquelles nous voyons la Chine. »

La Chine en Afrique : du néo-colonialisme

Pour la première fois en Afrique, ont été dénoncées les relations commerciales déséquilibrées entre l’Empire du Milieu et les pays africains, ces derniers troquant l’exploitation de leurs immenses ressources naturelles contre des devises, des prêts et même des produits chinois bon marché mais de piètre qualité.

En riposte, Lamido Sanusi a proposé de produire localement mais aussi de repousser activement les importations chinoises et leur politique prédatrice. Que la Chine s’empare des matières premières africaines et qu’elle leur vende des biens manufacturés, n’est-ce pas exactement ce qu’on appelle par essence le néo-colonialisme? Cette politique chinoise contribue de façon significative à la désindustrialisation et au sous-développement continu de l’Afrique.

Le Nigéria est  l’un des premiers pays africains à avoir réagi. Pour que son immense manne pétrolière et gazière (qui représente en moyenne 36 % du PIB et plus de 97 % des exportations) profite au maximum au pays, le gouvernement nigérian applique depuis trois ans la politique dite de « local content », qui impose que l’essentiel de l’activité liée aux hydrocarbures soit assuré par la main d’œuvre locale ou des entreprises à capitaux majoritairement nigérians.
Lire la suite

Chine, Japon, Corée du Nord, USA : Bras de fer militaire ou économique ?

Rien ne va plus entre la Chine et le Japon ! Rien ne va plus entre la Chine et les Etats-Unis ! Pendant des années, pour ne pas dire des décennies, on a pu croire que les frictions, les antagonismes traditionnels s’étaient effacés, tant les intérêts économiques des trois pays étaient liés. (…) Or depuis un an, tout a changé !

Mondialisation et régionalisation des flux migratoires

En ce début du vingt et unième siècle, les migrations internationales ont pris un essor sans précédent. Mais, à la différence du passé, ce ne sont plus les Européens qui ont émigré de par le monde, l’Europe étant au contraire devenue l’une des premières destinations migratoires, en proie à un déclin démographique, mais la planète entière qui est en mouvement, notamment les zones du sud.

De nouvelles destinations se sont fait jour, comme les pays du Golfe, le continent africain, certains pays asiatiques, tandis que des pays de départ sont devenus des pays d’accueil et de transit, comme l’Europe du sud, puis le Mexique, la Turquie et les pays du Maghreb.

Ces migrations se sont mondialisées depuis trente ans, et ont triplé depuis le milieu des années 1970 : 77 millions en 1975, 120 millions en 1999, 150 millions au début des années 2000, près de 240 millions aujourd’hui.

Ce processus va se poursuivre car les facteurs de la mobilité ne sont pas près d’avoir disparu : écarts entre les niveaux de développement humain (qui combinent l’espérance de vie, le niveau d’éducation et le niveau de vie) le long des grandes lignes de fracture du monde, crises politiques et environnementales, productrices de réfugiés et de déplacés.
Lire la suite

Asie : Risque accru d’éclatement d’une bulle du crédit

Le risque de voir éclater une nouvelle bulle du crédit en Asie augmente chaque jour un peu plus. Aujourd’hui, c’est Coface qui alerte sur le sujet. Alors que pour notre part, nous avions d’ores et déjà évoqué les craintes des analystes face à l’occurrence d’un tel événement en Chine, c’est désormais l’assureur-crédit français qui ose mettre le doigt là où cela fait mal.

Principaux facteurs à risque selon Coface : une croissance excessive des prêts bancaires accordés au secteur privé.

Selon l’assureur-crédit, les politiques monétaires  mises en oeuvre dans les pays émergents depuis la crise 2008-2009, et le manque de règles permettant de limiter les risques ont favorisé une croissance soutenue du crédit bancaire. Parmi les pays en dangereuse position figurent la Malaisie et la Thaïlande, la Corée du sud, la Chine  et Taïwan inquiétant également les analystes.

Pour étayer ses propos, Coface se fonde sur un indicateur croisant  le niveau du stock de crédit et sa croissance.

Lire la suite

Tibet : Plus cher que l’or, “le viagra brun de l’Himalaya”

Étonnante mutation entre l’animal et le végétal, le cordyceps sinensis est la combinaison unique d’une chenille et d’un champignon qui pousse à l’état sauvage sur les hauts plateaux du Tibet et en Himalaya, à plus de 4000 mètres d’altitude.

Cet organisme étrange a toujours eu la réputation de stimuler et régénérer les facultés physiques et les défenses immunitaires. Il est un des ingrédients de base de la pharmacopée asiatique. Mais depuis 1993, date de la victoire de deux chinoises championnes mondiales d’athlétisme, le cordyceps, surnommé le ” viagra de l’Himalaya “, n’est plus seulement un revenu pour les populations de nomades mais aussi pour tout un réseau de commerçants qui voient en lui un produit encore plus lucratif que le ginseng.

Sa demande croissante fait qu’il se négocie autour de 25.000 euros le kilo en 2008, plus cher que l’or !

La société tibétaine est remodelée, les nomades se sédentarisent avec l’argent de la récolte et la course au profit pousse les laboratoires chinois et internationaux à isoler la cellule souche qui permettrait d’en faire un médicament bien moins onéreux. Mais aucune étude clinique fiable ne permet de vérifier ces propriétés nous confie le directeur de l’université de biologie de Hong Kong.

L’autorité publique est aux mains du système financier

Entretien avec Hervé Kempf

Vous démontrez avec des exemples innombrables comment le monde glisse vers une sorte de régime autoritaire dont l’intention unique est de maintenir les privilèges d’une caste, l’oligarchie. Cela vous amène à une conclusion socialement et politiquement dramatique : la fin possible de la démocratie.

Leandro del Ponte (1557–1622) – Venise, vue des banques du Grand Canal et Palais des Doges

L’oligarchie est la définition d’un régime politique. L’oligarchie est un concept inventé par les grecs aux IVe et Ve siècle av. J.-C. Les grecs ont défini les façons selon lesquelles les sociétés humaines pouvaient être gouvernées : la dictature, le despotisme, la monarchie, la tyrannie, la démocratie, qui est le pouvoir du peuple pour le peuple et par le peuple, et ensuite ils ont défini une autre forme de gouvernement qui est précisément l’oligarchie.

L’oligarchie est le pouvoir aux mains de peu de personnes. Ce que je dis alors c’est que, au moins en Europe, nous glissons vers l’oligarchie. Le système politique actuel fait qu’un groupe de peu de personnes imposent ses critères au reste de la société.

Vous suggérez que nous sommes dans une phase de post-démocratie dans laquelle, avec l’objectif de se maintenir au pouvoir, l’oligarchie maintient une fiction démocratique.
Lire la suite

Russie : Vers un nouveau modèle politico-économique?

Par Alexandre Latsa

Le Forum Gaïdar s’est tenu en Russie du 16 au 19 janvier 2013. Comme chaque année, les participants au forum ont pu discuter de l’avenir économique de la Russie et envisager des scénarios de développement pour le pays. Le forum s’est notamment axé sur les questions d’intégration économique et de choix des partenaires commerciaux de la Russie.

Certains intellectuels libéraux ont ouvertement envisagé comme voie inévitable pour la Russie une forme “d’intégration à l’Union Européenne” pendant que des intellectuels de la gauche russe comme le directeur de l’institut de la mondialisation Michael Deliaguine pensent au contraire que “L’Europe n’a pas besoin d’une intégration avec la Russie“.

