Chine : La nouvelle route de la soie

C’est l’un des projets phare de Xi Jinping depuis son arrivée au pouvoir: recréer une nouvelle “route de la Soie” entre l’Europe et la Chine.

Une nouvelle route que la Chine entend tricoter au prix d’investissements massifs: 40 milliards de dollars ont été débloqués depuis le début de l’année pour construire routes, voies ferrées ou pipeline dans l’ouest du pays, mais aussi en Asie Centrale ou au Pakistan.

Guerre de l’eau en Asie centrale

Les pays d’Asie centrale – Kazakhstan, Kirghizstan, Tadjikistan, Turkménistan et Ouzbékistan –, républiques indépendantes depuis 1991, sont en proie à des tensions croissantes dont l’enjeu est le contrôle de l’eau. Pollution et tarissement des ressources menacent d’exacerber les conflits de manière dramatique.

Dans cette région qui fut autrefois l’un des carrefours commerciaux et culturels de la route de la soie, les politiques menées du temps de l’URSS ont provoqué un désastre écologique sans précédent : pour irriguer les terres peu fertiles destinées à la production intensive de coton, les Soviétiques ont détourné les fleuves, bâti canaux et barrages et asséché la zone. La mer d’Aral est ainsi sur le point de disparaître totalement. Privée de sa côte, l’ancienne cité portuaire d’Aralsk est aujourd’hui sinistrée, du point de vue tant écologique qu’économique.

Réalisé par Arno Trümper (Arte 14/04/2015)

Turkménistan : Bouygues, le bâtisseur du dictateur

Absence totale de liberté et culte caricatural de la personnalité n’ont pas empêché le Turkménistan d’entretenir de bons rapports tant avec les Occidentaux qu’avec les Russes ou les Chinois. Ce pays neutre d’Asie centrale, au sous-sol gorgé de gaz, représente un client de choix pour les entreprises étrangères qui savent ne pas poser trop de questions, à l’instar du champion français du bâtiment.

Vingt et un décembre 2006. Les télévisions d’État annoncent en boucle la mort du président du Turkménistan, Saparmourad Niazov. « Nous sommes tous sous le choc », indique alors à l’Agence France-Presse un haut responsable gouvernemental. Chez Bouygues aussi, c’est la consternation. Il y a de quoi. Implanté depuis 1994 dans cette république gazière d’Asie centrale, le groupe français de construction voit s’éteindre un client fidèle.

Autoproclamé « père des Turkmènes », le Turkmenbachi n’a jamais regardé à la dépense. Potentat mégalomane régnant d’une main de fer sur une population réduite à l’obéissance, Niazov n’a cessé de couvrir la capitale d’édifices de prestige. Un opulent palais présidentiel, des ministères somptueux, une banque centrale en forme de lingot, une maison des journalistes agrémentée de son profil…

Prestataire zélé, Bouygues a tapissé la capitale, Achkhabad, d’un écrin de luxe. Au nom de Niazov ou pour le compte de son successeur, l’actuel président Gourbangouly Berdymoukhammedov, aussi prompt à remplir le carnet de commandes du groupe.
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La stratégie de l’Anaconda

Pour le géopoliticien allemand Karl Haushofer les Anglo-saxons pratiquent la politique de l’Anaconda, consistant à enserrer progressivement sa proie et à l’étouffer lentement. – Article rédigé par Édouard Rix, pour la revue Réfléchir & Agir, automne 2012, n°42, pp. 45-47.

Dans “Terre et Mer“, Carl Schmitt rappelle que les cabalistes du Moyen-Age interprétaient l’histoire du monde comme un combat entre un animal marin, une puissante baleine, le Léviathan, et un animal terrien, éléphant ou taureau, le Behemoth (1). Ce dernier essaie de déchirer le Léviathan avec ses défenses ou ses cornes, tandis que la baleine s’efforce de boucher avec ses nageoires la gueule du terrien pour l’affamer ou l’étouffer.

Pour Schmitt, derrière cette allégorie mythologique se cache le blocus d’une puissance terrestre par une puissance maritime. Il ajoute : « l’histoire mondiale est l’histoire de la lutte des puissances maritimes contre les puissances continentales et des puissances continentales contre les puissances maritimes » (2), axiome que reprendront les géopoliticiens anglo-saxons.

Le Sea Power de Mahan

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Russie : Démographie, la population ne baisse plus

Par Alexandre Latsa

La Russie en 2013 aura donc connu une hausse naturelle de population, le nombre de naissances dépassant celui des décès, et ce pour la première fois depuis 1991.

Décembre 2013 aura vu 157.904 naissances contre 152.066 en décembre 2012, soit 5.838 naissances en plus, et 157.641 décès, contre 159.239 en décembre 2012 soit 1.598 décès en moins. Au final en décembre 2013, la population russe aura donc augmenté naturellement de 263 habitants contre une baisse de 7.173 en décembre 2012.

