Les banlieues masquent les vraies fractures françaises

Addendum vidéo (Merci à Waza80)

Marc Voinchet reçoit Christophe Guilluy, géographe, auteur de « Fractures françaises ». France Culture – Les Matins – 27.10.2010

Quinze ans après le fameux slogan de campagne de Jacques Chirac sur la « fracture sociale », où en sont les inégalités ? Le constat du géographe Christophe Guilluy dénonce l’incapacité de nos dirigeants à pallier les inégalités territoriales.

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Il y a 15 ans maintenant, Jacques Chirac emportait l’élection présidentielle grâce à une intuition que résumait non pas son indigeste premier slogan « manger des pommes » mais le second, ô combien plus politique, dénonçant la « fracture sociale ».

Pour Christophe Guilluy, rien n’a vraiment changé en 15 ans. Au contraire, d’évitement en évitement, les cassures se sont approfondies, diffusées, multipliées, comme un cancer mal soigné se métastase.

Avec « Fractures françaises », son dernier essai, dont on peut lire quelques extraits ci-dessous, le géographe dresse un constat alarmiste sur la situation des couches populaires après 20 ans de mondialisation à marche forcée. Cette fois-ci, ce sera sans cartes, mais avec en appui un sérieux paquet de statistiques.

Car il s’agit ni plus ni moins pour ce chercheur que de dénoncer l’incroyable cécité des politiques publiques, à comprendre, apprécier, mesurer les inégalités territoriales qui se sont maintenant enkystées dans ce «vieux pays». Derrière ces territoires, ce sont évidemment des populations.

Alors que les dynamiques de mondialisation, de « métropolisation », et d’émergence du multiculturalisme à l’œuvre depuis deux voire trois décennies ont ébranlé le « principe d’égalité sociale ». Les réponses apportées ont à chaque fois tapé à coté de l’objectif, mainte fois répété, rarement atteint, de maintien des principes républicains.

La banlieue occulte tous les autres territoires

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OCDE : l’«ascenseur social» bloqué

L’organisation internationale insiste sur le lien entre mobilité entre générations et croissance économique.

Quel est le poids de l’environnement familial et social sur la réussite des enfants ? La question de «l’ascenseur social» mérite l’attention et se pose avec encore plus d’acuité en période de crise économique.

Dans une étude publiée cette semaine portant sur l’ensemble des pays de l’OCDE, l’Organisation pour la coopération et le développement économiques souligne le lien existant entre la mobilité entre générations et le développement économique. «L’absence d’égalité des chances joue sur la motivation, ce qui influe sur la productivité et au bout du compte peut peser sur la croissance», précise l’OCDE.

Première conclusion : il existe un lien direct dans la quasi-totalité des pays entre le milieu socio-économique et les résultats des enfants, en termes d’éducation et de salaire. Une fois encore, l’Europe du Nord, qui est souvent citée en exemple pour ses avancées sociales, témoigne de la plus grande mobilité.

À l’inverse, l’ascenseur social fonctionne moins bien dans les pays anglo-saxons. Le rêve américain ne serait-il plus qu’un mythe ? «99 % des études parlent de l’immobilisme des États-Unis», indique Orsetta Causa, l’un des auteurs du rapport OCDE. Le rapport entre le salaire du père et celui du fils reste en effet très persistant en Grande-Bretagne, aux États-Unis, en Irlande et dans les pays d’Europe méridionale.

«Aux États-Unis,c’est encore plus vrai dans le haut et le bas de l’échelle sociale», précise Orsetta Causa. Dans ces pays, l’avantage salarial dépasse les 20 %. Autrement dit, une personne qui a grandi dans une famille instruite peut gagner en moyenne 20 % de plus que si elle vient d’un milieu au niveau d’instruction moyen.
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L’irrésistible ascension des entreprises du Sud

“Les gros poissons mangent les petits”… Ce principe européen, depuis les tableaux de Jérôme Bosch jusqu’au sauvetage actuel des banques, serait-il aujourd’hui périmé ? Zhang Ruimin, le patron de Haier, entreprise chinoise inexistante il y a quelques années et devenue leader mondial de l’électroménager, le reformule à sa façon : “Les poissons rapides finissent toujours par manger les plus lents.”

Ce décalage expliquerait-il que nous soyons surpris de l’émergence de ces nouvelles multinationales chinoises, indiennes, brésiliennes, mexicaines…, que l’on continue à considérer comme de simples opportunistes bénéficiant de leurs faibles coûts de main-d’oeuvre, et qu’un peu de protectionnisme suffirait à contrer.

En réalité, la rapidité de leur croissance internationale a été préparée de longue date. Toute la question est de savoir si la crise va accélérer ces trajectoires ascendantes ; ou si elle leur fournit, à l’occasion de la paralysie du Nord, une pause nécessaire à la digestion de leurs acquis.

Ces firmes émergentes ont d’abord bénéficié d’un avantage classique, mais efficace : leur position dominante sur leurs marchés domestiques, en croissance forte, finance leur développement.

Les sociétés privées chinoises de technologie (Haier, les électroniciens Hisense et ZTE) ont été les meilleures à ce jeu, suivies des brésiliennes (Sabo pour l’automobile, Gerdau pour l’acier), indiennes (Tata, Mahindra pour les véhicules, Reliance pour la téléphonie) et mexicaines (le téléphoniste America Movil). Lire la suite