Le gouvernement russe, via le premier ministre Dimitri Medvedev, a lui réaffirmé ses objectifs prioritaires d’intégration eurasiatique pour faire de cette nouvelle hyper-région du monde un pont entre l’atlantique et le pacifique, tout en relevant le défi de la modernisation du pays dans les domaines de la politique, de l’économie et du social.

Les participants au forum ont tous admis que le monde était au bord de changements majeurs, ce que le président russe annonçait en décembre dernier en affirmant que “l’ensemble du monde s’engage dans une époque de transformations radicales et peut-être même de grands chocs“. L’un des signes de ces transformations radicales en cours semble être ” l’éclatement de l’Occident ” selon les mots d’Alexandre Melnik.
Lire la suite

Immigration-catastrophe : Merci patrons !

Par Michel Geoffroy

… Merci les partis « républicains » ! Merci les élites africaines !

(Chanson des “Charlots” datant de 1971, époque à laquelle les Français de Souche trouvaient encore du travail chez eux…)

Merci les patrons !

Merci au patronat français qui, avec une belle constance, a fait pression sur les gouvernements successifs de la Ve République pour faire ouvrir toutes grandes les portes de l’immigration de travail puis de peuplement, sans jamais en supporter les conséquences collatérales !

Merci en particulier à tous les dirigeants de l’industrie automobile française qui ont organisé dans les années 1960 des caravanes de promotion dans les pays du Maghreb, pour recruter à bas prix une main-d’œuvre destinée à concurrencer les salariés français ainsi que leurs syndicats et à éviter aussi aux entreprises d’investir dans l’innovation.

Merci à tous les patrons qui préfèrent employer des immigrés, en situation régulière ou non, en particulier dans les métiers de la restauration, du nettoyage, du gardiennage ou dans les services à la personne et les travaux publics.

Merci au MEDEF de promouvoir la « diversité » dans les entreprises et d’expliquer que notre économie a toujours plus besoin d’immigrés.
Lire la suite

Travail des enfants : L’esclavage des temps modernes

L’Organisation internationale du travail (OIT) a dénombré près de 215 millions d’enfants âgés de 5 à 17 ans exerçant une activité économique. Parmi lesquels plus de la moitié sont exposés aux « pires formes de travail des enfants ».
Après une année placée sous l’égide de l’élimination du travail des enfants d’ici 2016, l’OIT a défini une feuille de route pour mettre fin au travail des enfants, âgés de 5 à 17 ans, qui reste « un défi persistant ». En effet, ce sont près de 127 millions de garçons et 88 millions de filles qui travaillent chaque jour. Sur les 215 millions dénombrés en 2008 (dernière donnée fournie par l’OIT), 115 millions sont contraints à des activités dangereuses, dont 74 millions de garçons et 41 millions de filles.

Parmi le travail des enfants, l’exploitation sexuelle concerne près de 5 millions d’entre eux. L’OIT prend en compte les conditions de travail dangereuses, l’esclavage, ou autres formes de travail forcé, les activités illicites, y compris le trafic de drogue et la prostitution ainsi que l’enrôlement dans un conflit armé.

L’âge minimum légal de base auquel les enfants sont autorisés à travailler est 15 ans (14 ans dans les pays en développement). Pour les travaux légers (quelques heures uniquement et occasionnellement), la limite est fixée à 13-15 ans (12-14 ans dans les pays en développement). Enfin, pour les travaux dangereux, la limite est repoussée à 18 ans (16 ans sous certaines conditions dans les pays en développement).
Lire la suite

Mondialisation et guerre économique vues par Gustave Le Bon

Les écrits de Gustave Le Bon, dans son livre Psychologie du socialisme, paru en 1898, il y a 111 ans, se révèlent d’une singulière actualité. Psychologie du socialisme, dans la version de sa 3e édition de 1902, est téléchargeable en format PDF depuis le site de la Bibliothèque Nationale de France.

Gustave Le Bon

Extraits des pages 200 à 207 de l’édition numérisée :

« Le problème que nous allons aborder dans ce chapitre [...] nous montrera une fois de plus combien sont superficielles et irréalisables les solutions de bonheur universel proposées par les socialistes.

Ce problème, [...] est celui de la lutte économique qui se dessine plus nettement chaque jour entre l’Orient et l’Occident. Le rapprochement des distances par la vapeur, et l’évolution de l’industrie, ont eu pour conséquence de mettre l’Orient à nos portes et de transformer ses habitants en concurrents de l’Occident.

Ces concurrents, auxquels nous exportions jadis nos produits, se sont mis à les fabriquer dès qu’ils ont possédé nos machines. Et, au lieu de nous acheter, ils nous vendent maintenant. Ils y réussissent d’autant plus facilement qu’étant, par leurs habitudes séculaires, à peu près sans besoins, les prix de revient des objets fabriqués par eux sont très inférieurs à ceux des mêmes objets fabriqués en Europe.

La plupart des ouvriers orientaux vivent avec moins de dix sous par jour, alors que l’ouvrier européen ne vit guère avec moins de quatre à cinq francs. Le prix du travail réglant toujours celui des marchandises, et la valeur de ces dernières sur un marché quelconque étant toujours déterminée par leur valeur sur le marché où elles peuvent être livrées au plus bas prix, il s’ensuit que nos fabricants européens voient toutes leurs industries menacées par des rivaux produisant les mêmes objets à des prix 10 fois moindres.

L’Inde, le Japon, et bientôt la Chine, sont entrés dans la phase que nous prédisions jadis, et ils y progressent rapidement. Les produits étrangers affluent de plus en plus en Europe, et les produits fabriqués en sortent de moins en moins.

Suite et commentaires sur le nouveau blog: Fdesouche Histoire

L’ONU annonce une crise alimentaire mondiale pour 2013

L’ONU met en garde la communauté internationale contre l’imminence d’une crise alimentaire globale pour l’an prochain qui commence dans… un mois ! The Guardian est le premier quotidien britannique a divulguer l’atterrante nouvelle. Cette famine sera induite par un indice incontournable, celui des réserves mondiales de céréales qui ont atteint des niveaux de production dangereusement bas.

Une crise dans la crise, la famine pour certains, la déroute pour d’autres, la spéculation pour quelques-uns : c’est bien le début de la vie invivable qui sera celle d’une humanité trop nombreuse sur une planète exsangue et soumise au chaos climatique. 2050 : il y aura plus à souffrir qu’à choisir.

La sécheresse qui a sévi cet été aux États-Unis – la pire depuis plus d’un demi-siècle – n’est pas étrangère à la menace de prochaines restrictions alimentaires, lesquelles feront les choux gras des maîtres chanteurs de la finance en matière d’opportunisme et de spéculation. Cette sécheresse nord-américaine et le grave déficit en pluies qui a touché la Russie et toute la région de la mer Noire ont déjà favorisé un emballement des cours du maïs et du soja.

Cette hausse des denrées alimentaires de première nécessité engendrera très probablement des troubles et des conflits armés dans plusieurs contrées du monde, celles les plus sensibles en matière de souveraineté alimentaire, avertit encore l”ONU.

« Les réserves mondiales de céréales sont si dangereusement basses que les phénomènes météorologiques les plus extrêmes des États-Unis ou d’autres pays exportateurs d’aliments pourraient déclencher une crise alimentaire majeure au cours de l’année prochaine ». Ce niveau n’avait jamais été aussi bas depuis 1974, a indiqué Abdolreza Abbassian, économiste senior de la FAO, l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture.
Lire la suite

Le prix du pétrole augmentera inévitablement

La demande pétrolière mondiale et les prix de l’or noir vont continuer à grimper dans les décennies qui viennent, portés par la consommation liée aux transports, prédit l’Agence internationale de l’énergie (AIE).