Sur l’année 2013, le pays aura connu 1.901.182 naissances contre 1.896.263 l’année dernière, soit 4.919 naissances en plus, et 1.878.269 décès contre 1.898.836 l’année dernière, soit 20.657 décès en moins. La population a donc naturellement augmenté de 22.913 habitants, un record bien inattendu et imprévu, même pour les démographes les plus optimistes.

Brève synthèse de l’évolution démographique russe de 1992 à nos jours

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Europe de l’Est : Une alliance orange-brune ?

Par Alexandre Latsa

Il y a près de deux ans, j’écrivais une tribune qui tentait d’expliquer la naissance quasi-inévitable d’un courant politique nouveau en Russie, sorte de syncrétisme entre une version modérée et occidentalisée du libéralisme des années 90 et une version 2.0 moins modérée du nationalisme russe, dans sa version la moins impériale mais la plus nationale, sur le modèle européen.

Ce courant politique nouveau a pris la succession des nationalismes préhistoriques et impériaux classiques de Russie et aussi la succession des courants ultra libéraux sans foi ni morale des années 90, en créant une nouvelle idéologie que l’on qualifie de nationale-démocrate ou nationale-libérale.

Ce courant sociopolitique a en réalité surtout émergé à Moscou et Saint Petersbourg, lors des grandes manifestations de fin 2011 qui ont fait suite aux élections nationales que ces manifestants jugeaient truquées et injustes. Cette idéologie est donc très en vogue aujourd’hui chez les jeunes russes des grandes villes modernes qui souhaitent s’identifier culturellement, moralement et politiquement à l’Europe de l’Ouest et à l’occident en général.  On a majoritairement qualifié, à tort ou à raison, de « classe créative » cette fraction de l’opinion, en quelque  sorte l’équivalent russe du Bobo Français.

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Euramérique, Eurorussie ou Eurasie?

Par Alexandre Latsa

Récemment, le site Atlantico a publié un échange de réflexions fort intéressant entre Alexandre Del Valle et Alexandre Melnik sur les perspectives viables pour l’Occident. Les deux Alexandre, qui n’ont de commun que leurs prénoms, prônent deux voies différentes et opposées pour la réaffirmation de l’Occident puissance: l’Alliance continentale Europe-Russie ou l’alliance transatlantique Europe-Amérique.

Cette thématique semble prendre une importance croissante au fur et à mesure que les relations Russie-USA se détériorent, que l’Europe s’enfonce dans la crise et que la Russie regagne stratégiquement des positions, réaffirmant ainsi peu à peu sa position de grande puissance. La même semaine, le site Europe-Israël publiait lui un article intitulé: La morale change de camp, article très élogieux envers Vladimir Poutine et envers la politique russe dans le monde musulman, présentant une Russie devenue la protectrice des minorités, notamment chrétiennes. Le site prenait en exemple les manifestants de la place Tahrir qui dénonçaient l’alliance entre États-Unis et Frères musulmans et appelaient la Russie à s’impliquer dans la révolution égyptienne.

L’occident a été historiquement lié à l’Europe, la Méditerranée puis l’Europe du nord et de l’ouest, avant de ne se juxtaposer sur le monde anglo-saxon dès le 17ième siècle via l’empire colonial de l’Angleterre et sa puissance maritime. Ce règne de la rose n’a réellement pris fin qu’après la première guerre mondiale, qui a historiquement marqué la fin des empires européens, y compris l’empire britannique, supplantés par la puissance la plus occidentale et la plus maritime d’Occident: les États-Unis d’Amérique.

Ceux-ci achèveront la déseuropéanisation de l’Occident en confirmant leur leadership planétaire en 1991, lors de la mort de l’Union Soviétique. La fin de l’Union Soviétique scellera aussi le destin eurasien de la Russie et donc le déplacement du centre d’attraction du continent vers l’Est et l’Eurasie.
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L’inquiétante volatilité des prix des matières premières agricoles

Le rapporteur spécial pour le droit à l’alimentation de l’ONU tire le signal d’alarme sur la hausse des prix des denrées alimentaires.

Carte publiée en juin 2009 - Cliquez dessus pour l'agrandir

« Les stocks ont été regarnis en 2008 et en 2009, mais l’écart entre la réalité de ces stocks et l’évolution des prix sur les marchés est parfois considérable. En ce sens, nous vivons aujourd’hui le début d’une crise alimentaire similaire à celle de 2008 », s’inquiète, mardi 11 janvier, Olivier de Schutter, dans Les Echos, en référence à l’explosion des prix alimentaires de 2008, qui avait provoqué des émeutes de la faim dans une trentaine de pays dans le monde.