La demande de brut va augmenter de 14% d’ici 2035 pour atteindre 99,7 millions de barils par jour (mbj), indique l’AIE dans son World Energy Outlook, sa grande étude prospective annuelle. Cela dépasse de 700.000 barils ce qu’elle anticipait un an plus tôt. L’AIE, qui défend les intérêts des pays consommateurs, table aussi sur un prix moyen du baril de brut autour de 125 dollars le baril en 2035 (en dollars constants), contre environ 107 dollars cette année, alors qu’elle prédisait l’an dernier un prix du baril de 120 dollars à cet horizon.

« La croissance de la consommation de pétrole dans les pays émergents, particulièrement celle liée aux transports en Chine, en Inde et au Moyen-Orient, va plus que compenser la réduction de la demande dans l’OCDE, faisant monter nettement l’usage du pétrole », justifie l’AIE, bras énergétique de l’Organisation de coopération et de développement économiques.

Le transport « représente déjà plus de la moitié de la consommation pétrolière mondiale, et cette part va s’accroître alors que le parc automobile doublera à 1,7 milliard de voitures, et que la demande liée au fret (transport de marchandise) routier augmente rapidement », ajoute-t-elle.
Lire la suite

LEAP-GEAB : L’économie globale aspirée dans un trou noir…

…et la géopolitique mondiale chauffée à blanc.

GEAB N°67 (Septembre 2012)

Comme anticipé par LEAP/E2020 depuis la fin 2011, cette fin d’été 2012 marque le début du renouveau pour l’Euroland avec l’émergence d’une dynamique positive nourrie par deux phénomènes durables : d’une part, la mise en place opérationnelle progressive des instruments âprement discutés et décidés au cours des 18 derniers mois ; et d’autre part, l’étincelle visionnaire apportée par les changements politiques de ces derniers six mois qui ont replacé l’avenir de l’Euroland à moyen/long terme au cœur du processus décisionnel.

L’évolution de l’Euro ces dernières semaines offre une parfaite illustration du phénomène (1). Cela étant dit, l’Europe va être en récession pour les 6 à 12 mois à venir. Comme quoi la seule bonne nouvelle que nous annoncions dans le GEAB N°66 du mois de Juin 2012 est loin d’être miraculeuse. D’une certaine manière, c’est même le contraire, puisqu’il n’est désormais plus possible de cacher derrière le prétexte de la « crise de l’Euro ou de la Grèce » l’état tragique de l’économie mondiale.

Plus l’Euroland va avancer sur un chemin constructif, plus va se révéler le caractère « Potemkinien » (2) de la « santé » des économies US, chinoise, japonaise, brésilienne, …. L’arbre ne cachera plus la forêt, à savoir que toutes les grandes économies mondiales entrent simultanément en récession ou en croissance ralentie, entraînant la planète socio-économique et financière dans un trou noir.

Parallèlement l’été 2012 aura marqué une accélération majeure de la dislocation géopolitique mondiale avec un conflit syrien qui devient chaque jour plus dangereux pour le Moyen-Orient et le monde (3), une tension israélo-iranienne prête à exploser à tout moment et un test généralisé de la puissance US déclinante – de la Mer de Chine à l’Amérique latine en passant par l’ensemble du monde musulman. Le monde stratégico-militaire est chauffé à blanc comme l’illustre d’ailleurs la reprise massive des ventes d’armes au niveau mondial, avec les États-Unis fournissant 85% du total (4).

Évolution des ventes d’armes dans le monde et de la part des principaux exportateurs (2010-2011) – Source : New York Times, 08/2012

Pour ces raisons, LEAP/E2020 maintient son Alerte Rouge de Juin 2012 et estime que, d’ici la fin Octobre 2012, l’économie globale va être aspirée dans un trou noir sur fond de géopolitique mondiale chauffée à blanc. Autant dire que les semaines à venir vont, selon notre équipe, emporter la planète dans un ouragan de crises et de conflits sans précédent.
Lire la suite

Turquie : Fêtes, religion et business, l’incroyable succès d’Istanbul

Avec ses 15 millions d’habitants, Istanbul, la capitale économique et culturelle de la Turquie, est la seule ville au monde sur deux continents, l’Europe et l’Asie. Chaque année 7 millions de touristes se pressent sur les rives du Bosphore pour admirer palais, harems et mosquées. Mais Istanbul est aussi la ville la plus dynamique d’Europe, profitant de l’exceptionnelle croissance économique de la Turquie: 8,9 % en 2010.

http://www.dailymotion.com/video/xm70s5

La tension Chine-Japon gagne le terrain économique

Attaques d’enseignes japonaises en Chine, fermetures d’usines, appels au boycott… La querelle autour des îles Senkaku se traduit dans les relations commerciales et industrielles entre les deux pays.

(…)Pour quelques arpents de rocs perdus en mer de Chine orientale, les passions s’enflamment entre la deuxième et la troisième économie mondiale.(…)

Lire la suite

États-Unis : Le krach asiatique de 1997, cause négligée de la crise américaine

Par Dean Baker, économiste, codirecteur du Center for Economic and Policy Research, Washington, DC.

Les États-Unis se plaignent souvent de la concurrence industrielle des pays d’Asie. Ils oublient qu’en 1997, quand la crise financière a ébranlé cette région du monde, ils lui ont imposé un traitement de choc tel que les États concernés se jurèrent de ne plus jamais se trouver en position de faiblesse. Ils ont donc décidé d’amasser des devises… en exportant vers les États-Unis.

Lorsqu’il s’agit d’analyser les déséquilibres dont souffre l’économie des États-Unis, la plupart des experts minorent l’impact – pourtant fondamental – du déficit commercial américain, voire s’en désintéressent totalement. Ils évoquent encore moins l’origine de ce déficit, conséquence directe du plan de sauvetage élaboré par le Trésor américain lors de la crise asiatique de 1997. Ce programme, mis en œuvre par le Fonds monétaire international (FMI), a pourtant conduit au gonflement de la bulle immobilière dont l’explosion, en 2007, a ébranlé le système financier.

Avant 1997, les États-Unis enregistraient des déficits commerciaux qui dépassaient à peine 1 % du produit intérieur brut (PIB). Dans l’esprit de l’administration Clinton, l’un des objectifs principaux de la réduction du déficit budgétaire était de provoquer une décrue des taux d’intérêt qui, à son tour, entraînerait une baisse du dollar. Un billet vert plus faible rendrait en effet les produits américains plus compétitifs sur le marché international, ce qui améliorerait le solde de la balance commerciale et stimulerait l’économie.

C’est d’ailleurs précisément ce qui s’était produit dans les deux années suivant l’élection de M.William Clinton à la Maison Blanche : le dollar chuta en 1993 et en 1994 ; le déficit se résorba par rapport au PIB (alors en croissance de 3 % par an).
Lire la suite

La CIA imagine la mise en scène d’un monde post-américain

Prédire l’avenir : telle est l’ambition du National Intelligence Council (NIC), la branche publique de la CIA, qui, tous les cinq ans, réfléchit à l’état du monde à un horizon de deux décennies. Une première ébauche de son dernier exercice, intitulé “Global Trends 2030″, a déjà fait le tour des think tanks de Washington en vue d’une publication au lendemain des élections de novembre.

Ce premier brouillon annonce les révolutions techniques qui risquent de transformer les relations internationales, de la généralisation des OGM à la futuriste imprimante 3D en passant par l’amélioration artificielle des performances cérébrales ou le clonage humain. Le NIC a pris en compte les critiques sur ses rapports précédents. Cette fois, le document intègre le caractère évolutif de la puissance américaine dans un monde en transition.

A l’horizon 2030, le NIC identifie des grandes tendances quasi certaines qui structureront le système international : libération de l’individu (individual empowerment), démographie, dispersion de la puissance (diffusion of power), problématiques d’énergie, d’eau et d’alimentation. L’impact de l’une ou l’autre de ces constantes est altéré par des variables-clés, parmi lesquelles l’économie et la gouvernance mondiales, les conflits armés, la technologie et, de façon décisive, le rôle des Etats-Unis. Cette dynamique permet de dégager trois scénarios pour 2030 : “retour en arrière” (reverse engines), “coopération” (fusion) et “désintégration” (fragmentation).
Lire la suite

Asie : La mer de Chine méridionale, une garnison flottante

La mer de Chine méridionale qui s’étire de Singapour, au sud-ouest, à Taïwan, au nord-est, est très convoitée.

Cette zone stratégique pour le commerce maritime mondial dispose d’un fond marin riche en matières premières. Du coup, elle suscite l’intérêt de plusieurs pays de la région comme la Chine, les Philippines, Taïwan, le Vietnam ou encore la Malaisie. La tension s’accroît entre ces pays.

Explications avec Eric Denécé, directeur du Centre Français de Recherche sur le Renseignement.


Le prochain axe de l’Asie

Le mois dernier, les dirigeants de la Chine, du Japon et de la Corée du Sud ont accepté d’entamer des négociations à la fin de l’année sur un accord trilatéral de libre-échange.

Si les discussions aboutissent, il faudra redessiner la carte du commerce mondial. Un accord de libre échange qui compte respectivement les deuxième, troisième et douzième plus grandes économies (en termes de parité de pouvoir d’achat en 2011), avec une population de 1,5 milliard, diminuerait l’Union européenne et l’Accord de Libre-Échange Nord-Américain (ALÉNA), comprenant les États-Unis, le Canada et le Mexique.

En effet, l’Asie du Nord-Est deviendrait le troisième axe principal d’intégration économique régionale, après l’UE et l’Accord de Libre-Échange Nord-Américain (ALÉNA). Jusqu’ici, la région a été incapable d’institutionnaliser la coopération économique aussi vigoureusement que l’Europe et l’Amérique du Nord. Mais si les propositions discutées à Pékin le mois dernier se réalisent, l’accord de libre-échange  pourrait devancer l’ALÉNA dans son degré d’intégration et d’importance pour l’économie mondiale.

En outre, la formation d’un accord de libre-échange Chine-Japon-Corée du Sud va très probablement déclencher une réaction en chaîne. Par exemple, l’impulsion pourrait augmenter au Sud et stimuler l’ANASE, qui a des accords de libre-échange bilatéraux avec chacun des trois pays, à rejoindre le groupe. Une telle tournure des événements équivaudrait à établir la région de libre échange de l’Asie de l’Est, que l’ANASE+3 avait envisagée environ il y a dix ans. Si cela se produisait, d’autres pays – comme l’Australie, la Nouvelle-Zélande et surtout l’Inde – pourraient suivre le mouvement.

Lire la suite

L’avenir des conflits dans le monde à l’horizon 2030

Le Sipri, un centre de recherche sur la paix basé à Stockholm, indiquait qu’en 2010, sur les quinze conflits répertoriés, seuls quatre concernaient des litiges de types territoriaux. On a depuis 2001 une baisse globale de la conflictualité.

Donc les conflits territoriaux reculent, mais en même temps, le nombre de conflits sur la distribution des ressources augmente.

Aujourd’hui, les principaux conflits sont concentrés au cœur d’un arc de crise, qui s’étend du Sahel à la frontière afghano-pakistanaise. D’ici 2030, l’imbrication potentielle de ces différents conflits pourrait avoir des répercussions sur le reste du monde, et l’arc de crise pourrait s’étendre. Le Dessous des Cartes analyse ces possibles extensions géographiques en 2030.

Partie 1:

Lire la suite

Comment les gouvernements ont massacré le luxe «made in France»

Par Francis Journot, membre des mouvements associatifs Rendez-nous notre industrie ! et de Vêtements made in France , qui sont des associations citoyennes indépendants et sans appartenance politique.

Allons-nous bientôt sonner le glas de l’industrie française du textile, de la mode et du luxe ? Au moment où toutes les personnalités politiques prétendent vouloir sauver le « made in France », nous assistons paradoxalement à la disparition des derniers sites français de production. Récit d’un déclin industriel et économique.

Le transfert de notre savoir-faire vers la Chine

Lors d’un débat a propos du « made in France », organisé le 23 janvier 2012, au salon du prêt à porter Paris, Jean Pierre Mocho, président de la Fédération française du prêt-à-porter féminin depuis 12 ans et de l’Union française des industries de l’habillement pendant 6 ans, affirmait : « L’origine des produits reste secondaire pour les acheteurs (…) Le consommateur est plus attaché à sa marque qu’à son lieu de fabrication. Ça ne plaît pas à tout le monde, mais c’est un constat évident. »

Le Député européen et ancien directeur général du CREDOC (Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie), Robert Rochefort, avait alors fait remarquer à Jean Pierre Mocho : « La filière a une part de responsabilité dans le problème actuel, vous avez fait perdre au consommateur la perception de la valeur réelle, et symbolique, des produits d’habillement. De fait, le made in France, si vous n’y croyez pas vous-même, ne sert à rien », puis il avait  reproché « l‘usage abusif du nom “Paris” comme marque de qualité. »

Il convient de souligner que Jean Pierre Mocho était en septembre 2011, le signataire d’un accord de coopération exclusif entre la France et la Chine, prévoyant notamment « la mise en œuvre d’une coopération industrielle, l’échange de stylistes, modélistes, techniciens et plus généralement d’expériences professionnelles et de formations ». En clair, la livraison à la Chine de ce qu’il reste de notre savoir faire !

Le leadership mondial de la mode française et du luxe bientôt menacé

Lire la suite

Suspense sur l’avenir de l’euro

Pour l’euro, les prochains jours seront décisifs. Plusieurs pays qui procèdent à des émissions de dettes vont passer le « test des marchés ». Le résultat, écrit la presse européenne, devrait révéler le niveau de confiance des marchés en la capacité des pays les plus fragiles de la zone euro à redresser leurs finances.

« Sous le regard de l’Europe, le Portugal affronte son premier grand test de l’année pour savoir s’il parviendra à sortir de la crise sans avoir recours à l’aide extérieure », expliquait Público au matin du 12 janvier.

« Une journée, poursuivait alors le quotidien, qu’Angela Merkel, Nicolas Sarkozy, Jean-Claude Trichet et tous les responsables politiques européens, vivront plus qu’aucune autre avec inquiétude pour l’avenir de l’euro ». Au final, Lisbonne a pu lever 1,25 milliard d’euros.

La veille, précisait le quotidien, « le gouvernement a joué sa dernière carte en annonçant un excédent de 800 millions d’euros par rapport au budget 2010 », ce qui, pour le journal, devait «contribuer à démentir les rumeurs sur l’imminence de l’aide exterieure». Le test portugais passé, « ce sera au tour de l’Italie, et de l’Espagne » le 13 janvier, écrit La Stampa.