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Poutine, de Gaulle russe !

Par Marc Rousset

Poutine, c’est l’homme que les Américains n’attendaient pas et qui a non seulement redressé la Russie, mais l’a sauvée du dépeçage en trois tronçons envisagé par Zbigniew Brzezinski, de l’exploitation de ses ressources naturelles par les groupes étrangers, de l’encerclement par l’O.T.A.N.

Intronisé par Eltsine, il a su très habilement s’imposer progressivement en changeant l’orientation politique du pays, après quelques hésitations vis-à-vis des États-Unis, tout en se débarrassant des encombrants oligarques. Par son action, Poutine a d’ores et déjà sauvé la Russie, mais il va aussi probablement sauver l’Europe occidentale, en lui proposant une aide et un autre modèle que le droit de l’hommisme décadent, de façon à ce qu’elle puisse se libérer du protectorat militaire américain.

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La Chine va-t-elle nous bouffer ?

Philippe Cohen et Luc Richard livrent dans ” Le Vampire du Milieu “, une enquête saisissante sur l’envers du décor du modèle chinois. Non seulement l’économie de marché n’a pas converti la deuxième puissance mondiale à la démocratie, mais elle n’a pas amélioré la vie des Chinois…

La naïveté vis-à-vis de la Chine est-elle une tradition des élites françaises ?

Il y a quelques décennies, la fine fleur de l’intelligence revenait émerveillée de voyages très organisés dans quelques villages Potemkine du paradis maoïste. Depuis quelques années, le gratin des patrons français croyait avoir trouvé le paradis du capitalisme dans quelques mégalopoles côtières chinoises.

Alors que brille l’Exposition universelle de Shanghai et que la plupart des médias continuent de s’émerveiller de la réussite chinoise, l’enthousiasme retombe dans les milieux économiques français. Mais, comme chez nos ex-maos, le pressentiment de s’être fait piéger ne pousse pas nos entrepreneurs déçus à l’analyse publique.

Le passionnant et terrifiant livre écrit par (…) Philippe Cohen et Luc Richard, longtemps correspondant de Marianne en Chine, permet de comprendre ce qui s’est passé.

Ils nous avaient prévenus, il y a cinq ans, avec un premier ouvrage, ” La Chine sera-t-elle notre cauchemar ? ” (Mille et Une Nuits), et ont, depuis, poursuivi leur enquête sur l’envers du décor de ce ” modèle chinois “, un système sans précédent : une dictature qui a misé sur la mondialisation sauvage, avec, comme atout décisif, un immense prolétariat esclave dressé par un demi-siècle de communisme.

Car là résidait le principal intérêt de la Chine aux yeux des financiers d’Europe et d’ailleurs : une main-d’oeuvre de 20 à 30 fois moins chère, leur permettant de s’affranchir d’un salariat occidental protégé.

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Des guerres de l’eau à l’horizon

La seule véritable «guerre de l’eau» est intervenue entre deux cités-États de Mésopotamie… il y a quelque 4 000 ans.. Mais l’ONU presse les gouvernements d’intégrer la politique hydrique à leur agenda prioritaire.

Quand on entend parler du Yé­men, on pense souvent au recrutement de terroristes d’Al-Qaïda, comme l’auteur de l’attentat raté de Noël dans un avion de la Northwest Airlines. Mais la montée de l’intégrisme n’est pas la me­na­ce la plus grave à peser sur le Yémen. Le plus grand danger auquel doit faire face ce pays, c’est le manque d’eau.

La capitale yéménite, Saana, pourrait bientôt être à sec. «L’eau est la préoccupation principale des Yéménites au quotidien, selon Rianne Tenveen, qui travaille sur le terrain pour le Secours islamique. Ici, les gens passent une bonne partie de leur journée à réfléchir à la façon dont ils vont obtenir de l’eau et à se demander s’ils en auront assez.»

Selon les prédictions, les réserves d’eau de Saana – la capitale du pays – devraient être asséchées d’ici 2015. Il s’agit d’une mauvaise nouvelle pour le Yémen, mais aussi pour les pays voisins. «Le Yémen est un pays instable et a une économie en lambeau,» affirme Eugene Chausovsky, géopolitologue à la firme de renseignement Stratfor.

Selon l’ONU, le défi est maintenant de faire en sorte que les gouvernements intègrent la politique de l’eau à leur agenda prioritaire, au même titre que l’économie, l’énergie ou la sécurité. La coopération pour le développement doit y contribuer. Les innovations technologiques (notamment pour l’assainissement) et une coopération internationale accrue seront déterminantes pour prévenir les affrontements que pourrait susciter cette ressource en voie de raréfaction.

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