Les prophéties auto-réalisatrices règnent sur la finance mondiale

Le quotidien italien met en garde contre les « prophéties auto-réalisatrices qui règnent aujourd’hui au sein de la finance mondiale », et cite une étude de la banque américaine Citygroup, pour qui « l’euro survivra à la crise, même si la teneur actuelle des fonds de secours européens, 421 milliards après le sauvetage de la Grèce et de l’Irlande, ne suffiront pas à couvrir les exigences de financement de l’Espagne, si elle aussi devait avoir besoin d’aide ».

Et si l’euro parvient à sortir de la crise actuelle, il le devra en partie à l’aide venue d’Extrême-Orient.

Lire la suite

« Les États-Unis traversent une crise plus grave que l’Europe »

INTERVIEW – L’économiste américain Jeffrey Sachs soutient une réforme du système monétaire mondial avec un euro aussi important que le dollar.

William Smith Jewett (1812–1873), La terre promise - La famille Grayson

L’économiste américain Jeffrey Sachs, conseiller spécial du secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon et professeur à l’université de Columbia, intervient aujourd’hui [jeudi 06 janvier 2011] au colloque « Nouveau monde, nouveau capitalisme », organisé à Paris par le ministre de l’Industrie Éric Besson, en présence de François Fillon et du premier ministre grec Georges Papandréou.

Père de la thérapie de choc libérale dans la Russie d’Eltsine, Sachs, qui a conseillé de nombreux gouvernements, s’est mué au fil des ans en croisé interventionniste de la lutte contre la pauvreté.

LE FIGARO. – L’Union européenne va-t-elle devoir sauver d’autres États membres cette année ?

Lire la suite

Zone euro : Éclatement dans les dix-huit mois?

Les 4 invités de “C dans l’air” discutent des chances d’éclatement de l’euro à moyen terme. Comme le résume François Lenglet, l’euro a offert pendant 10 ans aux pays qui l’ont adopté la possibilité de se financer aux conditions les plus avantageuses du pays fort de la zone, l’Allemagne.

Malheureusement, si l’Allemagne a accru sa productivité de 5 % durant cette période, d’autres pays, les PIIGS, en ont profité pour s’endetter considérablement pour se livrer à la spéculation immobilière, comme l’Irlande ou l’Espagne, ou pour s’offrir les 35 heures, comme la France. Dans le même temps, les Grecs perdaient 65 % de productivité et se livraient à l’évasion fiscale tout en maquillant leurs comptes.


Une amélioration de la situation des pays surendettés devient de ce fait aléatoire, posant avec de plus en plus d’acuité la question de la survie de l’euro.

François Lenglet poursuit sa démonstration: les Grecs, les Irlandais, et aussi les Portugais et les Espagnols s’imposent d’énormes sacrifices en terme de rigueur financière. Ceux-ci, toutefois, ne servent pas à réduire l’endettement de ces pays, mais sont engloutis dans le paiement des intérêts plus élevés qu’exigent les marchés financiers en compensation des risques de défaut accrus.

Lire la suite

Hier la crise, demain la guerre ?

Pierre Pascallon et Pascal Hortefeux, « Hier la crise, demain la guerre ? La crise va-t-elle amener le monde au bord du gouffre ? » Éditions L’Harmattan, 292 pages, 28 euros

———————

La crise financière 2007-2008 a été une crise sans précédent par son intensité et sa globalité.

Mais elle n’est pas seulement à lire comme le révélateur des dysfonctionnements et des vices de l’hyper-capitalisme financier mondialisé des années 2000.

Elle est, en effet – comme en persuade une analyse en termes de cycle, de cycle long Kondratieff, en particulier -, lourde de conséquences géoéconomiques et géopolitiques, en ouvrant la voie à une longue et difficile période de transition (2010-2030) marquée par le ralentissement économique, l’accroissement de la rivalité des États, la périlleuse redéfinition de la hiérarchie des Nations.

Il est sûr que la puissance américaine s’érode et se rétracte tandis que s’accélère la  montée en force du monde émergent, de l’Asie notamment. Ce n’est rien moins, en effet, que le renversement de l’ordre mondial régenté par l’hyperpuissance des États-Unis au tournant du XXIème siècle qui se joue et va continuer à se jouer, sous nos yeux, avec l’avènement, on peut le penser, dans les années 2030, d’un nouveau pôle hégémonique autour de la Chine.

Reste que, dans l’Histoire, jusqu’ici, il semble bien que chaque crise, chaque modification de domination, aient charrié avec elles guerres et conflits.

Pourrons-nous, cette fois-ci, échapper à ces dangers ? Rien ne permet malheureusement de l’assurer comme entend en convaincre cet ouvrage.

Theatrum Belli

(Merci à Pakc & à Léonidas)

De l’euro faible au yuan renforcé

L’Union européenne est dans une phase d’immobilisme. En Chine, en revanche, l’inflation est bien là, et chacun attend désormais une hausse des taux d’intérêt. «Les marchés comprennent mal l’euro», estimait voici peu Christine Lagarde. On peut se demander si, contrairement à ce que dit la ministre française de l’Économie, ce ne sont pas les dirigeants européens qui comprennent mal les marchés.

Lundi dernier, l’Ecofin (Conseil pour les Affaires Économiques et Financières) augmenté du président de la BCE, Jean-Claude Trichet, et de celui du FMI, Dominique Strauss-Kahn, ont décidé qu’il était urgent de ne rien faire.

Inutile de renforcer le fonds de crise, stupide d’inventer des obligations européennes, impossible d’adopter une politique budgétaire commune… Et tant pis si demain les attaques reprennent contre le Portugal ou l’Espagne, ou pire.

Lire la suite

L’Europe et la France au pied du mur protectionniste

Angela Merkel souhaite une Allemagne forte. Cette phrase n’est pas anodine. Elle officialise le discours de puissance que l’Allemagne revendique de plus en plus au grand jour. La feuille de route du gouvernement Fillon ressemble, en comparaison, à une déclaration de l’armée du Salut.

Quand la France aura-t-elle le courage de regarder la vérité en face ? Telle est la question qui se pose après le remaniement ministériel. Les commentaires de l’opposition n’ont pas dépassé le niveau du café du commerce. Un tel vide dans le débat confirme un peu plus l’image d’un pays aux accents munichois.

Ne pas avoir de stratégie de puissance équivaut aujourd’hui à un sabordage pur et simple sur l’échiquier des nations. Beaucoup de francophiles déplorent à l’étranger que les élites françaises baissent les yeux et manquent de courage. Mais on a les politiques que l’on mérite. Les éternels discours sur la relance de la croissance et la défense de l’emploi ne remplacent pas une stratégie de puissance.

Lire la suite

La disparition des États-Unis en tant que superpuissance mondiale

Par Alfred W. McCoy, professeur d’histoire à l’Université de Wisconsin-Madison. Auteur régulier pour TomDispatch, il préside également le projet “Empires in transition”, un groupe de travail mondial de 140 historiens, provenant d’universités issues de quatre continents.

Un atterrissage en douceur pour les États-Unis d’ici quarante ans ? N’y pensez pas ! La disparition des États-Unis en tant que superpuissance mondiale pourrait survenir bien plus vite que ce que l’on imagine. Si Washington rêve de 2040 ou de 2050 comme date de fin pour le « Siècle Américain », une estimation plus réaliste des tendances aux États-Unis et dans le monde laisse penser qu’en 2025, exactement dans 15 ans, tout pourrait être pratiquement terminé.

Malgré l’aura d’omnipotence que la plupart des empires projettent, un regard sur leur histoire devrait nous rappeler que ce sont des organismes fragiles. L’écologie de leur pouvoir est si délicate que lorsque les choses commencent à aller vraiment mal, les empires se désagrègent généralement à une vitesse incroyable : juste une année pour le Portugal, deux années pour l’Union Soviétique, 8 pour la France, 11 pour les Ottomans, 17 pour la Grande-Bretagne et, selon toute vraisemblance, 22 ans pour les États-Unis, à partir de la cruciale année 2003.

Les futurs historiens identifieront probablement l’invasion irréfléchie de l’Irak par l’administration de George W. Bush, cette année-là, comme le commencement de la chute de l’Amérique. Cependant, à la place du bain de sang qui a marqué la fin de tant d’empires du passé, avec des villes qui brûlent et des civils massacrés, cet effondrement impérial du 21ème siècle pourrait survenir de façon relativement discrète, par les circonvolutions invisibles de l’effondrement économique ou de la guerre cybernétique.

Mais n’ayez aucun doute : lorsque la domination mondiale de Washington prendra irrémédiablement fin, il y aura des souvenirs quotidiens douloureux de ce qu’une telle perte de pouvoir signifie pour les Américains de tous les milieux. A l’instar de ce qu’une demi-douzaine de nations européennes ont découvert, le déclin impérial tend à avoir un impact remarquablement démoralisant sur une société, apportant ordinairement des privations économiques pendant au moins une génération. Au fur et à mesure que l’économie se refroidit, la température politique monte, déclenchant souvent de sérieux troubles.

Lire la suite

Mondialisation, délocalisations, dumping

Tribune libre de Paysan Savoyard, faisant suite à celles parues les 08 avril 2010, 13 juin 2010 et 24 septembre 2010, ces différents articles composant une série consacrée aux politiques économiques et sociales suivies depuis cinquante ans.

Le processus de libéralisation entrepris dans les pays industrialisés à la fin des années 1970 (voir la tribune parue le 24 septembre 2010) s’est accompagné de la mondialisation de l’économie de marché. La mondialisation est le processus qui conduit d’une part la plupart des pays de la planète à adopter l’économie de marché et qui les amène d’autre part à développer entre eux des échanges économiques croissants, échanges qui concernent les biens, les services et les capitaux.

  • La mondialisation : une application des thèses libérales

La mondialisation constitue une application des thèses économiques libérales :

- Le libéralisme préconise en effet que les différents marchés nationaux soient ouverts les uns aux autres. L’ouverture des marchés est profitable pour deux raisons. Elle accroît la concurrence, puisque les acteurs sont plus nombreux, en bénéficiant aux entreprises efficaces à qui elle permet une augmentation du nombre de leurs clients. Elle permet également à ces entreprises des « économies d’échelle » dans le processus de production. Pour ces raisons, le libéralisme prohibe le système inverse : le protectionnisme.

Lire la suite

La crise financière mondiale de 2011 a-t-elle commencé ?

Par Georges Ugeux

Où que l’on regarde, les feux avant-coureurs d’une prochaine crise financière s’allument. Elle commencera sur l’Atlantique, mais cette fois, elle devrait être contagieuse dans le Pacifique. Elle pourrait être pire que celle de 2007-2008.

Je ne pose pas cette question à la légère. L’Occident a vécu au-dessus de ses moyens et le tsunami commence à prendre de l’ampleur aux États-Unis et en Europe. Cette fois, il touchera au coeur les finances publiques. Tandis que les étudiants britanniques manifestent pour leur minerval, les Français manifestent pour leur retraite, et les Irlandais et les Portugais sont dans la rue contre l’austérité, ce n’est pas moins qu’une course contre la montre qui est engagée.

Il n’y aura pas moyen d’éviter une crise : il faut à tout prix cependant mettre sous contrôle le risque d’emballement et tenter de la maîtriser. Le drame est que des deux côtés de l’Atlantique, la crise fait apparaître une réalité difficile à maîtriser : le dysfonctionnement politique.

Les États-Unis ont un système politique qui est enrayé depuis des années, et les élections de novembre mettent autant les démocrates que les républicains au pied du mur. Il n’y a plus moyen de prendre quelque mesure que ce soit sans qu’elle fasse l’objet d’un bras de fer où les républicains forcent leur chemin à la Chambre et les démocrates verrouillent le Sénat.

Lire la suite

De la Grèce à l’Irlande, des stratégies économiques illusoires

Après la Grèce, c’est maintenant l’Irlande qui va recevoir de l’aide financière de la part de l’Europe et du FMI : le premier ministre en a fait la demande officielle dimanche pour un montant évalué à environ 90 milliards d’euros. Cet argent, en plus de prêts bilatéraux accordés par le Royaume-Uni et la Suède, sera prélevé sur le Fonds européen de stabilité financière (FESF), élaboré dans l’urgence au printemps dernier pour mettre fin à la crise de la dette grecque et aux doutes sur la viabilité financière de la zone euro.

La création de ce fonds, doté de 750 milliards d’euros de garanties (réparties entre la Commission européenne, les Etats européens et le Fonds monétaire international), répondait au besoin de sécuriser la situation des pays “périphériques” en difficulté, au premier rang desquels la Grèce, l’Irlande, le Portugal et l’Espagne.

La situation irlandaise s’inscrit dans ce contexte économique périlleux : même si ces pays ont connu un modèle de croissance différent, tous doivent gérer “des stratégies macroéconomiques devenues illusoires”, selon Henri Sterdyniak de l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE).

DES MODÈLES DE CROISSANCE FRAGILES

L’Espagne et l’Irlande ont connu “des évolutions similaires” dans les années 2000, selon Francesco Saraceno de l’OFCE. Leurs finances publiques étaient “saines avant la crise”, tandis que leur croissance reposait sur des secteurs privés portés sur la spéculation immobilière et banquaire. En Irlande, fin 2007, le montant des emprunts immobiliers équivalait ainsi à 250 % du produit national brut irlandais.

Ces secteurs ont été frappés de plein fouet par la crise des subprimes, provoquant la chute des économies les plus liées à la spéculation et aux emprunts toxiques (lire l’interview sur le retournement du marché immobilier irlandais et la fin du “tigre celtique”). La “bulle” immobilière qui a explosé en Espagne laissait de son côté près de 325 milliards d’euros de dettes au secteur, début 2010.

CES PAYS “SE SONT RÉVEILLÉS TOUT NUS”

Lire la suite

LEAP – 1er trimestre 2011 : franchissement du seuil critique de la dislocation géopolitique mondiale

Communiqué public du Laboratoire Européen d’Anticipation Politique (LEAP), du 15 novembre 2010

Comme l’avait anticipé le LEAP dans sa lettre ouverte aux leaders du G20 publiée dans l’édition mondiale du Financial Times le 24 Mars 2009, à la veille du sommet de Londres, la question d’une réforme fondamentale du système monétaire international est bien au cœur de toute tentative de maîtrise de la crise actuelle.

Mais hélas, ainsi que vient de le démontrer à nouveau l’échec du sommet du G20 de Séoul, la fenêtre d’opportunité pour réussir pacifiquement une telle réforme s’est bien refermée après l’été 2009 et elle ne se rouvrira plus avant 2012/2013 (1).

Le monde est en effet bien engagé dans la phase de dislocation géopolitique mondiale dont nous avions annoncé le début pour la fin 2009 et qui se traduit, moins d’un an plus tard, par la multiplication rapide des mouvements, des difficultés économiques, des défaillances budgétaires, des conflits monétaires… prémices de chocs géopolitiques majeurs.

Avec le sommet du G20 de Séoul, qui marque la prise de conscience planétaire de la fin de la domination américaine sur l’agenda international et de son remplacement par un « chacun pour soi » généralisé, une nouvelle étape de la crise vient de s’ouvrir qui incite l’équipe du LEAP à lancer une nouvelle alerte.

En effet, le monde est en train de franchir un seuil critique de la phase de dislocation géopolitique globale. Comme tout franchissement de seuil critique dans un système complexe, cela va générer dès le premier trimestre 2011 un cortège de phénomènes non-linéaires, c’est-à-dire, d’évolutions échappant aux « règles habituelles » et aux « projections traditionnelles » tant en terme économiques que monétaires, financiers, sociaux et politiques.

Lire la suite

Forex : 2011, année du déclin du roi dollar…

Par Eberhardt Unger

En cette fin d’année 2010, le TWEX (index du dollar évalué par son poids dans les échanges commerciaux) revient buter sur sa ligne de soutien historique autour des 70 points.

Le dollar américain est toujours la monnaie de référence mondiale ; cependant, ces derniers temps, ce rôle fait de plus en plus débat.

Dans les réserves monétaires mondiales estimées à 8 954 milliards de dollars US, environ 61% sont libellés en dollars américains (source : FMI/COFER).

Cette proportion a diminué au cours des dernières années d’environ 10% en faveur de l’euro, du yen et de la livre sterling.

La Chine, à elle seule, possède des réserves de change de 2 648 milliards de dollars, et pour toute l’Asie ce montant s’élève à environ 5 000 milliards. Au cours des 10 derniers mois, différentes banques centrales ont acheté de l’or comme réserves monétaires ou ont procédé à une augmentation de leur stock.

Derrière une monnaie de référence, on doit trouver une économie construite sur des fondamentaux solides. Or l’économie américaine est dans une phase de stagnation, et c’est le pays le plus endetté au monde où les dettes augmentent plus vite que le PIB.

Pour le total du passif (Total Liabilities) des Etats-Unis, la Fed a reporté le chiffre 114 428 milliards de dollars dans sa publication « Flow of Funds » pour 2009.

En comparaison, la valeur nominale du PIB américain est de 14 575 milliards de dollars : les dettes ne pourront jamais être remboursées.

Lire la suite

Comment les puissants sont réellement devenus puissants – Du protectionnisme au libre-échangisme, une conversion opportuniste

Par Ha-Joon Chang, professeur à la faculté d’économie et de politique de l’université de Cambridge (Royaume-Uni) ; auteur de « Kicking Away the Ladder. Development Strategy in Historical Perspective », Anthem Press, Londres, 2002 (Prix Gunnar Myrdal 2003)

Les libre-échangistes ont remporté des victoires significatives au cours des deux dernières décennies. Depuis le début de la crise de la dette de 1982 et de l’imposition des programmes d’ajustement structurel par le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale, de nombreux pays en voie de développement ont radicalement libéralisé leur commerce.

L’effondrement du communisme, en 1991, a ouvert de nouveaux et vastes espaces au libre-échange. Pendant les années 1990, d’importants accords régionaux ont été signés, dont l’accord de libre-échange nord-américain (Alena) qui regroupe le Canada, les Etats-Unis et le Mexique. Pour couronner le tout, les négociations du cycle de l’Uruguay de l’accord général sur les tarifs douaniers et le commerce (GATT), conclues à Marrakech en 1994, ont débouché sur la naissance de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) en 1995.

Si importants que soient ces succès, les libre-échangistes ne s’en satisfont pas. Au sein de l’OMC, représentants des Etats développés en tête, ils continuent à faire pression pour des baisses des tarifs douaniers encore plus fortes et plus rapides, et un élargissement de la compétence de cette organisation à des domaines ne figurant pas dans son mandat initial, par exemple l’investissement à l’étranger et la concurrence.

Les partisans du libre-échange croient agir dans le sens de l’Histoire. Selon eux, cette politique est à l’origine de la richesse des pays développés ; d’où leur critique des pays en voie de développement qui refusent d’adopter une recette aussi éprouvée. Rien n’est pourtant plus éloigné de la réalité.

Les faits historiques sont sans appel : quand les pays actuellement développés étaient encore en développement, ils n’ont mené pratiquement aucune des politiques qu’ils préconisent. Et nulle part l’écart entre le mythe et la réalité historique n’est aussi flagrant que dans les cas de la Grande-Bretagne et des Etats-Unis.

Lire la suite

Ce CAC 40 qui prospère sur le dos de l’emploi

En cinq ans, les plus grandes entreprises françaises ont détruit 39 400 emplois en France tout en engrangeant les profits et des dizaines de milliards d’aides de l’État.

Ils accumulent les profits, sont choyés par l’État et détruisent des emplois en France. La réputation peu flatteuse des géants du CAC 40 est malheureusement exacte. Au premier semestre, ils ont engrangé 41,5 milliards d’euros de bénéfices, en hausse de 87% sur un an. Mieux encore, ils disposent dans leurs caisses d’un matelas de 146 milliards d’euros de cash, selon une étude publiée le 21 octobre par les Échos.

Bref, malgré la mollesse de la reprise en Europe et aux États-Unis, nos champions tricolores se portent comme un charme. Mais l’économie française n’en profitera pas. Les effectifs dans l’Hexagone des quarante groupes du CAC ont en effet diminué de 39 400 personnes entre la fin 2004 et la fin 2009, soit une baisse de 2,5% sur cinq ans.

Alors que, dans le même temps et malgré la crise de 2009, l’ensemble du secteur privé a créé 200 600 emplois (+1,1%).

Lire la suite

Les leçons à tirer de la faillite des «deux tiers»

La faillite des deux tiers, qui a eu lieu sous le Directoire à la fin du XVIIIe siècle, est la dernière banqueroute de l’Histoire de France. Alors que la période actuelle est marquée par le niveau inquiétant de notre dette, cet épisode nous rappelle ce qu’il est bon de faire, et de ne pas faire, en matière de finances publiques.

Dominique-Vincent Ramel de Nogaret peint en 1820 par Jacques-Louis David

Le 30 septembre 1797, ou an VI de la République, le ministre des Finances du Directoire, Dominique-Vincent Ramel, décide de fermer le marché des titres publics et de faire voter une loi de finances qui annule les deux tiers de la dette de l’État, d’où le nom de faillite des « deux tiers ».

Le cocktail déficit et inflation : comment l’Histoire se répète

Le Directoire, instauré en 1795, hérite d’un très lourd fardeau : l’endettement de l’administration royale et celui de la Révolution.

Car, à partir du XVIIe siècle, la France laisse dériver ses comptes publics, dans un contexte de guerres qu’il faut financer. Le colbertisme en est une illustration. Des tentatives éphémères de politique de rigueur budgétaire se succèdent, notamment avec le ministère de Turgot. A cette dette publique qui s’emballe s’ajoute la montée de l’inflation à partir de la Révolution.

Lors de l’instauration de la République, les finances publiques sont dans un état pitoyable, avec une dette publique estimée entre 4 et 5 milliards de livres et un budget consacré pour moitié au remboursement de la dette. A la recherche de liquidités et à l’initiative de Talleyrand, l’Assemblée constituante décide de confisquer les biens du clergé qui, pesant plus de 2 milliards de livres, seront apportés au patrimoine national. Cette opération va donner une bouffée d’oxygène temporaire aux finances publiques.

Dans le même temps, un nouveau type de placement, qui utilise une forme rudimentaire de titrisation, est créé : l’assignat, titre d’emprunt émis par le Trésor dont la valeur est assignée – autrement dit, indexée – sur les biens du clergé. L’assignat devient même une véritable monnaie en 1791. L’État, pour renflouer ses caisses, émet alors massivement des assignats et fait ainsi tourner la planche à billets. Il émet plus de titres que la valeur des biens nationaux.

Résultat : les assignats ne cessent de se déprécier et alimentent une inflation galopante.

Lire la suite

Une guerre mondiale qui impacte les économies et les patrimoines

Le leadership économique mondial est en train de changer de camp : il passe progressivement mais sûrement des États-Unis à l’Asie. C’est sur cette toile de fond qu’est en train de se jouer une nouvelle guerre mondiale.

Dans ce conflit, les trois fronts (les USA, les pays émergents dont la Chine principalement, et aussi l’Europe) s’opposent avec une arme « moderne » : leur monnaie. Alors, plusieurs questions se posent : quel est véritablement l’enjeu de la « bataille des changes » qui fait rage depuis cet été ? Quelle est la stratégie de chacune des parties ? Que risque le perdant ? Comment réagir dans la gestion de son patrimoine ?

Si l’on regarde du coté des États-Unis, on constate que pour relancer leur économie et sortir de la crise (historiquement importante), tout a été mis en oeuvre : les entreprises ont vendu leurs stocks pour pouvoir ensuite relancer leur production ; elles ont réduit leur coût notamment en licenciant massivement. Elles ont reçu des aides de l’État qui, parallèlement, a rendu l’accès à l’argent pratiquement gratuit (les taux de crédit sont proches de zéro aux USA) pour favoriser l’investissement et la consommation, puisque 80 % de l’économie de ce pays repose sur sa consommation intérieure.

Mais trois facteurs freinent, voire interdisent, la relance économique par la consommation intérieure :

1) Le moral des américains (inquiets, ils épargnent davantage et consomment moins).

2) Le chômage qui vient d’être généré a réduit le pouvoir d’achat.

3) Le risque avéré d’une déflation pour les mois à venir. Ce dernier facteur affole particulièrement l’Administration américaine. En effet, lorsque le consommateur pense que les prix seront moins élevés demain, il reporte ses décisions d’achat. A l’échelle d’un pays, ce comportement est une véritable catastrophe. La situation du Japon depuis les années 90 le démontre clairement. 20 ans après, ce pays n’arrive toujours pas à s’en remettre. Voilà pourquoi les autorités américaines veulent à tous prix éviter le scénario déflationniste, cette spirale infernale qui empêche tout espoir de croissance. L’Administration américaine doit aussi faire sortir son économie de la dépendance de son seul marché intérieur, puisqu’il est en panne. Alors, pour générer de la croissance (ne serait-ce que pour tenter de résister le plus longtemps possible à la prise de pouvoir de l’Asie dans le monde), les USA doivent développer leur commerce extérieur ! Voila la double stratégie des américains : éviter la déflation, développer leurs exportations.

Comme ils ne peuvent pas baisser leurs prix pour être plus attractif (risque de déflation oblige et envie de maintenir leurs marges aussi, évidemment) l’Administration américaines fait baisser le prix de sa monnaie : – 15 % ces derniers mois. Ainsi, les acheteurs étrangers peuvent acquérir pratiquement 1,2 fois plus de biens et services américains qu’hier.

Lire la suite sur La Tribune

Pour ou contre le « juste échange » du PS ?

C’est un tabou idéologique qui saute : en adoptant le principe du « juste échange » le 9 octobre dernier, les socialistes envisagent en effet d’imposer des droits de douanes aux pays à bas coûts. Deux économistes s’affrontent sur le sujet.

Réunis le 9 octobre dernier en Convention nationale, le PS a adopté à l’unanimité le principe du « juste-échange », traduction du « fair-trade » revendiqué par les démocrates américains. Concrètement, les socialistes veulent instaurer des taxes sociales et environnementales aux portes de l’Union Européenne sur les importations en provenance de pays peu respectueux des droits salariaux et des normes écologiques. Ces droits de douanes « vertueux » iraient alimenter un Fonds destiné à soutenir les salariés des pays pauvres.

Selon le PS, cette voix médiane entre « le libre-échange destructeur d’emploi » et le “protectionnisme facteur de crispations nationalistes » protègeraient autant l’industrie européenne que la couche d’ozone. Trop beau pour être vrai ? Deux économistes répondent. Et comme d’habitude, ils ne sont pas d’accord.

Jean-Luc Gréau, essayiste favorable au protectionnisme, soutient la proposition socialiste même s’il la trouve un peu tiède ; Jean-François Jamet, professeur à l’IEP Paris et économiste à la fondation Robert Schuman, la rejette fermement invoquant les risques qu’une guerre commerciale à l’échelle mondiale pourrait faire peser sur nos entreprises exportatrices.

Les droits de douane au nom du « juste-échange » peuvent-ils protéger les emplois et l’industrie en Europe ?

Lire la suite

Crise économique ou crise du sens ?

Un entretien avec Michel Drac

En 2009, dans « Crise ou coup d’état ? », vous analysiez les aspects purement macro-économiques de la Deuxième Grande Dépression. Cette année, dans « Crise économique ou crise du sens ? », vous écrivez : « Il est temps de nous éloigner de l’économie-monde, pour nous demander si l’économie peut constituer un monde ». Pouvez-vous, dans un premier temps, nous présenter la structure de votre livre ?

Dans « Crise ou coup d’Etat ? », j’ai tenté de montrer que la « bulle de l’endettement » est une stratégie des milieux dirigeants pour gérer le recul de leur domination dans le monde. Il s’agit de gagner la guerre de classes en Occident, alors que sur le plan géostratégique, les milieux dirigeants occidentaux sont confrontés à la montée en puissance d’une Asie rivale. Les classes dirigeantes veulent un modèle dual, afin que l’oligarchie survive au monde qu’elle gérait.

Dans « Crise économique ou crise du sens ? », j’ai voulu comprendre pourquoi notre classe dirigeante avait fait ce choix. Dire que notre classe dirigeante est formée d’irresponsables égotiques préoccupés de leurs intérêts de caste, c’est décrire la surface des choses ; la vraie question, c’est : pourquoi cette classe dirigeante pense-t-elle comme elle pense ?

Je propose d’articuler la réponse autour de la notion de crise du sens. Notre système est en lui-même une crise. La crise est devenue l’essence de notre système, parce qu’il n’est plus consacré qu’à sa propre reconduction. Il n’y a plus de sens à l’action de nos dirigeants, en dehors du maintien de leur position. J’emploie, pour décrire cette situation, des analogies avec, en particulier, la situation de l’Union Soviétique sous Brejnev, ou encore la paraphrénie qui a saisi, à l’échelle micro-économique, la direction d’Enron, progressivement, dans le courant des années 1990. Tout l’Occident est, désormais, un Enron géant.

La crise des subprimes dissimulerait en réalité une implosion spirituelle. Quels éléments vous ont amené à dépasser le cadre de la réflexion macro-économique ?

Lire la suite